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 Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]

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Angel Grisham
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MessageSujet: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptyMer 29 Déc - 19:07

Pour un anniversaire raté, c’en fut un !
Angel n’avait pas été dupe une seconde, l’entrevue familiale tournait mal, pire que prévu.
Il ne s’agissait pas d’accusations mais d’un procès déjà réglé d’avance sans défense écoutée !
Sa tension lui joua un vilain tour au beau milieu de sa phrase. Prenant des anticoagulants depuis son coup à la tête, l’énervement face à l’injustice démontrée par sa parenté déclencha une hémorragie assez impressionnante.
Malgré son état, elle ne rata pas l’explosion de J.O.
Oser traiter Grisham et Yates de débiles… Quel culot ! Ce n’est pas Angel qui aurait risqué ça.
Déjà très amoureuse de J.O, son admiration à son égard monta encore d’un cran. Magnolia s’occupait de son nez, Angel entendit néanmoins la défense vigoureuse de la petite Rose Westwood. Elle ne mâcha pas ses mots l’Américaine ! Traiter les Yates de « snobs » les offensait sûrement. Quant aux parents Grisham, ils en prirent pour leur grade aussi !
Bel amour qu’ils démontraient là, en effet… Sans doute les Yates les avaient-ils remontés contre elle ?
Croire que Cassandra resterait muette après le monologue accusateur de Rose Westwood tenait de l’illusion :


Certes, elle a ce droit mais pas avec…ça !

Angel faillit tourner de l’œil pour de bon en entendant cette offense chargée du summum du mépris.

*Lâche ! Vipère ! Etouffe-toi avec ta langue fourchue !*


C’était facile pour qui est né le derrière dans le satin d’attaquer un orphelin ! Tant de bassesse scia Angel. Un coup si moche, ça devait faire un mal de chien. D’autant que Cassandra faisant fi des arguments de Magnolia remettait de l’huile sur le feu. J.O ne tint plus, c’était compréhensible :

Je suis ce que je suis et la seule qui a son mot à dire à ce sujet est Angel…d’aucune façon, vous, Lady Yates.

Pourquoi ne la bouclait-elle pas ? Non, il fallait qu’elle s’obstine à faire déborder le photographe :


Petit prétentieux…quelle audace, supposer que vous pourriez remplacer notre Preston…

Je ne veux remplacer personne, madame…et maintenant, allez vous faire…

*Bonne idée, mon chéri !*

Il fallait que ça cesse au plus vite ! Simulant une plus grande faiblesse que la réelle, elle se laissa aller davantage contre J.O qui réclama un docteur pour sa belle.

Les invités furent sans doute surpris de voir apparaître le fêté portant sa belle dans les bras tandis que ses mères réclamaient aide et assistance. Un beau mic mac eut lieu, à croire qu’Angel était à l’article de la mort. Très entourée, la jeune femme rongeait son frein tandis qu’elle subissait dans un coin l’examen d’un médecin. Verdict confirmé : hausse de tension exagérée. Il faudrait s’en tenir au calme pour une période plus prolongée et prenant régulièrement des médicaments.
Du coin de l’œil, Angel nota l’abattement de J.O. Il avait mal encaissé ces attaques…


*Ils me paieront ça !*

Le front unis des opposants à leur fréquentation revinrent se pointer, tels des défenseurs de la moralité :


Cette farce a assez duré, rentrez chez vous, Westwood…Angel viendra chez nous, à la maison, jusqu’à être remise de ses émotions…le bon sens reprendra le dessus !

NON !, c’est à elle de décider…c’est à Angel de me dire ce qu’elle veut…si elle désire aller avec vous, je ne ferai rien…si elle décide venir avec moi…je vous défie de vous y opposer.

Puisqu’il lui tendait une perche, elle ne rata pas l’occasion de s’exprimer :

Je veux ce que tu veux J.O ! Si tu veux de moi, je te suivrai pourvu que ce soit loin, très loin des œillères de ces gens qui prétendaient m’aimer !

BOUM ! La bombe était lâchée, tant pis pour les retombées.
Le regard de J.O sur elle exprimait… de la reconnaissance ? De la fierté ? En tout cas un amour infini.


Approche ! souffla-t-elle en se rallongeant sur la banquette où il l’avait posée. On doit quand même causer un peu (petit baiser). Oui, je vais te suivre et ce n’est pas seulement pour faire la nique à ces minables, tu t’en doutes. Mais je ne partirai pas sans Di ! Tu… comprends… ?

Oh oui, Mr Westwood était la compréhension personnifiée ! Il prenait tout le lot : femme, enfant, chien et chat ! Où les emmènerait-il ? A Bornéo, rien de moins !

Des dénégations s’élevèrent de tous les coins. Seule Opal était ravie de l’idée à part le jeune couple.

Mary Grisham tint à un tête-à-tête avec sa fille. D’entrée, elle ne cacha pas ses inquiétudes, cherchant à capter les motifs de sa rébellion :


Tu es enceinte, c’est ça ?

Estomaquée, Angel se retint difficilement de gifler sa mère :

Comment oses-tu croire ça, maman ? Je vais finir par me demander si tu m’as aimée.

Comment peux-tu dire ça ?

Après tout, c’est normal que je m’interroge, non ? Tu m’as cachée chez mamy Rose jusqu’à ce que j’entre à Poudlard. Je n’étais qu’une soi-disant orpheline… ça t’a fait quoi de savoir que mes parents vivaient encore quand vous m’avez adoptée, de savoir que vous avez participé à un rapt d’enfant ?

An… Angel tu… dépasses les limites !

Pas plus que tu ne les as dépassées pour J.O et moi, excuse-moi maman! Ça fait mal hein, que l’on te donne tort alors que tu sais avoir raison ! Peut-être finiras-tu par comprendre, par me comprendre !

Tu… tu pars vraiment, alors ? Mais Di… elle est si petite…

N’imagine pas un instant que je vais la laisser en arrière !


Face à la détermination d’Angel, Mary tomba les épaules :

Tu… nous enverras des nouvelles, n’est-ce pas ?

Des promesses s’échangèrent, un baiser aussi.
La salle s’était vidée.
Ce n’est pas pour autant que les amoureux eurent la paix…
Les deux Rose et Magnolia n’étaient pas prêtes à les lâcher.
La discussion dura toute la nuit, ou presque. J.O se montra très persuasif. Il n’avait pas lancé Bornéo au hasard. Que son copain Morrison soit derrière ce projet n’étonna les femmes qu’à moitié.
On dénicha un atlas de géographie, se pencha sur le Net, histoire de s’informer. Jeff s’occuperait des détails d’intendance pour loger couple, enfant et bestioles. A eux de s’équiper en conséquence.

Le jour du départ arriva en trombe. Angel était persuadée qu’il manquait un tas de choses dans les bagages. Pour leur dire au revoir, seules les mères, mamy et Opal se présentèrent à l’aéroport.
Cœur gros ? Evidemment, oui ! Quand on s’appelle Angel Grisham on ne change pas du jour au lendemain.

Exténuant ? Le mot est faible. Heureusement J.O se démontra un bel entrain en déchargeant Angel de la pétulante Diana durant les trois quarts de ce voyage à rallonge. Les hôtesses, charmantes, se prirent d’ailleurs d’affection pour cette petite famille sympathique en les gâtant à tout venant.
Sap n’avait pas souffert des vols, on ne l’avait pas perdu en route non plus. Angel s’était résignée à laisser sa chatte Alba à sa grand-mère. Une gosse représentait déjà du travail, un chien fou encore plus, alors un chat…


Voilà, madame…Bienvenue à Kalimantan !

Bornéo est la 4ème plus grande île au monde après l’Australie, le Groenland et la Nouvelle-Guinée.
Située en Insulinde, ce pays en contient en fait quatre.
L’endroit qui nous intéresse ici appartient à l’Indonésie.
L’aéroport de Pontianak n’est qu’à 15 minutes en taxi du centre ville. Bigarrée, souriante, la capitale du Kalimantan occidental fut rejointe relativement rapidement.
Jeff Morrison n’avait pas lésiné dans son choix d’hôtel. Il ne leur avait rien de moins réservé qu’une suite au Mercure. Di jubila en voyant l’immense lit de la chambre : on pouvait y tenir à quatre sans se cogner. Climatisation(ouf !) sanitaires complets, un salon détente avec bar, télé et internet : que demander de mieux ? La vue sur la piscine leur aurait bien donné des envies d’une baignade si la fatigue ne les avait autant écrasés. J.O, contrit, regarda le grand canapé qui serait son lot probable.
Angel le surprit en annonçant :


On est tous tellement vannés que l’on peut bien squatter le matelas ensemble… une fois n’est pas coutume !

Il ne fallut pas le dire deux fois, SaP y sauta en premier suivi d’une Di enchantée de dormir avec le toutou. Aucun commentaire de la part de J.O sauf qu’il défendit furieusement sa place contre Angel au grand déplaisir du chien.

Combien de temps écrasèrent-ils ? Longtemps assurément puisqu’il faisait grand jour quand Miss Yates secoua sa mère :


Di a faim ! SaP veut faire pipi !


J.O, réveille-toi ! Hey, marmotte ! Ton chien doit faire son petit tour.

Pas de réaction. Inquiétude…


J ? T’es pas malade au moins, qu’est-ce que tu… ?

Le baiser la prit de court. Elle y répondit en riant :


Arrête, coquin ! Un peu de tenue quand même !

L’atmosphère était détendue. Reposés, les « touristes » commencèrent une agréable journée.
En juillet, la température extérieure peut s’élever jusqu’à 29°C. Pontianak bénéficie heureusement de la brise marine qui chasse la touffeur humide commune à l’intérieur des terres. Leurs balades s’en trouvèrent facilitée sauf qu’il fallut se rendre à l’évidence, le lévrier afghan souffrait. Langue pendante, haletant mieux qu’un phoque, il commençait à traîner la patte.
Même si J.O l’avait habitué à des climats extrêmes, les caractéristiques de la race font que ce noble animal préfère les climats froids… Sacrifier la splendide toison de Khan semblait horrifier son maître. La tonte serait un sacrilège à ses yeux !
Angel imaginait mal le fier SaP rasé… On trouva un arrangement provisoire en lui distillant des sortilèges rafraîchissants de temps à autres.
La visite de la ville fut marquante. Di était éberluée de croiser tant de gens au teint coloré qui disaient des trucs incompréhensibles. Cette chaleur humaine contrastait agréablement avec la froideur anglaise. Partout des sourires, des invitations à goûter ça ou ça…
Fallait se méfier quand même…
Dans le guide acheté avant le départ, et qu’Angel avait eu tout le loisir de dévorer de long en large dans les avions quand Di lui en laissait l’occasion, on prêchait la prudence en ville. Les pickpockets étaient légions et n’hésitaient pas à détrousser le touriste même entouré de voisins quitte à le menacer d’un couteau.
Par bonheur… pour les voleurs, les sorciers n’eurent pas à se défendre ce jour-là.
La visite du marché local les enivra de saveurs épicées, un tour à l’obélisque marquant le passage de l’équateur au cœur de la cité donna une belle leçon de géographie à Miss Yates.
Ils rentrèrent à l’hôtel passablement fourbus. L’acclimatation était nécessaire avant de passer aux choses sérieuses : le travail de J.O.
Il ne lui avait pas caché escompter joindre l’utile à l’agréable. Après tout, Jeff Morrison allongeait les frais donc, rien d’étonnant à ce que du boulot soit donné en retour.

On fit un peu de trempette en piscine, but quelques cocktails puis monta se changer pour le dîner.
Di avait sommeil, impossible de descendre au restaurant en la laissant seule à l’étage.
J.O prit les dispositions voulues : ils seraient servis en chambre.
Un potage, deux feuilles de salade, Di piqua du nez dans l’assiette.
La gamine déposée dans le grand lit, le couple savoura le repas proposé.
Musique douce en fond, ils parlèrent du lendemain :

Visiter le centre de revalidation des orangs-outans ?... Oui, ce serait une bonne préparation… Tu sais que ça ne me botte pas trop que tu partes seul avec un guide… J’ai lu des trucs sur la faune locale. Tu disais que ce serait sans dangers mais… ( sa voix s’étrangla) c’est faux.

Les mains se joignirent sur la nappe blanche. Yeux dans les yeux, pourquoi causer ?
Il tenta de minimiser les risques, elle rit(jaune) :


…Tu parles ! Pythons, alligators, serpents à gogo, et tu crois que je vais te laisser affronter tout ça sans moi ? Tu rêves, mon… ami.

Le dessert resta dans les assiettes, le désir les poussait à… danser au rythme de la musique lascive à souhait. Des petits bisous s’échangèrent, doux prémices à d’autres voluptés. Le tempo du cœur d’Angel s’accéléra sous les caresses de plus en plus poussées de son compagnon.
Que c’était bon de dériver sans penser à rien… Rien qu’au moment partagé à se plaire mutuellement.
Une bretelle de la robe d’Angel chut. Parcourant l’épaule dénudée de ses lèvres enflammées, J.O la fit frissonner toute.
Pourquoi résister à l’attirance qui les vrillait l’un à l’autre ?
Angel sentit ses barrières s’effondrer peu à peu. Après tout… puisque pour tous elle n’était qu’une fille perdue… Autant leur donner raison !
Elle répondit avec passion aux baisers d’un J.O consciencieux à éveiller en elle… un nouvel appétit.
Deux ans d’abstinence, ça creuse ? Pas Angel. Nonne ? Non plus !
Divine dérive… Caresses savoureuses … Le canapé leur tendait ses coussins, ils s’y abattirent avec entrain.


J.O… ça fait longtemps que j’ai pas… fait ça... M’en veut pas si je suis nulle, je… *Mon Dieu !*

Pour audacieux, les attouchements le furent!
Envolées timidités, réticences. Telle une fleur desséchée enfin abreuvée Angel s’ouvrit…


MAaaaMAN !


Hein ? Arrêt sur image, Angel se redressa. Rajustée en vitesse, elle courut à la chambre. Son bébé pleurait, souillée du menton au nombril :

Di… J’ai craché… j’ai mal au ventre…

Turista quand tu nous tiens !
Un recurvite arrangea la tenue de Di qui poursuivit ses évacuations à la salle de bains. Dans ses bagages, Mrs Yates n’avait pas omis d’emporter des potions.
Propre et soignée, Di réintégra des draps frais où elle ne tarda pas à se rendormir.
Pour Angel et J.O l’instant magique était passé.
Confuse, attristée de décevoir le jeune homme dont elle pressentait la frustration, elle soupira
:

Ce sera pour une autre fois… ne m’en veux pas…

Sans insister J.O se transforma. Le gros chat vint tourner dans se pieds, cherchant sa chaleur, quémandant une caresse. Elle lui en distribua des tas. L’entendre ronronner la détendit un peu. Ils s’allongèrent près de la fillette ; Angel gratta longuement l’arrière de l’oreille du félin câlin avant de s’endormir aussi.

Le lendemain matin, frais et dispos, on s’offrit une visite au zoo local. Rien de mieux pour préparer le photographe à son futur reportage.
Le centre de revalidation des orangs-outans les fascina. Un personnel très attentif veillait au bien-être de ces grands singes en voie de disparition. Chassés de leur habitat naturel par une déforestation massive, traqués par des braconniers sans honneur, beaucoup de primates étaient déboussolés.
Quand on sait qu’il faut 7 ou 8 ans à un orang-outan pour devenir indépendant, on peut comprendre le désarroi de beaucoup de « jeunes ». Privé de mères initiatrices, ces pauvres animaux seraient incapables de survivre seuls.
Les « mères » de remplacement ne manquaient pas, heureusement !
Il suffisait de voir l’allégresse des singes, leur agilité incroyable, pour admirer le travail de ces gens.
Bonds fabuleux, quête de nourriture, fraternité rien ne leur manquait sinon leur forêt natale.
Di tomba amoureuse d’un bébé nommé « Alf » Tout comme à st Thomas elle s’était éprise des lions de mer, elle en voulut un pareil à ramener à la maison. Bien évidemment : pas question !
Il fallut distraire la miss sous peine d’une crise. Les attractions ne manquaient pas. Même si ce parc se voulait surtout éducatif, il offrait aussi beaucoup de lieux ludiques. Pas question de s’y balader comme dans un zoo « normal ». Là, il fallait être silencieux et observateur si l’on voulait avoir la chance d’apercevoir la faune environnante.
Angel capta l’attention de la gamine en lui faisant contempler des plantes carnivores :


Tu vois, l’insecte a senti le nectar. Il ne sait pas y résister. Ne bouge pas…

Di parut horrifiée de voir l’insecte gobé. Patiente, Angel lui expliqua les dures lois de la nature : manger ou être mangé !
Ils en virent des bestioles, des plantes… Mais penser captiver une enfant d’à peine 3 ans des heures durant tenait du rêve… On reprit la voiture de location pour aller voir la mer.
J.O fixa de son objectif les ébats de ses filles. Angel savait qu’il partirait le lendemain affronter le vrai terrain.
Quel dilemme !
Tout en jouant avec sa fille, elle ne pouvait s’empêcher de penser. Il avait promis de rentrer tous les soirs en transplanant, mais… Le laisser seul l’affolait. Laisser Di était impossible, l’emmener folie !
Que représentait-elle au juste pour J.O ? Plus qu’un amusement de passage, c’était clair. Mais… Jamais il ne lui avait dit l’aimer…
Bête de gamberger là-dessus ? Peut-être. Certes il avait prouvé à maintes reprises son attachement. Cela signifiait-il pour autant qu’il se sente prêt à assumer un rôle permanent ?
Angel ne voulait plus souffrir les absences, l’angoisse des « que fait-il ? »
Son lot était-il de choisir des aventuriers ? Sans doute…
Elle était amoureuse.
Qu’est-ce qui lui plaisait en J.O ? Son physique n’y était pas étranger, certes. Possédait-il quelque chose en plus que Preston ?.. . Oui ! D’abord, J.O était nettement moins guindé. Il accueillait les nouveautés avec sérénité et curiosité… juvénile. Question sérieux ou loufoque, il jonglait entre les deux avec brio. Réfléchi et têtu à la fois, il savait ce qu’il voulait sans s’embarrasser de diplomatie à l’inverse de Mr Yates qui décortiquait tout avant de se lancer…
Elle s’en voulait de les comparer mais… Comment faire autrement ?

Une discussion s’imposa au retour à l’hôtel.

Sirotant un cocktail de fruit sur le balcon pendant que Di et Sap s’accordaient une sieste, elle soupira :

Tu pars toujours demain… ? J’aimerais te suivre mais je ne peux pas, tu te doutes pourquoi. A moins de dépenser une énergie magique dingue en protégo sur Di, c’est impossible… Ce que je vais faire de la journée ? Ben… visiter !

Monsieur n’était pas tout à fait d’accord. Selon lui, la ville était trop dangereuse même pour une sorcière aguerrie. Il refusait qu’elle s’aventure dehors rien qu’avec Diana et le chien.

Tu veux que je fasse tapisserie pendant que monsieur mitraille à tout va ? Tu rigoles !

Il était très sérieux, au contraire. Il lui brossa un tableau à faire dresser les cheveux de n’importe qui, ce qui la fit marrer :

Tu exagères ou tu m’as menti. Je croyais l’endroit sans danger…


Qu’il était touchant dans ses tentatives d’explications.

Ça fait rien ! Je pense réussir à m’habituer. Mais si tu te casses encore la figure, je viendrai… te botter le train !

Oups ! Quel baiser renversant. De quoi donner des idées à n’importe qui…

PAPAAAAAAAAAAA !

Angel s’écarta en riant devant la mine perturbée de J.O :

Vas-y ! C’est à toi que ça s’adresse cette fois !

À qui d’autre ce pouvait-il être ? Di ne connaissait pas son père depuis l’âge de six mois. Elle avait reçu toutes les réponses à ses questions. Qu’elle fasse un amalgame bizarre n’était pas surprenant. Pour cette enfant, une maman vit avec un papa, donc…
À moitié décomposé, Mr Westwood fonça dans la chambre. Il en revint… mitigé quelques minutes plus tard : il s’agissait d’un cauchemar.


Un python la dévorait ? Tu vois… Ce qu’elle apprend ici la travaille, c’est normal. Non, non… je ne te reproche rien, je ne regrette rien*pas encore*


5 heures du matin.
Sac à dos paré, J.O reçut son doux baiser.


Bonne chasse, mon chéri. Si t’es pas là à 18 heures, attends-toi à la cavalerie !

Il s’évapora en un clin d’œil, elle resta la larme prête à déborder.

S’occuper, ne pas penser.
Avec Di et SaP, ce fut facile.
La journée fila entre visites au marché, pâtés de sable et renseignements…

Des nounous, Angel en rencontra beaucoup. Aucune ne la satisfaisait. Les Malaises sont bien gentille, mais…
En désespoir de cause, Angel expédia un mail dont la réponse l’enchanta.

A 18 heures tapantes, J.O se matérialisa. Il subit un examen en règle. Pas une égratignure, piqûre ou autre bobo, ouf !
Content de ses contacts locaux, Mr Westwood se sentait crasseux et voulait un bain. Angel s’empressa de le combler en répondant à ses questions en manipulant les robinets :


Moi ? … J’ai joué avec Di, on s’est fait détrousser dans le super marché, j’ai été violée trois fois, sinon ça va. Et toi ?

D’’abord estomaqué, J.O rigola comme un fou en racontant ses anecdotes personnelles.
Lui savonner le dos ? Pourquoi pas ? Elle attendit cependant sagement qu’il soit complètement immergé avec de la mousse jusqu’au cou pour se retourner vers lui.
Tout à sa tâche, Angel compléta
:

Je déteste te savoir loin. Demain, que tu le veuilles ou pas, j’irai avec toi. J’ai trouvé la personne parfaite pour s’occuper de Di… Tes mères ? La mienne ? Tu rêves mon chéri !

Le chéri devait avoir des idées pendables derrière la tête. Avant qu’elle ait pu dire ouf, il lui attrapa le bras et la fit basculer dans la baignoire. Beau splatch que suivit un baiser à couper le souffle. Elle riait encore quand la porte s’ouvrit à la volée :

Je dérange pas, j’espère ! T’as mis où ton truc contre la turista ? J’ai bu un verre avec des glaçons. Ils sont contaminés ou pas ?

Opal dans toute sa splendeur hilare contempla les deux « noyés » et fila avant de se prendre une savonnette à la figure.

Le repas fut très joyeux entre les quatre humains installés au restaurant de l’hôtel. Miss McLane expliqua sa venue :


Dès que j’ai eu le coup de fil d’Angel, j’ai réglé mes affaires. Erik tiendra la boutique, il est très compétant. J’ai pris un portoloin pour aller plus vite mais je ne m’attendais pas à vous trouver à l’eau… ensemble !

Ben moi non plus ! avoua Angel faussement fâchée. Merci d’avoir répondu positivement. On rentrera tous les soirs saut cata mais tu seras prévenue. Dès que J.O aura trouvé où nous planter le campement, tu seras libérée.

Prenez votre temps, Di et moi on va beaucoup s’amuser, hein ma puce ?


Parfaite dans son rôle de nounou, Opal expédia proprement le couple dehors. Elle veillerait, ils pouvaient aller se promener où bon leur semblerait.

Main dans la main ou avec un bras autour de la taille, les amoureux sillonnèrent le quartier animé.
Regardant distraitement les boutiques, Angel apprit ainsi que les repérages effectués dans la journée offraient des possibilités intéressantes. James avait déniché un guide issu des dayaks ancestraux. Jugé honnête, et inoffensif, Kiro l’attendait le lendemain afin d’explorer la forêt proche de Kuching. Des singes sauvages devaient s’y trouver.


Un Dayak comme guide ? Tu es sûr qu’il n’en veut pas à ta tête ? Ce serait si dommage de la voir fichée dans une pique du village. Je l’adore trop où elle est : entre tes épaules !

Elle faisait référence à ses lectures concernant le rituel tribal qui consistait à ce que les « jeunes » ramènent des têtes coupées en signe de maturité. Homme, femme, enfant, peu importait du moment que l’on en rapportait un trophée…
Assurant que ces coutumes avaient disparus depuis la seconde guerre mondiale, aucun danger ne menacerait.

Le lendemain, bardée de pied en cape pour l’expédition, Angel embrassa le front de Di endormie avant de serrer Opal contre elle :


Je compte sur toi, ma belle. On sera là à 18 heures. Si contrordre, on te préviendra.

Un transplanage plus tard, J.O et Angel se matérialisèrent en pleine forêt.



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MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptyVen 7 Jan - 15:01

Pour un changement de décor, celui là en était un assez marquant. Surtout pour la petite Di. Angel, elle avait quand même vu un peu plus de monde mais avoua n’avoir jamais été dans une contrée si lointaine. J.O lui, n’avait jamais eu de problème pour s’adapter où que ce soit et cette jungle ressemblait à d’autres, donc, pas de souci. SaP agréait les déplacements en chien de monde qu’il était, d’autant que la dernière partie du voyage il avait partagé les conforts de la cabine et démontré que même fou, il pouvait se comporter à la hauteur de sa dignité.

Morrison, trop content de le compter à nouveau dans les rangs des actifs, et sûr d’obtenir une prestation équivalente à ses aspirations, n’avait pas lambiné pour leur fournir des installations tout confort. En plus, J.O soupçonnait son boss et ami d’être pris dans son rôle de Cupidon à l’appui…pas à dire, ils faisaient légion, ceux là !

À peine arrivés, il fallut se rendre à l’évidence qu’on n’irait pas plus loin pour ce qui restait de la journée. Le voyage avait été long. Exténuant, pour l’enfant, pour eux, pour SaP. Pas question de songer à faire trempette dans la belle piscine, si tentante pourtant. L’énorme lit était bien plus attirant en ce moment. Di volait s’y installer suivie de SaP. Lui prenait mentalement les mesures du divan , se résignant à s’y caser quand Angel fit une annonce surprenante.

On est tous tellement vannés que l’on peut bien squatter le matelas ensemble… une fois n’est pas coutume !

Pas lui laisser le temps de reconsidérer la question ! Évinçant le toutou qui voulait tout pour lui, J.O s’installa, en toute joie de cœur auprès de Mrs. Yates…et s’endormit comme une souche aussitôt la tête sur l’oreiller.

Doux réveil !

Di a faim ! SaP veut faire pipi !

J.O, réveille-toi ! Hey, marmotte ! Ton chien doit faire son petit tour.

Il s’en fichait, du chien. C’était si bon, ce réveil en masse, comme une vraie famille. Angel n’y allait pas de main morte et le secouait de son mieux, sauf que lui n’avait aucune envie d’abandonner ce cocon douillet et la compagnie. Elle s’inquiétait, peut être secouée par ses misères passées, la jeune femme sembla penser qu’il avait été terrassé par quelque mal fulminant, autant la tirer de ses doutes et la meilleure façon qu’il trouva fut tout simplement de l’embrasser. Délicieuse réponse au lieu de la baffe attendue, elle riait :

Arrête, coquin ! Un peu de tenue quand même !

Sourire d’ange innocent. Di semblait soudain très intéressée par cette nouvelle tournure, après tout qu’un homme partage leur lit et embrasse sa mère n’entrait pas dans ses habitudes. SaP mit fin aux réjouissances en léchant tout le monde avant de filer vers la porte. Le message ne pouvait être plus clair. Encore flottant au creux du rêve, J.O attacha la laisse de sa bête poilue et descendit faire le petit tour réglementaire.

Belle journée en perspective. Le climat était humide à souhait et la chaleur était tolérable merci la proximité de la mer. Tous semblaient ravis, sauf SaP qui ne se sentait définitivement pas trop à l’aise sous sa toison fournie. Pas question de le tondre, quand même. Cela tiendrait du sacrilège absolu. Pas sorciers pour rien, on lui envoya de temps à autre des agréables petits sortilèges rafraîchissants et le tour était joué.

Balade de découverte. Il l’avait fait tant de fois. Seul. Et c’était vraiment différent en cette occasion. Di, juchée sur ses épaules, poussant des cris ravis, posant des questions, Angel de sa main, tenant la laisse de SaP. Ça faisait petite famille. Ça faisait du bien. Ça faisait nouvelle expérience et il ne s’en plaignait pas le moins du monde.

Des touristes, il y en avait à foison. Subissant tous le même traitement de la part de la foule bigarrée et souriante. Ils sont très engageants, ces indonésiens, mais comme partout ailleurs, se méfier était de mise. On ne s’aventura pas à goûter les mets présentés au marché local, aucun besoin de choper une gastro-entérite d’entrée et pour le bonheur de tout le monde, aucun pickpocket ne voulut faire des siennes.

De retour à l’hôte, on fit plaisir à Di en allant prendre un bain dans la piscine où elle batifola gaiement aux bons soins de J.O, pour les effets, promu en nounou à demeure. La petite était un délice et s’attachait de plus en plus à lui…et lui, à elle. Angel contemplait la scène dès son transat, en sirotant des cocktails. Au bout d’un bon moment, il confia Di à deux petites hollandaises qui jouaient aussi à la piscine et sortit rejoindre la belle.

Elle est infatigable, Di…Pas de souci, ces deux là la tiendront à l’œil.

Angel lui tendit un cocktail. Il faisait bon vivre, en cet instant là mais il faudrait bien y penser, à son travail mais J.O ne se sentait pas trop d’esprit pour envisager ses futures aventures exotiques. Il aurait bien le temps pour cela, après.

Après les aventures de la journée, Di se déclara forfait. Vive le room service. Deux bouchées d’avalées, la petite miss fut emmenée au lit par sa mère. À eux de se régaler avec l’exquis repas tout en bavardant. Ineffablement on tomba sur le thème travail.


Tu sais que j’aimerais pouvoir rester tout le temps avec vous mais suis sûr que Jeff attend quelque chose d’autre que mes photos de vacances.

Impossible ne pas être d’accord avec ça même s’il pressentait qu’Angel n’était pas exactement ravie de cet arrangement. Peut être se repentait elle déjà d’avoir cédé à une impulsion rien que pour contrarier parents et beaux-parents?

J.O parla du centre d’accueil pour orang-outans, cela leur ferait une gentille expédition pour le lendemain. Di adorerait à coup sûr ces bestioles à la mimique tordante. La jeune femme fut d’accord sur ce point mais d’autres la tracassaient.

Tu sais que ça ne me botte pas trop que tu partes seul avec un guide.

Rose et Magnolia disaient la même chose, à chaque coup et quelques fois, il avait fallu leur donner raison.

Je ne vais que faire des photos, ma douce…pas poursuivre des réducteurs de têtes !

Petite moue.

J’ai lu des trucs sur la faune locale. Tu disais que ce serait sans dangers mais… c’est faux.

Voix étranglée, elle était à point de pleurer. Il prit sa main sur la table, la serrant doucement.

Des dangers, il y en a partout…faut pas exagérer quand même ! Il y a pas de taxis, là…pas de souci !

Elle n’avait pas envie de rire et s’était bien renseignée, sa vie avec Preston lui avait certainement appris à être pointilleuse au détail.

Tu parles ! Pythons, alligators, serpents à gogo, et tu crois que je vais te laisser affronter tout ça sans moi ? Tu rêves, mon… ami.

Serrant ses doigts il porta sa main aux lèvres, absolument ému par ses paroles.

On fait quoi, alors ? Le numéro de Tarzan et Jane ?

Qui sait ? Peut être l’idée n’était pas mauvaise du tout mais pour le moment on n’en était pas, à ces considérations. Le scénario était trop parfait comme pour avoir d’autres réflexions en tête et cela n’avait absolument rien à voir avec les habitants de la jungle.

Une soirée, pas trop lointaine, à St.Thomas leur avait laissé découvrir qu’ils s’accordaient à la perfection pour la danse. Ce soir là, à Pontianak, ils n’avaient pas une assemblée admirative pour suivre leurs évolutions. Nuit embaumée, brise tiède, musique invitante. Un baiser, suivi d’un autre et encore d’autres. Elle ne le repoussa pas. J.O sentit son cœur battre la chamade…Serait ce possible qu’Angel accepte enfin d’approfondir leur relation ? Il avait beau savoir qu’elle l’aimait mais jusque là, la jeune femme s’était montrée assez réticente et il avait judicieusement respecté cela. De doux, baisers et caresses, passèrent à consciencieux et rapidement, au son de la mélodie, cela tournait à l’échange torride.

Le divan les accueillit. Voluptueuse étreinte, pleine de promesses et puis une petite voix, presque timide même si démentie par l’éclat sublime de son regard.

J.O… ça fait longtemps que j’ai pas… fait ça... M’en veux pas si je suis nulle, je…

Tu ne peux jamais être nulle…tu es merveilleuse !

Il n’allait tout de même pas lui dire que faire l’amour c’est comme faire du vélo, on oublie jamais comment se débrouiller…mais cela aurait été un peu antiromantique ! Autant mieux lui prouver cette saine théorie en la mettant en pratique, sans brusquerie ni précipitation, se délectant de cet instant magique où il la découvrait en toute plénitude…

MAaaaMAN !

Mieux qu’un baquet d’eau glacée, ce cri brisa la magie parfaite. J.On aurait pu en pleurer de dépit mais ne fit rien pour retenir Angel qui fila vers la chambre, au secours de sa fille. Il se donna un instant pour se remettre les idées en place avant d’aller rejoindre les filles de sa vie. Di faisait une indigestion. Elle avait vomi et était affolée. Mère accomplie, Angel diagnostiqua une « Turista », même avec toutes les précautions prises personne n’est exempt de choper ça. J.O n’avait de sa vie eu à se plaindre d’un truc pareil mais il était de nature coriace.

Maman n’avait omis détail. Potions à la clé, sortilèges adéquats et le tour était joué pratiquement en un clin d’œil. Au bout d’un moment, Di, dûment réconfortée dormait de nouveau comme un ange.


Elle le rejoignit sur la terrasse, d’où il contemplait les étoiles.

Ce sera pour une autre fois… ne m’en veux pas…

Il lui entoura les épaules de son bras et l’attirant contre lui, déposa un baiser sa tempe.

Je ne pourrais jamais t’en vouloir, mon ange mais je veux à tout prix dormir avec toi et il n’y a qu’une seule façon pour y arriver…

Dernier baiser volé avant de se transformer en Gros Minet. Le message était clair. Elle accepta, sans protester cet arrangement si...sorcier. Ce fut une panthère des neiges très satisfaite qui s’endormit en ronronnant. Il y a des petits bonheurs dans la vie...quand même !

Le lendemain débuta avec une visite au zoo, centre d’accueil. Endroit fascinant, le moindre à dire. Le personnel, très engagé, faisait des miracles pour ces magnifiques primates, quittes à disparaître merci déforestation sans discrimination. Et si cela avait été seulement cela. Victime du braconnage la population diminuait dramatiquement. On en racontait des histoires assez atroces comme pour vous presque dégoûter d’être…un être humain ! Bébés orang-outan arrachés à leur mère abattue, pour être vendus à zoos, cirques ou comme animaux de compagnie mais la plupart, avec des minimes possibilités de survie.

C’était un régal photographier ces sympathiques singes, qui se montraient en outre, en rien timides. La plupart d’entre eux avaient grandi plus près des humains que se leurs semblables. Sans doute, très habitués à être dans la mire d’un téléobjectif, certains posaient volontiers et démontraient un fameux talent. Di tomba sous le charme, impossible autrement et s’enticha d’un petit exemplaire très marrant. S’il n’avait tenu qu’à elle, on l’aurait embarqué illico. Pourparlers diplomatiques avec la petite miss, crise en portes palliée force patience maternelle. J.O lui, immortalisait le moment.


On fit un petit tour à la plage mais le soleil tapait dur et Di était fatiguée. Tout était si nouveau pour lui pendant ce voyage. C’était une découverte de sensations, de sentiments, d’expériences inédites. À moment donné, sans qu’Angel s’en aperçoive, il capta en toute clarté son expression, mélange de sourire et émoi. Elle riait avec sa fille mais plus d’une idée devait lui trotter derrière la tête, son regard exprimait un émoi certain. Lequel ? Avoir laissé sa vie placide et rangée pour le suivre sur les sentiers incertains de l’aventure ? Ou peut être pensait elle à son premier mari, adoré et perdu si tragiquement ? Ou qui sait si elle envisageait la meilleure façon de lui dire de continuer seul ses randonnées, qu’elle y avait réfléchi et que ce serait le mieux pour eux ? Cette idée le tarauda vilainement pendant le reste de la balade et encore quand ils rentrèrent à l’hôtel.

SaP et Di dormaient la sieste. Eux, au balcon, sirotaient un cocktail et chacun semblait chercher ses mots. Elle commença, en soupirant.

Tu pars toujours demain… ?

Ben, oui, faut bien !, admit il en essayant de ne pas soupirer à son tour.

La suite l’enchanta, ou pour le moins soulagea ses doutes.

J’aimerais te suivre mais je ne peux pas, tu te doutes pourquoi. À moins de dépenser une énergie magique dingue en protégo sur Di, c’est impossible…

*C’était donc ça qui la tracassait !? Elle tient donc à toi ! Ouf !*


Là, tu as raison. Ce n’est pas pour une enfant de son âge…à moi aussi ça me ferait plaisir si tu pouvais venir avec moi mais je comprends que c’est impossible. Je n’y resterai que la journée, comme promis, le soir tombe je transplane, tant pis sur le guide hurle au diable. Et, en quoi penses-tu employer ton temps ?

Avec un sourire, elle lui confia ses projets.

Ce que je vais faire de la journée ? Ben… visiter !

Ah, non ! Ça jamais. Toi seule, là dehors avec Di et ce fou de SaP ? Tu t’imagines la tentation que ce serait pour tous les crétins et malfaiteurs du coin?…Je sais que tu es une sorcière mais ça ne change rien…Pas question. Tu restes sagement ici et on n’en parle plus.

Tu veux que je fasse tapisserie pendant que monsieur mitraille à tout va ? Tu rigoles !

Tu me vois rire ? C’est pas de la blague, Angel…cette ville est dangereuse, encore plus pour une jolie fille blanche et une enfant comme Di, on va pas penser où finirait SaP mais le plus sûr qu’en ragoût. Tu n’as jamais entendu de la traite de femmes ? Ben laisse moi te dire que c’est une activité très prisée dans le coin…On t’enlève, on te drogue, on te vend…et personne n’entend plus jamais parler de toi…et il en irait de même pour la petite…

Tu exagères ou tu m’as menti. Je croyais l’endroit sans danger…

Aucun endroit n’est sans danger, ma chérie…aucun, faut pas tenter la chance…Promets moi que tu ne feras pas de folies…si tu veux sortir…fais le, mais laisse toi accompagner par un employé de l’hôtel et ne va pas trop loin…Ou mieux…ennuie toi ici, en sûreté…

Ça fait rien ! Je pense réussir à m’habituer. Mais si tu te casses encore la figure, je viendrai… te botter le train !

Alors, je vais me foutre en l’air à chaque deuxième pas !

Et de la prendre dans ses bras pour l’embrasser à en perdre haleine…

PAPAAAAAAAAAAA !

Cette gamine avait définitivement le don de l’interruption…sauf que là…

Qu’est ce qu’elle...a dit ?

Il devait en tirer, une tête, parce qu’elle éclata de rire.

Vas-y ! C’est à toi que ça s’adresse cette fois !

*Papa !?!?...Ça sonne…euh…super !?*

Diana n’avait que trois ans et ne gardait aucun souvenir de son père, sauf les photos de lui et les histoires qu’on lui avait raconté. Pour un enfant, la logique des choses est…logique, sans trop d’explications et bien, elle se las trouvait toute seule.

La petite pleurnichait, encore à moitié endormie alors que SaP, toujours si plein de bonnes intentions, lui léchait le visage.

Ma puce…qu’est ce qu’il y a ?

Elle s’accrocha à lui comme à bouée de sauvetage et raconta entre hoquets son cauchemar : un gros serpent les gobait elle et SaP.

Mais non, voyons…il n’y a aucun serpent ici...et regarde, SaP est là, tout entier lui aussi.

La consoler lui prit quelques minutes, sans trop savoir comment s’y prendre, pour lui c’était toute une première mais Di finit par se rendormir lovée contre le flanc réconfortant de SaP qui était ravi de ce rôle d’ange gardien.

Angel attendait tranquillement son retour, confiante qu’il ait bien assumé la tâche.

Un cauchemar. Un serpent qui les avalait elle et SaP.

Un python la dévorait ? Tu vois… Ce qu’elle apprend ici la travaille, c’est normal. Non, non… je ne te reproche rien, je ne regrette rien.

Il lui flatta doucement la joue.

Puisses tu ne jamais le faire !

Mais il se doutait bien, que cela viendrait, tôt ou tard, les regrets.

L’aube ne tarderait pas quand il fut prêt à partir.

Bonne chasse, mon chéri. Si t’es pas là à 18 heures, attends-toi à la cavalerie !

Un baiser plus tard et il était en chemin. Son guide, un jeune malais répondant au nom de Sarok l’attendait devant l’hôtel. Ce n’était pas sa première expédition, il connaissait les lieux comme sa poche et était un véritable moulin à paroles. Pour ne pas parler de sa façon de conduire. Pour son grand bonheur, J.O s’avéra être un homme plein de patience et sans froid aux yeux. Posant des questions pertinentes, donnant son avis et ne bronchant même pas quand il dépassa à des vitesses suicides un camion, dans un virage.

La journée se passa à prendre des repères, à envisager un futur campement, reconnaître le périmètre choisi et attendre. Des photos, il en prit mais qu’on le damne s’il vit un orang-outan, c’était assez décevant mais on pouvait s’y attendre, selon Sarok. Il y en avait chaque fois moins…comme s’il ne l’avait pas su.

Il ne pouvait pas tout bonnement planquer Sarok et transplaner en ville comme si rien. Sur le chemin du retour, pris d’assez bonne heure, son guide de fortune se déclara consterné par le manque de succès de leur journée mais assura connaître l’homme qu’il lui fallait. Kiro, un jeune Dayak qui se ferait, moyennant un bon arrangement, le plaisir de l’emmener à la forêt de Kushing, dans la province de Sarawak, juste chez les voisins d’á côté. C’est quoi une frontière ? Pour un sorcier…rien ! Arrivés en ville on contacta l’homme qui n’avait aucun empêchement, surtout si on tenait compte que la paye était bonne. J.O connaissait les lieux assez bien comme pour arriver à l’endroit fixé pour le rendez vous. Il était presque 18 :00, autant rentrer à temps avant qu’Angel ne tienne sa promesse d’envoyer la cavalerie.

Pour une fois, il rentrait intact, ce qui sembla la combler de bonheur. J.O raconta sa journée, sans vouloir la voir comme une déception ou encore perte de temps.

Mais Sarok m’a mis en contact avec un autre gars au Sarawak. On ira à la forêt de Kuching, selon lui, là on trouver tous les orang-outans qu’on n’aura pas vu aujourd’hui…Oui, il faisait passablement chaud …un bain ne va me faire aucun mal.

Enjouée, elle offrit de s’en occuper. Ravi, il la suivit dans la salle de bains tout en continuant de bavarder.

Qu’est ce que tu as fait finalement ?

S’il s’attendait au gentil rapport d’une journée paisible, il fut servi.

Moi ? … J’ai joué avec Di, on s’est fait détrousser dans le super marché, j’ai été violée trois fois, sinon ça va. Et toi ?

Elle en avait des idées de lui lâcher ça d’un petit ton si…impénitent, se payant bellement sa tête qu’il ne put qu’éclater de rire. Qu’Angel propose lui savonner le dos le surprit mais avant qu’elle ne change d’avis, il plongeait déjà dans la grande baignoire, amusé de voir qu’elle tournait le dos. Adorable femme, timide, douce et si résolue en même temps !

Il ne se souvenait plus de la dernière fois qu’une femme lui avait savonné le dos. Probablement cela avait été Magnolia ou Rose. Les relations qu’il avait entretenues avec la gent féminine n’avait pas donné le temps à ce genre d’intimité bienfaisante. Il aurait pu s’endormir, bercé par tant de douceur mais voilà qu’elle frottait avec plus d’énergie tout en avouant l’inattendu.

Je déteste te savoir loin. Demain, que tu le veuilles ou pas, j’irai avec toi. J’ai trouvé la personne parfaite pour s’occuper de Di…

Hein !? La personne parfaite ? Ne me dis pas que tu as fait appel…à Rose ou à Magnolia, ou aux deux ? Ta mère, peut être ?

Elle rigola.

Tes mères ? La mienne ? Tu rêves mon chéri !

Chéri ? Oui, il rêvait définitivement ! Et comme quand on rêve on fait ce qu’on veut…d’un tour de bras, il l’avait fait basculer dans l’eau et avant qu’elle ne songe à s’échapper ou protester l’avait bâillonnée d’un baiser à lui faire tourner la tête qui ne fut pas repoussé. C’était merveilleux de l’entendre rire…Ils y étaient encore à rie comme des gosses heureux quand la porte s’ouvrit sans préavis et la dernière personne au monde que J.O se serait attendu à voir se pointa dans la salle de bain, hilare.

Je dérange pas, j’espère ! T’as mis où ton truc contre la turista ? J’ai bu un verre avec des glaçons. Ils sont contaminés ou pas ?

Il n’y avait qu’elle pour être capable de faire une apparition pareille et ne pas perdre le sourire et encore moins se gêner.

Vous êtes adorables !


Et de filer quand Angel prit une savonnette pour la lui envoyer à la tête, son rire joyeux était contagieux mais encore une fois la magie était brisée. Un dernier petit bisou, Angel quitta la baignoire et J.O annonça qu’il allait…prendre une douche, ça irait plus vite !

Nounou plus parfaite que Miss McLane, impossible de trouver. Amie plus fidèle, non plus. Angel l’avait contactée et elle n’avait eu aucun problème pour laisser son suédois se charger de son resto avant de filer via portoloin donner un coup de main à sa meilleure amie. D’ailleurs, elle prit en main son rôle de nounou immédiatement après le repas et les envoya faire un tour dans le coin, sans aucun autre souci que passer un moment ensemble…et seuls.

Baguenaudant, insouciants, ils parlaient de tout et de rien, entre autres sur le nouveau guide déniché grâce aux bons conseils de Jarok.

Un Dayak comme guide ? Tu es sûr qu’il n’en veut pas à ta tête ? Ce serait si dommage de la voir fichée dans une pique du village. Je l’adore trop où elle est : entre tes épaules !

Ce commentaire le fit rire et l’attendrit aussi, jamais une fille ne lui avait dit pareille chose. Chaque minute passée avec Angel lui faisait découvrir une autre facette de ce que peut être l’amour …

T’en fais pas pour cela, ils ont aboli cette pénible coutume depuis un bail…Ma tête t’appartient toute à toi…en restant à sa place !

Retour à l’hôtel. Cette nuit, il la passa à se retourner dans le divan, en quête d’un sommeil qui tarda beaucoup à venir et qui dura trop peu.

Le lendemain, à l’aube, ils prirent congé d’Opal et équipés de leur barda quittèrent l’hôtel. Loin des regards indiscrets, ils transplanèrent.

Kiro était un petit gars menu, tout nerfs et muscles. D’aspect placide, il souriait en voyant s’approcher ses clients du jour. Encore de ces touristes insatiables de curiosité qui veulent courir l’aventure. Jarok l’avait néanmoins averti la veille que le gars auquel il aurait affaire n’avait rien d’un néophyte mais était plutôt du genre endurci. Il n’avait été nulle part question qu’une femme soit de la virée mais ce n’était pas son affaire, la paye était splendide, pas à lui de jouer les difficiles. Présentations faites, salamalecs de rigueur, faut rester dans les bonnes coutumes, Kiro et le couple s’engagèrent sur un sentier facile, au début. À mesure qu’ils s’internaient dans l’épaisseur de la forêt ancestrale de Kuching, le sentier s’effaçait se confondant dans les entrelacs de la végétation mais Kiro suivait sa piste invisible, si connue. Ils avançaient sans parler. Le silence était à peine rompu par le jeune guide pour leur indiquer succinctement quelque chose d’intéressant ou dangereux. Le vol d’un oiseau ou encore les acrobaties aériennes d’un singe ou d’un écureuil, une fleur carnivore mais aussi la présence de quelque serpent arboricole.

Angel avançait bravement, sans piper mot. Pas une fois quelque exclamation de surprise ou admiration ne lui échappa, chose si commune à tout touriste ébaubi. Elle observait la règle tacite de l’explorateur : faire sa présence le moins remarquable possible, essayant de peu de fondre dans le décor. Impossible d’avancer côté à côté, la progression se faisait en file indienne. Kiro en tête, J.O fermant la marche, l’œil aussi attentif aux alentours comme à la jeune femme, prêt à intervenir au besoin, mais elle avait le pas assuré et ne semblait pas prête à émettre la moindre plainte. Il ne l’admira que plus pour cela et si possible l’amour augmenta d’un cran. L’ambiance était humide, chargée de senteurs diverses allant du doux au lourd en passant par le pourri. La chaleur devenait pesante, dense, leur collant à la peau, cela sans compter avec les nuées d’insectes divers.

Heureusement qu’Angel avait prévu tout cela et ils étaient enduits d’une de ses préparations-maison qui mettaient en échec n’importe quelle piqûre nuisible !

Cela faisait un bon moment que Kiro n’avait pas ouvert la bouche quand tout à coup il s’arrêta net en signalant le haut des arbres du doigt. Perchée sur une branche, une mère orang-outan berçait amoureusement son petit mais avertie de leur présence par son instinct atavique, elle fit vite de le jucher sur son dos et d’entreprendre des acrobaties de branche en branche pour se mettre hors d’atteinte de leur curiosité. L’instant avait suffi à J.O pour prendre une série de merveilleux clichés.


On est au bon endroit, susurra t’il à l’adresse d’Angel, on peut faire une petite pause, si tu veux ?

Elle soupira à peine, cela suffisait. Il fit signe à Kiro et avançant un peu, trouvèrent une petite éclaircie dans la végétation où faire une halte discrète. Acte suivi, leur guide marmonna quelque chose et s’éloigna silencieux comme un esprit sylvestre.

Il va inspecter les environs…Pas trop fatiguée, ma douce ? Cela fait trois heures qu’on marche !

La jeune femme sourit en secouant la tête , il la délesta de son sac à dos d’où elle ne tarda pas à sortir un thermos de café et des sandwiches , leur petit déjeuner.

Tu penses vraiment à tout…moi, je n’ai que de l’eau et des biscuits secs ! Quand je suis seul, à peine si je me souviens de l’eau…Non, pas que je me tue de faim, j’ai pas faim…

Il ne mentait pas, une fois l’objectif en mire, il lui arrivait carrément d’oublier tout autre chose pendant des heures mais là, il ne pouvait pas exiger que la jeune femme fasse de même. J.O savait que cela ralentirait son travail et s’en fichait pas mal, le plaisir de l’avoir près de lui dépassait tout autre chose mais savait aussi que cette fois n’était qu’une exception, même en le désirant, Angel ne pourrait pas toujours venir avec lui…mais ce n’était pas le moment d’y penser !

Kiro ne tarda pas à revenir et ils reprirent la marche. Il avait trouvé l’endroit parfait d’où ils pourraient observer un petit groupe de femelles avec leurs petits. J.O fit abstraction de son entourage et s’adonna à sa tâche. C’était une magnifique opportunité d’en connaître plus, sur ces merveilleux primates et leurs mœurs sociales. Les scènes de ses mères et leurs petits étaient attendrissantes de paix et amour filial…

Si à moment donné, elles se sentirent observées, cela ne sembla pas les gêner. Les intrus détectés n’ayant démontré aucune intention d’approche, elles poursuivirent avec leur routine comme si rien.

Pas le temps ni l’idée de faire une pause déjeuner. J.O poursuivait inlassablement son travail. Se déplaçant en silence pour mieux fixer son objectif. A moment donné, il se sépara de Kiro et Angel, cinq minutes plus tard, le jeune guide, ébahi, signala un arbre…J.O y grimpait avec une agilité de chat, se perchait sur une branche en un équilibre qui semblait impossible pour après se faufiler entre le feuillage. Les dames orang-outan ne s’en formalisèrent pas…

Et puis l’apocalypse se déclencha, sans préavis…Surgi de nulle part un groupe d’hommes armés cernait la paisible réunion…

J.O s’accrocha fermement à sa branche, son cœur partait en débandade. Il avait compris. À terre, Kiro, lui aussi, avait saisi la teneur de la situation et prenant Angel du bras la força à reculer à l’abri…Les femelles avaient compris elles aussi le danger et s’égayaient en poussant des cris d’alarme, petits accrochés à leur dos…Des coups de feu claquèrent. La première victime ne tarda pas à tomber. Dès son perchoir, J.O ne perdait pas une seconde de ce massacre infâme tout en comptant le nombre d’ennemis. Ils étaient une dizaine, armés jusqu’aux dents et avec les pires intentions qui soient. Pour arrêter cela il faudrait faire étal d’astuce et jouer à fond du facteur surprise. Dès où elle se trouvait Angel avait sans doute eu la même idée. J.O se maudit de l’avoir laissée seule avec Kiro, qui pour les effets devait être épouvanté. Tout le monde savait que ces trafiquants d’animaux ne s’arrêtaient devant rien et s’il fallait tuer autre chose qu’un animal pour parvenir à leurs fins, ils le feraient sans hésitation.

Un éclair rouge surgi des buissons atteignit un des braconniers qui s’écroula sans un cri. Dés sa branche, J.O fit de même et en toucha un autre, mais cela donna aux autres le temps de le repérer. Grêle de plomb. Avec un rugissement féroce la panthère atterrit indemne au sol. Pour une surprise, c’en était une et de taille, mais sans trop le penser on lui tira dessus, sans l’atteindre, au lieu de cela le félin bondit sur le premier agresseur à portée, le mettant hors d’état de nuire sans pourtant le tuer.

Les éclairs rouges continuaient de faire leur travail mais cessèrent à moment donné et au lieu de cela on put entendre un miaulement furieux alors qu’un filet piège s’élevait dans les airs avec sa proie…Les braconniers n’en donnaient pas crédit à leurs yeux, au lieu d’un singe ou un être humain, ils venaient de capturer…un chat siamois !

À deux, Kiro avait disparu, les deux sorciers ne pouvaient pas faire grand-chose d’autre. Leur intervention avait donné le temps aux orang-outans de se mettre à sauf en emmenant leur compagne blessée et son petit. Le moment de déguerpir était venu. Le chat n’avait eu aucun mal à se tirer du filet fait pour grosses proies, bondissant agilement, il rejoignit la panthère et ils filèrent dans la forêt.

Après une course effrénée, ils s’arrêtèrent pour rependre leur souffle et leur apparence humaine. Sans un mot, J.O prit Angel dans ses bras et la serra contre lui. Ils restèrent ainsi un moment, le temps de se calmer un peu. Un Accio ramena rapidement leurs sacs et la caméra. Il la prit alors de la main et se remit en marche. Des voix exaltées, jurant en malais, leur annoncèrent que les braconniers n’étaient pas si loin que voulu. La course reprit, sous la pluie qui s’était mise à tomber. Ils ne s’arrêtèrent pas que jusqu’à parvenir à la berge de la rivière. Trempés jusqu’à la moelle , éreintés et à bout de souffle, découvrir la hutte de pêcheur, désaffectée les combla autant de bonheur qu’une suite au Ritz.

Je n’aurais dû jamais te mêler à ça…jamais de la vie…

Elle tremblait mais ses vêtements trempés n’avaient trop à voir avec cela. Il le devina. L’expérience qu’ils venaient de vivre n’était pas des moindres.

J’ai eu si peur quand tout a commencé et tu n’étais pas près de moi…


Elle lui fit doucement remarquer que pour alors il était en train de jouer au singe, perché sur un arbre.

Oui…je sais…c’est une mauvaise habitude…

Il lui écarta une mèche qui collait à sa joue et lui relevant le visage chercha sa bouche en un baiser voulu tendre et rassurant mais qui révéla rapidement ce qui les consumait vraiment. Sans cesser de s’embrasser comme des fous, ils se défirent l’un l’autre des leurs vêtements trempés. La passion qui les dévorait suffisait pour combler d’autres carences, comme l’absence absolue d’un confort quelconque. Que pouvait importer qu’il n’y ait rien d’autre qu’une natte, en guise de tout, étendue sur le sable sec ? Être là et pouvoir se découvrir à loisir, sans hâte ni sursauts, convenait parfaitement à leur faim. Intenses moments où posséder enfin la femme désirée n’était ce qui primait, c’était se donner à elle en corps et âme, en communion parfaite d’esprits, en totale félicité. C’était lui, qui lui appartenait et rien d’autre au monde ne pouvait avoir de l’importance.

Combien de temps restèrent ils là, en étroite étreinte, mêlant leurs souffles et les battements de leurs cœurs ? Dehors la pluie tombait dru et la nuit était tombée sans doute depuis longtemps quand ils reprirent peu à peu le sens de la réalité. Plaid et sac à couchage tirés du barda d’Angel, qui était plus un sac à malices qu’autre chose, comblèrent leur besoin de confort…Le reste du monde demeurait relégué à un doux oubli…

Je t'aime tant, Angel...tant...
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Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] Empty
MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptySam 8 Jan - 22:30

L’amour, ça vous tombe souvent dessus sans l’avoir cherché. Angel ne faisait pas exception. Elle n’avait rien demandé et J.O était apparu. Point d’armure étincelante ni de discours fleuri pour séduire la jeune femme, elle n’en aurait eu que faire d’ailleurs. Il était juste lui ! Lui avec sa franchise, son humour, sa bienveillance et tant d’autres qualités… Son seul défaut aux yeux d’Angel : son insatiable besoin de bougeotte. L’amour transforme-t-il les gens ? Sûrement. Jusqu’à quel point est une autre question à laquelle Angel se refusait de penser en cet instant.
Pour lui, elle avait choisi de briser les ponts avec sa famille en les plantant là et suivre J.O.
Regrets ? Aucun jusqu’ici. Chaque minute passée avec le photographe renforçait sa foi en lui.
Tôt ou tard, il faudrait que leur relation passe à un niveau supérieur, elle en était très consciente. Un homme comme Mr West ne se contenterait pas indéfiniment de lui tenir la main. C’était déjà extraordinaire qu’il se soit montré si… compréhensif durant leur séjour en tête-à-tête à New-York. Ce respect profond avait convaincu Angel des bonnes intentions de J.O. Il ne jouait pas avec elle aussi ne jouerait-elle pas avec lui.
Ça viendrait le moment venu. Quand ? Elle n’en savait rien et s’en fichait un peu.

Têtue, la jeune femme avait tenu à l’accompagner dans son exploration forestière. De multiples raisons à cela : le besoin qu’elle avait de sa présence à ses côtés, de veiller sur lui ; l’envie de partager ses passions, et… aussi de vérifier la dangerosité de son métier.

Le guide Dayak parut surpris de voir un couple s’avancer vers lui. J.O avait dû payer le prix fort car il ne fit aucun commentaire. Même s’il en avait fait, Mrs Yates n’y aurait rien pigé. Le malais n’étant pas au programme de Poudlard, à part selamat pagi ( bonjour) selamat malam ( bonsoir), terima kasih ( merci) et deux ou trois autres trucs, il ne fallait pas trop lui en demander dans la compréhension de la langue locale.

On se mit rapidement en route après les politesses d’usage.
Comme le soupçonnait Angel, ce parcours n’avait rien de la balade touristique traditionnelle. Certes, à l’occasion, Kiro tenait à pointer telle ou telle particularité locale au sol ou dans les airs. Les bonds des écureuils volants étaient spectaculaires mais ils n’étaient pas là pour s’en ébaubir.
Si Angel ne pratiquait plus le quidditch de ses jeunes années, son entraînement à courir après sa gamine lui garantissait la forme physique requise dans ce genre de « promenade bucolique ». Aucune crainte ne l’habitait et il n’était pas temps de décevoir J.O. Aussi ne se plaignit-elle pas une seule fois malgré la chaleur humide qui régnait et les myriades d’insectes bourdonnant autour d’eux.


*Bénis soient mes répulsifs !*
se surprit-elle à penser dans cette jungle.

D’autres pensées plus négatives tentèrent de percer, elle préféra les refouler en se concentrant sur ses pieds. A quoi bon trop gamberger maintenant…

Soudain, Kiro pointa la cime de grands arbres. Un spectacle adorable s’offrit aux yeux des « touristes ». A contempler les gestes si tendres de cette mère orang-outan vis-à-vis de son petit, Angel fut frappée par la similitude existant entre ces singes et les humains.


*Il n’y a qu’1,5% d’ADN différent entre nos espèces… Ceci explique cela…*

La femelle dut les flairer ou se sentir observée, elle détala bientôt en emportant son trésor loin des regards indiscrets.
J.O avait mitraillé la scène et semblait ravi. Il souffla :


On est au bon endroit, on peut faire une petite pause, si tu veux ?

Ce n’était pas de refus, elle acquiesça en silence. Kiro se chargea de leur dénicher une petite clairière parfaite pour un petit-déjeuner. Aussitôt que les blancs s’arrêtèrent, le guide se fondit dans la végétation :

Il va inspecter les environs…Pas trop fatiguée, ma douce ? Cela fait trois heures qu’on marche !

Il m’en faut plus que ça ! assura-t-elle en souriant. Courir après Di toute une journée est plus dur !

Délestée de son sac, elle le fouilla. J.O semblait surpris par sa prévoyance. Café et sandwiches étaient prêts à être consommés :

Tu penses vraiment à tout…moi, je n’ai que de l’eau et des biscuits secs ! Quand je suis seul, à peine si je me souviens de l’eau…Non, pas que je me tue de faim, j’ai pas faim…

Angel pouvait comprendre que lorsque l’on est plongé à fond dans un truc on en oublie le boire et le manger. Combien de fois cela ne lui était-il pas arrivé quand, attentive à la confection de potions délicates, elle perdait la notion du temps !
Ils se restaurèrent sans le silence relatif de la forêt. De nouvelles pensées négatives surgirent dans l’esprit de la jeune femme :


*Je le ralentis. Il est trop délicat pour l’avouer mais c’est un fait… Di sans ce milieu serait folie…*


L’apparition de Kiro signala la fin de la pause. Paquetages bouclés, on se remit en route.
Enfin, ils arrivèrent sous une colonie composée de femelles allaitantes et d’autres accompagnées de jeunes plus âgés.
Complètement immergé dans son travail, J.O braqua son objectif.
Quel régal de le voir à l’œuvre ! Aussi agile que les singes visés – ou presque – le jeune homme parvint à faire oublier sa présence aux yeux de la famille et s’en approcha au risque de se casser le cou. Connaissant ses capacités félines, Angel ne s’effraya pas de ses acrobaties même si elle les jugea fort téméraires. Ce coin était une partie du paradis, si paisible et enchanteur mais tout paradis possède son serpent…
Celui-ci se matérialisa sous la forme la plus inattendue et la plus dangereuse qui soit : l’homme !
Plusieurs individus surgirent brusquement. Armés comme ils l’étaient leurs intentions sautaient aux yeux. Kiro lui saisit violemment le bras, la tirant à l’abri d’épais fourrés.
Les yeux que roulait le guide en disaient long sur la terreur qui l’habitait. Angel s’efforça au calme en refoulant la pointe de panique première.


*Il ne faut pas qu’ils voient J.O*

En ce moment le sort des pauvres animaux lui importait peu. Elle ne pensait qu’à son amour perché sur sa branche. Le contact visuel était perdu avec les hauteurs mais elle pouvait suivre toute l’horreur depuis sa position. Cris des singes affolés, débandades, coups de feu… Il s’agissait maintenant d’une question de vie ou de mort ! Jamais ces malfrats n’accepteraient de laisser en vie derrière eux des témoins de leurs exactions !
Si Angel était de nature timide, elle n’était pas trouillarde pour autant. On n’est pas membre de l’Ordre du Phénix pour rien. Dans un réflexe de défense, elle sortit sa baguette. Par chance, la peur de Kiro avait entraîné celui-ci à s’éloigner. Comment lui en vouloir ? Il était payé pour guider par pour y laisser sa peau !
Le malfaiteur visé se prit un stupéfix de derrière les fagots en pleine poitrine. J.O, de son perchoir agit de même s’attirant malheureusement les foudres des agresseurs agressés. L’animagus panthère dut leur flanquer la frousse, ils n’en continuèrent pas moins à canarder à tout va.
De son coin, Angel ajustait ses tirs d’éclairs rouges, changeant sans cesse de place afin d’éviter d’être repérée trop facilement. Un autre stupefix réussi, elle fila trois bons mètres plus loin en mouvement circulaire mais dès qu’elle posa un pied en arrière, la jeune femme sut avoir commis une gaffe. Dans une envolée inattendue, mieux que soumise à un levicorpus, Angel se retrouva empêtrée dans un lourd filet dont le contrepoids la souleva dans les airs. Les réflexes parlèrent. L’animagus chat cracha sa fureur. La tête des bandits devait valoir de l’or en constatant la qualité de leur butin : un siamois !
Sans tergiverser, le chat se faufila facilement à travers les grosses mailles de corde, atterrit sans dommage au sol et bondit rejoindre l’once. Une course folle démarra en trombe.
Le but était simple : mettre le plus de distance possible entre ce groupe ennemi et leur peau !
Petit, le chat siamois se glissa sans mal dans le fouillis de végétation que son compagnon écrasait de son poids devant lui. Angel crut que son cœur ne résisterait pas à un tel traitement. Elle faillit bondir sur le dos de la panthère pour qu’il la porte un peu mais J.O s’arrêta. Hors d’haleine les animagus reprirent forme humaine. S’étreignant, ils reprirent leur souffle lentement. Le reporter eut la présence d’esprit de ramener à eux leurs effets personnels.
Incapable de deux pensées cohérentes, Angel le laissa la remorquer encore plus loin.

Courir pour vivre ! Rien d’autre ne comptait. Dans l’état où ils se trouvaient, transplaner était impensable. Ni la pluie torrentielle qui leur tomba dessus, ni les ronces les fouettant, ne freinèrent leur débandade éperdue. Seule la berge d’une rivière agitée y parvint.
Une sorte de hutte se dressait non loin, ils s’y engouffrèrent à bout de souffle et s’affalèrent sur un sol admirablement sec.
Mis à mal, les nerfs d’Angel cédaient. Des tremblements incoercibles l’agitèrent sans qu’elle puisse s’en empêcher.
Eprouvé, lui aussi, J.O s’admonestait à haute voix :


Je n’aurais dû jamais te mêler à ça…jamais de la vie… J’ai eu si peur quand tout a commencé et tu n’étais pas près de moi…

Difficile de répondre quand vos dents s’entrechoquent :

Mon… monsieur jou… jouait au singe pou… pour alors…

Oui…je sais…c’est une mauvaise habitude…

Il avait un air si piteux, si désolé…
Il est des feux qui n’ont besoin que d’une étincelle pour s’embraser. Le baiser de J.O n’avait pourtant rien de passionné mais… la nature fit le reste. La même fièvre s’empara d’eux. Le besoin de s’étreindre, le soulagement d’être vivants, de se sentir unis dans les pires tourments les posséda dans un tourbillon exaltant. Pense-t-on dans un tel moment ? Pas Angel, en tout cas.
Elle voulait cet homme et voulait être à lui. Rien d’autre ne comptait plus que ses caresses enivrantes, la joie pure de se compléter totalement. Union des corps, union des âmes, ils dérivèrent ensemble sur les rives de l’extase.

La réalité reprit ses droits. Encore étourdie par ce qui s’était produit, Angel préféra ne pas s’appesantir là-dessus en laissant dominer son sens pratique. Se redresser, fouiller son sac magique voilà qui devait occuper ses pensées. Pourquoi avait-elle réduit un nécessaire de survie au fond de son sac ? Prévoyance ? Prémonition ? Elle se moquait de la réponse.
Un plaid se déroula ainsi qu’un grand sac de couchage qui les accueillit à deux.
Blottie contre son compagnon, la jeune femme lui embrassa doucement le nez puis le menton. Sa réponse, presque un sanglot, la scia :

Je t'aime tant, Angel...tant...

Musique céleste aux oreilles et au cœur d’Angel.

Tu sais que je t’aime aussi, J.O. Dors maintenant mon chéri…

La fatigue de cette journée riche en émotions s’abattit sur eux.

A des kilomètres de là, deux dames assises face à face buvaient du thé. Petit doigt en l’air, tournant la cuillère, Cassandra Yates soupira bruyamment :


J’ai tenu à vous rencontrer loin de nos époux, Mary. Vous devinez pourquoi, n’est-ce pas ? Les hommes sont si vite émus… Revenons-en à Angel, voulez-vous ?

Je ne sais que vous dire Cassandra. Je m’attendais à plus de… de sérieux de sa part. La pauvre petite commençait à peine à relever la tête après la perte de son cher Preston, que…

Qu’il a fallu que ce moins que rien de J.O West débarque et la lui tourne. A-t-on idée de porter un tel prénom ? Ce bâtard a eu beaucoup de chance que ces deux folles Westwood le prennent en pitié. Je me suis renseignée, c’était un gamin infernal !

A son corps défendant… il s’est amendé, je crois…


Lady Yates redressa le buste, hautaine :

Le défendriez-vous par hasard ? Je peux comprendre que vous compatissiez vu qu’Angel… n’est pas « vraiment » votre fille… Ne le prenez pas mal, vous vous y êtes attachée mais « bon sang ne peut mentir ». Je sais toute son histoire. Rassurez-vous, je ne vous jette pas la pierre. N’empêche qu’il est hors de question que nous laissions Diana Yates être élevée telle une sauvage ! Au besoin, devant un tribunal, je suis certaine de pouvoir la déchoir de ses droits parentaux ! Conduite scandaleuse, immoralité, éducation à l’encontre de nos préceptes…

Mary devint livide. Tremblante, elle supplia :

Ne faites rien en ce sens Cassandra, ça tuerait Angel ! Il doit bien exister un moyen… j’ignore lequel, pour la faire rentrer dans le droit chemin.

Fielleuse, Mrs Yates susurra :

Avec votre collaboration, j’ai une idée qui…

Matin glauque.
Timidité, pudeur, regrets ? Allez savoir ce qui les agitait en se réveillant en pareille posture.
J.O lui souhaita le bonjour d’un petit bisou mitigé, elle sourit et lui posa un doigt sur la bouche :


Pas maintenant. Nous devons rentrer. Etonnant qu’Opal n’ait pas sonné du clairon mais, la connaissant, je parie qu’elle sait très bien où nous sommes. *Et ce que nous avons fait*

Leurs forces revenues, dès les sacs bouclés, ils transplanèrent direct dans la suite de l’hôtel Mercure.
Accueil en fanfare par une Miss McLane faussement fâchée :


C’est à cette heure-ci que vous rentrez ? Et dans quel état, Seigneur ! J’aurais pu envoyer les commandos pour vous récupérer mais ( œil malicieux) je me suis contentée de mon patronus ! Alors, c’était bien ? Angel, tire pas cette tête, file plutôt à la salle de bains, tu ferais peur à une guenon. Toi J.O, non, non, tu ne l’accompagnes pas… de suite...

A peine le temps de placer un mot avec cette nounou d’occasion !


Di va bien au moins ?

Evidemment ! Qu’est-ce que tu crois ? Elle dort encore, ce cher ange. Va te laver !

Laisser Opal et J.O en tête-à-tête ne seyait pas trop à Mrs Yates. A coup sûr, elle allait lui remonter les bretelles. Puisqu’elle ne pouvait pas se présenter à sa fille dans un tel état ravagé, Angel fonça à la salle de bains.
Douche longue peuplée de pensées chaotiques.


*Qu’est-ce qui t’a pris ? Tu t’es comportée comme une… comme une… Une femme amoureuse ! J’aime J.O, j’y peux rien… Vous êtes incompatibles ! C’EST FAUX : il est merveilleux ! Son mode d’existence est enchanteur, pas vrai ? Risquer sa peau à tout bout de champ ça colle parfaitement avec la vie de famille, tout le monde sait ça ! Tais-toi, TAIS-TOI !*

La voix de sa conscience rigola quand Angel pleura.

Ils se croisèrent dans l’étroit couloir vers la salle d’eau, J.O lui sourit en lui volant un baiser. Elle sourit en retour pas trop assurée. Enveloppée de son peignoir, elle avisa avec envie la cafetière et les brioches prévues par son amie.


Sers-toi et assieds-toi Angel ! J.O m’a raconté vos aventures… sylvestres. Qu’est-ce qui cloche ?

Se versant une tasse, Angel soupira :

Rien ne cloche… ou tout cloche… c’est du pareil au même !


D’accord, il y a plus romantique qu’une cabane de pêcheur, mais… Tu… Tu regrettes ?

Nouveau soupir :

C’est pas ça ! On le voulait tous les deux. J’aurais sans doute pas dû… Je sais pas.

Sur un air rêveur, elle avoua :

Il m’a enfin dit qu’il m’aimait…

Le rire moqueur d’Opal fusa :

Ils disent tous ça dans ces moments-là !

Flamboyante, Angel se redressa, prête à lui jeter sa tasse à la figure :

PAS J.O ! Il ne dirait jamais ça s’il ne le pensait pas !

Se bidonnant, l’Australienne leva les mains en signe de paix :

Wow, quelle fougue, Miss Grisham ! Je te demande pardon, c’était juste un test. Je vois que tu es très éprise, et c’est très bien ainsi. Je sais qu’il ne joue pas avec toi…

Comment sais-tu ça ?

Il me l’a avoué… après que je l’aie menacé de le réduire en bouillie s’il s’avisait de te causer du tort.

Rigolait-elle ou était-elle sérieuse ? Miss McLane était parfaitement capable d’agir de la sorte.
Impossible d’en savoir plus long, Miss Yates surgit de la chambre tel un diablotin de sa boîte :


Maman ! T’étais où ? Et papa, il est là ?

Réceptionner son trésor, lui dispenser mille câlins, repousser le chien qui entrait dans l’arène détourna Angel de ses préoccupations. J.O débarqua à son tour en peignoir de bain et subit un assaut identique au sien. On calma l’afghan tout en prodiguant beaucoup d’attentions à la petite miss.

Oui, on a vu beaucoup de singes oranges… et plein de bébés *Et aussi un tas d’énergumènes très vilains* Non… pas de laides bestioles*quoique…* Et toi, qu’as-tu fait avec ta marraine ?

Le doux babil emplit la pièce où tous entamèrent de déjeuner joyeusement. Le couple d’aventuriers était passablement affamé, il fallut passer une seconde commande au room-service.
L’estomac calé, après avoir narré leur expédition en minimisant les détails gênants, J.O et Angel auraient volontiers retrouvé un oreiller. Opal se leva :


Je suis désolée de ne pouvoir servir davantage de nounou à ma filleule mais le devoir m’appelle. Erik a appelé hier soir, on va avoir un contrôle financier ( grimace) Je… euh… un conseil : ne rentrez pas en Angleterre… de suite.

Un clin d’œil, des bisous, elle s’évapora.

Enfin seuls ! Façon de parler puisque Di et SaP ne les lâchèrent pas d’une semelle.
La journée s’écoula ainsi, à jouer à cours après moi que je t’attrape. Impossible d’avoir une conversation sérieuse yeux dans les yeux. Même après le déjeuner, Miss Yates refusa la sieste, réclamant l’intérêt des adultes. Ils étaient crevés quand en soirée, bain donné, Di accepta d’aller au lit non sans avoir demandé qu’on lui raconte des histoires avant de s’endormir.


Di est très énergique, sourit Angel en mode d’excuse tout en leur versant un alcool. Sans doute est-ce sa façon à elle de nous faire savoir qu’on lui a manqué… de nous faire « payer » notre… escapade d’hier… Non, idiot ! Où vas-tu pêcher des idées pareilles. Je ne regrette pas du tout. C’était inconfortable mais… merveilleux.

Il l’attira à lui sur le divan, elle laissa aller la tête contre son épaule :

C’est si… compliqué. Serre-moi fort J. On est mal barré tous les deux, ne dis pas le contraire. Je t’aime plus que tu ne l’imagines. Je crois que tu t’en doutes, en fait. Je ne suis pas une fille simple… enfin, tu comprends. Je voudrais que… mais je ne t’imposerai jamais rien que tu ne veuilles pas… oui, je répète tes paroles… parce qu’elles sont vraies. A mes yeux, l’amour est un partage permanent fait de concessions et surtout de communion. Or ( voix étranglée) nous sommes obligés de reconnaître que nos vues… futures divergent complètement.

Il tenta bien de nier, elle émit un rire triste :

Notre expérience d’exploration en commun a été… mouvementée, pas à dire. J’avoue que s’il ne tenait qu’à moi, je me ficherais de me faire trouer la peau du moment que c’est… avec toi à mes côtés ! (Baiser plus appuyé) Hélas… je ne suis pas seule en cause ! Di a droit à la sécurité et l’affection. Je tiens à les lui donner... Les voyages forment la jeunesse ? Elle est trop jeune. On ne peut pas la confier sans cesse à d’autres pour courir le monde, ta vision du monde... ce ne serait pas juste, elle mérite mieux que ça… Une fin de non recevoir ? Non, bien sûr que non, voyons. J’ai besoin de toi J.O… Tout ce que j’essaye de te dire c’est que telle quelle notre relation ne fonctionnera pas... pas maintenant...

Elle le sentit crucifié, prêt à débiter n’importe quoi pour éviter l’éloignement suggéré.

Tu dois faire le point mon amour… moi aussi. On va sagement aller dormir moi avec Di et toi... ici.

Sa mine piteuse aurait fait fondre un caillou. Tendre, elle l’embrassa encore :

Tu ne voudrais pas que Di nous surprenne sur le canapé, hein ? On aurait l’air fin.

Passion quand tu nous tiens ! Même s’il se rendait à ses raisons, il suggéra d’émettre un repousse-Di et un repousse SaP, ce qui la fit éclater de rire.
Les meilleures résolutions du monde partent en fumée quand l’amour s’en mêle. Joli discours de son chéri, de quoi la faire fondre à nouveau, sauf que…


DRIIIIIIIIIIIINNNNNN, driiinnnnn, drinnnnn

Qui a inventé le téléphone ? Mr Bell aurait mieux fait de se casser une jambe ce jour-là !
Dérangé, le couple se sépara en échangeant un regard peiné et intrigué. Qui pouvait s’interposer à cette heure ?


Angel chérie…

Mamy ? Que…

Elle écouta en blêmissant à vue d’œil. J.O accourut la soutenir, elle raccrocha, livide :

C’est maman ! Mamy Rose dit que c’est très grave. On l’a portée à Ste Mangouste. Je… Je dois y aller… Non, ne viens pas… Tu… tu dois achever ton travail. On se retrouvera chez moi dès que tu pourras. Je t’aime J.

Bagages express réduits. Di endormie dans les bras, Angel contempla le portoloin qui virait au bleu intense.
Un dernier baiser, elle toucha l’objet.

Mary Grisham-Peventies était la seule mère dont Angel se souvenait. A l’âge de trois ans, la vie d’Erin Gloss avait basculé par un méchant coup de balançoire sur le crâne. Déclarée morte par un médicomage sans scrupules qui la vendit aux Grisham, Erin devint Angel. Certes Mary l’avait achetée, privée de sa famille biologique qui la pleurait alors, mais… de ce fait, elle lui avait aussi sauvé la vie puisque sa jumelle Meredith, sous imperium, avait éradiqué tous les Gloss vivants.
Aimée, cajolée, Angel ne reconnaissait que les Grisham comme étant SA famille. Peu importaient les torts de ses parents, elle les aimait.
Que sa mère adoptive soit au bout du rouleau l’amena en catastrophe à Ste Mangouste.
Le temps de déposer Di dans son lit, aux bons soins de Miss Knight ( prévenue Merlin sait comment), Angel déboula dans la chambre de sa mère.

À son chevet, un James Grisham vert et une mamy Rose en larmes qui l’étreignit fortement.


Tu es là ma chérie. Ça va lui faire du bien, même si elle est inconsciente. Les médicomages n’y comprennent rien… Elle est tombée d’un coup.


Sur le lit, pâle et défaite, gisait Mary, orbites cernées, paupières closes. La respiration sifflante, pénible, n’était pas rassurante.
Gorge nouée d’émotions, Angel s’approcha et déposa un baiser sur le front glacé de sa mère.


Je suis là, maman. Je vais t’aider autant que je pourrai. Ne me quitte pas… s’il te plaît !

Se redressant, elle se dirigea vers son père. Leur angoisse était similaire. Ils n’échangèrent pas un mot, les larmes suffisaient.

La fin d’après-midi et le début de soirée se déroulèrent au chevet de la malade. A chaque passage d’une infirmière ou d’un médecin, Angel tenta de s’informer… en vain.
Le temps filait, elle ne s’en rendait même pas compte. Seul un vide cruel l’habitait. J.O lui manquait. Elle aurait voulu s’accrocher à lui… Il ne s’était pas manifesté.
Ce fut Mamy Rose qui la sortit de sa transe le lendemain matin :


Tu vas tomber malade aussi si tu ne vas pas dormir un peu. Euh… As-tu eu des nouvelles de J.O ?

Non… C’est moi qui l’ai empêché de venir avant d’avoir terminé son travail. Il ne devrait pas tarder à arriver.

Prends un taxi et rentre. Di a aussi besoin de toi.

A moitié endormie, Angel débarqua chez elle. Une enveloppe de belle taille avait été glissée dans la boîte aux lettres. Elle s’en empara et la décacheta machinalement en entrant dans le hall.
La fatigue brouillait sa vue, pourtant…
Là, sur une série de clichés hautement révélateurs, s’étalaient les raisons du silence de Mr West. Selon toute évidence, il ne s’ennuyait pas le moins du monde durant l’absence d’Angel et s'occupait très... galamment…
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Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] Empty
MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptyJeu 13 Jan - 21:50

Petit matin gris. Ils se réveillèrent presque en même temps. J.O deux minutes avant elle, juste le temps de la contempler, à s’en emplir les yeux. La demi-clarté tenue la faisait apparaître comme au creux d’un rêve mais il était parfaitement éveillé et heureux comme jamais il n’avait imaginé pouvoir l’être. Alors, elle ouvrit les yeux. Trouble ? Gêne ? Regret ? Il aurait voulu deviner tout ce qui pouvait passer dans sa tête mais évidemment le moment ne se prêtait guère à poser des questions idiotes.

À peine, s’il réussit à lui donner un petit baiser de rien du tout qu’elle lui posait un doigt sur les lèvres en souriant.

Pas maintenant. Nous devons rentrer. Étonnant qu’Opal n’ait pas sonné du clairon mais, la connaissant, je parie qu’elle sait très bien où nous sommes.

*Ça la tracasse, ce que sa copine va penser…Diables, pourquoi tout est si compliqué !?*

Oui…bien sûr. Allons y !


Il y avait tant de choses qu’il aurait voulu dire mais déjà le transplanage les avait menés à leur suite où Miss McLane guettait leur arrivée avec un air outragé démenti vivement par l’éclat pétillant de son regard. Elle les houspilla allègrement sur heure et tenue avant d’expédier Angel sous la douche, en le retenant, lui.

Elle n’y alla pas par quatre chemins.


Sais pas ce que tu as pu lui raconter pour qu’elle accepte passer la nuit avec toi mais je vais t’avertir d’une chose…fais la souffrir et personnellement je me fais une joie de t’écharper.

Ça donne chaud au cœur, tant de confiance !
, dit il, en souriant un peu de travers.

Ça me ferait quand même de la peine devoir le faire, je te trouve sympa !

Elle l’octroya d’un sourire resplendissant pour l’instant d’après devenir très sérieuse.

Tu sais que les choses ne sont pas faciles pour Angel…pas avec cette horde d’hypocrites absurdes sur le dos. Ils ont pas agréé du tout cette fugue exotique…surtout avec toi ! Non…moi, je n’ai rien contre toi, ça m’est égal que tu sois un photographe fou ou le fils de la duchesse de Kent, pour moi seulement compte la personne…pas les origines ni les titres…ça me vaut rien un prince sournois !

J’aime Angel.

J’espère que tu le lui auras dit…elle est tout à la bonne vieille tradition !

J.O ne put pas s’empêcher de sourire franchement devant tant de fraîcheur d’esprit. Cette fille était comme une bouffée de liberté revigorante.

Je m’y suis tenu dans toutes les règles de l’art…enfin, je suppose…c’est la première fois que je dis ça à une fille.

Elle arqua un sourcil, un rien incrédule.


Vrai ?...Wow…Je dois te croire ?

Ben…ça se vaut si je dis ne pas être un menteur ?

Faudra te croire sur parole…


On avait pas planifié rester toute la nuit dehors…mais rien n’a marché comme prévu, hier…

Et de lui raconter leurs mésaventures avec les trafiquants, leur fuite éperdue dans la jungle et leur arrivée à la hutte sous un déluge de fin de monde…la suite, elle l’imagina sans son aide et avoua, sans ambages, avoir envoyé son patronus en prospection.

Je voulais seulement savoir que vous alliez bien…rien d’autre. Ce que vous faites ou laissez de faire est votre affaire.

J’espère ne pas te décevoir.


Elle rigola en lui tapotant le bras.

Tant que tu ne la déçois pas, elle…je serai contente…Allez, va te doucher toi aussi…Je parie que vous mourez de faim, m’en vais commander un solide petite déjeuner.

Une question…tu es toujours aussi implacable et décidée ?


Si on tient en compte que j’ai grandi avec trois gars de ta taille et carrure sans me laisser marcher sur les pieds…ben oui, c’est ma douce nature !

Angel sortait de la salle de bain, sanglée dans son peignoir, avec l’air mitigé de qui a trop réfléchi. Il lui sourit en l’embrassant mais elle ne semblait pas plus rassurée pour ça. Son tour de prendre une longue douche mais à différence de sa chérie, J.O s’interdit toute réflexion profonde…mais bien sûr, les réflexions se fichaient de son interdiction et ça cavalait dans tous les sens, les idées dans sa tête.

*Tu es un imbécile doublé d’un maudit égoïste ! Que penses tu pouvoir lui offrir ? Sa belle-mère l’a bien dit…tu n’es que ÇA ! Un Ça, sans nom, ni origine à qui on a collé l’étiquette Westwood…et tout parce que tu as une satanée chance ! Tu vas lui foutre la vie en l’air, à ta douce Angel…Sois sincère…tu ne la mérites pas…et tu vas lui briser le cœur…et te mettre le tien en miettes…Fallait penser, mon pote…mais non…tu es un imbécile égoïste…*

Ses vérités lui faisaient tout le mal possible mais il n’y pouvait rien. La vie n’est pas une illusion à vivre sur un nuage rose, ça, il l’avait appris par cœur bien avant d’avoir l’âge de Di. La vie, c’est s’échiner à survivre en essayant d’être quelqu’un pour sa propre satisfaction, ce qui, le plus clair du temps, ne satisfaisait personne d’autre. Vive l’individualisme ! J.O avait toujours fait cavalier solitaire, c’était mieux ainsi, sans avoir à qui rendre comptes ni de qui subir de reproches…sans avoir à les faire non plus…Seules Rose et Magnolia osaient, de temps à autre, une petite remise des pendules à jour mais même elles savaient ne pas l’atteindre tout à fait. Il resterait toujours en lui cette facette secrète et très solitaire, qui préférait l’évasion à une attache…et voilà que l’amour lui tombait dessus le prenant au dépourvu, l’affolant, déréglant le désordre impénitent de son existence…le mettant cruellement face à tout ce qu’il avait décidé de passer outre, lui faisant l’affront de se trouver sans défense, démuni…amoureux perdu.

Il aurait voulu trouver les deux amies encore à seules mais Di était déjà levée et avec elle SaP. Il n’avait pas passé le seuil du séjour que les deux lui sautaient pratiquement dessus.

Papa ! Papa !!!

Il reçut la gamine dans ses bras et l’éleva en l’air, elle riait ravie. Son cœur, à lui, avait raté un battement. C’était ça, la vraie vie ? Une famille ? Une vraie ? À lui ? SaP mettait la note folichonne en se comportant comme un chiot ébahi de bonheur au retour de son maître bien aimé même si J.O se doutait bien que celui là, ça faisait un moment, qu’il avait changé allègrement de maître !

Sans lâcher Di et essayant de calmer la menace poilue, J.O prit place à côté de sa belle, qui lui servit gentiment un café. Force fut de raconter à la petite part de leurs aventures et lui montrer pas mal de photos, passant outre celles des trafiquants, qui vu la circonstance, était incroyablement réussies.

Elle adora les petits singes oranges et clamait son véhément désir d’aller les voir, avec lui.


Tu as emmené Maman…maintenant, mon tour ! SaP aussi veut y aller !

Euh…il y a beaucoup de moustiques…des limaces…et des plantes qui gobent des mouches !

Il avait retenu que l’adorable gamine n’aimait pas du tout ces détails gênants de l’existence, cela suffit pour tempérer ses ardeurs curieuses mais pas pour tarir son babil incessant. Le petit déjeuner copieux fut expédié en toute joie de cœur et J.O aurait donné n’importe quoi pour le luxe de quelques heures de sommeil dans un lit confortable mais Miss McLane se chargea de détruire cette si simple aspiration en leur annonçant, désolée, que le devoir la rappelait sous la forme d’une inspection fiscale, ce qui ne la rendait pas folle de joie. Avant de s’évaporer dans l’air du matin, elle crût néanmoins bon lancer un dernier conseil, assez cryptique.

Ne rentrez pas en Angleterre… de suite.

Soupirs. Angel se mordait la lèvre. J.O souffla, énervé.

Ce qui veut dire…en peu de mots, qu’on nous attend avec l’artillerie lourde, je suppose.

Le regard mitigé de Mrs. Yates lui signifia qu’il avait vu juste.

Génial…on est à la veille du XXIème siècle et ta famille ne semble pas avoir dépassé l’époque victorienne ! C’est normal chez vous, ça ?...Ou c’est juste le niveau social !?

Il s’en voulut à l’instant de s’être montré si aigre mais n’y pouvait rien, c’était plus fort que lui.

Désolé…oublie que j’ai dit ça ! Pensons plutôt que faire de la journée ? Et dire que je ne voulais que dormir un peu…

Encore un soupir mais cette fois il vint accompagné d’un sourire, pas exactement complice, mais sourire enfin. Penser qu’ils auraient un moment pour eux seuls tenait du rêve échevelé. En tout cas, ce n’étaient pas Di et SaP qui comptaient leur faire la vie facile. Infatigables, ils réclamèrent toute leur attention. À peine le temps d’un baiser volé à la hâte, d’une étreinte fugace. Et encore, le soir venu, la petite miss exigea une histoire pour dormir. J.O se déclara forfait et laissa à Angel le loisir de la corvée. Quand elle le rejoignit enfin au séjour, il avait failli s’y endormir.

Elle s’apitoya de lui et lui servit à boire avant de prendre place à ses côtés.


Di est très énergique. Sans doute est-ce sa façon à elle de nous faire savoir qu’on lui a manqué… de nous faire « payer » notre… escapade d’hier…

Ce fut son tour de soupirer.

Ce doit être ça…mais et toi, ma douce…tu m’as semblé euh…sais pas…mitigée, comme si quelque chose t’incommodait…Tu regrettes ce qui s’est passé hier ?

Il devait avoir le cœur net même si ça faisait mal.


Non, idiot ! Où vas-tu pêcher des idées pareilles. Je ne regrette pas du tout. C’était inconfortable mais… merveilleux.

J’ai même pas remarqué le manque de confort…


Il l’attira vers lui et elle posant la tête sur son épaule, commença à parler.

C’est si… compliqué. Serre-moi fort J.


Il le fit en pressentant que la suite ne serait pas facile, elle ne le fut pas. Angel reconnaissait ne pas être une fille simple, sans tort, elle ne l’était pas. Partagée entre ses principes, sa famille et ses propres désirs, entrant en conflit avec soi même. Et il avait fallu qu’il s’en mêle, ce qui ne rendait rien plus facile. Elle l’aimait. Oui. Ça il le savait. Que ce soit plus qu’il ne l’imaginait, fit accélérer son cœur. Tant que ça ? Méritait il autant de dévotion ? Aux yeux de la jeune femme, sans doute, sinon elle ne l’aurait pas dit mais bien sûr, ce n’était pas si simple. Elle en voulait, des choses, comme tout et chacun est en droit de les vouloir, mais reconnaissait n’avoir pas le droit de les lui imposer, reprenant ses paroles, à lui, les jugeant vraies.

À mes yeux, l’amour est un partage permanent fait de concessions et surtout de communion. Or nous sommes obligés de reconnaître que nos vues… futures divergent complètement.

J.O eut un vilain pincement au cœur.

Tant que ça ? Pourtant…nous nous accordons en beaucoup de choses, toi et moi…

Son rire fut sans joie. L’embrasser n’y arrangea rien. Elle poursuivit sa petite dissection de leur situation marquant des points sûrs, parce qu’elle voyait juste chaque fois. S’il n’avait tenu qu’à elle, sa chérie assurait ne pas avoir de souci de courir le monde à ses côtés, courant les mêmes risques que lui. Son baiser fut délicieux mais eut un rien d’amertume. Il commençait à voir où elle voulait arriver, ça fit mal. Logiquement, elle pensait à sa petite Di. Impossible de cavaler le globe avec une gamine de trois ans, surtout dans les conditions qu’il le faisait. Angel, mère avant tout, jugeait que sa fille méritait mieux que ça.

Coup douloureux. C’était une façon comme une autre de lui dire qu’elles n’avaient rien à cirer d’un globe trotter qui risquait sa peau à tout bout portant et en toute joie de cœur.

Ça veut dire que…enfin…que tu ne veux pas de moi, c’est ça ?...Je ne corresponds pas à tes vues…ni à celles de Di…et encore moins à celle des…autres…

Une fin de non recevoir ? Non, bien sûr que non, voyons. J’ai besoin de toi J.O… Tout ce que j’essaye de te dire c’est que telle quelle notre relation ne fonctionnera pas... pas maintenant...

Ce qui voulait dire, en peu de mots, que le moment était venu de faire son choix ou quelque chose dans le genre. Quoi ? Changer de vie ?...Devenir un type exemplaire et rangé ? Un homme qui rentrerait tous les soirs d’une pièce chez lui pour embrasser sa femme, jouer avec les enfants et sortir le chien ?

Angel devina sans doute grande partie de ce qui lui courait la tête et se montra, comme toujours, d’une sagesse incommensurable.

Tu dois faire le point mon amour… moi aussi. On va sagement aller dormir moi avec Di et toi... ici.

Le comble ! Le mettre dans une impasse de choix douloureux et en plus l’abandonner à sa solitude ? Il devait faire quelque chose pour la convaincre du contraire. Sans que ce soit son intention, puisqu’elle suggérait tout autre chose, Mrs. Yates l’aida pourtant dans son labeur de conviction. Son baiser se voulut tendre…il s’arrangea pour le rendre passionné. Elle eut encore son petit mot à dire, alors qu’il dévorait son cou de baisers fiévreux.

Tu ne voudrais pas que Di nous surprenne sur le canapé, hein ? On aurait l’air fin.

Qu’ils aient l’air qu’on voudrait, c’était elle qu’il voulait et se fichait des moyens employés pour l’avoir.

Tu as raison…mais qui y pense ? Pas moi…on se rend invisibles, on lance un sortilège…on file…

Son idée d’un repousse-Di et SaP, la fit rire. Ils rirent ensemble mais le moment n’était pas précisément à la rigolade plutôt aux doux délires de l’amour.

Tu as raison en tout ce que tu dis mais la seule chose que je sais en ce moment est que je t’aime…tu es la seule femme au monde que je veux et je ferai n’importe quoi pour t’en convaincre…n’importe quoi !

Et cela voulait beaucoup dire, ce n’importe quoi et elle semblait ne pas trop repousser ses projets impénitents. Délice inégalable que celui là, perdre la tête à deux, sans se soucier des lendemains, de l’avenir immédiat ou de celui plus lointain…seul comptait cet instant de merveilleux égarement…dans le confort douillet du divan !

Mais les meilleurs moments de la vie connaissent leur fin…sauf que là, elle fut plutôt abrupte et stridente. Maudit téléphone !

Angel fut plus rapide que lui et y répondit. L’instant d’après elle avait pâli de façon si alarmante, qu’il vola la soutenir. Blême, la jeune femme raccrocha.

Mais qu’est ce qu’il se passe ? Des mauvaises nouvelles, vu ta tête…


Des très mauvaise nouvelles.


C’est maman ! Mamy Rose dit que c’est très grave. On l’a portée à Ste Mangouste. Je… Je dois y aller…

Pas question que tu y ailles seule…je…


Non, ne viens pas… Tu… tu dois achever ton travail. On se retrouvera chez moi dès que tu pourras. Je t’aime J.

Décidé, sans appel. Peut-on être à point de toucher le ciel et retomber si vite au purgatoire ? Il semblait que oui, c’était très possible. Mrs. Yates ne tarda rien à être prête. Portoloin créé, bagages réduits, tout comme ce cher SaP, qui serait de la partie, confortablement installé dans le sac d’Angel, Di, endormie, bien serrée dans les bras de Maman.

J’irai le plus vite possible. J’espère que ta mère ira bien…Je t’aime…oublie pas ca !

Un dernier baiser et elle était partie.

Désolante solitude. Si ce n’était pas frustrant, tout ça ! Au bout d’un moment à tourner en rond, en se ressassant des ses misères, J.O opta pour sortir, voir d’autres têtes lui changerait un peu les idées. Sans pourtant avoir envie de se mêler à la foule bigarrée qui circulait dans les rues, ses pas ne le menèrent pas plus loin que le bar de l’hôtel. Il n’avait pas l’intention de se soûler pour noyer ses peines mais un peu d’alcool aiderait peut être le sommeil à venir.

Il était là, depuis un moment, à siroter tranquillement son whisky, sans faire attention à son entourage, abstrait dans ses pensées, de disant que dès que l’heure le permettrait, il passerait un coup e fil à Morrison pour lui signifier qu’il devrait arrêter son travail quelques jours, pour accompagner Angel. Il ne voulait pas la laisser seule en ces moments difficiles et…

Bonsoir !

Tiré de ses réflexions par cette voix feutrée, il leva la tête et se trouva face à face avec une resplendissante blonde, dorée de soleil, qui souriait, engageante.

Bonsoir, juste pour se montrer poli.

Elle s’appelait Nicole, était allemande, se trouvait là en vacances et avait une copine nommée Elke. Leur anglais était suffisant pour le small talk, leur accent marrant et leurs intentions claires. Les alentours, c’était joli, les gens sympas mais elles se sentaient dépaysées et ne faisaient pas confiance aux hommes du coin. Évidemment, elles n’avaient pas manqué de remarquer sa solitude et se demandaient quelle pouvait bien en être la cause. Force fut d’admettre qu’il n’était pas marié…non, même pas divorcé ! Ne tenant pas à leur raconter sa vie en détails, J.O se limita à en donner un aperçu rapide, tout à coup désireux de remonter à sa suite, parler avec Jeff et prendre au plus vite ses dispositions pour partir le plus vite possible. Les demoiselles étaient des fonceuses et pleines d’esprit. Sans aucun doute, J.O n’aurait pas joué les difficiles, quelque temps auparavant mais là…Il ne pouvait que penser à Angel. Le plus poliment du monde, il signifia aux deux amies que leur tentante proposition n’entrait pas en cause et qu’il comptait aller dormir…seul !

Son dernier souvenir conscient fut de se trouver dans l’ascenseur…

Quel goût affreux à la bouche. Une douleur sourde martelait son crâne. Un malaise très désagréable l’empêchait presque de bouger, au risque de sentir que tout valsait autour de lui. C’était ridicule, c’était comme avoir pris la cuite de sa vie et en payer les conséquences. J.O se força à ouvrir les yeux. Les rideaux étaient tirés, la chambre plongée dans une semi pénombre ouatée. Il voulut regarder l’heure mais eut du mal à distinguer quoi que ce soit. Avec un grognement, il fit l’effort de se redresser. Mal lui en prit. Tout sembla s’engouffrer dans un tourbillon fou, lui provoquant une nausée incoercible qui l’obligea à se traîner jusqu’à la salle de bain. De sa vie, il ne s’était senti si mal à cause d’une cuite…or il ne se souvenait pas du tout d’en avoir pris une. Un coup d’œil au miroir, lui renvoya une image de totale désolation. Quel air de déterré. Yeux rougis, cernés, joues mal rasées. Il constata en outre se trouver aussi nu qu’au jour de sa naissance…Un peu d’eau sur le visage l’aida à récupérer un peu de lucidité avant de retourner à la chambre. Ses vêtements, éparpillés par là, le guidèrent jusqu’au séjour…l’évidence que là avait eu lieu une petite fête sautait aux yeux. Des bouteilles vides au sol. Verres vides, coussins du divan à terre…la belle pagaille…dont il ne gardait pas le moindre souvenir d’avoir causée. La tête lourde, les gestes lents, il alla vers les rideaux et les tira…Il faisait nuit noire. Pas étonnant qu’il se sente si mal, si on devait donner foi aux décombres de la soirée, il était encore ivre. Sans vouloir réfléchir plus, J.O retourna à son lit bellement défait…Un coup d’œil au réveil le fit jurer à voix haute…C’était 2:10 du matin mais la date affichée…correspondait au 15 Juillet…Au risque de paraître fou, il s’empara du téléphone. La réception corrobora l’information. C’était bien le 15 Juillet 1998 et l’heure était juste.

*Trois jours ?...C’est pas possible…mais…qu’est ce que j’ai fichu pendant ce temps ?...*

Il n’en avait pas la moindre idée. C’était comme si sa vie avait basculé dans l’ascenseur, quelques 72 heures auparavant…Un affreux pressentiment le saisit à la gorge. Sus au téléphone. Ça sonnait chez Angel. Ce ne fut pas elle qui décrocha, dès qu’il émit le désir de lui parler et déclina son identité, on raccrocha sèchement. Le pressentiment se mua en angoisse. Une douche m’améliora rien au malaise mais au moins réussit à l’éveiller un peu. Nouveau coup de fil. Identique résultat. Faute de mieux, il appela Jeff Morrison. On lui indiqua à son bureau, que son agent se trouvait en Angleterre. Dépité, il essaya de décider ce qui était le mieux à faire…

Créer un portoloin dans ces conditions ne fut pas tâche aisée, de plus que n’importe quoi était à craindre mais d’une façon ou d’une autre, il arriva d’une pièce à destination, se sentant encore pire, si possible mais prenant son courage à deux mains, se trouva face à la porte de chez les Yates, le doigt sur la sonnette. Dès l’instant où la porte s’ouvrit, James Oliver Westwood sut que tout allait mal…très mal, en fait. Mr. Grisham le dévisagea avec la même aménité de qui se trouve face à quelqu’un digne de tout son mépris.

VOUS !? Quel toupet !

Je…je veux voir Angel !

Pour sûr que oui. Faut dire que vous n’en manquez pas, de sang froid pour vous présenter ici.

Il savait bien qu’on ne l’aimait pas trop dans le coin mais tant de virulence le prit de court. Sans rien dire de plus, James Grisham le précéda au salon où il y avait pas mal de monde. Les parents de Preston, le toisant avec une froideur haineuse ; la grand-mère d’Angel, l’expression rigoureuse. Miss McLane, le semblant fermé, l’œil hostile et elle, sa chérie. Très droite à sa place, bouche plissée en un rictus amer. Regard accusateur mais aussi profondément triste et désenchanté. Avant qu’il ne puisse placer un mot, Cassandra Yates, la vipère avait attaqué.

Êtes vous satisfait du mal causé ? C’est bien le genre des petites gens de prendre leur revanche…

Décidément, elle se prenait pour quelqu’un celle là mais J.O ne se sentait pas d’esprit à la discussion, son seul souci, à part parler à Angel, était de tenir convenablement debout. Sa tête lui faisait un mal atroce et fixer ses idées devenait un tour de force.

Angel, s’il…te plaît…dis moi qu’est ce qu’il se passe ?

Elle ne sembla pas capable d’émettre un mot alors son amie s’en chargea. En prenant une grosse enveloppe brune sur la table, elle avança vers lui.

C’est ça qu’il se passe !, dit elle, cinglante en lui fourrant l’enveloppe dans la main, voyons voir quelle explication trouve Monsieur à ÇA !...Au fait, quelle tête…tu aurais au moins pu te dessoûler avant de te pointer ici !

Ricanement pervers de Lady Poison. Les autres se limitèrent à suivre ses gestes avec morbide fascination. Clichés en main, il les regarda, un a un, en se sachant irrémédiablement perdu. L’évidence était écrasante. Personne, même lui, ne pouvait mettre en doute ce que montraient ces photos infâmes : une petite orgie dont il était le joyeux protagoniste avec les deux allemandes rencontrées au bar de l’hôtel. Le seul détail gênant de tout cela est qu’il n’en gardait aucun souvenir…Le malaise augmenta d’un cran, la migraine de deux.

Silence. Il remit lentement les photos dans l’enveloppe et regarda Angel.


Je…ne…

Elle ne lui laissa pas le loisir de poursuivre. D’un ton glacial où perçait le plus douloureux des reproches, la jeune femme lui fit remarquer l’inutilité d’une explication quelconque. On n’en avait aucun besoin. Sa, si légère façon d’envisager la vie ne lui convenait pas du tout. Il n’était plus le bienvenu dans cette maison et son seul souhait était ne plus le revoir de sa vie. En peu de mots : elle venait de le mettre à la porte. Il y aurait pu s’y attendre mais ça lui fit horriblement mal. Quelle fin absurde…une chose le gênait, néanmoins…que diables faisait un photographe là, si à point nommé, pour immortaliser ces ébats coupables ?

Quittez cette maison et n’osez plus approcher Angel !

Il se retourna lentement et dévisagea Cassandra Yates, l’air décidément mauvais mais ne dit rien.

À court d’arguments, Mr. West !?

Ne me provoquez pas, Milady, je pourrais oublier mes manières !

Elle lui rit au nez, hautaine. J.O eut envie de la gifler mais s’en garda bien. Il regarda de nouveau Angel mais elle l’ignora. Opal jugea bon l’escorter jusqu’à la porte.

Je…je devrais prendre mon chien.

Encore ça ! Tu vas enlever à Di son meilleur copain ?, grommela t’elle en ouvrant le panneau, le poussant presque dehors et sortant avec lui, mon Dieu quelle situation affreuse…Tu te sens bien ?

Qu’est…ce que ça peut faire ?

Sois pas idiot, J.O…Tu es pas soûl, tu es malade, toi !

À quoi venait tout à coup tant de préoccupation ? Elle s’expliqua très vite.

On te racontera après…mais là, tantôt…c’était pour les autres…


Il comprenait de moins en moins.


Angel…me déteste…

Oui, bien sûr et moi je suis cantatrice d’opéra…Va t’en, va à l’hôtel, ne fais ni dis rien…profil bas…Ils doivent baisser la garde…

Pourquoi ?, demanda t’il, bêtement.

Elle le jaugea, tracassée.

Tu pigerais rien…pas en ce moment. Tu as besoin de te retaper un peu, à mon avis…À quel hôtel descends tu d’habitude ?

Au moins, il savait cela. L’entraînant au-delà de la grille du jardin, la miss s’occupa de rendre ses bagages à leur taille normale puis d’un strident sifflement arrêta un taxi qui passait par là.

Énergiquement, elle l’y fourra et donna l’adresse au chauffeur.


Je t’appelle plus tard…essaye de te reposer !


Se reposer, elle en avait des bonnes, Miss McLane. Il se sentait plutôt mourir. La sonnerie du téléphone fit l’effet d’une sirène anti aérienne dans son crâne douloureux. C’était Jeff.

Alors toi, t’en as fait des belles !!!
, gueula t’il en guise de bonjour, inutile de le préciser, Mr. Morrison avait lui aussi reçu un jeu complet des clichés révélateurs, et moi qui pensais que tu étais enfin sur le chemin de la rémission…

Sais pas…, minable défense mais il se sentait pas la force pour plus.

Qu’est ce que t’as, toi ? T’es encore ivre ou quoi !?

Non…sais…pas…


Il entendit encore Jeff s’époumoner à l’autre bout du fil avant de basculer dans le noir total.

Confus retour à la conscience. On s’affairait autour de lui, ça sentait l’antiseptique, on lui piquait le bras et la lumière sur sa tête était presque aveuglante. Un hôpital. Peu importait ce qu’il fasse, son destin semblait être finir toujours avec ses os sur une table d’examen aux Urgences.


Bienvenu de retour au monde des vivants !, dit un homme en blouse blanche, en souriant, ravi, êtes vous bien parmi nous, Mr. Westwood ?

Les médecins font parfois des questions débiles, le pire est qu’ils attendent toujours qu’on leur réponde sous peine de vous torchonner à coups d’aiguilles ou vous faire sauter jusqu’au plafond avec les palettes de ressuscitation.

Euh…sais pas…je crois, oui !

Et l’autre de rigoler comme s’il venait de raconter une bonne blague. J.O supposa que ça suffisait pour qu’on lui fiche un peu la paix mais c’était loin d’être fini. On l’informa gentiment que cela faisait deux jours qu’il était là et qu’on était heureux de l’avoir tiré de l’impasse. Personne ne sembla s’attendre à ce qu’il donne des explications et après s’être livré à des vérifications de toute sorte on le convoya gentiment vers ce qu’il supposa était sa chambre. Jeff Morrison s’y trouvait déjà à son arrivée.

Ça va, mon vieux ? Tu m’as fichu une sacrée trouille !

Qu’est ce …qu’il s’est…passé ?


Jeff ne cacha rien.

Ben, aux dire des docteurs, t’as eu de la chance de t’en tirer. Ils peuvent pas être sûrs mais il paraîtrait qu’on t’a filé une dose de drogue hypnotique à reverser un cheval…ce qui expliquerait certaines choses !

Ouais…me souviens de rien.

Tu ne le ferais même pas sous hypnose…on t’a fait une saloperie, James…une belle saloperie !

Comme s’il ne le savait pas.

Est-ce que…

Non. Elle n’est pas venue…mais sa copine, l’australienne est passée hier. Ta petite Mrs. Yates est partie à la campagne, avec ses beaux parents, la gamine et ton chien…Sa mère, aux dires de Miss McLane, s’étant récupérée miraculeusement. À croire qu’on veut à tout prix la mettre hors de ta pernicieuse influence.

On t’a déjà dit…que tu es très encourageant !?

Euh…Désolé, mon pote…mais c’est comme ça. Tourne la page, oublie ça…Ce sont pas les jolies filles qui manquent…

Ferme la, Jeff.

L’autre obéit. Impossible ne pas reconnaître les symptômes. Cette fois, son copain était gravement atteint. Et le lendemain, ça allait encore pire, tant et si bien qu’il l’envoya au diable et Morrison préféra aller s’occuper de ses affaires. Les docteurs en avaient fini avec les mille analyses programmées et étaient de l’avis qu’il pourrait quitter l’hôpital le lendemain. Il n’y aurait pas de séquelles. Façon de dire !

Il était là, à se morfondre en solitaire, envisageant déjà de partir à n’importe quel point de la planète où sévirait une affreuse petite guerre ou quelque autre horreur sans nom quand la porte s’ouvrit sur Lady Cassandra Yates. Il se redressa dans son lit et la foudroya d’un regard dénué de toute aménité.

Vous avez perdu quelque chose, Madame ?

N’essayez pas d’être insolent avec moi, Mr. West, je suis simplement venue m’assurer que vous êtes assez en forme comme pour quitter l’hôpital puis le pays, dans le plus bref délai possible.

Ah bon !? Vous travaillez pour le bureau d’immigration aussi ? Ou qui sait, pour le MI6 ?...Interpol ? En tout cas, quoiqu’il en soit, je ne vois pas pourquoi je quitterais l’Angleterre , je trouve ce pays charmant.

Vous avez déjà fait assez de mal. Disparaissez.


Désolé de vous décevoir, Ma’am…je partirai quand l’envie m’en prendra pas quand vous le déciderez, compris ? Et n’essayez pas votre numéro de la lady toute puissante, ça ne marche pas avec moi…je ne suis pas de ces américains qui se laissent impressionner par un titre de noblesse.

Que voulez vous pour disparaître ? Pour laisser Angel en paix ?

Il la considéra avec un sourire désabusé et crispant.


Vous voulez savoir ce qui me ferait vraiment plaisir ?

Je vous écoute !, assura t’elle, hautaine, prête à sortir son carnet de chèques.

Que vous sautiez du pont de Londres avec une pierre de moulin au cou, pas à dire, ça me rendrait vraiment heureux…mais bien sûr, c’est pas mon jour de chance.

Vous n’êtes qu’un rustre de la pire espèce, un pauvre malappris…

Un Ça, oui, je sais ce que je suis ce qui ne change en rien ce que vous êtes, vous…une vieille harpie entremetteuse qui croit pouvoir circonvenir la vie des autres à sa guise. Disparaissez plutôt de ma vue, votre présence me donne de la migraine !

Vous êtes…


Foutez le camp avant que je ne vous démontre de quoi est capable un rustre de mauvaise humeur !!!

Je ferai votre vie impossible.

À votre aise…mais finissez de disparaître sinon je me verrai dans l’obligation de vous faire sortir moi-même !, il rejeta les draps de côté et se leva.

Cassandra Yates ne se le fit pas répéter.

Il alla vers l’armoire. Ses vêtements s’y trouvaient. Il avait attendu trois jours…ou étaient ce quatre ? Si Angel aurait voulu le voir, cela ferait un moment qu’elle serait venue. La mort dans l’âme, il s’habilla. L’infirmière faisant sa ronde le trouva dans le couloir et voulut le retenir. Rien n’y fit. Il signa tous les papiers nécessaires ôtant une responsabilité quelconque à l’hôpital et s'en alla, sans dire où.

J.O se laissa tomber sur l’herbe et regarda le ciel. Cela lui rappelait ces soirées d’été de son enfance, quand il contemplait les étoiles, allongé dans un pré, non loin de la maison…Il faisait bon…Les étés se ressemblent partout…Pour lui, ils signifiaient liberté…solitude aussi. C’est en été qu’il avait décidé de s’en aller courir le monde…seul…Il ferma les yeux , essayant de chasser l’amertume qui le gagnait…c’est alors qu’il perçut sa présence…

Je rêve de toi…
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Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] Empty
MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptyVen 14 Jan - 22:17

Quand on a touché le fond, on ne peut que remonter…
Voilà une maxime cent fois prouvées.
À la mort de Preston, Angel, noyée de chagrin, avait coulé. Il lui avait fallu plus de deux ans pour oser émerger du marasme qui l’habitait. Rencontrer J.O lui était apparu comme une bouée de sauvetage. Pour la première fois depuis son veuvage, Mrs Yates entrevoyait un autre avenir à partager avec un compagnon qui lui correspondait presque parfaitement.
Devant l’injustice de l’opposition familiale, elle s’était rebellée. Fuir avec un homme ? Et alors ? Elle était majeure et vaccinée ! Mais, bien sûr, on ne se refait pas et les principes inculqués font surface tôt ou tard. Morale, logique, raisons, en voilà des motifs de réflexion. Tant et si bien qu’Angel se retrouvait écartelée entre le désir de suivre son cœur et les obligations de remplir ses devoirs.
Devoirs de mère avant tout. On ne joue pas avec la vie d’un enfant. Les responsabilités d’Angel vis-à-vis de son trésor primaient sur tout. Si pour les remplir elle devait se séparer de J.O… ce serait affreux … tant pis. Elle ne pouvait pas exiger qu’il l’attende, ni vivre dans l’instabilité.
Il l’aimait, elle en était certaine.
Généralement bon juge en psychologie, Angel se persuadait ne pas se leurrer. Il ne s’agissait en rien d’une passade, d’une banale aventure sans lendemain. Elle comprenait J.O mieux qu’il n’imaginait. Elle désirait l’accepter tel quel avec sa force, ses doutes, ses faiblesses.
Qu’importent ses origines. Il s’était forgé un caractère, un mode de vie bien à lui… C’est ce qui le rendait unique… magique : il était lui.
Restait la part de l’ombre : quelle place souhaitait-il voir occuper par Angel ?
La jeune femme se convainquit qu’il l’ignorait lui-même. Il devait prendre du recul, peser le pour et le contre et… se décider.
L’attirance mutuelle était forte, indiscutable. Si Angel avait dépassé ce stade, qu’en était-il pour J.O ?
C’était à voir…

L’appel de sa grand-mère désorienta davantage Mrs Yates. Il tomba pile au mauvais moment…
La tête à l’envers, le cœur étreint d’une angoisse folle, Angel avait plié bagages.
La santé de sa mère adoptive était critique, à son comble la panique.
Combien d’heures passa-t-elle au chevet de Mary ? Elle ne compta pas. Même si cette femme avait eu ses torts, elle demeurerait celle qui l’avait éduquée et surtout aimée.

Quand on se noie, on plonge, émerge et replonge… La bouée de sauvetage entrevue avec J.O était une planche pourrie.
Le choc des photos sorties de leur enveloppe banale scia Angel mieux qu’une tronçonneuse en action. Ainsi Mr West s’en donnait à cœur joie sitôt qu’elle lui tournait le dos ?
Impossible de réfuter ces preuves flagrantes ! La suite de l’hôtel Mercure était parfaitement identifiable. Le comportement de J.O avec deux demoiselles dénudées : sans appel.
Livide, Angel rangea les clichés. Pas de crise de larmes ni d’évanouissement, seulement l’impression de flotter… ailleurs.
De gestes automatiques, elle alla voir Di, rigola avec elle en flattant le lévrier afghan.
Dormir ? C’était le mieux à faire. Quelques gouttes de potion remplirent leur office.
L’après-midi était bien entamée quand, après avoir grignoté un bout en compagnie de sa fille, elle retourna au chevet de sa mère.
Mamy Rose, gardienne incontournable, la fixa, intriguée :


Tu vas bien ?


Parfaitement bien, pourquoi non ?

Tu as l’air… ailleurs ? Des nouvelles de J.O ?


Non… enfin oui… indirectes dirons-nous. Et maman ?

Toujours pareil… Ils ne se prononcent pas… Tu es sûre qu’il n’y a rien qui te chiffonne ? Tu n’as vraiment pas l’air bien.

En haussant les épaules, Angel sortit l’enveloppe de son sac et la donna à sa grand-mère.
Dès qu’elle vit les illustrations des frasques de Mr West, Mamy Rose poussa les hauts cris :


CE SONT DES FAUX ! Il… il n’est pas ainsi !

Ils sont vrais, nous ne pouvons en douter, soupira Angel. Ça n’a pas d’importance, aucune importance…

M’enfin, ma chérie… Tu ne vas quand même pas admettre qu’il…

Pourquoi pas ? C’est son droit ! Si je suis une imbécile, cela ne regarde que moi. Chapitre clos !

Tiens ? Était-ce une idée ou Mary Grisham venait-elle de bouger ? Non, pas de doute, sa main s’agitait. Angel se précipita :

Maman, tu m’entends ?... Oui, je suis là… Je serai toujours là…


Les médicomages accoururent au coup de sonnette. On évacua mère et petite-fille de la malade pour procéder à des examens. L’espoir et la joie étaient de mise surtout quand la confirmation tomba : Mrs Grisham allait s’en sortir.
Heureuse ? Oui, Angel l’était. Quoique… Le soupçon entrevu peu avant revint en force… navrante.


Puisque tout va bien, que tout va aller mieux, je rentre à la maison si tu n’y vois pas d’inconvénient, mamy. Je… je dois…

Sa grand-mère, sourire de travers, la laissa partir.
Des idées chaotiques en tête, Angel transplana au chemin de traverse dès qu’elle le put après avoir erré en aveugle.
Le restaurant d’Opal se profila dans son champ de vision, elle s’y engouffra :


Salut Erik, Opal est là ?

Le « fiancé » de Miss McLane préparait la salle pour les dîneurs du soir. Il connaissait bien Angel et savait l’amitié profonde qui l’unissait à l’Australienne. Le temps de lui filer un bisou sur la joue, il cria :

Opaline, ta copine est là.

Surgissant de son antre, Opal accourut embrasser Angel :

Ça va, ma belle ? J’ai su pour ta mère… Comment va-t-elle ?

Elle revient de loin, mais elle revient. N’est-ce pas le principal ?

T’as une petite mine pourtant ! Laisse-moi deviner…J.O ?

Le Suédois vaquait à ses occupations. Vu la nature de ses relations avec la patronne, il n’y avait pas de mystère à tenir. Angel demanda :


On peut s’asseoir, j’ai un truc à te montrer, tu me donneras ton avis sans ménagement, hein ?

Les amies s’installèrent, Opal leur servit un verre au passage. Intriguée par l’attitude de Mrs Yates, elle ne put retenir un cri offusqué en découvrant les clichés soumis :

QUEL SALAUD ! Je n’aurais jamais cru ça de lui ! C’est… c’est… immonde ! Je vais l’écharper !


Non !

Opal la regarda de travers :

Comment ça non ? Tu ne vas pas me dire que tu crois ces photos truquées ? Tout y est… Et il n’a pas l’air d’être forcé à…

Il est drogué ! Ma main au souffle d’un dragon qu’on l’a piégé !

Il y en a qui prennent leurs rêves pour des réalités. Angel… ma chérie… c’est dur mais…

J’ai failli y croire… Seulement… j’ai réfléchi.

Lentement, posément, elle narra sa vision des choses. Sceptique au départ, Opal retourna le problème dans tous les sens. Les déductions d’Angel s’avéraient… plausibles. Affreuses, mais plausibles.


Que… Que comptes-tu faire ? Envoyer ton patronus vérifier ?

Angel souhaitait par-dessus tout attendre. Elle exposa ses plans que son amie agréa.

Les jours suivants s’étirèrent longuement. Plusieurs fois Angel résista à l’envie de contacter l’élu de son cœur. Doutes ? Jamais. Pour elle tout était clair, monstrueusement clair.
L’attitude de sa « chère » famille était écoeurante. Qui donc l’avait mise au courant ? Bonne question, non ?
Sa belle-mère ne lui cacha pas sa satisfaction « désolée » alors qu’elle l’avait conviée à boire un thé (beurk) au manoir Yates.


Ma pauvre petite, nous avons vu les photos… Quelle déception ce doit être pour toi. Tu vois… nous t’avions prévenue. Ce garçon n’est pas fait pour toi. Imagines-tu notre chère Di affublée d’un beau-père pareil ? Sans compter que s’il commence ainsi avant même d’envisager le mariage…

Vous aviez raison, mère. J’a i été grugée, stupide… Je m’en remettrai.

Parfait, ma chérie. Nous craignons tant que cela ne t’affecte davantage…

*Je suis blindée, pauvre cloche !* Pas de souci, j’assume. Je suis blessée… ça ira.

Et… S’il osait se manifester à nouveau ?

Je l’enverrai promener comme il se doit !

Le sourire éclatant de Cassandra confirma Angel dans ses déductions d’autant qu’une flèche extrêmement venimeuse l’atteignit cruellement :

Je ne puis te cacher notre soulagement. Il nous aurait été très pénible d’exiger des tribunaux qu’ils te retirent tes droits parentaux… Oui, nous l’avons envisagé. Une Yates ne peut se commettre avec un bâtard. Les taches de ta réputation retomberaient sur Diana. Heureusement, cette histoire est terminée. Tout rentre dans l’ordre.

*Ce sont des fous…*

Que lui avait-on fait, quelle saloperie lui avait-on fait ingurgiter pour que J.O ne réagisse pas ? Petit à petit Angel commençait à envisager le pire quand – oh miracle – il y eut deux appels successifs chez elle.
Comme par hasard – fallait croire que Yates and co avaient bien calculé leur coup – Toute la famille unie entourait Angel à ce moment. Quelle sollicitude… obligée !
Lorsque la sonnette de l’entrée retentit, Angel sut qui l’actionnait. Aussi sûr que deux et deux feraient toujours quatre, J.O était tout proche. Son cœur partit en débandade. Saurait-elle jouer le jeu ?


Si c’est lui, sois ferme Angel. Nous comptons sur toi.

Oui, mère*Va te faire cuire un œuf !*

James Grisham se précipita à l’entrée. Était-il dans le coup ? Angel en doutait. Pas plus coupable que Mamy Rose, son père devait être innocent des magouilles suspectées.
Et il fut là.
Sa tête de déterré rendit Angel livide. Il fallait tenir, donner le change coûte que coûte.
Fidèle, Opal avait tenu à assister à cette réunion soi-disant improvisée. Ce fut elle qui lui soumit les photos compromettantes alors que tous affichaient l’opprobre total. devant l'arrivant passablement déboussolé


C’est ça qu’il se passe !, voyons voir quelle explication trouve Monsieur à ÇA !...Au fait, quelle tête…tu aurais au moins pu te dessoûler avant de te pointer ici !

*Elle y va trop fort… J.O…*

Pleurs muets, traits de marbre.
Le pauvre était tellement choqué. Le regard douloureux levé sur elle faillit la faire craquer pour de bon.
Prenant sur elle-même, malgré son déchirement, elle plaqua d’un ton glacial :


Nous sommes tous au courant sur la façon dont vous occupez vos loisirs. Je crois que toute tentative de justification est vaine. Nous savons à quoi nous en tenir sur vous, à présent. Adieu, Mr West.

Ce qui se passa ensuite, piques de Cassandra, tentative de réplique de J.O, son départ, lui passa par-dessus la tête. Alors qu’Opal raccompagnait l’exclu, Angel s’excusa :

Je monte. Dînez sans moi.

Personne ne s’opposa à sa désertion.
Son oreiller s’inondait bellement quand son amie lui frictionna le dos :


J’ai tenté de faire passer le message mais.. sais pas… il est très bas…

Redressée, traits ravagés, Angel s’alarma :

Il va pas commettre de folie, dis ? Je dois lui…

Reste-là. Avec ce que tu m’as raconté sur les projets de Cassandra, ne bouge pas !

Mais… si…

Affolée, elle aurait transplané illico sans l’intervention de Miss McLane :

Il est solide. Il comprendra le moment venu.


Les jours suivants tinrent du cauchemar éveillé. Angel souhaitait envoyer son patronus en reconnaissance : sa baguette avait disparu.
Elle était pieds et poings liée au bon vouloir de sa « chère » famille.
Qu’elle soit tour à tour nerveuse ou dépressive n’étonnait personne.
Cassandra lui proposa – imposa – un séjour à la campagne. Mary Grisham était sortie d’affaire, elle et son mari désiraient la paix. Comment refuser ?
Bénie soit Opal McLane ! Elle, elle put lui donner quelques nouvelles de J.O.
Après un malaise, un séjour à l’hôpital, il se remettait.


Je dois le voir... Je dois lui dire ! Opal aide-moi !

Une baguette s’échangea.

L’été était doux cette année.
Ici ou là, couchés sur le gazon tendre de Hyde park, des gens contemplaient les étoiles.
Matérialisée à l’abri de buissons, Angel l’aurait reconnu entre mille. Là, yeux clos, J.O semblait si… démuni… perdu… Elle avança :


Je rêve de toi…


Peut-on fondre sur quelques mots ? … Oui.
S’allongeant à ses côtés, elle chercha sa main :


Ne rêve plus, je suis là.

S’il sursauta de surprise, elle ne lui laissa pas l’occasion de s’exprimer l’enlaçant dans une étreinte qui se passe de mots. Roulades dans l’herbe, baisers fulgurants, rires et pleurs mêlés, ils se retrouvèrent enlacés dans la cabane du jardinier.

Mon amour…

La tempête des sens apaisée, Angel pleura copieusement :

Je… je pouvais pas te dire. Ils… ils sont, elle est horrible… Cassandra, oui. J’ai pas cru à son coup monté… un peu, juste un peu sur le coup mais c’était si… trop… comment dire… Impossible. Elle doit me prendre pour la dernière des cruches pour avoir pensé que je marcherais… Je ne sais pas si tu le sais mais c’est presque ainsi que j’ai noué avec Preston… Oui, piégée… Un truc de chantage… du Rohypnol. Je m’en veux tellement de t'avoir laissé ainsi…

Sans cesser de l’embrasser partout où elle pouvait, Angel déballa ses mésaventures passées et actuelles :

Outre ce que j’ai dû te faire croire, c’est le fait que ma mère ait marché dans la combine qui m’affecte le plus. Je ne comprends pas. Mais je me fous de tout. Je t’aime J. Tu me crois, dis ?


Oh oui, il la croyait et, selon toute vraisemblance ce sentiment était partagé.

Ils ont pris ma baguette. Je suis sous surveillance constante… Opal, bien sûr, qui d’autre ? Il va falloir jouer serré ou… ou ils me prendront Di.

De nouveaux pleurs mouillèrent le torse du jeune homme :

… Si, ils peuvent y arriver… Elle a tout prévu… sauf que… je ne suis pas dupe. On va se défendre. Ecoute…

Le « plan » de Mrs Yates reposait essentiellement sur la tromperie. À malin, malin et demi.
Afficher un profil bas, quitte à se faire interner pour dépression, Angel était prête à tout pour contrer les agissements de sa belle-mère.


Toi, tu devrais tenter de retrouver ces filles et leur faire cracher le morceau. Il y avait un photographe complice, c’est sûr. Moyennant finance, tu pourrais obtenir ses aveux… Ma réputation ? Même si Cassandra a des photos compromettantes nous concernant, ça ne prouve rien… tant que nous restons à distance. Di ira chez mamy Rose. Elle a commencé à manifester des pouvoirs… SaP s’est retrouvé frisé comme un mouton ! Je vais reprendre la boutique du chemin de traverse. À nous de monter un dossier solide pour échapper à ses manigances…
Je… je te demande beaucoup, non ? Si tu penses que c’est trop, que… ça ne vaut pas le coup, pas de souci. C’est pas ça qui m’empêchera de t’aimer...


Torride reddition. Qu’il est doux de délirer dans les bras adorés.

Le « plan » s’exécuta. J.O disparu de la circulation – en apparence – Lady Yates adoucit ses mesures restrictives. Elle ignorait que, avec la complicité d’Opal, les amants communiquaient sans cesse. De jour comme de nuit, ils gardaient le contact. Se rencontrer était quasi impossible, hélas.
Hibou, patronus, gémino, ils en déployèrent des ruses !
J.O, soi-disant en reportage pour son copain Jeff, progressait dans ses investigations.
Elle, en apparence docile, reprit le collier au chemin de traverse.
Pauvre boutique délaissée…
La « maladie » de sa mère, alliée avec sa défection, faisait que de nombreuses commandes étaient en retard. Le travail ne manquait donc pas, Angel assuma.
Ce jour-là, elle peinait dans l’élaboration d’une potion compliquée quand la clochette d’entrée fit son bruit.
Seule à bord, force fut d’aller voir qui la dérangeait.
L’homme de haute stature, regardait les étagères en tournant le dos au comptoir.
Ôtant ses gants en peau de dragon, Angel s’approcha du comptoir :


Bonjour ! Que puis-je pour vous ?

Lorsqu’il se retourna, la mâchoire d’Angel tomba :

J… J.O ? Mais…

Je vous demande pardon ?

Bon Dieu où avait-elle la tête ? Ce ne pouvait pas être James Oliver Westwood !
Le nouveau venu avait bien trente ans de plus… Sapé comme un dandy, cape et haut-de-forme assortis, il la dévisagea un poil offusqué :


On m’a dit qu’ici je pourrais obtenir les meilleures potions de Londres. Ma femme et moi rentrons de voyage. Elle est sujette aux… insomnies. Pensez-vous pouvoir nous aider ?

Je… Euh… oui ! Quel type d’insomnie ?

La ressemblance était… sciante, criante. Angel écouta sans entendre.

Je vois… Je peux vous préparer ça pour demain… Excusez-moi mais vous ressemblez beaucoup à… Auriez-vous perdu un enfant ?


Les traits de l’homme se fermèrent mieux qu’une huître agressée :

Potionniste et devineresse ? Je me suis trompé d’adresse.

Il lui tourna le dos, la main sur la poignée.
Qu’avait-elle à perdre ? Rien ! Elle le retint :


Attendez ! Je ne vous connais pas, vous ne me connaissez pas non plus. Je crois pourtant que nous devrions causer. Puis-je vous offrir un thé… ou un café ?


Par miracle, il se retourna, la considéra des pieds à la tête et… accepta.
L’installant dans l’arrière-boutique, Angel n’en menait pas large. Ses mains tremblaient en portant le poêlon d’eau sur le gaz.


Mademoiselle…


Madame, je vous prie. Je... je suis veuve.

Madame donc, vous me voyez assez… surpris et… intrigué de...

Mon attitude ? Pas autant que moi, je vous assure. Je n’ai pas pour habitude de m’émouvoir devant un client au point d’en devenir chèvre. Si je vous ai choqué ou offensé, je m’en excuse.
Passons là-dessus, voulez-vous ? Ainsi vous rentrez de voyage ? Long, je suppose ?


Il devait y avoir longtemps que cet homme s’était confié. Savourant son thé, il en débita des choses ! Des choses si émouvantes qu’Angel en eut les larmes aux yeux :

Et… la rançon payée, on ne vous a remis qu’un…

Qu’un cadavre. Une petite chose informe que ma femme a refusé d’identifier. Depuis des années, elle pleure notre premier-né. Elle m’a pourtant donné deux héritiers depuis mais Howard reste une perte irréparable. Je suis navré de vous ennuyer avec ça…

Vous ne m’ennuyez pas du tout ! se récria-t-elle. J’ose… espérer que vous repasserez demain. Votre potion sera prête, j’en fais serment.

Un baisemain plus tard, le digne homme la quitta.
Pouvait-on croire à la chance ? Aux coïncidences ? Angel s’en persuada.
Ce soir-là, J.O rentrait en Angleterre.
Faisant fi des interdits et surveillances, elle le devança au lieu de rendez-vous.
Un hôtel select – pour une fois – devait accueillir le couple proscrit.
Retrouvailles intenses, échanges de confidences sur l’oreiller passées, attendrie comme jamais, Angel raconta sa journée :


… oui, j’étais en avance. Je brûlais d’impatience... Ben, non ! Pas de ton corps, idiot ! Je sais pas si ça te plaira… le hasard m’a conduite à une rencontre très… étrange… Howard Strand, Duc de Gilmore depuis Henri VIII, ça te dit quelque chose ? Non ? Ben… Faudra t’y faire, je suis sûre que c’est… ton père.

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MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptySam 15 Jan - 22:26

Sans presque oser y croire, il l’avait sentie s’allonger à ses cotés et sa main avait enserré la sienne.

Ne rêve plus, je suis là.

Finie la douleur, envolée l’angoisse de ces jours de silence qui avaient pesé comme des siècles d’infortune. La recevoir dans ses bras effaça d’un coup tout cela. Ses baisers avaient le goût de la victoire conquise. Peut-on rire et pleurer de bonheur ? Oui, et J.O n’en fit aucun mystère, tout comme elle non plus. Sans besoin de parler, sans arrêter de s’embrasser, ils étaient arrivés à la remise des jardiniers. Ce n’était pas l’endroit rêvé pour une rencontre mais ils n’étaient pas difficiles et les lieux pittoresques leur convenaient parfaitement. Ils étaient ensemble, que pouvait importer le décor et le manque de confort. Deux petits tours de baguette et le tour était joué.

Sans se séparer d’elle, la gardant étroitement serrée contre lui, J.O promena son regard sur l’endroit qui les accueillait. Outils de jardinerie parfaitement rangés, engrais, deux tondeuses et bien sûr, la confortable pile de sacs qui leur servait de matelas.


Diables…faudra que je me débrouille pour t’épater un de ces jours…Tu crois qu’on aura droit quelque fois à un lit…comme tout le monde ?

Elle rigola, se fichant autant que lui de ces banalités. Il caressa lentement sa joue, écartant une mèche de cheveux et l’embrassant une et une autre fois, avant de commencer avec les questions. Après tout, cette aventure méritait une petite mise à jour.

Tu sais, Angel…tu as failli m’avoir…

Mon amour…

Mais je suis coriace…au début, je ne pigeais rien, tout était si affreusement confus…Trois jours perdus quelque part et puis…cette scène débile chez toi. Opal a essayé de me passer le message mais…en ce moment, c’était pas la grande forme…

D’un coup de pouce, il essuya deux grosses larmes qui échappaient à sa belle.

Pleure pas…

Mais elle n’y pouvait rien et puis pleurer ça fait du bien, dit on par là !

Je… je pouvais pas te dire. Ils… ils sont, elle est horrible…

Ta belle-mère a tout manigancé ?

Il aurait pu y penser mais ces derniers jours, il était trop abattu pour réfléchir.

Cassandra, oui. J’ai pas cru à son coup monté… un peu, juste un peu sur le coup mais c’était si… trop… comment dire… Impossible.

Soupir de sa part.


En y pensant bien…tiré par les cheveux…Elle m’en veut vraiment cette femme…elle y tient drôlement, à sa…position impeccable ?

Elle y tenait et y croyait, dur comme fer, qu’il représentait la pire des mésalliances que pouvait faire sa belle fille…

Elle doit me prendre pour la dernière des cruches pour avoir pensé que je marcherais… Je ne sais pas si tu le sais mais c’est presque ainsi que j’ai noué avec Preston…

Non, il n’est pas allé si loin avec ses confidences, quand même…on l’a drogué, lui aussi ?...Non…toi ?

Oui, piégée… Un truc de chantage… du Rohypnol. Je m’en veux tellement de t'avoir laissé ainsi…

Tout en racontant ses mésaventures, elle ne cessait de l’embrasser, lui, voguait sur un nuage douillet, au 7ème ciel, sans pour autant perdre détail de ces aveux. Que sa propre mère ait été complice active dans cette intrigue l’affectait beaucoup, J.O pouvait très bien comprendre son désarroi.

Mais je me fous de tout. Je t’aime J. Tu me crois, dis ?

Folle que tu es…et pourquoi je ne te croirais pas ? C’est là que nous coïncidons pleinement…moi aussi je t’aime comme un dingue et me fiche de tout le reste.

Mais l’histoire n’en finissait pas là.

Ils ont pris ma baguette. Je suis sous surveillance constante…

C’est quoi ça ? Ils sont fous pour de bon, ces gens ! Mais…tu as un complice…une complice, n’est ce pas !?

Sourire.

Opal, bien sûr, qui d’autre ? Il va falloir jouer serré ou… ou ils me prendront Di.

Elle pleurait de nouveau et lui n’en revenait pas.

C’est débile !!! Ils jouent à quoi, là ? Dis donc, suis pas une merveille mais quand même…Ils ne peuvent pas faire ça…Tu es sa mère…suis quand même pas un mafieux ou un toxico dangereux…

Malheureusement selon Angel, ils pouvaient. Cassandra Yates avait sa petite intrigue bien ficelée. Il faudrait jouer avec et chercher une solution sans éveiller la suspicion de cette femelle dragon si imbue de soi et bien sur sa Mrs. Yates chérie avait un plan. Il suivit attentivement le décours de ses idées, adorant cet esprit analytique qui soupesait pour et contres avec l’âme d’un stratège consommé. Elle avait tout prévu. Rechercher les filles impliquées dans son « orgie », de visu le photographe, leur tirer des aveux concluants. Il semblait logique supposer que Lady Yates n’avait pas lambiné en chemin et que, dès le début de leur fugue à Bornéo, elle leur avait collé quelqu’un pour les suivre et sûrement réunir assez de matériel pour prouver que sa belle fille menait une vie dissipée auprès d’un individu peu recommandable, autrement dit : lui. Pour dévier toute attention d’eux, il faudrait se plier à certaines exigences, qu’il n’aima pas du tout. Il faudrait se tenir à distance. Comme quoi végéter en plein désert en regardant l’oasis de loin. La gaieté !

Et Di, dans tout ça !?Elle n’est pas chez cette folle au moins !?

Elle y était encore mais cela aussi était soigneusement prévu.

Di ira chez mamy Rose. Elle a commencé à manifester des pouvoirs… SaP s’est retrouvé frisé comme un mouton !

Il aurait bien voulu voir ça ! Pauvre Mamy Rose, elle aurait à faire avec la menace poilue mais qui sait, peut-être l’aïeule parviendrait à faire de l’afghan fou un chien convenable. Angel comptait retourner à son travail au Chemin de Traverse et à deux ils s’arrangeraient pour se faire un beau dossier à toute épreuve pour contrer les manigances de Cassandra Yates &Co.

Je… je te demande beaucoup, non ? Si tu penses que c’est trop, que… ça ne vaut pas le coup, pas de souci. C’est pas ça qui m’empêchera de t’aimer...

Il riait en la renversant sur leur somptueuse couche.

Tu en as, des idées. Beaucoup ? Trop ? Demande-moi la lune, je la décroche pour toi…

Elle n’en demanda pas tant…à moins de le considérer, lui, comme tel!

Mettre en exécution le plan ourdi par Mrs. Yates s’avéra assez simple. Jeff Morrison s’étant avoué complice inconditionnel du couple, il avait l’âme tendre d’une vieille fille victorienne, cela ne posa aucun problème pour lui que dégoter un travail, sans risques pour une fois, des plus intéressants, enrichissants et instructifs, en France. Lieux mystérieux et oubliés, de quoi lui faire courir la nature en faisant usage de son talent tout en le maintenant assez éloigné de sa tentation, ce qui, à l’avis de la clique de complices, suffirait pour endormir les doutes de « Cerbère » Yates.

Loin d’aller en France, J.O se rendit à Kalimantan. Il se doutait bien que les deux demoiselles avaient volé de retour chez elles, depuis le temps. Il n’avait que leurs prénoms et nationalité. Avec un peu de doigté et argents changeant de mains, il était sûr de trouver l’information voulue à l’hôtel. Il ne se trompa pas. Les deux misses vivaient dans une charmante petite, très petite, ville au Sud de l’Allemagne, donc ce ne serait pas foncièrement difficile de les trouver. Ce ne le fut pas. Nicole et Elke travaillaient ensemble au même bureau. Leurs habitudes, très faciles à cerner dans un endroit comme celui là. Il ne les avait pas oubliées et, cela va de soi, elles non plus. Ce qui est plus, elles gardaient de lui un souvenir assez mémorable. Si le revoir les surprit, cela les enchanta encore plus, même si très vite, ce fut très clair que J.O n’était pas là pour raviver la flamme de cette soirée épique. Comme il n’avait aucune envie de perdre du temps, Mr. Westwood s’arrangea très bien pour parfumer leur boisson au Veritaserum et sans aucun problème leur soutirer tout ce qu’il voulait savoir.

Rick Norman rentrait chez lui, dans son quartier miteux, après une de ces journées vides d’émotion où il avait traîné sans tomber sur une aubaine. Il gardait encore des souvenirs merveilleux de ce coup de chance qui l’avait mené à Bornéo. Un vrai régal, cette filature, d’autant plus que le couple si gentiment filé ne semblait se douter de rien…Il en avait des belles photos. Pas aussi spectaculaires que celles obtenues lors de cette petite séance préparée d’avance…Ça lui avait rapporté un joli magot…C’est fou ce que les gens peuvent payer bien pour connaître les secrets de leur prochain…ou pour les forcer un peu…

Bonsoir, Mr. Norman !

L’interpellé fit un bond d’un demi mètre. Assis à sa place, derrière son vieux bureau encombré de paperasses se trouvait…

West ! Que diables…

Le monde est si petit, Norman…on se retrouve à tous les coups !

Un flash aveugla le nouvel arrivant alors que J.O rigolait de bon cœur.

Votre tête vaut le détour…je ferai encadrer cette photo ! Alors, on s’amuse à filer les gens, Norman ? C’est moche comme boulot, le vôtre. C’est pas sympa, ça, de fouiner dans la vie des autres…

Foutez moi le camp…vais appeler la Police !

Pourquoi pas ? C’est votre droit…mais juste avant que vous ne songiez à le faire, vous et moi, on va avoir une petite conversation.

J’ai rien à dire !!!, glapit-il.

Au contraire, assura J.O en agitant une liasse de photos et souriant d’un petit air mauvais à souhait, j’aime pas être photographié ! Qui vous a payé pour réunir ce charmant dossier sur moi ?

Vous pouvez courir si vous croyez que je vais vous le dire !

J’aime pas me fatiguer. Vous êtes tombé sur le mauvais numéro, Norman…J’aime pas qu’on se foute de ma tête ni qu’on étale ma vie pour le loisir d’un tiers…Combien vous a filé Cassandra Yates pour réunir ce ramassis d’iniquités ?

L’autre pâlit.

Juste ce que j’avais pensé. Elle m’apprécie pas trop, la dame…mais asseyez vous donc, vous allez écrire, ce sera plus confortable.

Je ne vais rien écrire du tout !, brailla le bonhomme, d’une voix aiguë.

Oh que oui ! Assis !

Petit Impero informulé et Rick Norman prit place, papier et stylo…et sans savoir pourquoi, débita l’histoire de ses magouilles dans une prose éclatante, criante de vérité. Il noircit deux pages d’une écriture serrée, nerveuse que J.O prit son temps pour déchiffrer.

Vous devriez soigner votre calligraphie, c’est plutôt minable mais la syntaxe est bonne…essayez vous à l’écriture…qui sait, la science fiction est un bon genre pour types comme vous.

Il leva l’Impero et l’autre sembla se dégonfler comme une baudruche.

Je vous remercie énormément d ce service, Norman, ça aidera à remettre quelques pendules à l’heure. Malheureusement, je ne peux pas laisser que vous vous souveniez d’avoir été si gentil avec moi… Mais je veux quand même vous laisser un petit rien pour…la peine ! Furunculus …Oubliettes !

Il riait encore en transplanant. Rick Norman ne sut jamais ce qui lui était arrivé ce soir là mais quelques mois durant, il eut un mal fou à pouvoir s’asseoir convenablement…même en se servant de sa bouée. Il se fit tout un nom, dans le milieu.

Cela faisait plus de quinze jours qu’il n’avait pas pu rencontrer Angel mais grâce à l’efficiente complicité de son amie australienne ils se maintenaient en constante communication. Enfin un rendez vous avait été fixé pour ce soir, pour une fois, le choix des lieux, s’avérait parfaitement satisfaisant. Une chambre au Claridge’s. Miss McLane s’en était occupée.

À sa grande surprise, Angel s’y trouvait déjà quand il arriva. Merveilleuses retrouvailles, délicieux délire, oubliant pour un bon moment leurs déconvenues et solitudes. Ils étaient ensemble, que vouloir d’autre !?


Heureux, J.O devenait un grand gosse insouciant. Il adorait la taquiner, lui dire n’importe quoi pour la voir d’abord froncer le nez puis se régaler avec l’éclat des ses yeux juste avant qu’elle n’éclate de rire. Il aimait chaque geste, chaque moue, chaque regard…elle était parfaite et lui, en était absolument fou !

Oui, j’étais en avance. Je brûlais d’impatience...

Ne me dis pas ? Tu ne peux plus te passer de moi ?...Tu es accro de mon corps !?

Elle rigola mais devint tout de suite sérieuse.

Je sais pas si ça te plaira…

Il arrêta de faire le pitre et se redressant sur un coude la regarda.

Raconte toujours…on verra bien !

Elle prit une profonde inspiration avant de parler.

Le hasard m’a conduite à une rencontre très… étrange… Howard Strang, Duc de Gilmore depuis Henri VIII, ça te dit quelque chose ?

Drôle de question.


Euh…non, ça ne me dit rien…ça devrait ?

De sa vie, James Oliver Westwood ne s’était attendu à la suite.

Non ? Ben… Faudra t’y faire, je suis sûre que c’est… ton père.

Long silence. Sa surprise était totale mais céda rapidement place à un sentiment assez confus, mélange de ressentiment et dépit.

D’où tu sors une idée pareille ? Au cas d’en avoir un, ca ne m’a jamais servi de rien, un père…m’en passe volontiers !

Elle lui assura avoir entendu l’histoire complète racontée par M. le Duc et tint, bien entendu, à la répéter pour son information. Au fur et à mesure qu’Angel parlait. Il se sentait presque malade et finit par se lever, énervé.

En somme…je suis une nouvelle version du bébé Lindbergh ! Pauvre homme…il n’a sûrement pas pu accepter la mort de son gosse…mais de là à que tu crois que c’est moi…il y a du chemin ! Son mioche, il a été enlevé et est mort ici, non ? En Angleterre…tu vas me dire, qui enlève un gamin ici et va l’abandonner dans un trou comme Latham House…de l’autre côté de la grande mare ?…je t’en prie…

Mais la jeune femme insistait, assurant que non seulement l’histoire l’avait secouée mais surtout l’ahurissante ressemblance entre le noble anglais et lui.

Allez, ma chérie…te fais pas d’illusions…Oui, je suis sûr que si tu me l’as dit c’est parce que tu y crois…mais avoue que c’est corsé, le truc !

Cela faisait trop longtemps qu’il avait assumé et accepté le fait de n’être qu’un orphelin avec de la chance. On n’avait pas voulu de lui et on l’avait abandonné comme une mascotte gênante, encore heureux qu’on ait pas songé à le noyer comme à un chaton. Pour lui, plus que suffisant avoir Magnolia et Rose Westwood. Elles avaient comblé la carence de tendresse et lui avaient donné l’assurance d’une vie normale. Encore gamin, il avait parfois bercé l’illusion de voir un jour, une vraie famille débarquer le chercher…alors il aurait des frères, des sœurs, un père et une mère comme tous les autres gosses de son âge mais il avait vite cessé de rêver et remisé l’illusion et était devenu un type pragmatique qui vivait le jour !

Pendant le dîner servi dans leur chambre, Angel évita le thème et ce fut au tour de J.O de raconter le succès rencontré dans ses recherches. Avec les aveux écrits de Rick Norman, ils tenaient Cassandra Yates. Si elle continuait avec ses menaces, J.O était décidé à porter plainte contre elle pour attentat flagrant à sa vie privée et autres délicatesses, entre autres de l’avoir fait droguer tant et si bien qu’il avait failli y passer.


Elle n’aimera pas voir son joli nom si bien terni…mais enfin…on se fiche un peu de ta belle mère !

Mine de rien, le duc de Gilmore reparut dans la conversation. Angel pensait qu’une rencontre s’imposait. J.O n’en croyait trop rien mais finit par se laisser convaincre.

C’est bon…je perds rien à te faire plaisir…j’adore le faire, en fait…j’irais en enfer si tu me le demandais !

Pas question d’aller en enfer. Il y avait d’endroits bien plus plaisants et le lit, fameusement douillet était une tentation irrésistible.

Assis dans un coin de l’arrière boutique, J.O suivait avec attention les gestes précis de Mrs. Yates, très concentrée à la préparation d’une potion, en jetant, de temps à autre des coups d’œil impatients à sa montre. À l’heure fixée, la clochette de l’entrée tinta. Angel enleva ses gants de peau de dragon et sortit accueillir le client. Il aiguisa l’oreille et l’entendit souhaiter la bienvenue à Milord, le duc de Gilmore. Conversation polie. Aussi silencieux qu’un chat, il alla vers la porte laissée entrouverte. La vue de l’homme qui parlait avec Angel, le secoua. On ne pouvait pas le nier, la ressemblance était peu banale. Puis, comme si rien, elle dériva sur « le thème », le duc ne sembla pas gêné, après tout, il avait déjà livré ses confidences à la jeune femme. J.O ressentit néanmoins l’émoi dans sa voix quand il parla de l’enfant disparu.

Howard avait dix jours à peine quand on l’a enlevé de notre maison…je me souviendrai toute ma vie de ce fatidique 14 Juillet…oui, en effet, notre fils est née le 4 Juillet 1972…Il aurait eu 27 ans, il y a peu.

J.O sentit un douloureux pincement au cœur. Celle là était l’unique référence dont il eut jamais disposé. Lentement, il ouvrit la porte et rejoignit Angel derrière le comptoir. Le duc de Gilmore blêmit en proie d’une émotion violente.

Ce n’est…pas possible !, parvint il à articuler en chancelant.

Angel vola le soutenir. J.O semblait pétrifié sur place. Se reprenant un peu, Howard Strang leva la tête et considéra longuement le jeune homme qui n’avait pas bougé, les yeux fixés sur lui.

Qui…êtes vous ?

James Oliver Westwood.

Est ce vraiment votre nom ?

Imperceptible haussement d’épaules.

Le seul que j’ai !, grommela t’il, rogue.

Mais Angel s’empressa d’assurer que c’était ainsi que l’avaient baptisé ses mères d’adoption, voilà 22 ans déjà.

Adopté, donc ? Où ?

J.O était énervé mais se força à répondre. Le noble anglais hocha la tête.

Vous êtes donc né aux États Unis ?

Je n’en sais rien, on n’a pas laissé un dossier complet dans le panier…seulement ma date de naissance…le 4 Juillet 1972…

Mon Dieu, serait ce possible…? murmura le duc.

Mrs. Yates, prévoyante, leur proposa d’aller à l’arrière boutique, prépara un thé et discrètement les laissa en tête à tète.

Il n’est pas impossible que vous soyez mon fils, assura tout de go Mr. Strang, il y a quelques coïncidences que nous devons prendre en considération, en commençant par cette étrange ressemblance entre vous et moi…et avec pas mal d’ancêtres Strang.

*Génial…c’est le lot complet là, ancêtres inclus !*

Je ne voudrais pas que vous vous fassiez des fausses illusions, Mr. Strang…il peut ne s’agir, comme vous le dites, que d’une simple coïncidence…en tout cas…je ne me sens pas du tout noble, moi !

Cette remarque si spontanée fit sourire le duc de Gilmore. Plus il détaillait le jeune homme assis face à lui, plus il lui trouvait d’autres traits marquants qui parlaient long sur ce qu’il était sûrement, sans le savoir. Son maintien naturel, élégant sans affectation même si un peu relâché selon son docte et noble avis. Bien sûr, ce crâne rasé manquait de distinction mais ce n’était qu’un détail. C’étaient surtout ses mains qui retenaient son attention, grandes, fortes tout en restant racées…identiques aux siennes.

Quel est votre métier, Mr. Westwood ?

Je suis photographe…

Ah !, c’était quand même un peu décevant.

J.O le remarqua et sourit, un brin désabusé.

Je ne fais pas de gentilles photos de famille…Disons que ma branche demande un peu plus d’action…j’ai couvert pas mal de zones de conflit et autres endroits de difficile accès !

*Ça devrait le désenchanter !*

*Un homme avec un goût marqué pour le risque, comme tant d’autres Strang qui ont couru le monde en quête d’aventure et gloire.*

Êtes vous marié, Mr. Westwood ?

*Ai-je l’air d’un homme marié ?*

Il se contenta de secouer la tête.

Envisagez vous de le faire, bientôt ?

*Qu’est ce que ça peut lui foutre ?*

Angel, de l’autre côté de la porte, devait entendre leur conversation.

Cela dépend, mais je ne pense pas que ma vie n’entre pas en cause, Monsieur. Je vois mal où nous mène cette conversation.

*Il a du caractère*

Mr. Westwood avez-vous une marque de naissance sur votre épaule gauche ?

La question prit J.O de court et instinctivement, il porta la main à l’épaule. Strang sourit.

Vous en avez une. Puis je la voir ?

Quoi ?...vous ne pensez pas que…enfin, si ça peu vous faire plaisir…

*Encore heureux que ce soit l’épaule et pas la fesse…sinon, il pouvait courir !*

C’est juste le moment que choisit Mrs. Yates pour entrer chercher une fiole quelconque. Elle s’arrêta, interdite, en voyant J.O déboutonner sa chemise et découvrir son épaule gauche.

L’exclamation étouffée du duc les fit échanger un regard mais déjà ce dernier , très ému, posait sa main sur l’épaule révélatrice.

Mon fils…

Pardon ?

Tu es mon fils…j’en suis absolument certain.

Euh…juste parce que j’ai la Croix du Sud sur mon épaule ?

Parce que c’est la marque Strang.

Et moi qui pensais que ce n’était qu’une marque débile…mais…enfin…c’est…qui sait…juste une autre coïncidence!

Difficile de trouver quelqu’un d’aussi réticent à être reconnu comme fils d’un duc, héritier du titre et autres honneurs inhérentes à son rang.

Howard…

James. Ça fait un bail que je m’appelle ainsi et ne compte pas changer de sitôt. En plus, ne vous emballez pas, M. le Duc…pensez ce que vous voudrez mais je suis et reste un américain convaincu…de ceux qui ne croient pas trop à tout le tralala de la noblesse. Pour définir cette bizarre situation…il me semble que vous avez besoin de bien plus de preuves qu’un date de naissance, une tache sur l’épaule et une certaine ressemblance…ADN et tout le baratin…Je ne…

L’entêtement est une marque de famille.

À vous croire, vous en avez des marques dans la famille…

Tu ne manques pas d’esprit !

Ne me dites pas, c’est normal chez les Strang ?

Howard, Sr sourit.

Hélas, là je dois reconnaître que nous sommes un peu coincés. Mais tu es sorcier, toi aussi.

Allons, c’est pas malin à déduire…je suis là, en plein monde sorcier, c’est assez évident…

Ils auraient pu continuer à discuter toute la journée sur ceci ou cela mais J.O commençait à se sentir un peu pris au piège. Le Duc, lui, était enchanté et si cela avait tenu à lui, il aurait emmené celui qu’il considérait déjà comme le fils retrouvé, chez lui pour annoncer le miracle à toute la famille. Là, J.O faillit prendre la poudre d’escampette.

Famille ?...

Bien sur, ta mère, ton frère Henry et ta sœur Annabelle.

Ah bon…et moi…suis censé d’être quoi ? Le petit dernier ?

Non, Howard…tu es l’aîné.

Ben, dites donc…sacrée embrouille. Vous ne pensez pas que ça va causer des problèmes internes que j’apparaisse comme un épouvantard hors de l’armoire ? Parce que je suppose que…Henry ne va pas trop aimer ça…après tout…c’est lui…enfin…vous savez…

Rien n’y fit. Dans les jours qui suivirent, M. le Duc ne le lâcha pratiquement pas d’une semelle. À peine s’il avait le temps de rencontrer Angel.

J’en ai marre de tout ça ! Veux pas être duc, moi…Rose et Magnolia vont en faire une jaunisse…pas plus que ta belle mère, mais pour différentes raisons…cela va de soi…Angel, je ne veux rien de tout ça…je ne veux pas être un Strang…et encore moins devenir…un noble anglais…j’ai pas la tête à l’emploi ! Et puis…imagine toi, vivre dans un manoir ténébreux où on met deux jours à aller d’un bout à l’autre…Marions nous, enlevons Di et foutons le camp…on s’en va vivre dans un chouette coin tranquille, face à la mer…n’importe où…Dis oui !...ne me laisse pas en mains de ces gens…

Elle sembla émue de sa singulière demande en mariage mais lui fit remarquer que, qu’il le veuille ou pas, « ces gens » étaient sa véritable famille.

Non…ma seule famille sont Rose et Magnolia…pas M. le Duc et Mme. La Duchesse…

Ce matin là, un Strang radieux se présenta à l’hôtel alors que J.O sortait de la douche. Il reçut M. le Duc, vêtu d’une serviette autour des reins. On ne pourrait jamais dire de lui qu’il se faisait de la bile pour le protocole.

C’est confirmé. J’ai les résultats, tant des experts moldus comme de Ste. Mangouste…tu es Howard Cédric Augustus Strang.

Et…on me dit comment…Howie ?


Sans se gêner ni de l’heure ni de sa tenue, il alla vers le mini-bar et déboucha une mignonnette de cognac qu’il enfila sans respirer, sous l’œil stupéfait de…son père.

*On devra travailler les manières mais l’essentiel est là…il a du caractère à en revendre !*

J’ai préparé ta mère. Elle est terriblement émue, tu peux l’imaginer et nous attend, sur l’heure. Cela fait 27 ans qu’elle rêve de ce miracle.

Il pouvait s’en douter. Une heure plus tard, après maintes délibérations sur sa tenue, la Rolls du duc de Gilmore franchissait les grilles de Gilmore House.

Un maître d’hôtel très stylé s’inclina à leur passage ainsi qu’une douzaine de domestiques croisés en chemin vers le petit salon où Madame la Duchesse les attendait.


*Wow…faut arriver avec rendez vous, là !*

Le petit salon était énorme. La dame, assise dans une bergère, leva la tête à leur entrée et pour la première fois de sa vie J.O put contempler le visage de sa mère. Une beauté blonde et éthérée, délicate, aux traits doux d’une madone, elle avait des grands yeux bleus…noyés de larmes. En le voyant, elle se leva lentement et alla vers lui. Pendant un instant assez long, elle étudia ses traits en silence, plongée dans une espèce de transe puis levant la main, caressa doucement sa joue.

Mon petit garçon…mon petit garçon !

Il sentit un nœud à la gorge mais fut incapable de bouger quand elle l’étreignit avec force…Sa tête lui arrivait à l’épaule mais il se sentit comme un petit garçon. Enfin, il se décida à la serrer dans ses bras, le plus délicatement qu’il put. Elle pleurait…il s’en fallut de peu pour qu’il y mette du sien…

En ce moment, firent leur apparition deux superbes lévriers afghans, créant la parfaite distraction.

Au moins...on a le même goût pour les chiens…j’en ai un pareil.

Ophélia Winfield, épouse Strang, duchesse de Gilmore s’écarta de son fils et le regarda, en souriant.

Oui…c’est un bon début…on aime les mêmes chiens !

Il faut toujours commencer par quelque chose…
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Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] Empty
MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptyDim 16 Jan - 21:41

Dire qu’elle pensait lui annoncer une bonne nouvelle ! Ben… ce ne fut pas exactement le cas.
Le silence qui suivit les déclarations de la jeune femme lui parut s’éterniser… anormalement.
Enfin, il sortit de sa stupeur avec une certaine violence peu engageante :


D’où tu sors une idée pareille ? Au cas d’en avoir un, ca ne m’a jamais servi de rien, un père…m’en passe volontiers !

C’est déconcertant, je l’avoue. Le fils de ce duc a été enlevé peu après sa naissance. Quoiqu’il entreprenne comme recherches moldues ou sorcières, il n’y a pas eu d’indices. Une forte rançon a été payée mais… on n’a retrouvé qu’un petit corps sans vie. Trop effondré, il a dû accepter la fatalité. Sa femme ne s’est jamais complètement remise de cette perte.

J.O n’aimait pas cette version des faits :

En somme…je suis une nouvelle version du bébé Lindbergh ! Pauvre homme…il n’a sûrement pas pu accepter la mort de son gosse…mais de là à que tu crois que c’est moi…il y a du chemin ! Son mioche, il a été enlevé et est mort ici, non ? En Angleterre…tu vas me dire, qui enlève un gamin ici et va l’abandonner dans un trou comme Latham House…de l’autre côté de la grande mare ?…je t’en prie…

Quand tu le verras, tu comprendras toi aussi ! J’ai cru devenir chèvre en le voyant ! C’est ton portrait craché en… plus âgé. Il a dû me prendre pour une folle de le dévisager ainsi.

Le jeune homme ne semblait pas décidé à donner du crédit à ses dires :

Allez, ma chérie…te fais pas d’illusions…

Je… J’étais si contente ... Je croyais te faire plaisir... Je ne me serais pas permise d’inventer un truc pareil !

Oui, je suis sûr que si tu me l’as dit c’est parce que tu y crois…mais avoue que c’est corsé, le truc !

Ça, elle pouvait l’admettre.
Le splendide dîner qu’on leur servit en chambre amena une diversion dans ce débat. J.O en profita pour lui narrer par le menu la fin de ses investigations personnelles au sujet du piège dont il avait été victime. Avec les aveux des filles, ceux écrits de Rick Norman, Cassandra Yates n’avait plus qu’à bien se tenir au risque d’avoir un méchant procès sur le dos. Si elle tenait tant à éviter un scandale, elle devrait cesser ses manigances.


Elle n’aimera pas voir son joli nom si bien terni…mais enfin…on se fiche un peu de ta belle mère !


J’imagine sa tête s’il se confirme que tu es bien le fils du duc de Gilmore… Viens demain à la boutique, je dois lui remettre une potion sommeil pour sa femme…

Adorable J.O. Pour lui faire plaisir, il aurait accepté n’importe quoi.

Un peu nerveuse, Angel s’attelait à la confection d’une commande avec dans son dos J.O qui ne la quittait pas des yeux. Viendrait, viendrait pas ? Impossible de ne pas y penser.
Pile à l’heure prévue, la sonnette d’entrée fit son bruit. S’efforçant au calme, un clin d’œil à son amoureux, Mrs Yates prit une attitude professionnelle en expirant un grand coup avant d’accueillir son visiteur :


Bonjour Milord. La commande est prête comme promis. Je suis certaine que votre épouse en sera satisfaite. Trois gouttes dans un peu d’eau, le soir.

Il régla son dû sans sourcilier, Angel se mordit la lèvre :

Je me suis permise de préparer aussi une potion de… bonne humeur. C’est très utile quand on a le cafard. Vous ne me devez rien, c’est… un cadeau. Votre histoire est si… émouvante. Je plains votre épouse de tout mon cœur. Le temps n’efface pas la douleur…

Howard avait dix jours à peine quand on l’a enlevé de notre maison…je me souviendrai toute ma vie de ce fatidique 14 Juillet…oui, en effet, notre fils est né le 4 Juillet 1972…Il aurait eu 27 ans, il y a peu.

Tout concordait trop bien. Autant se jeter à l’eau :

Si vous le permettez, j’aimerais vous présenter… quelqu’un.

Elle sut qu’ils se voyaient rien qu’à la tête que le Duc tirait. Ça devait faire un choc de se voir comme dans un miroir avec 27 ans d’écart. L’émotion fit tituber l’homme mûr. S’en voulant de lui infliger cette rencontre de façon si abrupte, Angel s’empressa de soutenir l’illustre.
Les questions-réponses débutèrent. J.O était assez fermé, pas hostile mais incrédule.


James Oliver Westwood a été adopté par deux charmantes dames : Rose et Magnolia alors qu’il était âgé cinq ans. Vous serez peut-être plus à l’aise derrière… Je prépare du thé.

L’infusion express ne demanda que quelques minutes. Jugeant sa présence accessoire, la jeune femme laissa les deux hommes en tête-à-tête et s’éclipsa dans la boutique.
Bien évidemment, elle ne rata rien des échanges verbaux. Son cœur palpitait comme un oiseau en cage.


*J.O ! l’admonesta-t-elle mentalement. Sois un peu moins froid…*

Pas à dire mais si le duc croyait à une mauvaise farce destinée à usurper un titre, avec J.O il était servi du contraire.
Les questions sur la vie privée de Mr West dérangèrent Angel. A l’entendre J.O n’avait aucune envie de convoler en juste noce avant…longtemps… soupir.
Lorsqu’une histoire de marque sur l’épaule s’énonça, elle tiqua. Bien placée pour l’avoir vue de près, connaissant J.O, la jeune femme craignit qu’il refuse cette exhibition. Elle allait lui dire, elle, au duc que…
Contre toute attente, lorsqu’elle entra, J.O se soumettait de bonne grâce à la démonstration qui convainquit le duc.
Dans son coin, Angel s’émeut. Avoir été l’instigatrice de ces retrouvailles entre père et fils l’emplissait de joie et de fierté. J.O ne sautait pas de joie, lui… Passer, du jour au lendemain, d’orphelin adopté à fils de noblesse nanti d’une famille complète aurait déboussolé n’importe qui.
Howard Strang jubilait, lui. Sans le frein de Mr Westwood, il aurait été chanté la nouvelle sur tous les toits. Mais le bon sens eut gain de cause : des vérifications plus sérieuses s’imposaient.

Les jours suivants amenèrent doucement Angel à reconsidérer la question : avait-elle bien fait ?
Accaparé sans arrêt par son « père » J.O devint l’homme invisible.
Si, d’un côté, la jeune femme se réjouissait pour lui et le savait en sécurité en Angleterre et non à risquer sa peau aux quatre coins du monde, elle se sentait… écartée. Pas rejetée mais…
Certes, ils communiquaient toujours. Ainsi apprit-elle que des examens d’ADN étaient en cours que l’excitation du Duc allait grandissante...
De son côté, Angel préparait aussi le terrain.
Sa « chère » belle-mère avait absolument voulu lui mettre dans les pattes un séduisant garçon répondant au nom prestigieux d’Arthémus, Ignatius, de Ponchartrain. La particule émoustillait beaucoup Cassandra. Pour la forme, Angel accepta de rencontrer ce dandy lors d’un déjeuner… improvisé soi disant. Il était absolument charmant, il est vrai. Maniéré sans être guindé, l’esprit vif, l’humour facile, n’importe quelle fille aurait été flattée de recevoir l’attention de ce beau garçon. Les choses furent mises au clair rapidement, sans détour et avec… amusement.
Alors qu’ils se promenaient gentiment dans le parc bordant la demeure Yates, Arthémus l’invita à s’asseoir sur un banc. Lui prenant les mains, il lui sourit, amical :

Angel, vous me semblez une personne adorable… Non, ne craignez rien, je ne vais pas vous bassiner les oreilles de compliments rasoirs ni vous déclarer une flamme que je ne ressens pas, ni ne sentirai jamais… même si vous le mériteriez. Ma famille tient absolument à me caser afin de faire taire certaines rumeurs sur… mes tendances, comprenez-vous ? Je suis ainsi et m’en porte très bien. Notre monde, hélas, n’accepte pas facilement ce genre… d’écart.

Choquée ? Pas du tout, au contraire. Si Angel rit, ce n’était pas de moquerie.


Mon ami, vous ne pouviez mieux tomber. Votre secret sera bien gardé. Je vous avouerai donc que moi-même je n’ai envie de convoler qu’avec un seul homme qui n’est pas agrée par ma famille. En nous y mettant à deux… nous pourrions satisfaire tout le monde, non ?


Ainsi fut-il fait. La « garde » de Lady Yates se baissa en croyant avoir mis la main sur le mari idéal pour sa belle-fille. Les restrictions, la surveillance se relâcha de sorte qu’Angel fut enfin libre de ses déplacements. Sous couvert de « sorties » avec son nouvel amoureux, Mr West semblant définitivement sorti de l’orbite, Angel aiguisa ses armes. Le seul hic c’est qu’elle ne pouvait pas voir J.O plus qu’à la sauvette. Il rit beaucoup quand elle lui annonça l’entrée en lice d’un candidat à sa main… enfin, il rit une fois mis au parfum des tendances du comte de Ponchartrain.
Néanmoins, la situation crispait le photographe. Un soir où ils purent enfin deviser de visu, il explosa :


J’en ai marre de tout ça ! Veux pas être duc, moi…Rose et Magnolia vont en faire une jaunisse…pas plus que ta belle mère, mais pour différentes raisons…cela va de soi…Angel, je ne veux rien de tout ça…je ne veux pas être un Strang…et encore moins devenir…un noble anglais…j’ai pas la tête à l’emploi ! Et puis…imagine toi, vivre dans un manoir ténébreux où on met deux jours à aller d’un bout à l’autre…Marions nous, enlevons Di et foutons le camp…on s’en va vivre dans un chouette coin tranquille, face à la mer…n’importe où…Dis oui !...ne me laisse pas en mains de ces gens…

Marions-nous ? Avait-elle bien entendu ? Même formulée de façon si abrupte, cette singulière demande en mariage lui alla droit au cœur :

*Il y aura au moins pensé…*

Pas et oui ni de non. J.O avait peut-être sorti ça dans l’énervement. Elle ne releva pas, se contentant d’exprimer des évidences :

Rose et Magnolia sont tes mères, J.O Rien ne changera ça. Leur amour pour toi ne variera pas. Que tu le veuilles ou pas, les choses étant ce qu’elles sont, tu dois admettre posséder maintenant une famille… biologique.

Têtu mieux qu’une mule, J.O restait sur ses positions.
La sentence tomba un peu plus tard : Howard, Cédric, Augustus Strang était vivant !
Avec force de détail, J.O lui narra sa rencontre avec sa mère, une bien douce et jolie personne selon lui.
Comme il était nerveux !
Il avait passé une demi-journée mémorable riche en émotions et questions.
Le détendre ne fut pas facile mais l’amour aidant, Angel parvint à lui faire un peu oublier ses tracas. Ils parlèrent de tout et de rien longuement mais le sujet principal se devait de revenir sur le tapis. A l’entendre, il s’était quasiment sauvé de ses parents, ceux-ci désirant le retenir « à demeure ».


C’est normal qu’ils te veuillent près d’eux. Je peux prévenir Rose et Magnolia, si tu veux… Invitées au manoir ? Incontournable ! Elles vont en avoir des choses à raconter… Ils veulent me rencontrer aussi ? Pourquoi, tu as parlé de moi ?

Oui, il l’avait fait et très chaleureusement selon ses dires. Les femmes qui comptaient dans la vie de J.O étaient conviées à passer le week-end à Gilmore House en toute simplicité...

Angel s’en trouva mitigée. D’abord, il lui faudrait annoncer cela à sa propre famille, puis... quel accueil lui réserverait-on chez ces nobles et puissants personnages ? Bah, elle avait survécu au crible des Yates, alors…

Elle organisa un petit dîner sympathique entre Grisham et Yates. L’ambiance était détendue, à croire qu’aucune tension n’avait jamais existé. Sa mère ayant recouvré sa bonne santé sans aucune séquelle au mal bizarre qui l’avait frappée se montrait pleine d’entrain. La conversation dévia fatalement sur les amours d’Angel.


Et Arthémus… Quand nous le présenteras-tu ma chérie ? Cassandra m’a dit à quel point vous vous entendiez bien…

Impavide, la jeune femme avait répondu honnêtement :

Nous nous entendons ben, c’est exact. Il est charmant, très plaisant même mais… nos visions d’avenir divergent trop. On est bons amis et on en restera là.


Comme leur déception faisait plaisir à voir ! Angel embraya :


Par contre, j’ai eu l’occasion de rencontrer par hasard un homme on ne peut plus correct : Howard Strang, le Duc de Gilmore.

Cassandra en saliva presque :

Le Duc de Gilmore ? Très belle noblesse ! Tu vises haut ma fille, c’est bien ! N’est-il pas un peu âgé pour toi, ma chérie ?

Il a deux fils, mère ! Et j’ai pu rencontrer l’aîné… Je suis très… attirée. Ils m’ont invitée à passer le week-end chez eux. Je suppose que vous n’y verrez pas d’inconvénients ?

On n’en vit aucun, mieux Lady Yates insista pour courir les boutiques avec elle afin de rafraîchir sa garde-robe. Il lui fallait absolument des robes de soirée, une tenue d’équitation, etc. Se marrant intérieurement comme une folle, Angel subit tout, placide.

Le samedi, tôt au matin, J.O et Angel se retrouvèrent à l’aéroport. Rose et Magnolia formaient un couple à la fois ravi et énervé. La nouvelle les avait effrayée en même temps qu’enchantée. Revoir leur James inchangé les rassura… à moitié.
Le trajet en voiture fut tout un poème de verbiage croustillant qui promettait d’agréables moments chez les Strang. Heureuse de ne pas avoir à affronter seule le jugement de la nouvelle famille de J.O, Angel essaya de positiver. Quoiqu’il se passe, elle savait que J.O ne se laisserait pas marcher sur les pieds.
À peine débarqués devant l’entrée monumentale, des serviteurs s’empressant de s’occuper des bagages, un domestique en livrée les escorta jusqu’à la véranda où l’on prendrait l’apéritif.
Angel faillit pouffer de rire devant le parterre assemblé :


En toute simplicité ? souffla-t-elle à l’oreille de J.O.

Tu parles ! Se tenaient là, rigides, le duc, son épouse et leurs deux enfants ainsi que la fiancée d’Henry.


Howard, mon grand, s’avança le père, il est temps pour toi de connaître ton frère et ta sœur. Henry, Annabella, voici notre Howard !

Salutations de rigueur pas très enthousiaste...
Se tournant vers les « mères » de J.O, le Duc ne fit pas de chichis en les embrassant l’une après l’autre :


Mrs Westwood, Rose et Magnolia, je ne sais comment vous signifier notre éternelle reconnaissance pour avoir si bien pris soin de celui que nous avions perdu et tant pleuré.

Ophélia y alla aussi des embrassades chaleureuses envers les « mères » de remplacement de son fils. En retrait dans son coin, Angel soupira. C’était très émouvant mais… un poil frustrant. Personne ne semblait se soucier de la présenter, tous bavardaient comme si elle était invisible…

*Vais attraper des crampes à sourire comme une godiche !*

Une envie folle de se retirer s’empara d’elle. Un petit pas en arrière… un second… J.O bondit lui prendre la main et la forcer en avant. Ses déclarations lui tirèrent des larmes d’émotions aux yeux.
J.O avait l’art de la surprendre, et ne le rata pas. Rose et Magnolia s’exclamèrent bruyamment :


Fiancés ? Petits cachotiers ! dit l’une en écrasant Angel d’une étreinte fracassante.

J.O eut droit au même traitement :

On savait bien que tu finirais par voir clair !


L’accueil des Strang fut plus… retenu. Ophelia lui effleura la joue de la sienne avec une remarque qui traduisait une… déception( ?)

C’est donc vous, la petite potionniste du chemin de traverse, à qui je dois des nuits parfaites ? Je vous en remercie. Howard nous a chanté vos louanges. Considérez cette maison comme la vôtre, mon enfant.

Ayant connu pire chez les Yates, Angel ne se vexa pas… trop. Embrassée par le reste des Strang, la jeune femme commença l’analyse des participants. Henry fut jugé… mou, fade, incolore. Annabella lui sembla être une pimbêche notoire quant à ladite fiancée d’Henry… Impossible de s’y tromper : miss Iris Danvers était une intrigante. Fascinée par J.O, elle le couvait d’un regard très déplacé qui ne dissimulait rien de son attraction.

*Celle-là se damnerait pour être duchesse !*


Les mères discourant dans leur coin, les trois Strang mâles ensemble, il ne restait pas d’autre auditoire qu’Annabella et Iris avec qui frayer… Elles s’entendaient à merveille, l’ignorant sciemment et, une fois de plus, Angel se demanda dans quelle nouvelle galère elle s’était fourrée.
Par pitié( ?) sens de l’hospitalité( ?) la sœur de j.O parut se souvenir de sa présence :


Approchez, on ne mord pas !

Ça, Angel en douta.

Il paraît que c’est à vous que nous devons de retrouver notre frère ? Père nous a raconté en détail votre rencontre quand il vous a payé vos potions. Alors on fait du commerce au chemin de traverse ? Ça rapporte, au moins ?

Pas tellement ! Je travaille surtout pour m’occuper les mains et me changer les idées... l’oisiveté ne m’est pas coutumière. On se ramollit à ne rien faire !

Et toc ! Initiée par Preston aux joies de l’informatique, Angel n’avait pas pu résister à se renseigner sur la famille biologique de J.O. Si le père était très actif et en déplacements quasi constants, ses enfants, eux, ne faisaient pas grand-chose de leurs dix doigts. Henry vivait de ses rentes, courait casino et chasse ; Annabella se voulait peintre mais n’avait aucun talent.
Iris intervint à son tour :


Vous n’avez donc pas besoin d’argent ? Il est vrai que les Westwood ont une immense fortune, selon ce que j’ai entendu.

Oui, c’est exact. Néanmoins je vivais déjà très à l’aise, puis mon mari a veillé à ce que ma fille et moi ne manquions jamais de rien.

Mince, elle aurait mieux fait de la boucler. Aussitôt leur curiosité éveillée, les deux complices bombardèrent Angel de questions de plus en plus pointues :

Divorcée ?... Veuve… Si jeune, comme c’est triste. Quel âge l’enfant ? Oh, déjà ? Yates ? Ce nom de me dit rien… blablabla.


Voulant rester polie, Angel résista à l’envie de leur retourner les questions et de leur signaler certains petits travers découverts sur leur compte via le net. Elle s’échauffait doucement. Le verre de jus d’orange qu’elle tenait en main tremblait légèrement quand son regard croisa celui de J.O. Lui aussi devait être à la torture. Les mots sont inutiles dans certaines circonstances. Une complicité similaire illumina leurs traits et ils éclatèrent de rire en même temps lorsque le souvenir orangé de leur 1ère rencontre les frappa.
Si les autres se demandèrent ce qui leur prenait, ils s’en moquèrent.
Ouf, un très digne « Madame la duchesse est servie » annonça la fin de l’apéritif.
Beau plan de table. Une fois de plus, pour la simplicité c’était raté.
Le duc à un bout, Ophélia à l’autre, on convia J.O à prendre place à droite de son père. Henry s’assit à gauche, l’air… dépité. Angel se retrouva entre j.O et Rose, face à Iris.
Durant la dégustation de la bisque d’écrevisse que suivit un brochet sauce Nantua, Angel se sentit autant épiée dans ses gestes que J.O.


*Qu’espèrent-ils ? Que l’on va réclamer pizzas et hamburgers ?*


Le plus décontracté de la bande Strang était Howard Sr. Il bavardait autant avec Jr qu’avec Henry.


J’ai pu voir des reproductions de tes œuvres, mon garçon. C’est fascinant. Celles d’Afghanistan sont…

Terribles, renchérit Annabelle en coulant un œil en biais à Angel. Surtout celle de la Jeep qui explose… N’est-ce point là que le pauvre Mr Yates a perdu la vie ?


Vive, la jeune veuve pressa la main de J.O pour lui signifier que tout allait bien. D’un ton qui se voulait détaché, elle lança :

Parfaitement ! C’est même grâce à cette immortalisation que J… Howard s’est retrouvé aspergé par mes soins et que nous avons fait connaissance. Au fait, j’ai eu l’occasion de lire la critique sur votre récente exposition… Que ces gens sont cruels !

Retoc !
La mine allongée de la sœur de J.O la réconforta mais moins que les sourires éclatants des père et fils aîné.

En dessert : des pêches à peler.
Pour des néophytes en art de la dégustation, il s’agit là d’une épreuve de haute voltige. Était-ce encore un test ? Mrs Strang sembla contrite et offusquée, elle sonna la clochette d’argent posée près d’elle. Le valet se précipita :


J’avais expressément souhaité des glaces !


Confus, l’employé piqua du nez, pris en faute, prêt à débarrasser illico le fruit dangereux pour couteaux malhabiles. Qui, d’Annabella ou Iris avait osé contrarier la duchesse ? On ne le sut pas.
Avec son flegme habituel, quoique teinté de bravade, J.O refusa que l’on ôte son assiette. Il s’empara de la pêche qu’il croqua à belles dents avec un commentaire pas piqué des vers. Force fut que tout le monde l’imite en riant.


Ces dames ont fait un long voyage afin de nous rejoindre, déclara le duc. On va vous indiquer vos chambres. Nous servons le thé à 17heures. La jeunesse… faites ce que bon vous semble.

Un répit ? Ouf ! Tandis que Rose et Magnolia dignement escortées quittaient la salle à manger, le duc accompagna son épouse dans son boudoir de repos.
Les cinq jeunes gens se dévisagèrent en chien de faïence. Ce que J.O lui souffla à l’oreille fit pouffer Angel. Il en avait de ces idées, le coquin ! Pourtant, pas question de galipettes dans un endroit pareil !


Vous jouez au bridge ? s’enquit Henry somnolent.

*Au poker, patate, et je te plume en moins de deux !*

Bien sûr, Mrs Yates se garda bien d’émettre tout haut de telles pensées.

Une partie de Quidditch ? proposa Iris les yeux pétillants. Allez Henry, tu sais que j’adore ça. Je suis sûre qu’Howard n’y verra pas d’inconvénient ! N’est-ce pas, très cher ?

Ouiiiiiiiiii ! battit des mains Annabella. Moi, suis nulle en balai, je compterai les points. Ça vous va ?


Les yeux de J.O… poème d’amour, de tendresse et de… défi. Angel cligna de l’œil et opina de chef.
Elle n’était plus montée sur un balai depuis… longtemps.


*C’est comme le vélo, on n’oublie pas !*


Deux contre deux, ce n’était pas du vrai quidditch, m’enfin à la guerre comme à la guerre. On s’équipa dignement. Les pantalons remplacèrent les robes, casque et autre attirail complétèrent la tenue.
Dès son « debout » lancé, Angel se sentit des ailes. Elle adorait voler. Capitaine de Serdaigle à son passage à Poudlard, elle en connaissait des feintes. Pas de vif d’or à saisir, en principe, rien que des buts à marquer vu les équipes incomplètes.
Pour une joute, c’en fut une. Rivalisant d’adresse, les binômes s’en donnèrent à cœur joie. Les passes entre J.O et elle ne ratèrent jamais sauf une fois… Là, Angel suspecta l’arbitre de s’en être mêlé… m’enfin… Iris et Henry étaient des adversaires redoutables. La joie du sport fit tomber des barrières. Il en fallut de l’adresse pour défendre les anneaux de part et d’autre ! Le score était serré : 10 partout.


J’envoie le vif d’or ! annonça Annabella.

*Hein ?*


Ce n’était pas prévu ! Le jeu changea du tout au tout. Tandis que J.O et Henry rivalisaient entre cognard et souaffle, les filles tentaient de dépister la minuscule balle d’or ailée.
Elle la vit. Son plongé abrupt prit Iris de court. La vitesse la grisa, l’objectif se précisa. Talonnée ? Bah !


*M***E*


L’autre ne se gêna pas, en fautant lourdement. Elle partit en vrille, de quoi affoler les spectateurs. Redressant, in extremis, Angel brandit le poing victorieux : elle avait la balle d’or !
Au loin, depuis leur balcon, jumelles adaptées, les Strang n’avaient rien perdu du match.


Tu as vu ? dit le duc exalté à son épouse. Elle résisté à tout cette petite. Elle me plaît.

Une Yates… Ces parvenus ! Notre Howard mérite mieux que ça !

Ne sois pas comme ça… Ils s’aiment c’est clair comme le nez au milieu du visage.

Une boutiquière ! Franchement…

Elle n’est pas que ça, elle vient de le prouver. Laisse couler… C’est NOTRE fils. S’il aime cette fille, je l’aime aussi.

Rafraîchis après cette belle victoire, J.O et Angel se présentèrent au rituel du thé anglais.
La galère…
Attendre l’infusion, déguster des toasts aux concombres et des muffins…
Angel souffla à l’oreille de son chéri :


Si on te laisse du temps, tantôt je nous ferai du café !

Merveilleux regard complice. Qu’importe qu’on les ait relégués à des chambres très distantes. Tôt ou tard, ils trouveraient le moyen d’être ensemble.

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MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptyLun 17 Jan - 21:43

Chiens! Qui pense aux chiens en une circonstance si émotive ? J.O. Fameuse issue de secours, la sienne. Ophélia Strang ne lui en tint pas rigueur devinant aisément que le jeune homme était nerveux. Il avait bien de quoi, après tout ce n’était pas tous les jours qu’on rencontre sa famille, pas après 27 ans de ne pas avoir la moindre idée d’en avoir une.

Viens, asseyons nous. Il me semble que nous avons beaucoup de choses à nous dire.

Il se laissa mener jusqu’au canapé et prit place à ses côtés. Mr. Strang s’assit dans un fauteuil, face à eux. Ophélia prit sa main et la garda entre les siennes, vivement émue mais l’éclat de ses yeux traduisait un bonheur auquel elle n’avait plus osé croire.

Alors, tu as un chien.

Le genre de question qu’on poserait à un gamin de cinq ans pour le rassurer.

Oui. SaP est un bon chien...enfin, il s’appelle Khan mais ne répond que quand on lui dit SaP.

SaP ? Quel nom…original !, dit la duchesse, dubitative, cela…signifie quelque chose ?

Sac à Puces…bon, il en a plus mais…ça a été le cas et le nom lui est resté, il s’en accommode très bien !

Le Duc éclata de rire. Sans douter un instant que ce nouvel ajout à la famille était définitivement rafraîchissant. Assurant qu’il faudrait connaître SaP, on changea de thème pour dériver vers des sujets plus sérieux. Logiquement, ses parents voulaient tout savoir de lui. Tout y passa, dans le style résumé qui était cher à J.O, sans s’encombrer de donner des détails, il brossa un tableau rapide du temps à Latham House, de sa fugue et apparition chez Rose et Magnolia, de son enfance, heureuse à partir de là. Les années à Salem furent expédiées aussi vite. Les Ducs furent surpris et choqués d’apprendre que leur illustre rejeton avait préféré la Marine à des études et qu’après cela, sans aucune intention de s’assagir, il était parti courir le monde en quête d’aventure et émotions fortes. Qu’entre temps, il soit devenu un des meilleurs photographes de son temps, mitigeait un peu le manque d’éclat entrevu de sa vie. Qu’il ait quand même gagné un Pulitzer, palliait certaines carences mais il fallut rapidement déduire que Howard junior n’était pas trop affecte aux reconnaissances et s’il faisait son travail c’était parce que cela lui plaisait, sans courir après gloire et fortune. Qu’il ait la saine intention de poursuivre sa vie hasardeuse comme si rien tira un hoquet d’horreur à sa mère. Elle ne l’avait pas retrouvé après tout ce temps pour se risquer à le perdre de nouveau !

Mais, mon chéri…tu ne peux pas faire cela !

Bien entendu, « chéri » ne l’entendait pas de cette oreille. La ferme intervention du Duc évita une discussion inutile. On en parlerait une autre fois. Changeant radicalement de thème, Mr. Strang s’intéressa pour d’autres projets que son fils pourrait avoir…le mariage, par exemple.

Euh…je n’ai jamais envisagé de me marier…enfin…je ne l’avais pas fait jusqu’à il y a quelque temps.

Aveu fait à contre cœur, il n’aimait pas trop parler de sa vie privée.

Cette charmante personne qui tient boutique au Chemin de Traverse aurait elle quelque chose à voir dans ce changement de position ?, voulut savoir son père.

En effet. Angel est très la seule femme à laquelle je demanderais de se marier avec moi…enfin, je crois que je l’ai déjà fait mais sais pas si elle l’a pris trop au sérieux.

Une…boutiquière du Chemin de Traverse ?, souffla Maman, consternée, comme si cela allait en contre de tout schéma établi et prévu pour l’héritier d’un si illustre nom. Il s’en fichait, de leurs schémas !

Angel est bien plus que ça…et même si c’était le cas, c’est la femme que j’aime et un point, c’est tout.

Elle m’a assuré être veuve…

Oui, elle est la veuve de Preston Yates, le journaliste.

Oh, je vois…Celui qui est mort malencontreusement en Afghanistan, n’est ce pas ? J’ai entendu parler de ce drame…une mine, me semble t’il, son véhicule a volé en éclats…si je ne me trompe pas, il n’y a eu qu’un survivant de cet accident…Dommage pour Yates. Le connaissais tu ?

J.O se passa la main sur la tête. Le souvenir atroce de ce jour lui revint avec douloureuse clarté.

Oui…j’étais avec lui, ce jour là. C’est moi, le survivant. J’ai eu de la chance, lui, pas …ce qui est terriblement injuste.

Oh, mon Dieu…quelle horreur ! Tu aurais pu mourir, mon chéri…

On peut mourir n’importe où, n’importe comment…quand le moment est venu, peu importe, il est venu !

Cela pouvait sembler fataliste au premier abord, en fait, ce n’était qu’une façon tout à fait pratique et dénuée de dramatisme d’envisager la fin.

Parle nous de tes mères adoptives, Howard.

Je vous en prie…je ne m’habituerai jamais à être appelé ainsi…mon nom est James…James Oliver, J.O…c’est comme ça qu’on me dit, tout simplement….mais enfin, Rose et Magnolia Westwood m’ont accueilli, adopté, élevé et accepté tel que je suis. Ce sont deux femmes merveilleuses.

Logiquement les Strang voulaient savoir quelle classe de femmes elles étaient, s’attendant sans doute à quelque aveu terrible sur mœurs étranges ou encore pire, dissolues. J.O s’empressa de les rassurer là-dessus.

Rose et Magnolia sont deux dames exquises, de la meilleure société du Connecticut et certainement du pays. Elles sont très orgueilleuses de se compter entre les descendantes des voyageurs du Mayflower, ce qui signifie pas mal pour les américains bien nés. Ce qui donne, que malgré tout, je suis un type avec des bonnes manières …elles y ont veillé.

Soulagement notable. Au moins on n’aurait pas besoin de trop d’instruction pour parfaire son image de fils de Duc…du moins c’est ce que ses parents pensaient.

Crois tu qu’il serait possible que ces dames veuillent se joindre à nous pour un week end, en toute simplicité ? C’est tout à fait normal que nous désirions les connaître !

J.O sourit, la délicatesse de sa mère était attendrissante pourtant le seul désir qu’il éprouvait en cet instant était sortir en courant.

Bien entendu, mon chéri, nous voulons aussi connaître cette gentille personne qui te tient tant à cœur. Ce serait merveilleux si nous pouvions aussi compter sur elle pour le même week end.

Je suis sûr qu’il n’y aura aucun problème. Rose et Magnolia seront…ravies.

*Choquées, affolées et sur leurs gardes !*

Il va de soi, Howard…euh, James…que d’ores en avant, tu vivras ici, avec nous. Tu es notre fils et dois occuper la position qui te correspond.

Euh…vivre ici ?...Je n’y ai pas encore pensé mais je préférerais…

Il eut beau donner son avis, rien n’y fit. C’était sans appel. Il devait se faire à l’idée même si c’était loin de l’enchanter. On lui accorda un maigre sursis, deux jours de liberté avec la promesse stricte de ne pas prendre la clé des champs mais les dispositions pertinentes pour s’installer…chez lui.

Angel ne voyait pas l’affaire si tragiquement. Il lui raconta les menus faits de cette rencontre avec sa mère et ce qui en avait dérivé, tout en arborant un air de condamné à mort. Elle se moqua un peu de lui et comme toujours finit par avoir gain de cause. Force câlins et autres délices, elle finit par le dérider et lui faire voir les choses d’un autre œil.

C’est normal qu’ils te veuillent près d’eux.

Tu me vois en fils de famille ? Moi non…Ça m’énerve. Ça ne colle pas avec moi…mais enfin, faudra s’y faire.

Je peux prévenir Rose et Magnolia, si tu veux.

Je l’ai déjà fait. Elles l’ont pris mieux que supposé…je crois même que ça les émoustille pas mal de venir passer un week end chez le duc de Gilmore. Ils ont insisté.

Invitées au manoir ? Incontournable ! Elles vont en avoir des choses à raconter.

Ça, tu peux le parier…elles vont manquer de temps…mais toi aussi, tu auras ton mot à dire. Ils m’ont prié de te transmettre l’invitation.

Cela sembla la prendre de court.

Ils veulent me rencontrer aussi ? Pourquoi, tu as parlé de moi ?

Il sourit, ravi, la tête posée sur ses genoux, alors qu’elle caressait la brosse qui, en son cas, tenait lieu de cheveux.

Qu’est ce que tu crois ?...Bien sûr que je leur ai parlé de toi. Je leur ai même dit que tu es la seule femme au monde avec laquelle je veux me marier…J’espère que tu n’y vois pas d’inconvénient ? À quoi ?...Ben, à te marier avec moi…Tu veux, dis ?

Elle n’avait aucun inconvénient !

J.O avait du mal à s’habituer à la vie dans l’énorme manoir des Strang, aux domestiques stylés qui manquaient de peu de lui faire la révérence chaque fois qu’il les croisait, à ouvrir la bouche et voir ses désirs exaucés avant d’y avoir pensé deux fois. Ce qui l’énervait le plus était son valet de chambre, Cebius, dont le devoir était de veiller sur lui comme une nounou sur un gamin de trois ans. Il le réveillait le matin en tirant les rideaux et lui apportant une tasse de café, puis préparait son bain et s’occupait de ses vêtements. J.O avait beau pester contre cette coutume qu’il jugeait débile. Son père en riait et sa mère soupirait.

Au moins, il resta vite démontré que J.O n’avait aucun besoin de cours particuliers pour ce qui touchait aux sports pratiqués par la noblesse. Il montait parfaitement à cheval, jouait au tennis, était un tireur émérite, son swing au golf était énergique. Le criquet ne le faisait pas raffoler mais il connaissant les principes du base ball, cela ne lui posa pas de grands problèmes. Pour le reste, on dut reconnaître que sa culture générale lui permettait de prendre part à toute conversation sans emmêler les pinceaux et à l’heure de parler dans de salon, il enchanta sa mère en l’entraînant dans une merveilleuse valse autour du salon.

Rose et Magnolia essayaient de le dissimuler mais étaient de plus en plus nerveuses, à mesure que le moment de revoir J.O approchait. Pendant le voyage, elles n’avaient pu éviter un échange d’idées, qui avait fini par presque les déprimer. La nouvelle de cette famille tombée du ciel, sur leur enfant chéri, les avait bouleversées. Sa famille. La vraie. Celle qui réclamerait tout ses droits et les avait. Celle qui les remplacerait dans le cœur de ce fils, qu’elles avaient élevé et aimé, 22 ans durant. Mais c’était sans compter avec J.O.
Il les attendait à l’aéroport en compagnie d’Angel. Les voir ensemble réjouit énormément ces dames. Constater que leur enfant demeurait tel quel les rassura un peu. La Rolls les attendait pour les mener tous à Gilmore House.

Tu es très élégant, James..ça nous change un peu de tes tenues décontractées, remarqua Rose, un rien pincée.

M. Le Duc est de l’opinion qu’un gentleman doit s’habiller d’accord à sa position !, grommela t’il, c’est rasoir…depuis quelques jours, tout ce que je porte a nom ou prénom ou encore les deux…j’en ai marre.

Mais voyons, mon petit, ton …père a raison !, dit doucement Magnolia, si tu vas être…duc…tu ne peux pas aller par là comme un dépenaillé quelconque.

Veux pas être duc…veux pas m’appeler Howard Strang…et je veux ficher le camp !

Tu n’en feras rien, morigéna Rose, secondée par sa sœur, nous t’avons élevé dans l’idée qu’un homme doit affronter ses responsabilités. Si la tienne est d’être le prochain duc de Gilmore et bien, ainsi sera fait…

Qu’on ne dise pas qu’on a fait notre travail à moitié !

Arrivant face à « l’humble » demeure familiale, ces dames admirèrent la beauté des lieux, sans s‘impressionner le moins du monde d’être accueillies par un domestique en livrée qui les guida vers la terrasse, alors que d’autres s’occupaient de leurs bagages. La famille s’y trouvait. Auprès des ducs, se trouvaient trois jeunes gens que J.O ne connaissait pas.

En toute simplicité ?, rigola Angel, en douce.

Tu vois le genre !

Papa s’avançait, souriant, affable…grand seigneur.

Howard, il est temps pour toi de connaître ton frère et ta sœur. Henry, Annabella, voici notre Howard !

Faisant un effort pour ne pas grincer des dents, il alla au devant des jeunes gens qui ne semblaient pas exactement ravis. Ils se serrèrent la main sans le moindre enthousiasme tandis que le duc et son épouse accueillaient Rose et Magnolia avec une effusion émotive tout à fait sincère. On lui présenta Iris Danvers comme étant la fiancée d’Henry donc, sa future belle sœur. Du coin de l’œil il vit Angel entreprendre une discrète retraite vu que jusque là tous semblaient ignorer sa présence.

Où penses tu aller ?, il lui prit la main et la mena face à ses parents,
puisque nous nous sommes tous réunis je voudrais aussi vous présenter femme que j’ai élue pour partager ma vie…si elle en a la patience, bien entendu …ma fiancée Angel Grisham.

Silence surpris, elle en avait les larmes aux yeux.

J’espère que pas de dépit !, souffla t’il en brûlant d’envie de l’embrasser.

La réaction de Magnolia et Rose ne se fit pas attendre. Ravies, elles embrassèrent les fiancés, sans se retenir de leurs commentaires.


Fiancés ? Petits cachottiers !

On savait bien que tu finirais par voir clair !

On ne pouvait pas s’attendre à que les Strang se montrent trop effusifs, ils avaient beau savoir que leur fils tenait à la jeune femme mais de là à faire une annonce fracassante…cela les prenait de court.

Finies présentations et annonce, Mr. Strang tint à s’entretenir avec ses fils laissant à ces dames le loisir de faire plus largement connaissance, tout en sirotant leur apéritif. Il ne fallait pas être devin pour savoir que son apparition impromptue dans la vie des Strang avait commotionné violemment Henry. Après tout, il avait vécu jusque là dans la ferme croyance d’être l’unique héritier du nom et voilà qu’on retrouvait l’aîné perdu et ses illusions s’envolaient. Papa les quitta pour aller prendre un appel important, laissant les deux frères en gênant tête à tête.

Alors, depuis tout ce temps…tu apparais du néant et il résulte que tu es mon frère, si c’est une coïncidence incroyable, ça !

Le ton d’Henry était à peine poli. En fait, il tremblait de rage et envie de lui sauter dessus pour le rouer de coups mais l’aspect de J.O sembla l’intimider un peu.

T’es dans ton droit d’être en rogne. Mais je t’assure que ce n’était pas du tout mon intention de venir te ficher la vie en l’air…en fait, je n’ai pas du tout envie de m’éterniser dans le coin…ni de devenir duc ou héritier de quoi que ce soit.

Mais tu es le frère aîné. Papa m’a assuré qu’il n’y a pas le moindre doute, donc il faudra accepter que tu n’es pas un…menteur.

J.O souffla agacé, avec envie de secouer ce dandy résigné de si mauvaise grâce.

Prends le comme tu voudras. Je ne vais pas faire d’effort pour gagner des points avec toi ou avec qui que ce soit. J’ai ma vie et ne compte pas la changer.

Ça ne te réjouit pas d’être un Strang au lieu d’un…

D’un quoi ? Fais gaffe à ce que tu vas dire…Je suis un Westwood et crois moi, à mes yeux, ça vaut tous les duchés du monde. Ces deux femmes, là bas, sont mes mères. On peut dire ou faire n’importe quoi, rien ne changera ça. Je ne veux pas usurper ton titre ni ta fortune, ni ternir ta position et s’il te plaît…appelle moi James.

Pourquoi ? Ton nom est Howard, comme Papa.

Henry…il y a quinze jours j’ignorais avoir un père. Ça fait très longtemps que je suis James Oliver Westwood, crois moi, c’est pas demain que ça va changer.

À quelques pas de là, Angel s’entretenait avec Annabella et Iris. Elle semblait tout aussi énervée que lui. Son verre de jus d’orange ne demandait qu’à être envoyé à la figure d’une des deux filles, elle devina ce qu’il pensait. Leur éclat de rire surprit les présents. On ne donna aucune explication.

Madame la duchesse est servie !, annonça Myles, le maître d’hôtel.

À table, l’ambiance était raffinée et…tendue. Sa sœur se montrait pleine d’esprit poison envers Angel. Henry, pincé et Iris, mine de rien, lui décochait des œillades enjôleuses.

Quand le repas commença, J.O fut conscient discrètement observé. Il s’en moqua. Ses manières valaient celles d’un prince même si son frère et sa sœur s’attendaient sans doute à qu’il fasse des bruits suspects en mangeant sa soupe ou se trompe de fourchette pour le poisson.

Le commentaire malheureux d’Annabella quant à la mort de Preston faillit le faire sauter mais Angel le retint et riposta calmement :

Parfaitement ! C’est même grâce à cette immortalisation que J… Howard s’est retrouvé aspergé par mes soins et que nous avons fait connaissance. Au fait, j’ai eu l’occasion de lire la critique sur votre récente exposition… Que ces gens sont cruels !

*Oups, si c’est pas gentil ça…t’en prends pour ton compte, sœurette !*

Oui, Angel est dangereuse avec le jus d’orange !

Son père sourit, amusé. On changea de thème et tout alla bien jusqu’au dessert. Ah, la belle pêche ! Fallait avouer que le fruit était vraiment parfait, à point. Mrs. Strang sembla horrifiée qu’on ait servi cela au lieu de la glace prévue. Sans doute pensait elle que peler le fruit demandait une science compliquée qu’il n’était, à son avis, pas censé de dominer. Elle agita la clochette d’argent et ordonnait déjà qu’on enlève les fruits.

Mais pourquoi ? J’adore les pêches, moi ! Tel quel !

Et avant qu’on s’avise à faire quoique ce soit, il s’empara du beau fruit et y mordit à pleines dents.

Ça sait tellement mieux quand on la mange comme ça…Essayez donc au lieu de me regarder de la sorte!

Le rire du duc rompit la gêne du moment. Un instant après tout le monde croquait sa pêche sans plus de chichis.

Après le repas, les aînés se retirèrent.


Vous jouez au bridge ? s’enquit Henry somnolent.

Tu veux rire, c’est un jeu pour vieilles dames, ça !

Ce commentaire lui valut un regard de travers mais déjà Iris intervenait.

Une partie de Quidditch ? Allez Henry, tu sais que j’adore ça. Je suis sûre qu’Howard n’y verra pas d’inconvénient ! N’est-ce pas, très cher ?

Aucun.

Ouiiiiiiiiii ! battit des mains Annabella. Moi, suis nulle en balai, je compterai les points. Ça vous va ?

Pour moi, parfait, dit il en regardant sa belle qui souriait en lui clignant de l’œil, en fait pour nous, c’est parfait !

Cela faisait des années qu’il n’avait pas tâté aux bonheurs du vol en balai amis une fois en l’air, il se retrouva dans son élément. Iris et Henry jouaient très bien. Angel et lui aussi. La partie était serrée alors, sans préavis, Annabella annonça qu’elle lâchait le vif d’or. Les deux demoiselles partirent comme des flèches. Iris tricha et faillit envoyer Angel au sol. C’était sans compter avec la maîtrise de Mrs. Yates qui non seulement évita la chute mais attrapa aussi le vif d’or. Moues des contraires. J.O passa son bras sur les épaules de sa fiancée et l’embrassa sur la tempe.

Bien joué, ma chérie…Soyez pas déçus…fallait d’abord demander si on savait jouer, il rit, malicieux, Angel était capitaine de Serdaigle et moi de l’équipe de Salem…disons que l’avantage était avec nous !

Rires jaunes. On entra. Le sacrosaint rituel du thé les attendait. Tout en remuant son infusion, Mme. La Duchesse annonça qu’on allait donner un bal pour célébrer le retour du fils prodigue. Elle ne fut pas dupe de la tête tirée par l’intéressé.

Et je ne veux entendre aucune proteste. Nous voulons que tout le monde sache que tu es notre fils, que nos amis partagent notre bonheur. Il va de soi, Magnolia, Rose…seront des nôtres…et vous aussi, Angel, bien entendu…nous pourrions aussi annoncer vos fiançailles.

Profond soupir. Discuter était tout à fait inutile. Parler des préparatifs envisagés prit encore un bon moment. J.O voyait déjà l’heure du dîner se pointer, ils n’auraient que le temps de se changer avant de se retrouver à nouveau en plein bain familial, mais sa mère eut la bonne grâce de les libérer encore à temps pour qu’il puisse montrer les jardins à sa chérie.

Je pensais que ça ne finirait jamais de parler !

Au premier détour de l’allée, loin des regards indiscrets, il l’enlaça pour l’embrasser, consciencieux.

Allons nous en…fichons le camp !

Ils le feraient après. Il ne pouvait pas priver les Strang de cette joie. Qu’il le veuille ou pas, ils étaient sa famille.

Tu sais…puisqu’on peut pas l’éviter…il y a quand même quelque chose que je voudrais faire…

Elle rit, amusée par son air de pervers intrigant.


C’est bien que tu en ries…parce que ça va être vraiment amusant !

Il lui confia sa petite idée et Angel eut une attaque de fou rire.

Je savais que ça te plairait…Je te promets, rien que pour cela…ça fait que tout vaille le coup !...Mais maintenant, il faut qu’on se mette d’accord pour une autre stratégie…tu ne te doutes pas de laquelle ?...Vraiment pas ?...Tu en es sûre !?

Elle lui décocha un regard empreint d’innocence et un sourire de pure candeur.

C’est ça, paye toi ma tête…ce qui me manquait !...si on peut transplaner là dedans ?...Pas de souci…ça, on va le savoir plus tard !

Il l’embrassait avec toute sa ferveur quand un raclement de gorge assez bruyant, les rendit à la réalité. Henry se tenait là, l’air plutôt gêné.

Maman m’a envoyé vous chercher…On prend l’apéritif dans une demi heure et bien sûr…faut s’habiller en conséquence.

J.O trouvait agaçante cette habitude de se changer trois ou quatre fois par jour en dépendant des activités en cours mais ne pouvant faire autrement, s’y pliait. Henry tint à les escorter de retour à la maison comme s’il craignait de les voir s’égarer en chemin.

Rose et Magnolia avaient sauté le thé mais furent présentes au dîner. On les mit au courant des nouveaux projets et elles semblèrent ravies avec l’idée de la fête. Elles resteraient à Gilmore House le temps du week end puis se rendraient chez leur chère amie Rosalind Chester, comtesse douairière de Westhaven qui, ô hasard, était tante d’Ophélia Strang. Cela fit monte encore d’un cran la déjà vive sympathie ressentie par les maîtres de céans vis-à-vis, des adorables mères adoptives de leur cher fils, Howard…euh…James !

Par une curieuse coïncidence la date de la fête resta fixée pour le 26 Août…juste 27 ans après le jour où on avait déposé un bébé sans nom aux portes de Latham House.


La chasse étant ouverte depuis la veille, le duc décida que le lendemain il partirait de bon matin avec ses deux fils pour tirer quelques lièvres et faisans. Au risque de provoquer une commotion familiale, J.O déclara, sans ambages, que lui, il ne chassait pas. Consternation générale.

Pensez ce que vous voudrez, je ne chasserais que par besoin…mais tirer sur une bestiole seulement par plaisir…

Mais voyons…c’est un sport !
, assura Henry, d’un petit ton pédant.

Tu dirais pas la même chose d’être le gibier !...Si vous y tenez, je vous accompagne mais je prendrai des photos…

Faudrait faire avec. J,O n’était pas prêt à céder d’un pouce. Henry sourit, satisfait. Lui, il adorait chasser, comme tout Strang qui se respecte. Restait clairement établi que ce frère n’était, à la fin, pas aussi parfait que tous semblaient le croire.

Enfin, on prit congé et tout le monde alla dormir. On avait installé Angel à l’autre extrémité de l’énorme maison et après deux vains essais, J.O dut se rendre à la triste évidence, que le transplanage était impossible. La seule solution qui restait n’était pas des moindres. Ouvrant la porte-fenêtre il sortit au balcon pour étudier les possibilités offertes. La corniche était étroite mais moyennant un peu de chance et un bon équilibre, ce ne serait pas trop ardu parvenir à ses fins.

Tu penses sortir faire une balade ?

La voix moqueuse de son frère le fit sursauter joliment. Il se retourna et le découvrit, accoudé à la balustrade de son propre balcon, le jaugeant d’un petit air suffisant.

Ai-je l’air de vouloir me casser le cou ?

Comment le savoir, on raconte tant de trucs sur toi…on finira par croire que tu es une espèce de surhomme.

Était ce son idée ou Henry avait envie de lui chercher noise?

Sais pas ce qu’on t’aura raconté mais je t’assure avoir la vilaine propension de me casser la figure à tout bout portant.

J’ai…j’ai vu quelques unes de tes photos sur le Net…tu travailles toujours seul ?

Oui. Ça me rassure être le seul à prendre des risques.

Tu t’ennuies pas ?

Cette question le fit rire.

M’ennuyer ? Jamais de la vie…pas le temps pour ça !

Henry semblait décidé à bavarder toute la nuit et lui n’avait qu’une envie…le voir disparaître pour pouvoir prendre la voie de la corniche !

Et…ça paye bien ?

Ma foi, je m’en plains pas…plus de risque, plus d’argent. Une zone de conflit paye mieux qu’une tournée des châteaux de la Loire, tu t’en doutes.

Et…tu en as fait quelques unes…de ces zones de conflit ?

J.O acquiesça. Ce n’étaient pas joyeux souvenirs, voir mourir son prochain n’avait eu rien de réjouissant.

Ça… fait peur ?

Oui, Henry, une guerre est toujours un bon endroit pour avoir peur…on te canarde sans distinction. On tient tous plus ou moins à la peau et se prendre du plomb n’est pas agréable…je ne te recommande pas d’en faire l’expérience.

Et pourquoi tu le fais, alors ? Tu tiens pas à ta peau ?

Bien sûr que oui…mais le risque m’attire.

J’ai lu que ta dernière guerre avait été Afghanistan…c’est ce qui est arrivé à Yates qui t’a fait renoncer à ça ?

En partie, oui…mais enfin…je pense qu’il est un peu tard pour parler de cela…si ça ne te fait rien…je vais aller dormir. Bonne nuit, Henry !

Et avant que son frère ne s’avise à continuer avec ses questions, il retourna dans sa chambre en espérant que le jeune Strang en aurait vite assez de contempler les étoiles. Dix minutes plus tard, il risqua le nez dehors. Henry avait disparu. L’once n’eut aucun mal à se déplacer rapidement sur la corniche et de là en trois bonds, atteindre le toit. Parvenu à l’aile qui abritait sa dulcinée, retour à la corniche pour se retrouver avec une rangée de balcons. Selon ses informations, le troisième était le bon, ce qui signifiait devoir en traverser deux au risque de se faire apercevoir. Tout le monde semblait dormir. Il bondit dans le premier, de là au second et c’est là que les chiens commencèrent à aboyer comme des dingues ameutant la maisonnée de belle façon. La lumière de la chambre s’alluma à l’instant où d’un bond, il atteignait le balcon visé…Iris sortit, il lui suffirait de se tourner un peu sur la gauche et elle ne manquerait pas d’apercevoir le gros chat…la porte-fenêtre s’ouvrit, il sauta à l’intérieur. Angel le considéra en riant.

Je viens de risquer ma peau et tout ce que tu trouves à faire est rigoler ? Tu imagines le pétard qu’aurait fait ta voisine de balcon si elle m’avait vu !?

On pouvait l’imaginer mais deux minutes plus tard, ils n’y pensaient plus. La récompense à laquelle il eut droit faisait que le jeu vaille la chandelle. Aux premières lueurs de l’aube, Gros Minet refit le chemin en sens inverse…

26 Août. Somptueusement illuminée Gilmore House offrait son aspect le plus seigneurial . Les invités étaient accueillis par les maîtres de céans. Tous concordèrent que jamais Ophélia Strang n’avait semblé plus heureuse que ce soir là. Ôté le poids de son chagrin, elle avait rajeuni et resplendissait.

Cassandra Yates avait été très flattée de recevoir une invitation pour cette réception et bal. Elle n’avait jamais espéré un tel honneur. Les Strang appartenaient à une sphère sociale qu’elle, malgré ses intrigues diverses et efforts notables, ne parviendrait jamais à atteindre. Ils étaient déjà membres de la noblesse à la bataille d’Azincourt et finalement élevés au rang de ducs de Gilmore par Henry VIII. Les Yates avaient été anoblis vers la fin du règne de la reine Victoria pour bons et loyaux services à la couronne, rien d’extrêmement glorieux, seulement d’importants investissements qui avaient fait enrichir les arches royales…On disait volontiers d’eux, qu’ils avaient acheté le titre, ce qui, au fond, n’était pas si loin que ça de la vérité. Mais que pouvait importer cela, ils étaient Lord Arthur et Lady Cassandra Yates. Riches, influents et invités chez les Strang. Elle se sentait parfaitement à l’aise dans ce milieu opulent. Sa belle fille, cette chère Angel, semblait avoir repris le droit chemin, oublié sa malencontreuse aventure avec ce minable roturier américain et, aux dernières nouvelles, sortait ni plus ni moins qu’avec un des fils de la maison Strang. Comme quoi, la perfection de son existence la faisait presque flotter sur un merveilleux petit nuage de satisfaction sans nom.

Comme tout le monde, Lady Yates connaissait bien la tragédie qui avait affligé cette famille si illustre. L’enlèvement de leur aîné, sa mort supposée. Un mystère atroce qui avait duré tant d’années et qui maintenant connaissait une fin si éclatante…Le retour de l’héritier. D’ores et déjà proclamé comme le célibataire le plus convoité du Royaume…et qui sait si de tout le Commonwealth. Princes, ducs, comtes, lords, ladies…quelle brillante compagnie. Elle connaissait quelques illustres personnages là présents. Son mari, comme banquier en connaissait plus qu’elle et pour une fois, Milady trouva de quelque utilité se pavaner accrochée à son bras.


Tiens voilà Angel…Je me demande pourquoi elle n’a pas voulu venir avec nous ? La voilà bien entourée…Hum ! Elle a l’air de beaucoup s’amuser, cette écervelée.

Laisse la en paix, Cassandra, elle est jeune et a tout le droit du monde de s’amuser.

Hum ! On sait ce que ça donne quand elle prend des décisions…Je me demande où est le fameux héritier !

Elle fonça vers sa belle fille. Angel riait de bon cœur de quelque propos que lui tenait le grand jeune homme qui en ce moment tournait le dos aux Yates. La jeune femme ne cessa pas de sourire en les voyant approcher et quittant un instant son joyeux compagnon, alla à leur rencontre.

Je vois que tu t’amuses beaucoup, mon petit. Hum…je ne te connaissais pas cette toilette…Seigneur et…ces bijoux ! Mon Dieu…tu portes une tiare…mais que signifie cela…

Simplement qu’en tant que future Mrs. Strang, elle porte les atours inhérents à son rang !, informa une voix moqueuse.

Lady Yates tressaillit et n’osa presque pas se retourner mais fut pratiquement forcée à le faire par son mari qui demeurait interdit.

VOUS !? Mais quel épouvantable toupet permet que vous soyez ici présent…quelle affreuse manigance…

Quel sourire pervers.

Je vous en prie, madame, retenez un instant votre langue fourchue avant de ne commettre la pire bévue de votre vie.

Mais…comment osez vous…Oh, mon Dieu…je dois avertir la Duchesse de cette imposture !

À votre aise, Madame…tenez, justement la voici qui s’approche.

En effet, Ophélia Strang venait vers eux, son sourire resplendissant s’élargit encore.

Mon chéri, je me demandais où tu étais passé...Ce cher Charles veut à tout prix te connaitre…Oh, lady Yates…je vois que vous avez connu mon fils…Howard …même s’il préfère qu’on lui dise James…

Le semblant de Cassandra Yates subit quelques mutations notoires, entre autres, il lui résultait impossible de fermer la bouche. Elle avait intensément pâli et ses yeux semblaient s’être élargis sous le coup d’une émotion intenable. Après un instant, qui dut lui sembler proche à une éternité, la dame parvint à émettre quelques balbutiements incompréhensibles qui ressemblèrent assez à un gargouillis d'agonie. Sa main s’était crispée sur le bras de son mari, sans le soutien duquel elle se serait sans doute pitoyablement effondrée.

On dirait que Madame manque d’air ! Vous sentez vous bien, Lady Yates ?, s’enquit James Howard Strang, avec un sourire perfide.

J’oserais dire que ma femme est vivement impressionnée !, assura Arthur Yates qui, pas faute d’avoir essayé, finit par éclater d’un rire énorme qui eut l’heur de faire se retourner tout le monde.

Lady Yates voulait mourir, que la terre s’ouvre et l’avale en cet instant fatal…mais bien entendu, plus on désire la mort, plus celle-ci nous évade…Elle ne parvint même pas à s’évanouir même si son cœur manqua de peu de s’arrêter avant de se lancer dans une sarabande sauvage. Elle resta là, point de mire de tous, subissant l’affront d’entendre le rire de son sot de mari mais ce qui la sciait le plus était le sourire triomphant de James Oliver Westwood et celui de sa complice, radieuse…

Et sur ce, Milady, je vous souhaite une excellente soirée !

Mieux dit aurait été…un merveilleux cauchemar !
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Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] Empty
MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptySam 22 Jan - 15:28

Ni J.O ni elle n’appréciait le thé surtout quand, en plus, il est servi dans toutes les règles de l’art.
Puisqu’il fallait y passer…
Autre chose à laquelle ils ne pourraient pas couper : un grand bal !
D’un ton qui n’admettait aucune contrariété, Mrs Strang leur fit part de ses intentions, somme toute normales :


Nous voulons que tout le monde sache que tu es notre fils, que nos amis partagent notre bonheur. Il va de soi, Magnolia, Rose…seront des nôtres…et vous aussi, Angel, bien entendu…nous pourrions aussi annoncer vos fiançailles.

La pointe d’acidité était minime dans cette fin de phrase mais Angel la perçut quand même.
Sans varier de thème, s’adressant plus à Henry et Annabella qu’à eux, Ophélia dressa ouvertement une liste de choses à prévoir, de personnes à convier absolument.
Angel repéra le nom de plusieurs illustres futurs invités ce qui donnait une idée du type de réception envisagé :


*Que du gratin ! Mon pauvre J.O…*

On laissa aux amoureux quelques instants de répits, délicieusement mis à profit pour se câliner dans un coin. Soudain, avec la mine d’un chat alléché, le jeune homme lui révéla comment, lui, envisageait ce fameux bal. L’idée plut beaucoup à Angel qui ne sut se retenir de rire en anticipant la tête de la victime de leur coup monté. Un autre projet taraudait J.O : comment faire pour se retrouver la nuit ?
Pas à dire, il y tenait à son café !
Leurs tendres échanges s’interrompirent avec l’arrivée du frère d’Howard. Impossible de l’envoyer paître, ils durent le suivre jusqu’à la demeure afin de se préparer au dîner.
Sa belle-mère n’était-elle pas un « ange » ? Avoir obligé Angel à prévoir autant de robes de soirée démontrait sa connaissance des mœurs de la noblesse. Seulement… Cassandra avait un goût déplorable selon les critères de sa bru. Grâce à sa baguette, Angel débarrassa sa tenue des volants et dentelles d’un autre âge pour récupérer une toilette seyante.
Les mères de J.O remises de leur voyage participèrent au repas du soir. Mises au parfum des festivités futures, elles en battirent presque des mains. Comme par hasard, elles comptaient prolonger leur séjour anglais auprès d’une amie très chère qui s’avéra être apparentée à Ophélia.


*Le monde est bien petit !*

A son tour, le duc donna son avis sur la façon d’occuper la journée du lendemain.


*Une chasse ? Pauvres bêtes !*

Comme elle le pressentait, J.O déclara haut et clair qu’il n’aimait pas la chasse à part celle aux photos. Scandale ! Un Strang qui ne chassait pas ne pouvait en être un ! Son frère sembla assez satisfait du froncement de sourcil paternel suite à la tirade de J.O commentant son refus de massacrer gratuitement un animal.
Les conversations roulèrent encore un bon moment. Prise à parti entre les autres femmes, Angel donna aussi son opinion sur la chasse.


Je suis désolée mais je partage le point de vue de James… Monter ? Bien sûr que je sais, aussi bien que sur un balai… Le bal ? Non, merci de tes conseils Annabella, ne vous mettez pas en frais pour moi, je saurai quoi porter ( grrrr) Tiens, à ce propos milady, j’aimerais obtenir une petite faveur. Je me doute que vos cartons d’invitation sont sous presse mais J… Howard et moi souhaiterions vivement que l’un d’eux soit expédié à… mes beaux-parents.

Rose et Magnolia sursautèrent de prime abord puis rigolèrent en pigeant l’astuce. Evidemment, la duchesse n’agréa pas :

Ces parvenus ! Voyons ma petite, vous allez devenir une Strang ! Oubliez donc cette basse classe !


Je vous promets que vous ne le regretterez pas… Pour l’amour de J.O… s’il vous plaît !

Du moment qu’il s’agissait de faire plaisir à son fils chéri, rien n’était impossible à Ophélia.
Affaire réglée !

Une fois tous séparés en chambre, Angel sortit de son sac à malice un petit réchaud et entreprit de faire chauffer de l’eau dessus. Selon ses estimations, un beau jeune homme ne tarderait pas à la rejoindre. Un bruit venant de la corniche l’obligea à ouvrir la porte donnant sur le balcon. Ô surprise : un gros minet s’y précipita. Plus fort qu’elle, son rire fusa ce qui vexa un poil le chat redevenu humain.


Je viens de risquer ma peau et tout ce que tu trouves à faire est rigoler ? Tu imagines le pétard qu’aurait fait ta voisine de balcon si elle m’avait vu !?

Je me ferais un plaisir de la faire taire cette pimbêche. Un bloclang suivi d’un oubliette lui irait bien. Mais passons aux choses sérieuses… ( mimique taquine) le café est prêt, Milord.

Là, J.O rigola franchement, et le petit noir refroidit dans les tasses sans qu’ils y touchent, bien trop occupés à autre chose.
Quand pourraient-ils goûter aux joies des retrouvailles matinales en toute paix sur l’oreiller ?
Pas avant longtemps encore, apparemment.
Le soleil n’était pas levé que J.O repartit jouer aux acrobates sur la corniche afin que son incontournable valet de chambre puisse le découvrir sagement à la place voulue au réveil officiel.

Quand Angel descendit déjeuner, le duc était déjà parti avec ses fils pour tirer les malheureuses bestioles de poils ou de plumes qui se trouveraient sur leur passage. Ophélia accapara les mères de J.O afin de combler ses 27 ans d’absence de son fils adoré laissant une fois de plus Angel aux mains des poisons de service.
Blabla sur les derniers potins concernant x ou y, projets de ski en hiver, tout y passa sans tenir compte d’Angel qui avait l’impression de suivre un match de tennis où elle aurait été le filet. C’est toujours très agréable d’être considéré comme quantité négligeable. Ces demoiselles ne semblèrent se rappeler de sa « présence » que lorsqu’il fut question du fameux bal.


Mère tient absolument à ce que Son excellence Edouardo Deluca soit parmi nous.


Il est vrai que sa fille Isabel est adorable : un parti splendide. J’ai dû plusieurs fois retenir Henry de baver devant elle ! Méfiez-vous-en, Angel. Rares sont les hommes qui lui résistent.

C’est comme la nièce du baron Cavalcanti ! Une vraie bombe, celle-là !

Intérieurement, la jeune veuve rigolait de ces tentatives d’intimidation. Pas qu’elle se prenne pour irrésistible mais…

*Elles ne connaissent pas J.O… *

On n’espérait pas le retour des chasseurs avant le déjeuner aussi la matinée s’écoula-t-elle mollement entre bavardages oiseux et partie de croquet.

Lorsque les hommes rentrèrent, leur entente était assez partagée. Comme prévu J.O avait refusé le fusil pour l’objectif. Le butin était maigre en gibier : un faisan mal plumé et deux lièvres rachitiques. Leur ôter la vie avait plus abrégé leurs souffrances que privé leur espèce de dignes représentants. Angel ne douta pas que J.O soit à l’origine de ce que les autres Strang considéraient tel un fiasco. Lui était très satisfait : ses clichés étaient superbes.
L’après-midi se consacra à d’autres joutes sportives sans grand intérêt sauf qu’Angel et J.O, en duo, prouvèrent à nouveau que leur entente au tennis valait celle du quidditch : parfaite.

15 jours de préparatifs intenses.
Mrs Yates, son carton d’invitation reçu, ne cachait pas son excitation et son intense satisfaction. Au retour du week-end, pire qu’une teigne, elle ne lâcha plus Angel d’une semelle.
Il lui fallut savoir tous les détails : comment était l’héritier du duc ? Les choses évoluaient-elles convenablement entre eux ? Les Strang l’agréaient-ils, elle, la roturière ? Qui serait du bal ? Etc.
Zn ayant marre d’être soumise à un feu permanent de questions, Angel ne trouva que l’oreille attentive d’Opal pour y déverser ses joies et peines :


Je savais devoir m’y attendre mais ces gens, très polis, ne m’aiment pas. Ophélia me tolère par amour pour J.O ; sa fille et Iris ne se souviennent de moi que lorsqu’elles ont une pique à me lancer. Je déteste ce milieu guindé.

Et J.O ?

Des étoiles dans les yeux, Angel avait confessé sa foi en lui :


Il est… merveilleux !

Je me doute que ça te change de Preston… qui était si… British…

Le rougissement de son amie confirma ce que l’Australienne pensait au sujet du couple. Angel s’empressa :

Il n’y a pas que ce plan-là, voyons ! Oui ; J.O est très, euh… différent. Je n’avais pas d’éléments de comparaison avant … Mais il y a plus, beaucoup plus que ça ! Tu crois aux âmes sœurs ? Eh bien J.O est la mienne et moi la sienne. On s’entend au quart de tour sans un mot : un regard suffit.

Son amie lui sourit, lui assurant être ravie d’un tel bonheur. Elles en revinrent à des questions plus pratiques : le déroulement de la fameuse soirée :

Je dois me présenter à Gilmore house trois heures avant le début de la réception, je ne sais pas trop pourquoi… Ensuite, ce sera l’accueil officiel des invités, puis tout le toutim : apéro, repas…

Et la demande officielle en mariage, c’est pour… ?

Angel ne connaissait pas les plans exacts des Strang. On verrait bien.

Cassandra a ameuté toutes ses connaissances pour leur annoncer sa bonne fortune ! C’est pas un peu cruel de l’avoir invitée ?

Le pétillement des yeux d’Opal démontait le ton réprobateur affiché quant à cette « cruauté » :

Juste retour des choses, tu ne crois pas ?

Gilmore House scintillait de mille feux quand le taxi la déposa aux grilles. Le baiser époustouflant dont l’héritier en titre la gratifia valait à lui seul le déplacement.
Entrés dans le boudoir d’Ophélia, après un effleurement de la joue, celle-ci la toisa des pieds à la tête, s’intéressant surtout à cette dernière.


Bien, ma fille ! Je vois que vous avez suivi mes conseils quant à la tournure de votre chignon. Allez donc vous changer et revenez ici ensuite, s’il vous plaît. Howard, mon chéri, reste un peu avec moi.

Ce n’était pas un conseil mais un ordre tant pour l’un que pour l’autre.
Dans sa chambre, choquée, Angel découvrit une somptueuse toilette pendue sur un cintre. Aucune comparaison avec celle qui aurait dû être livrée dans la journée et qu’elle avait mis tant de soin à arranger selon ses goûts personnels. Cette robe-ci était très belle. Néanmoins Angel jugeait l’organdi trop… rigide. De plus ce ton rosé allait jurer affreusement avec son teint.
Pas question de porter ce carcan soyeux alourdi de petits bouquets de fleurs et d’un énorme nœud sur les reins. Elle comprit pourquoi on lui avait demandé d’être là si tôt. La quantité de petits boutons nacrés à fermer devait requérir un temps fou !
Tant pis pour protocole et compagnie, de sa baguette Angel découvrit où l’on avait planqué le carton contenant son choix. Le bleu pâle lui seyait, la coupe simple de la soie aussi. Pas de nœuds ni fioritures ridicules, enfin moulée dans SA toilette, Angel inspira un grand coup avant de se présenter à la critique ducale.
Cela ne rata pas, Ophélia pinça les lèvres :


Vous n’en faites donc jamais qu’à votre tête, je vois ! Enfin… ce n’est pas plus mal. Nous aimons les filles de caractère, chez les Strang. Asseyez-vous !


Au moins la duchesse ne l’avait pas rembarrée. Installée face à un petit bureau, Angel y vit se déposer plusieurs écrins qu’avec fierté Ophélia ouvrit. Le scintillement des bijoux éblouit Angel dont l’air admiratif plut à la mère de J.O :

Ce sont les bijoux de la famille. Pour ce soir, vous devez les porter ; faites votre choix, ma petite !

Devant tant de merveilles, c’était difficile. Le naturel modeste d’Angel lui facilita la tâche. Ecartant délibérément les rangs multiples de rubis ou saphirs, elle opta pour une parue de diamants alternés d’aigue-marine. La tiare ne lui posa aucun problème : simple mais en parfait accord avec l’ensemble.

*Bon goût mais trop simple… Comme elle…*

La jeune femme subit alors un breafing complet sur ce que l’on attendait d’elle.
Se mêler aux invités à leur arrivée dans le parc, discuter avec eux, bref : frayer un peu avant l’entrée officielle dans la demeure.
J.O ne lui cacha pas son enthousiasme de la voir parée telle une princesse de conte de fée. Hélas, lui aussi était requis par ses obligations protocolaires, et c’est à peine s’ils purent se couver du regard, de loin…

En grande discussion avec Arthémus, Ignatius, de Ponchartrain, celui-là même que Cassandra aurait souhaité voir supplanter Preston dans ses bras, Angel ne remarqua pas de suite l’arrivée de sa belle-mère. Force fut d’abandonner Arthy et de s’avancer vers Lady Yates qui la toisa un brin soufflée par sa mise :


Je vois que tu t’amuses beaucoup, mon petit. Hum…je ne te connaissais pas cette toilette…Seigneur et…ces bijoux ! Mon Dieu…tu portes une tiare…mais que signifie cela…

Tel un vautour sur sa proie, J.O fonça à la rescousse :


Simplement qu’en tant que future Mrs. Strang, elle porte les atours inhérents à son rang !

De gentilles piques volèrent. Angel but du petit lait surtout quand, très à l’aise, J.O annonça l’apparition d’Ophélia que Cassandra voulait prévenir de la présence d’un intrus inconvenant. La façon dont elle s’adressa à j.O, le présentant ouvertement comme son fils disparu et revenu scia Lady Yates.
Beau spectacle en vérité de voir cette femme hautaine perdre tous ses moyens. Une carpe hors de l’eau n’aurait pas mieux ouvert et fermé la bouche sans qu’un son ne s’en échappe. Elle semblait hésiter entre la fuite et la colère. Chose qui n’arrangea rien, son mari lui fit l’affront sublime de rigoler à haute voix. Ainsi exposée à la moquerie générale, Cassandra aurait voulu rentrer sous terre surtout quand le sarcasme final de J.O l’atteignit :


Et sur ce, Milady, je vous souhaite une excellente soirée !

Le bon cœur d’Angel fut torturé. Certes leur ennemie était à terre mais elle n’en retirait aucune joie. Sans la poigne de J.O qui l’en empêcha, elle aurait volontiers été secourir sa belle-mère. Après tout… elle l’avait cherché !

Lorsque tous les invités furent installés aux tables prévues suivant un protocole réglé comme du papier à musique, le duc prit la parole. Se dressant, un verre à la main, il salua la ronde :


Chers amis, oui, nous sommes tous des amis ici rassemblés en ce jour d’exception afin de nous réjouir ensemble.
Il y a un peu plus de 27 ans, un malheur nous frappait cruellement la duchesse et moi. Notre premier-né, Howard, nous avait été enlevé et rendu… mort. Par la grâce de Dieu, le miracle attendu s’est produit, il y a peu. C’est avec une joie sans partage que la duchesse et moi-même nous vous présentons, notre fils aîné enfin retrouvé. Voici, Howard, Cédric, Augustus Strang !


Fringant dans son smoking tiré quatre épingles, J.O se leva à son tour. Ceux qui doutaient encore de la filiation possible furent frappés par l’extraordinaire ressemblance entre père et fils.
Le discours d’Howard Jr fut sobre. Il remerciait le hasard, sa chance, ses mères.
Oui, cela faisait 27 ans qu’un bébé sans nom avait été déposé à la porte d’un orphelinat américain.
Ne s’étendant pas sur ses malheurs d’enfance, J.O brossa sa rencontre avec Rose et Magnolia, rendant un vibrant hommage à leur générosité, leur amour sans partage. L’auditoire en eut la larme à l’œil, moins que les « mères » adoptives qui pleuraient et souriaient en même temps. Pour faire bonne mesure, le nouvel héritier s’avoua heureux et flatté d’appartenir à si haute ascendance. Si le discours prévu fut tourné à sa façon – naturelle – il bouleversa aussi le plan établi par sa famille en sortant un écrin de sa poche intérieure en annonçant avoir choisi la femme qui partagerait sa vie. Ophélia tiqua, Iris se frotta nerveusement l’annulaire droit.
Un doute affreux agita Angel. La duchesse n’avait quand même pas fait ça ? En y regardant bien, le doigt d’Iris lui paraissait bien dénudé. D’ordinaire y miroitaient les feux d’une bague ancienne de magnifique facture : la bague des héritières Strang ! Là… Rien.


*Dépouiller Iris pour moi ? C’est… fou !*

Prête à refuser l’anneau serti de pierres précieuses, Angel rayonna de plaisir en recevant le cadeau de son fiancé. Des diamants aussi… Sans ostentation… Une bague toute neuve pour un amour tout neuf ! Des larmes émues perlant sous son rimmel, elle tendit son doigt.

Officiellement fiancé, le couple se dut à ouvrir le bal. Pas de bête slow, non. Pour ces rompus aux danses de salon la rumba lascive était plus indiquée : l’accord parfait.

Plus tard, Miss Danvers n’en revint pas de récupérer sa bague des mains de J.O qui lui assura, une fois de plus, n’avoir aucune prétention au titre de Duc quitte à décevoir ses parents biologiques. Si Ophélia tenta bien de lui soumettre en douce d’autres prétendantes, plus dans ses cordes à elle, J.O n’en tint aucun compte. Aux yeux de tous il afficha son choix définitif quant à sa compagne de vie : Angel.

Soirée enivrante, la plus belle qu’elle eût connue. Peut-on flotter sur un nuage sans s’y enfoncer et chuter ? Il fallait croire que oui. Seuls comptaient les mains de J.O sur sa taille, son regard chavirant planté dans le sien, ses mots fous et baisers volés…
Maintenant que J.O avait trouvé une place dans la société – et quelle place ! – aucun obstacle ne pouvait se dresser entre eux !


Aucun ? Ce serait mal connaître les auteurs de ce rp…

La suite du bal fut enchanteresse. Les fiancés, conviés partout dans le « beau »monde, ne surent répondre à toutes les invitations. C’était dément. Déjà partout on ne parlait que du clou de la saison : le mariage ducal !
Cassandra, remise des affronts, ne fit pas un plat de sa déconfiture publique. Au contraire, elle tint à aider Angel dans les préparatifs de son trousseau, acceptant même que J.O participe à plusieurs dîners familiaux. Où elle se montra très… charmante.
Oh, bien sûr tout ne fut pas rose… Ainsi, la présentation de SaP faillit faire piquer une crise à Ophélia ! Le lévrier fou, non castré, sema une pagaille sans nom entre le couple Shiva-Ali tellement bien éduqué. Si une portée non désirée devait voir le jour après tant de fougueuses démonstrations d’affection envers la femelle, J.O pouvait fournir toutes les pièces attestant la noble lignée de Khan. On laissa l’incident clos.

De fil en aiguille, la mère d’Howard JR s’était montrée claire avec elle :

Nous ne sommes pas du même monde, mais bien du même bord. Toutes les deux nous souhaitons le bonheur de mon fils. S’il pouvait se stabiliser grâce à vous, je vous en serai éternellement reconnaissante.

On ne met pas le vent en bouteille ! J… Howard n’a d’égal que lui-même. Il ira où bon lui semble et nous n’y pourrons rien changer. Je ne veux pas le changer. Je l’aime tel quel.


Faites-lui vite un héritier ! Ça calmera sa bougeotte ! Si je ne m’abuse, vous n’avez pas attendu la bénédiction du pasteur, alors…

Ce jour-là Angel avait rougi comme jamais. Se défendre ? À quoi bon ?

Je ne piégerai pas J.O ainsi, non ! Arrivera ce qui doit arriver quand ça arrivera.

Un enfant de J.O… Un jour… peut-être…

La date approchait. Angel ne savait plus où donner de la tête. Di se montrait angélique, déjà ça. Mise au courant d’avoir bientôt un vrai papa, elle poussait en sagesse incomparable. L’assurance de garder Sap à demeure devait beaucoup y contribuer.

Dans une semaine, Angel aurait la bague au doigt. J.O, pris aussi dans le tourbillon des préparatifs, devenait nerveux. Rares étaient les moments d’intimité mais ils furent à chaque fois intenses.


Dans quelques jours, mon amour ! Plus que 7 et nous pourrons enfin nous réveiller à deux et nous prélasser au lit autant qu’on le voudra… Les Bermudes ? Pourquoi pas ? N’importe où du moment que je suis avec toi loin de tout ce cirque… Oui, on fichera le camp dès les promesses échangées. J’irai partout où tu voudras aller… Renonce à tout ce que tu voudras du moment que ce n’est pas à moi !

Ils étaient réunis, Grisham et Yates confondus plus Westwood, Opal et Erik Nielsen en sus, dans un dîner amical chez Angel quand on sonna à porte.
Agacée du dérangement, Angel envoya la boniche ouvrir. Ellerevint assez énervée :


C’est… C’est la police, madame…

Que faire d’autre que d’accorder l’entrée ?
Chapeau sur le ventre, l’inspecteur chef Barnaby entra :


Lady Yates, Mesdames, Messieurs, je suis navré d’interrompre votre dîner. Il y a deux jours, un marin russe s’est fait renverser par une automobile. Ses papiers d’identité sont... suspects. Par contre… le battage médiatique qui vous accompagne Mrs Yates nous a conduits jusqu’ici. Connaissez-vous cet homme ?

Une photo s’exhiba et circula de main en main. Les mines s’allongèrent, incrédules. Quand le cliché atterrit dans les doigts d’Angel, il lui sembla que le temps s’arrêtait. Là, pâle, défait, une affreuse cicatrice lui zébrant la face, se tenait celui que tous avaient pleuré plus de deux ans auparavant : Preston Yates !

Tremblant des pieds à la tête, elle balbutia :


La ressemblance est… est troublante mais… il ne peut s’agir de mon défunt mari. On… Sa Jeep a explosé ! Ça a été photographié ! On n’a quasi rien retrouvé de… de lui !

Des vérifications sont en cours mais… jusqu’ici son histoire tient.

Il déballa un conte à dormir debout : celui d’un rescapé d’explosion, en Afghanistan. Découvert par un groupe de résistants, soigné, l’homme gardait peu de souvenirs antérieurs.

Il ne parle que de son « Ange »… Vous vous prénommez Angel, Mrs Yates… Pourriez-vous nous accompagner ?

Perdue, la jeune femme ne sut que décider. La main de J.O dans la sienne, elle hocha péniblement du chef.
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MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptyDim 23 Jan - 22:34

Les arcanes compliqués de la vie sociale de la noblesse ne finissaient pas de plaire à J.O mais selon sa mère, cette chère duchesse de Gilmore, les choses sont comme elles doivent être et un point c’est tout. Pas de discussion possible. Pas d’alternatives non plus. C’était mal le connaître. Il avait reçu des mains d’Ophélia la bague de fiançailles à remettre à sa chérie le moment venu. Une magnifique bague, richement ornée, de tournure très ancienne qui avait sûrement paré le doigt d’innombrables demoiselles destinées à devenir duchesses en épousant un Strang.

Mais…c’est la bague que portait Iris !


En effet, avait riposté calmement Milady, mais ce n’est plus à elle que revient ce droit. Tu es l’aîné, c’est donc à ta fiancée de la porter.

Vous avez des drôles de façons de faire les choses !

Mais bien sûr sa mère n’avait rien voulu entendre de ses propos si démocratiques. Chez les Strang, la tradition se respecte. Point barre. J.O était convaincu que ce ne serait pas ainsi qu’il allait gagner des sympathisants, en commençant par son frère Henry, si radicalement évincé de tous ses droits de titre et héritage.

Protocole jouant à fond, tout ce beau monde là réuni gagna la salle du banquet et chacun occupa la place qui lui était destinée suivant toutes les règles de l’art social. Howard Strang, Duc de Gilmore tint, comme il se doit, à s’adresser à ses invités. S’ensuivit un court speech très émouvant pour présenter en tout bonheur et orgueil, le fils cru perdu et miraculeusement retrouvé.

*Fichue coïncidence !*


Logiquement, présentation faite, on attendait que le fils prodigue parle lui aussi. J.O n’aimait pas du tout faire des discours mais impossible d’agir autrement. Il se leva et remercia son père avant de prendre la parole.

On dit que le hasard fait bien de choses. Oui. Il fait des choses étranges et aussi extraordinaires. Il y a exactement 27 ans aujourd’hui 26 Août, des mains inconnues laissaient un panier aux portes de Latham House au Connecticut. Un enfant sans nom, un anonyme de plus dans un orphelinat. J’y ai passé cinq ans et demi de ma vie, là.

Soupirs parmi l’assistance, on devait s’en faire, des idées à la Dickens sur sa triste destinée.

Bien sûr je n’ai pas attendu à y moisir en rêvant que ma fée marraine arrive et me tire de là. J’ai fait le mur et suis allé chercher des nouveaux horizons. Encore là, le hasard a été clément et je me suis retrouvé sur le pas de la porte des deux femmes les plus merveilleuses qui soient. Magnolia et Rose Westwood, à qui j’ai gâché leur soirée télévision et fait rater sans doute un bon épisode de Dallas. Heureusement, elles ne m’en ont pas tenu rigueur, au contraire, elles m’ont donné un foyer, un nom et tout l’amour du monde. Elles sont mes mères et le seront toujours. Merci de m’avoir supporté et essayé de faire de moi quelqu’un de bien, ce qui entre nous, elles pourront le ratifier, n’a pas toujours été affaire facile. Je suis un type avec beaucoup de chance. Magnolia et Rose insistent toujours que je mise trop sur ce fait. Sans doute, elles ne se trompent jamais et ne manquent pas de me le faire remarquer. L’amour d’une mère et pas à dire de deux, est un cadeau divin, j’espère le mériter toujours. Mais je ne veux plus parler de ce qui a été mais de ce qui sera, ce soir, je veux que tous sachent qui est celle avec qui je compte partager le restant de mes jours, si elle le veut bien…

On retint la respiration. Ophélia Strang lui lança un coup d’œil discret mais virulent. Il s’en fichait. Seul comptait le regard ému d’Angel vrillé au sien. Il tira de sa poche un écrin.

Angel, acceptes tu de te marier avec moi ?

Sourire radieux perlé de larmes en découvrant la bague qui reposait sur velours sombre. Pas le somptueux joyau ancestral. Il l’avait choisie pour elle, sans suivre de vieille tradition. Son cœur battait à coups redoublés en passant l’anneau au doigt de son élue. Magnolia et Rose s’épongeaient les yeux à qui mieux mieux et voulurent être les premières à les féliciter. Personne ne songea à leur disputer cette primeur. Suivirent les Ducs…et le reste.

L’ouverture du bal resterait sans doute enregistrée dans les annales de la famille. Pas de valse. Une rumba initia une nouvelle ère et en laissa plus d’un bouche bée. Ophélia Strang eut certainement des bouffées de chaleur en voyant son ils, le futur duc de Gilmore évoluant sur la piste avec la grâce endiablée de qui se fiche allègrement des schémas établis suivi avec maestria parfaite par l’élue de son cœur. Que personne ne le doute, il y a des couples parfaits et d’autres faits au Ciel…

Henry boudait. Iris tirait la tête. Tous les deux avaient bien raison. Du jour au lendemain, ils étaient passé à un deuxième plan vexant à cause d’un frère perdu qui se pointait dans leurs vies, sans préavis.


Laissant un instant Angel en compagnie de son ami Arthémus de Ponchartrain, J.O rejoignit son frère qui, près du bar, éclusait sans modération.

Tu penses te soûler ?

Ça ne regarde que moi, grogna l’autre, rogue.

Sans doute, ce sera très sympa de ta part donner lieu à des ragots savoureux sur ta misère…Je te l’ai déjà dit, Henry, je ne veux pas de ton titre ni de ta fortune…

À d’autres avec cette histoire ! Qui va y croire, t’es pas si con que ça, quand même !

Euh, non…je ne pense pas, c’est justement pour ça…écoute, suis pas plus prêt à devenir duc que toi président des États-Unis, donc…Arrête de tirer la tête, tu vas mortifier ta mère…où est ta fiancée ? J’ai quelque chose à lui rendre !

Iris arrivait à point, tout aussi maussade que son fiancé. Sans faire plus de mystère, J.O tira de sa poche la magnifique bague ancienne et la remit sans plus au doigt de Miss Danvers qui n’en revenait pas.

C’est à toi de la porter, tu seras la future Duchesse de Gilmore. Moi, je me marie avec Angel et on fiche le camp…j’ai d’autres projets pour nous !

Tu sais que tu ne peux pas faire ça !, dit Henry, docte.

Tu veux parier !?, et il riait en s’éloignant.

Drôle de pion, ton frère !, assura Iris pétulante en le suivant du regard.

Je ne dirais pas ça…lui, au moins, sait exactement ce qu’il veut !
, et le ton d’Henry Strang était rêveur.

Il rejoignit sa chérie qui riait de bon cœur avec les propos farfelus de son ami qui ne leur tint pas rigueur quand ils l’abandonnèrent pour aller danser.


Merveilleuse soirée. Jamais auparavant James Oliver Westwood n’avait supposé que le bonheur puisse être aussi grisant. Aussi parfait.

Logiquement on est pas un Strang, encore moins un à la vie si étonnante que la sienne, pour passer gentiment inaperçu. Du jour au lendemain J.O se trouva promu au rang de célébrité nationale.

Habitué à être derrière la caméra, devenir le point de mire des objectifs ne lui résultait pas tâche aisée, ni trop agréable, soit dit en passant. C’était agaçant ne pas pouvoir déambuler par là, comme le commun des mortels sans, tout à coup se voir entouré d’un essaim de paparazzi avides de nouveauté.

Aller dîner au restaurant avec sa belle, sortir en boîte, se balader au parc avec Di et SaP…Impossible sans témoins, sans flashes, sans questions débiles. De plus, on les conviait à plus de fêtes, garden parties, dîners et autres, qu’ils ne pouvaient accepter. Se retrouver en tête à tête avec Angel résultait presque impossible et ça le mettait d’humeur presque morose.

S’il s’intégrait à sa nouvelle famille, le plus logique était que SaP le fasse aussi, après tout c’était son chien. Bien sûr, quand la folie s’en mêle, il faut être paré à tout. La menace à poils avait beau être un splendide représentant de sa race, sa lignée aussi noble…que la sienne et tout ce qu’on voudra. SaP était SaP et cela voulait déjà tout dire. Son éducation sociale laissait beaucoup à désirer, on pouvait le comprendre, il n’était pas allé à l’école canine pour toutous raffinés mais avait mené une existence trépidante qui faisait de lui une espèce d’Indiana Jones à quatre pattes. Aussi globe trotter que son maître, son instinct primait…et causait des ravages. Ophélia se déclarait enchantée avec cet exemplaire parfait quand celui-ci décida qu’on en avait assez avec les bonnes manières. Il venait de découvrir l’exquise Shiva et ce fut le coup de foudre. Il perdit la tête. Le noble Ali ne fut pas adversaire face à tant de fougue juvénile, par contre la belle Shiva dut le trouver très à son goût. Après une pagaille de tous les diables, les amants foudroyés par cette passion soudaine, prirent joyeusement la clé des champs. Ophélia en était consternée, au bord de la crise de nerfs.


Ton…chien est…un monstre. Il..il n’a aucune éducation….quelle horreur. Ma pauvre Shiva…

J.O essaya de se montrer à la hauteur des circonstances mais était à point d’éclater de rire, ce qui aurait été très mal pris par sa mère.

Ce…n’est pas si tragique que ça, mère ! J’admets que SaP est un peu dingue mais…

Dingue ? Cet animal est une menace ! Si jamais ma pauvre Shiva se trouve…Oh, mon Dieu, je préfère ne pas y penser !...La pureté de la lignée sera gâchée…quel opprobre…

Mais non, voyons…Désolé pour Ali mais le bougre me semble du genre amolli par tant de luxe et vie aisée…Je suppose que Shiva préfère les gars avec de l’esprit.

Lady Strang eut envie de lui taper dessus. Tant d’insouciance était blessante mais son fils se chargea de la rassurer.

SaP…enfin son nom est Khan, est de très noble lignée, je peux le certifier. Noble entre les nobles, c’est un prince chien…ou un chien prince enfin…rien de quoi se désoler…si Shiva a des enfants, ils risquent d’être un peu fous…mais rien de grave…sont plus marrants comme ça !

Bien sûr, cela était une question d’opinion.

Pris dans un tourbillon de fêtes, réunions et préparatifs, les fiancés voyaient enfin la date du mariage approcher. Le peu de temps dont il pouvait disposer, J.O le passait avec « ses » filles. Di semblait ravie avec l’idée de l’avoir comme père à demeure et faisait tiquer sa grand-mère Yates en l’appelant Papa à tort et travers. Lady Strang avait un peu froncé son joli nez mais n’avait pas fait de commentaire. Lui. Il était ravi. J.O l’aurait été encore plus, s’il avait pu rencontrer sa chérie plus souvent…à seules mais chaque fois que se présentait l’occasion, très rarement, ils en profitaient pleinement.

J’en ai marre de jouer à cache cache…Je veux t’avoir pour moi tout seul…tout le temps !

Elle en avait autant marre que lui.

Dans quelques jours, mon amour ! Plus que 7 et nous pourrons enfin nous réveiller à deux et nous prélasser au lit autant qu’on le voudra…

J’en rêve…Tu aimerais aller aux Bermudes ? C’est un petit coin de monde merveilleux…

Les Bermudes ? Pourquoi pas ? N’importe où du moment que je suis avec toi loin de tout ce cirque…

Projets ponctués de baisers.

À peine on en aura fini avec la cérémonie, on file…veux pas rester à la réception.

Il savait sciemment avoir beau vouloir, tout se passerait autrement. Ce n’était pas sa mère qui allait les laisser filer comme si rien et sans doute, Rose et Magnolia y mettraient de leur part aussi. Mais pourquoi se priver de rêver un peu !?

Oui, on fichera le camp dès les promesses échangées. J’irai partout où tu voudras aller… Renonce à tout ce que tu voudras du moment que ce n’est pas à moi !

Il avait ri en l’embrassant comme un fou.

Renoncer à toi ? Faudra me tuer pour ça !

Une autre réunion. Cette fois chez Angel. Dans l’intimité de la famille…enfin partie de la famille, les Strang n’étant pas de la partie. L’ambiance était détendue, sans protocole ni rien de semblable. Grisham et Yates, Rose et Magnolia, cette chère Opal et son suédois. On bavardait tranquillement en buvant des cocktails préparés par Miss McLane qui avait la main sûre pour s’y prendre.

On sonna à la porte et la petite bonne qui était allée ouvrir revint au salon, l’air un brin affolée.

C’est… C’est la police, madame…

On se demanda ce que voudraient les forces de l’ordre là mais on n’hésita pas à recevoir leur digne représentant, un inspecteur en chef ni plus ni moins. Le cas qui l’amenait devrait être de certaine importance.

Lady Yates, Mesdames, Messieurs, je suis navré d’interrompre votre dîner. Il y a deux jours, un marin russe s’est fait renverser par une automobile. Ses papiers d’identité sont... suspects. Par contre… le battage médiatique qui vous accompagne Mrs Yates nous a conduits jusqu’ici. Connaissez-vous cet homme ?

Il sortit une photo dont Opal, qui était plus près de lui, s’empara vivement pour y jeter un coup d’œil, arborant d’immédiat une expression sidérée avant de la tendre à J.O. Il sentit un frisson insidieux lui courir le dos en reconnaissant, sans difficulté l’homme. Il jura à voix basse. James Grisham lui prit le cliché des doigts alors qu’il rejoignait sa fiancée. Lady Yates à côtés des Grisham pâlit intensément en balbutiant :

Mon fils…mon fils.

Angel leva la tête vers lui, l’interrogeant du regard. Arthur Yates, défait, lui tendit la photo. Elle blêmit en découvrant l’homme au visage zébré d’une longue cicatrice. Elle comme tous, l’avait parfaitement reconnu. J.O lui entoura les épaules de son bras en la sentant trembler comme une feuille au temps de dire, d’une voix quasi brisée.

La ressemblance est… est troublante mais… il ne peut s’agir de mon défunt mari. On… Sa Jeep a explosé ! Ça a été photographié ! On n’a quasi rien retrouvé de… de lui !

L’inspecteur Barnaby semblait gêné par ces expressions mitigées mais se fit un devoir de mettre ce petit monde au courant d’une histoire assez invraisemblable où il était question d’un rescapé d’explosion, en Afghanistan qui, découvert par des soi disant résistants avait été soigné et accueilli par eux. L’homme avait perdu partiellement la mémoire.

Des vérifications sont en cours mais… jusqu’ici son histoire tient.

Tient ?, s’enquit J.O, énervé, il faut admettre la ressemblance mais c’est tiré par les cheveux…j’ai vu exploser la jeep…j’étais là…

L’inspecteur soupira. Il comprenait sans doute très bien sa réaction. Dans peu de jours, il devait épouser Angel Yates, veuve…et voilà qu’on s’amenait avec cette histoire absurde selon laquelle…Preston Yates pourrait être vivant.

Il ne parle que de son « Ange »… Vous vous prénommez Angel, Mrs Yates… Pourriez-vous nous accompagner ?

Bien sûr que nous allons avec vous, inspecteur !, dit J.O d’une voix qu’il voulut assurée, sans désemparer Angel qui était en proie d’un émoi terrible.

Tout le monde était bouleversé. Cassandra Yates pleurait convulsivement, consolée par son mari qui ne menait pas plus large. Celui là était un espoir insensé. Leur fils ou ce qui restait de lui, était enterré au caveau familial, on l’avait pleuré et fait le deuil même si on ne s’en était pas encore remis de sa perte et voilà que…

Arrivés à l’hôpital, l’inspecteur les escorta où se trouvait « l’inconnu ». On pria à Angel d’entrer. J.O refusa qu’elle y aille seule. Il eut raison. Le coup fut terrible. L’homme qui gisait dans le lit avait beau être défiguré…mais pas moins reconnaissable pour cela. Ces cheveux noirs, un peu plus longs, en désordre, son profil noble…et ce regard d’un bleu éclatant qui les considéra, un brin affolé…et sa voix, qui émue, balbutia, teintée d’incrédulité et émotion.

Mon ange…

J.O sentit qu’on lui enfonçait un poignard dans le cœur. L’homme le regardait, lui aussi.

James ?

S’il avait pu, il aurait hurlé mais se contenta de hocher la tête. Une infirmière vint et les pria de sortir pour laisser entrer Lady Yates et son mari. J.O ne se le fit pas répéter et entraîna Angel, hagarde, vers la sortie.

Ce…la… ne confirme rien, mon amour… !


Elle lui adressa un regard éploré et appuyant la tête sur son épaule, se mit à pleurer. Il eut envie de l’imiter. L' inspecteur, encore plus mitigé, si possible leur assura qu’on ne lambinerait pas au détail. Le pseudo Preston Yates serait soumis à tous les examens et preuves existantes pour avoir une parfaite identification. Cela prendrait quelques jours encore pour avoir les résultats.

Mais…nous nous marions la semaine prochaine !

Je comprends, Mr. Strang…mais il ne peut pas être fait autrement, vous comprenez bien sûr qu’avant d’avoir pu prouver l’identité de cet homme…il est impossible que vous poursuiviez avec le projet de mariage avec Mrs. Yates.

Comme s’il n’y avait pas pensé. Ce qui aurait dû être une soirée très agréable muait rapidement en préambule de cauchemar. Personne ne fut autorisé à rester auprès de l’inconnu même si Lady Yates insista sur tous les tons. Force fut pour chacun de retourner chez soi. Magnolia et Rose, toutes remuées durent se résigner à retourner chez leur amie Lady Rosalind Chester.

Sois tranquille, mon petit…il ne peut que s’agir d’une méprise…, murmura Magnolia en l’embrassant pour prendre congé.

Une épouvantable confusion…une équivoque terrible !, ajouta Rose, cela s’éclaircira bientôt…

Il aurait voulu rester avec Angel mais Opal, toujours pleine de bon sens, assura qu’il ferait mieux de rentrer chez lui. Elle resterait avec son amie et veillerait à la calmer.

En arrivant chez ses parents, J.O eut la désagréable surprise de trouver toute la famille réunie au petit salon. À croire qu’aucun secret ne pouvait le demeurer dans ce milieu.


Nous sommes consternés, Howard…c’est terrible,
dit Ophélia en l’invitant à prendre place près d’elle, qui aurait pu prévoir...cela. Bien sûr, on remettra le mariage jusqu’à ce que tout reste éclairci.

Oui…bien sûr.

C’est affreux,
assura Annabella d’un petit ton pointu, si c’est vrai que le mari de ta fiancé est vivant…elle aurait commis adultère…

Annabella, tais toi !, ordonna son père, tranchant, on se passera très bien d’un autre commentaire stupide !

Mais, Papa…

Un regard à la clouer sur place s’en suivi. Henry, lui, demeurait silencieux en regardant son frère qui était l’image même de l’abattement.

Mon fils…tout va aller bien. Il s’agit sans doute d’un…quiproquo…

Je l’ai vu, dit il, d’un ton las,…il…lui ressemble à s’y méprendre…j’aurais juré…que c’est bien de Yates qu’il s’agit…

La nouvelle du mariage remis fit la une dès le lendemain. La famille Strang ne fit pas de déclarations. Les Yates, non plus. La porte de Mrs. Yates, jr, demeura fermée et si un journaliste eut l’heur de poser un pied dans la propriété de la jeune femme, il dut affronter les foudres de Miss McLane, érigée en féroce gardienne de la paix.

Le verdict des médecins, experts et autres requis pour l’étude du cas, tomba comme couperet de guillotine le jour après celui qui avait été fixé pour le fastueux mariage du fils des Ducs de Gilmore et la ravissante veuve, Angel Yates. L’identification du marin russe s’avérait totale et sans appel, par quelque mystérieux dessein de la vie, Preston Yates vivait et récupérait ses forces et part de sa mémoire défaillante dans une chambre privée d’une clinique spécialisée dont on ne divulgua pas le nom.

Pâle comme un condamné à mort et escorté par son frère cadet, qui ne le lâchait pas d’une semelle depuis quelques jours, Howard Strang, fils se présenta chez sa, jusqu’à la veille, fiancée. Opal, au bord des larmes, leur franchit passage et les conduisit au salon où se trouvait Angel, entourée de sa famille et belle famille. Elle était aussi pâle et défaite que lui. Jamais un rêve si merveilleux n’avait connu une fin si douloureuse et fracassante. De tacite accord, on les laissa seuls. Henry, suivant le mouvement sortit en dernier et ferma la porte derrière lui.

Je…ne…sais même pas…que dire !...C’est un cauchemar...dis moi que c’en est un !!!

Mais ils savaient tous les deux que c’était la réalité. Stricte. Cruelle. Affreuse. La déchéance de leurs rêves, la fin de leur bonheur. Angel ne dit rien, impossible de le faire, elle pleurait toutes les larmes de son corps et se jetant dans ses bras. Il pleurait aussi. Combien de temps restèrent ils ainsi, éperdus de douleur ? Quelle importance. Ils savaient bien que c’était la dernière étreinte, le dernier baiser…la dernière fois. Elle essaya de lui rendre la bague qu’il avait passée à son doigt lors de cette fête mémorable.

Garde la…elle t’appartient…tout comme moi…je t’aime, Angel…essaye…sois heureuse, tu l’as toujours aimé…Di aura son père… Non, ne pense pas à moi…je…m’en vais…je ne peux pas rester ici…Mes parents ?...Ils comprendront…je ne peux pas rester ici…

Il se sépara d’elle à contre cœur.

Adieu, mon amour…

Henry sursauta quand la porte s’ouvrit et son frère sortit en coup de vent et fila vers la sortie sans se retourner, sans un mot pour les présents. Il se contenta de le suivre et le rejoignit à l’intérieur de la voiture garée face à la maison. Effondré dans un coin, J.O pleurait comme un gamin affolé.

Suis désolé, James…affreusement désolé ! Je suppose que tu n’as pas envie de rentrer à la maison.

Ça lui était égal s’ils allaient en enfer. Un peu plus tard, ils s’arrêtèrent face à un immeuble et descendirent de la voiture.

C’est l’appartement d’un ami…il n’est pas en ville et ne verra aucun inconvénient si nous le squattons quelques heures…ou jours. Personne ne viendra t’embêter.

Pourquoi…fais tu ça…pour moi ?

T’es mon frère, non ? J’ai toujours eu envie d’en avoir un…autant que ça serve à quelque chose.

En début de soirée, ils étaient gentiment ivres, tous les deux. Ils avaient parlé pendant des heures, tout en buvant en conséquence. Tout y était passé. Les misères de l’enfance de J.O, celle trop couvée d’Henry. Les nuits tristes d’un petit garçon dans un orphelinat et celles peuplées de cauchemars d’un fils de duc qui rêvait qu’on l’enlevait pour le tuer. Les joies simples en tant qu’enfant chéri de deux mères éblouies et celles splendides d’un enfant qui ne finissait pas de combler la douleur laissée par un frère perdu. L’insouciance de Salem, la stricte scolarité à Poudlard. Souvenirs de service à la Marine. Les émotions des premiers vrais jeux de polo. Voyages au bout du monde, risques hasardeux. Adrénaline au top. Guerres et horreurs mais aussi merveilles à répétition. Yachts de luxe, toujours 1ere classe, caviar et champagne, jeunesse dorée où le seul risque était de perdre un match de tennis ou une belle somme au casino. Crash dans la jungle, aveugle et blessé. Une jambe cassée en skiant à St Moritz.

J’envie ta vie !, déclara Henry en faisant des équilibres pour ne pas se ficher en l’air en allant chercher la bouteille laissée Dieu sait où.

Moi, pas la tienne ! Tu sais…m’en vais…je fiche le camp !

Pas…ce soir !, il dénicha la bouteille et remplit les verres à ras, s’en vidant un quart dessus avant d’en boire une gorgée, ce soir…on se soûle.

On est déjà soûls…mais…demain…demain…je fiche le camp.

Vais avec toi…veux découvrir le monde…comme tu le fais, toi…le vrai monde…la vraie vie.

J.O s’était redressé à moitié à sa place, dévisageant son frère…il voyait un peu double mais pour les effets ça pouvait aller. Il laissa échapper un rire ironique qui en d’autres circonstances aurait vexé Henry, l’exquis mais qui en ce cas, le fit rire à son tour.

Vrai…suis un bon à rien…mais tu m’apprendras, hein ? Dis…tu m’apprendras, James ?

Sois pas bête…t’as ta vie faite ici…tu vas te marier avec Iris…

Veux plus me marier !, brailla l’autre, elle aime plus le titre de duc…que moi, tu sais.

M’en doutais !

Ouais !

Le matin les trouva endormis, l’un sur le tapis avec un coussin sous la tête, l’autre à moitié chemin entre le bord du divan et le sol. Un insistant coup de sonnette retentit comme alerte à la bombe. Henry finit par se ficher en l’air alors que J.O se redressait sans avoir idée d’où il se trouvait. Un second coup de sonnette, plus impératif que le premier, les força à se mettre en mouvement. Jurant sans contemplations Henry alla ouvrir. Cebius, aussi digne qu’un archevêque se tenait à la porte et le considérait avec une expression de blâme poli.

Permettez moi de passer, maître Henry.

Boph !, et de faire une courbette qui faillit l’envoyer tête la première sous le guéridon de l’entrée.

Cebius le retint de justesse et l’escorta sans perdre un poil de dignité jusqu’au salon semé des évidences de leur petite réunion familiale.

Maître Howard, il alla ver J.O qui continuait assis sur le tapis et d’une poigne de force insoupçonnée, le releva, Sa Seigneurie s’est fait beaucoup de souci pour vous, cette dernière nuit. Pour vous deux, logiquement. Maître Henry, veuillez bien poser cette bouteille !!!

Oups !

Je vais préparer du café pendant que vous allez prendre un bain, cela devrait aider. Sa Seigneurie vous attend d’ici deux heures. Propres et conscients, cela va de soi.

Ça y est, brailla Henry, on va nous engueuler !

Vous ne vous attendiez certainement pas à des félicitations, Maître Henry, ou je me trompe !?

Soupir profond des deux larrons.

Cebius avait tout prévu, comme toujours. Après une douche écossaise capable de ranimer un mort, il leur avait fait ingurgiter un litre de café noir et fort, avaler des aspirines pour le mal de tête et passer des habits frais et repassés, leur rendant une allure pour le moins digne. Menés comme des braves petits soldats , ils furent conduits face à leur père tout comme s’ils allaient affronter une cour martiale, ce qui pour les effets fut à peu près de quoi il s’agissait.

Un sermon bien senti sans pouvoir piper mot. Des remontrances sur un tel relâchement de mœurs. Les Strang affrontent les vicissitudes de l’existence avec fierté et savoir faire, pas en s’enivrant comme un quelconque citoyen sans honneur. Il démontra un peu d’humanité en se disant désolé par la terrible déconvenue dont avait souffert son fils aîné mais conclut en assurant que jamais les excès de l’alcool n’avaient rapiécé un cœur meurtri.

J.O attendit calmement la fin de la tirade paternelle et quand le Duc finit enfin de parler, il se leva.

Vous avez sans doute toute raison en ce que vous dites, père, veuillez excuser l’inconvenance de notre conduite…mais il est des fois, où les hommes ont besoin d’oublier leur fierté et leur noblesse pour se montrer tout juste comme ce qu’ils sont…humains. Hier, j’ai perdu la femme que j’aime, à quoi bon mentir, ça m’a brisé le cœur…mais j’ai aussi trouvé un frère. On a bu comme des cosaques en permission…on n’est pas moins Strang pour ça.

Vous avez disparu à mi après midi !

Père, nous sommes adultes, tous les deux…

Vous êtes avant tout mes fils !!!

Mais pas vos prisonniers !, lâcha t’il, avec morgue, parce que j’entends aller où il me plaira, sans attendre votre explicite permission.

Tu outrepasses…

Il a raison, Papa, intervint Henry en se levant à son tour, on sait que toi et Maman avez passé des années terribles après qu’on a enlevé le bébé…mais là, il a grandi le mioche et s’est débrouillé sans être couvé comme un poussin fragile.

Henry !!! Comment oses tu… ? Si ta mère t’entend…

Bah ! Elle fera sa petite crise de nerfs, on est habitués, c’est sa douce façon de nous tenir tous en laisse.

Le duc n’en revenait pas. Henry avait toujours été un fils docile et obéissant, définitivement l’influence de son frère aîné, si longtemps égaré se révélait presque néfaste si on tenait compte cette dernière réaction de rébellion…si inespérée. C’était sans compter avec la suite.

James a décidé de partir…

Hey…peux encore parler par moi-même, interrompit J.O, un peu pris de court par la véhémence affichée par son frère, mais enfin, puisqu’on en parle…oui, je vais partir.

Tu ne vas nulle part.

Je ferai semblant de ne pas avoir entendu ça.


Tu…mais quel toupet !!!

Ce n’est pas du toupet, père, c’est mon juste droit.


Et j’ai décidé de partir avec lui !


Une grenade de main éclatant au milieu du bureau de Sa Seigneurie le duc de Gilmore n’aurait eu un effet plus dévastateur.

Vous êtes devenus fous !


Pas le moins du monde,
assura Henry avec superbe aplomb, James l’a dit tantôt…il a trouvé un frère…moi aussi je l’ai fait…Je veux découvrir le monde tel qu’il le voit…cela semble bien plus intéressant que rester ici à tirer des faisans ou courir le renard…ou encore pire subir l’assaut de toutes les dindes de cette société périclitée…

Pas de raisonnement qui vaille. La Duchesse, fit, comme prévu une esquisse de crise de nerfs mais personne ne semblant s’en soucier, elle changea de tactique et se fâcha pour de bon. Idem. Ses fils demeuraient irréductibles. Henry, brave gars, qui avait bien appris sa leçon sur ses glorieux ancêtres fit que tous se souviennent que la plupart des Strang avaient été des hommes aimant le risque, qui sans froid aux yeux s’étaient lancés à la conquête de lointaines contrées pour la gloire du royaume…etc…etc…etc…

Cebius entretenait le feu en maudissant en douce sa chance. De valet stylé, habitué à vivre dans le luxe et le confort des mansions de ses maîtres, le voilà promu au rang d’ordonnance de guerre, obligé de suivre ses jeunes maîtres par monts et par vaux, au gré de leurs humeurs et idées plus ou moins périlleuses. Pourquoi camper en pleine nature alors qu’il y a des hôtels merveilleux à portée de main ? La veille au soir, J.O l’avait fait s’allonger sur le sable et prié de regarder le ciel…

Impossible de voir ça au plafond d’une suite au Ritz !

Un firmament infini, constellé de milliers d’étoiles…Henry avait signalé Orion. Les vagues, se déroulant comme somptueux rouleaux d’argent venaient mourir sur la plage et en se retirant faisaient bruire doucement les millions de minuscules débris coralliens qui tenaient lieu de sable.

C’est ça…la vie.

Et la solitude immense et les souvenirs qui font mal…
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Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] Empty
MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptySam 29 Jan - 14:17

Plus rien ne s’opposait à leur bonheur. Fini querelles et vindictes : J.O et Angel avaient payé rudement le prix pour atteindre la félicité désirée et la récompense était proche.
Rêve, illusion ? Sans doute !
Comment traduire autrement cette sensation de désastre quand la photo de Preston circula dans l’assemblée. Affreusement ébranlée, Angel avait suivi le mouvement général qui conduisit les familles dans un hôpital de la capitale.
Une porte s’ouvrit : il était là !


Mon Ange !... James ?

C’était comme si, aux grilles du paradis, St Pierre les lui avait claquées au nez !
Serrée contre J.O, la jeune femme ne put lâcher un son. Tout ce qu’on lui dit disparut dans le brouillard opaque de ses pensées alors qu’on la ramenait chez elle. Elle pleura ? Angel ne le sut pas de suite : elle vivait un coma éveillé…
Avec une migraine affreuse, elle se réveilla au lit le lendemain.


*Quel rêve idiot !*
rit-elle en se levant.

Enfilant ses pantoufles, elle se dirigea vers la salle de bains quand une voix la fit sursauter :


Angel ! Comment te sens-tu ?

Du fond du fauteuil proche, une silhouette se dressa dans la pénombre de la chambre, allant à sa rencontre.

Opal ? Je… je vais bien mais… qu’est-ce que tu fais-là ?

J’ai… j’ai eu très peur de tes réactions alors… j’ai passé toute la nuit près de toi après… t’avoir donné un truc pour dormir.

Pourquoi t’inquiéter ? J’ai… j’ai été malade ?

Tu ne te souviens pas ? Hier soir… la police est venue…

L’angoisse la saisit toute. Angel recommença à trembler telle une feuille puis elle éclata de rire :

Je rêve encore ! Je vais me remettre au lit et essayer de rêver à autre chose.

Cependant l’Australienne insista :


Je suis désolée, ma chérie mais… c’est vrai.

Ce fut comme si elle avait giflé son amie qui se rebella :

C’est faux, archi faux ! Je suis en train de rêver ! Je me marie la semaine prochaine avec J.O et Preston est mort !


Ma chérie, je…

NNOOOOOOOONNNNNNNnnnnnn !

Le rêve céda la place au cauchemar.

Devant une Miss McLane torturée, la tempête qui secoua Angel fut digne d’une anthologie. Tout en ravageant sauvagement la pièce, elle clama :


Je ne peux pas, je ne veux pas y croire ! Preston est mort en Afghanistan, j’ai mis du temps à l’admette, je l’ai pleuré pendant deux ans ! Je l’aimais… je l’aimais comme une dingue. Il m’a laissée toute seule avec Di. Et… et maintenant j’ai J.O !

Il a effacé Preston ? avança doucement Opal.

Comment oses-tu dire ça ? Bien sûr que non ! Je penserai toujours à lui ! Il a… il était si… Si…
L’homme de l’hôpital N’EST PAS PRESTON ! Où est J ? Je veux qu’il vienne !


Il doit se reprendre aussi ! C’est un coup dur pour lui… pour toi !

Un rire dément fusa :

Un coup dur ? C’est tout ce que tu trouves à dire ? MAIS C’EST UNE CATASTROPHE, OPAL ! J’avais tant espéré que Preston revienne, que... Qu’avec lui, on… Et là… je me sens atrocement malheureuse.

Tout en douceur, Miss McLane entoura son amie de ses bras, la réconfortant du mieux possible :


Il n’y a encore que des preuves… physiques. C’est peut-être qu’un imitateur… un qui profite de sa ressemblance avec Preston…

Pourquoi ferait-il ça ?

L’argent, ma vieille ! Qui sait s’il ne va pas demander le pactole pour se fondre dans la nature ? Jusqu’ici, ça tient mais les tests prouveront la supercherie.

Et en attendant, je suis censée faire quoi, moi ? Tapisserie ?

On se doute que les médias vont encore vous harceler, toi et J.O. Tu imagines le scoop : mariage ducal repoussé ! Suis sûre qu’il y en a qui vont camper devant les grilles !

Je ne parlerai à personne. Je ne veux voir personne sauf J.O. Tu veux bien être mon garde du corps contre cette meute d’idiots ?

Je le ferai mais, tu sais… revoir J… n’est pas à conseiller.

Pourquoi ? Pourquoi je ne devrais pas le revoir ? Je l’aime et… il m’aime aussi, alors…

Qui aurait cru que l’Australienne puisse être aussi diplomate ? Le pire est qu’elle avait raison. Autant se préparer au pire. S’il s’avérait que le marin Russe était bien le prétendu Mr Yates, nourrir une relation avec Mr Starng Jr serait… inconvenant et inutilement douloureux pour les deux parties.
Une semaine s’écoula. Angel ne mit pas le nez dehors. Le téléphone fut coupé. Hors de question d’aller à l’hôpital voir son « mari ». Les parents de Preston, eux, ni manquèrent pas mais, à eux aussi, Angel ferma sa porte.
Aussi souvent que possible, la jeune femme se vida la tête. Tout se qui lui faisait mal valsa dans une pensine. Elle y penserait plus tard… peut-être.
L’absence de nouvelles de J.O l’éprouvait.


*À croire qu’il s’est déjà résigné à la fatalité et qu’il veut à tout prix m’oublier…*


La suite devait donner raison au jeune homme. Sans contestation possible, les preuves s’accumulèrent : Preston était vivant !
Le verdict scia Angel qui crut devenir folle pour de bon. Sans l’appui d’Opal et de ses parents, la jeune Mrs Yates aurait fait une overdose de calmants. Un psychomage devrait être consulté régulièrement afin d’éviter tout nouveau dérapage dans cette voie.
Un condamné à mort à droit à un dernier souhait, n’est-ce pas ? Le sien fut de revoir J.O une ultime fois.
Confrontés, seuls par la discrétion familiale, les ex-futurs époux n’en menaient pas large. Pauvre J.O, il affichait une tête à faire peur. Elle aurait tant voulu lui dire, lui expliquer que ça ne changeait rien pour elle, mais rien ne sortit sauf un torrent de larmes.
C’était fini… pour lui ; elle le comprit dans une illumination cruelle, et cela la navra encore plus que le reste tout en déclenchant un sursaut de révolte.


*Il m’abandonne… Il ne veut plus de moi… Pourquoi ? *

Qu’avait-elle donc représenté à ses yeux pour qu’il quitte ainsi la scène. Pas de combat, pas de rébellion : juste une acceptation pénible de la fatalité.
Sa bague de fiançailles, celle qu’il avait choisie uniquement pour elle la démangea soudain. Malheureusement, l’anneau semblait décidé à rester là malgré ses efforts pour l’en déloger. Il l’empêcha de persévérer :


Garde la…elle t’appartient…tout comme moi…je t’aime, Angel…essaye…sois heureuse, tu l’as toujours aimé…Di aura son père… Non, ne pense pas à moi…je…m’en vais…je ne peux pas rester ici…


Tu désertes ? Et tes nouveaux parents, que deviennent-ils ? *Ils comptent si peu, eux aussi ?*

Mes parents ?...Ils comprendront…je ne peux pas rester ici…

Un dernier baiser, quelques mots, il partit.

*Bon… ben… Au revoir et… merci !*

Statufiée un moment, elle demeura sans réactions. Un à un les membres de la famille se pointèrent, histoire de vérifier son mental. Ils la découvrirent étrangement calme malgré ses paupières bouffies de pleurs :

Merci d’être là, vous au moins, dit-elle simplement. J’ai besoin d’être seule à présent. Excusez-moi, je monte.

Sans un regard à quiconque, elle fila dans sa chambre qu’elle verrouilla hermétiquement.
Sur un cintre pendait la somptueuse robe qu’elle aurait dû porter la veille en sanctification de leur amour.
Plaisir malsain que de déchirer menu ce symbole !
En quelques coups de baguettes, la chambre ressembla à une tempête de neige. Partout voletaient des bouts de tulles et dentelles massacrés.
On tambourina à sa porte. Qui ? Opal, évidemment.


Angel ? Qu’est-ce que tu fabriques ? Laisse-moi entrer.

Vas-y, si tu veux. Pour ce que ça change…

L’air scandalisé, Opal visualisa le tableau. Ferme, Angel lui coupa la chique :

Pas de reproches, veux-tu. J.O me déçoit beaucoup. J’attendais… J’espérais sans doute trop que ce qu’il sait donner. Il ne m’a même pas demandé ce que je pensais… il fuit. Peut-être que ça l’arrange, finalement ? Il tenait tant à sa liberté chérie !


Dis pas ça Angel ! Tu sais que c’est faux ! Il…


Il quoi ? Déserte, fout le camp, me laisse vivre ma vie ? La classe, pas à dire ! Qu’est-ce qu’il croit ? Que je vais tomber dans les bras de ce type qui se fait passer pour Preston ? Il rêve !


Ma chérie… Tout prouve que… c’est Preston !

De toute façon… ai-je le choix ? J aurait pu me suggérer de divorcer… ça ne m’aurait pas gêné… je ne connais pas ce pseudo Preston ! En deux ans… on change. Je l’ai bien fait !

Mais… Tu ne vas pas essayer de… Enfin, je sais pas mais… Preston n’a pas mérité que tu le chasses à coups de balai sans même une tentative de… renouer ?

Merlin qu’elle disait vrai ! Si J.O n’était pas entré dans sa vie, sûrement qu’Angel aurait sauté de joie en revoyant celui qui l’avait faite femme. D’alternative ? Aucune. Que lui restait-il de toute façon à part des souvenirs de ce qui aurait pu être et ne serait pas ?

Demain, j’irai à l’hôpital, conclut-elle, glaciale.

Dire qu’elle était à la joie en se présentant au bâtiment de soins serait trop fort.
Angel prit une profonde inspiration avant d’oser appuyer la poignée de la porte de la chambre de son mari.
En pyjama, près de la fenêtre, Preston tourna vers elle son profil intact :


Enfin, te voilà ! Je me demandais si…

Si je t’avais relégué aux oubliettes ? Tu me connais mal.

Elle soupira en s’avançant pour lui faire face :

Mets-toi un peu à ma place… On m’a annoncé ta mort il y a trois ans… On m’a annoncé ta résurrection il y a une semaine… Tu y aurais cru, toi ?

Oui, bien sûr que oui ! J’ai oublié un tas de trucs mais la seule image que je n’ai jamais perdue c’est… la tienne ! Je veux rattraper tout ce temps… Tu vas devoir m’aider…


*Facile à dire* Il s’est passé trois ans, Preston. Je suis consciente que ce n’est pas de ta faute *et encore moins de la mienne* mais… il va nous falloir du temps pour… pour voir si…


Si quoi ? Si ça colle toujours nous deux ?

C’est un peu ça, oui. M’en veux pas. Si tu me connaissais mieux, tu saurais que je ferai tout ce qu’il faut, Preston… Tout ce qu’il faut pour que tu te sentes bien… *si tu le fais aussi*. J’ai demandé aux médecins… tu peux rentrer chez nous, si tu veux.

Il voulut.

Ramener Preston chez eux demanda de la ruse. Aux aguets, les paparazzis faisaient toujours le siège autour de la demeure. La magie aida à les blouser.


Rien n’a changé ici, soupira Preston souriant à la matérialisation du transplanage.

J’ai pas changé la déco, non, répliqua Angel en se détachant immédiatement du bras de son époux.
Désires-tu t’allonger ou préfères-tu que l’on parle d’abord un peu ?


On va parler. On doit parler, ma chérie.

D’accord. Je nous prépare du café et…

Vu la grimace de Preston, elle rectifia :

Je prépare ton thé.


D’autant qu’elle s’en souvienne son mari très « anglais » adorait ce breuvage du moment qu’il était corsé avec une rondelle de citron. Exprès, elle le fit léger et présenta le plateau avec lait et sucre. Il ne s’en formalisa pas, se servant comme si de rien n’était.
S’asseyant avec son expresso en main, elle demanda :


Es-tu prêt à me raconter tes aventures ?

Je préférerais voir Diana… Où la caches-tu ?

Di est chez ma grand-mère. Je ne tiens pas à la perturber pour le moment. Elle n’a pas besoin de ça… maintenant.


Ça… c’est moi, n’est-ce pas ? Un autre papa. J’ai appris pour James et toi… Je ne t’en veux pas. Normal que tu aies essayé de refaire ta vie après ma disparition. C’est ce que j’aurais voulu que tu fasses…

La peste soit de Lady Yates ! Dieu sait ce qu’elle avait été cafter à son fils chéri, la garce !
Prise un peu de court, Angel piqua du nez dans sa tasse mais ne se déroba pas. Se redressant, elle lui balança :


Eh bien… je t’ai écoutée. On devrait être mariés à l’heure actuelle.

Vous avez rompu ? Pas à cause de moi, j’espère ? J.O est un type très bien.

Voilà un contrepied pour le moins inattendu. Elle le dévisagea, incrédule :

A cause de qui d’autre, selon toi ?


Au tour de Preston de baisser la tête. Son soupir valait déjà un discours :

Je… Je ne vais pas prétendre être heureux de te gâcher la vie Angel, ni m’excuser d’être vivant… Si tu ne te sens pas capable de… me supporter, on essayera de rester au moins… bons amis, hein ?

Qu’est-ce qu’il voulait dire ? Qu’il la laisserait partir si ça ne collait plus ?
Son air piteux amena des larmes aux paupières de la jeune femme :


Preston… On doit… je te dois une chance… J’ai dit que je ferai ce qu’il faudra pour voir si nous… nous pouvons encore nous accorder. Pour le moment nous ne sommes que… des étrangers. En trois ans… on change. En bien ? En mal ? Pour le bonheur de Di, nous devons… faire… un effort.


Même un peu pâle, le sourire de Preston la fit tressaillir. Elle avait toujours adoré cette façon dont ses fines lèvres s’étiraient en creusant des fossettes autour de sa bouche. Du coup, elle sourit aussi.
Peu après, le journaliste émit le désir de se reposer.
Assez embarrassée, Angel avoua :


J’ai fait préparer la chambre bleue mais… si tu en préfères une autre, pas de souci. J’arrange ça en deux minutes.

Il lui assura que c’était parfait et sortit d’un pas un peu lourd. L’accident de voiture lui avait amoché une jambe et froissé des côtes. La cicatrice qui lui traversait le visage était aussi très gênante. Elle devrait s’en occuper plus tard.
Preston ne se montra pas de tout l’après-midi. Les médecins avaient insisté sur la nécessité d’un repos complet qu’elle respecta. Histoire de s’occuper, Angel prépara le dîner. Souvent son esprit s’envola vers un certain jeune homme dont elle n’avait reçu aucune nouvelle depuis son départ. À part qu’il n’était plus en Angleterre et que son jeune frère l’avait suivi, le silence régnait du côté Strang. Sa mère passa brièvement vérifier que tout allait bien. Au soir se pointeraient les parents de Preston. Opal l’avait informée d’un long déplacement dans sa famille australienne, une présentation officielle de son Suédois s’imposant.
L’arrivée des Yates déclencha un mouvement des journalistes postés près des grilles. Cassandra entra en coup de vent. Embrassant rapidement Angel, elle rayonnait un poil énervée :


Ma chérie, je suis si contente. Où est mon fils ? Ces gens dehors, quelle plaie ! Tu ne pourrais pas les faire disparaître avec tes petits pouvoirs ?

Lady Yates oubliait souvent que les sorciers devaient rester discrets et les croyait capables de tout régler d’un coup de baguette. Angel l’aurait volontiers voulu aussi…
Le dîner fut une réussite en soi. Entouré de ses parents, Preston ressemblait beaucoup à celui qu’Angel avait connu. Distingué, affable, il répondait avec aisance à beaucoup de questions quoique, parfois, il coinçait en s’excusant sur les trous qui mitaient encore sa mémoire. Cassandra mettait alors un point d’honneur à les combler en lui rappelant certaines anecdotes de jeunesse.
Pas à dire, le journaliste fit honneur à la table de sa femme. Il avoua, sans gêne, n’avoir rien mangé d’aussi délicieux depuis des années. Angel n’eut aucune difficulté à le croire vu sa maigreur. À l’entendre enfin narrer son parcours tel qu’il l’avait reconstruit au fil du temps, les dernières années vécues par Preston n’avaient pas été la joie. Au dessert, il leur confia :


Ceux qui m’ont recueilli ont fait du bon boulot, à ce qu’il parait. J’étais un miraculé, selon eux ! J’’ai été longtemps inconscient. Je n’avais plus aucun papiers ni souvenirs…
Quand j’ai pu remarcher, je suis resté avec eux un certain temps. Ces gens me considéraient comme l’un des leurs jusqu’au jour où j’ai refusé de participer à l’une de leurs opérations clandestines. Faut croire que tuer des gens n’était pas mon fort… Ils ont décidé de me rendre à l’Europe d’où, manifestement, j’étais originaire. J’ai voyagé par monts et par vaux, traversé des déserts et grimpé des montagnes à pied ou en camion avec un unique compagnon. On est arrivé à la mer caspienne où j’ai été pris en charge par les soviétiques. D’où me venait la connaissance de ces langues, on me l’a dit plus tard encore. J’ai dû faire un tas de boulot pour gagner ma croûte et mon passage vers l’Angleterre. Afin d’éviter d’être inquiété par les autorités, on m’a aidé à obtenir des papiers d’identité. Devenu Vladimir Ivanov j’ai pu embarquer sur un cargo où j’ai travaillé en tant qu’opérateur radio ; j’étais doué pour ça.


De fil en aiguille, toute l’histoire se narra. Des flaches hantaient souvent Preston. Par pur hasard, il avait découvert qu’il pourrait être le journaliste disparu lors de l’explosion d’une mine en Afghanistan dont lui avaient un peu parlé son compagnon de voyage. Tout était alors confus dans la tête de Yates pour donner du crédit à ces informations. L’accident de voiture produit peu après son débarquement à Londres avait remis des pendules à l’heure ; la police avait fait le reste.

Cassandra ne tarit pas d’éloges sur le courage démontré par son fils au cours de ce périple qui le lui ramenait quasi sain et sauf.


Un vrai miracle, oui ! assura-t-elle, émue. Tout va rentrer dans l’ordre maintenant, mon chéri. D’ici peu, tu vas tout récupérer et nous formerons à nouveau une belle et heureuse famille !
On va vous laisser en tête-à-tête, à présent. Je suis sûre que vous avez beaucoup à vous raconter. Bonne soirée mes chéris.


Soulagée de voir partir ses beaux-parents, Angel referma derrière eux. Qu’ils se débrouillent avec les journalistes ! Elle, elle ne se montrerait pas avant longtemps.

Maman est impayable, non ? rit Preston quand Angel le rejoignit au salon.

Tu ne crois pas si bien dire ! Veux-tu un pousse-café ? Je vais monter me coucher. La vaisselle attendra demain, je suis fatiguée.

Vas-y, mon ange. Fais de beaux rêves.

Il s’avança vers elle. Raidie et tremblante, elle hésita à fuir à toutes jambes. Sa proximité la dérangeait hautement. Le perçut-il ? Sans doute puisqu’il se contenta, heureusement, à ne lui déposer qu’un bisou sur le front.

Pleurer sur un oreiller ne sert à rien. Pourtant, Angel inonda bel et bien le sien. Son esprit s’envola vers d’autres cieux. J.O lui avait recommandé de ne pas penser à lui. Pour qui la prenait-il ? Une girouette ? Eh bien, il serait déçu de savoir que pas un instant, elle n’avait cessé de songer à lui.

Des jours s’écoulèrent, calmes, sans heurts. Angel avait proposé ses soins à son mari qui les avait refusés prétextant que souffrir un peu l’endurcissait.
Le parc entourant la maison était propice à la méditation et aux balades intimes. Longues marches, évocations du passé de l’un et de l’autre, Mrs Yates ne pouvait pas se plaindre de son compagnon « obligé ». S’il ratait des cases, quoi de plus normal ?
Il avait complètement zappé les conditions de leur 1ère rencontre, leur début de flirt, leur mariage et d’autres détails privés… Ses goûts étaient différents. Et alors ?
Il s’intéressait beaucoup à Di et s’extasiait devant ses photographies brûlant d’envie de la voir présente. Même si sa fille lui manquait terriblement, Angel tint bon. Ça finirait par avoir lieu mais pas avant que l’idée de voir un autre homme que J.O dans l’entourage soit devenu incontournable. Preston sembla accepter ses réticences à une confrontation.

Au bout de quelques semaines de tâtonnements, Angel, la mort dans l’âme, devait reconnaître que le Preston d’avant émergeait lentement. Plus vigoureux grâce à une nourriture saine, il reprenait du poil de la bête et commençait aussi à faire des projets :


Je ne bosserai plus pour la BBC.

Mais tu adorais être face aux caméras et… courir le monde !

J’ai… assez donné, je crois. On a assez d’argent pour vivre normalement, n’est-ce pas ?

Là, Angel avait rougi et bafouillé :

Je… Nous n’avons pas abordé le sujet encore… Tu connais les assurances… J’ai dû rembourser tout l’argent de ton assurance vie… Oh, rassure-toi, nos avoirs ne sont pas à plat pour autant. Je n’ai pas mené grand train depuis ta… mort. En fait… j’ai vécu exactement comme avant. Je pense d’ailleurs reprendre bientôt mon travail au chemin de traverse.


Tu as raison. Être enfermée 24h sur 24 avec moi ne doit pas être marrant. Tu dois voir des gens ! Tu as eu des nouvelles de… tes amis ?

Non ! Je crois qu’ils pensent bon de ne pas s’immiscer entre… nous.

Depuis que Preston avait réintégré ses murs, c’était comme si un mot d’ordre général avait été imposé. Pas un coup de fil, pas de courrier… isolement total. Angel avait essayé de joindre sa grand-mère, Opal, et… les Strang… En vain. Seuls sa mère et ses beaux-parents s’étaient présentés chez eux, toujours en coup de vent.

Je vois que ça te chagrine. Tu es si… sérieuse ! Ton rire me manque Angel, tu… Tu me manques !

Tentative d’approche, recul, soupirs.

Le temps passait mais malgré ses efforts Angel restait murée dans sa défense. S’en ouvrir à quelqu’un lui aurait fait du bien. Les séances avec un psychomage avaient été annulées, les unes après les autres, invariablement par le cabinet médical sans qu’elle n’y voie malice.
Puis, un soir où elle contemplait les flammes de l’âtre alors que Preston était déjà monté se coucher, elle crut rêver. Là, déformé par les bûches embrasées, elle distingua les traits adorés.


J.O ? C’est toi ? Oh mon amour… mon amour, dis-moi quelque chose !

Des mots tentèrent de se formuler, la vision disparut sans qu’elle ait pu percevoir un son.
Que se passait-il ? Pourquoi le sortilège n’avait-il pas abouti ? J était-il en danger ? Avait-il besoin d’elle ? Au moins, il s’était souvenu d’elle et avait tenté un contact. C’était peu et beaucoup à la fois. Il méritait un petit patronus, non ?
Joyeuse d’être sortie de la baguette, l’hermine argentée se forma, écouta le message à transmettre et se dilua… pour revenir très vite.
Interloquée, elle interrogea l’apparition :


Comment ça, tu n’as pas pu passer ? C’est… impossible voyons !


L’évidence était pourtant là. Jugeant le fait extraordinaire, Angel voulut en avoir le cœur net. Ses coups de fil aux uns et aux autres restèrent sans résultat, la poudre de cheminette ne fonctionna pas, aucun hibou ne répondit à son appel.
On ne dénombrait aucun sorcier chez les Yates. Les Strang l’avaient-ils murée à demeure ?
Situation bizarre qui rendit Mrs Yates très nerveuse.
Incapable de trouver le sommeil, elle revécut minute par minute tout les événements antérieurs depuis la « résurrection » de son mari.


*Personne ne m’appelle, je ne peux appeler quiconque… Si ce ne sont pas les Strang qui bloquent – quel serait leur intérêt à le faire ? – qui est-ce ? Preston ? ( elle faillit rigoler devant cette absurdité) À moins que ses coups sur le crâne en aient fait un sorcier…*

La ronde des questions sans réponse l’épuisa, elle finit par s’endormir.
Au matin, elle sortait de la douche quand, sans crier gare, Preston ouvrit la porte de la salle de bains. S’empourprant, elle attrapa une serviette pour couvrir sa nudité. La lui ôtant des mains, son mari la darda d’un œil alléché avant de la lui rendre, pincé :


Tu as encore embelli de… partout. Je voulais juste te prévenir que je serai absent toute la journée. Maman m’a invité à déjeuner dehors et il est temps que je réintègre le vrai monde. Je trouverai bien une occupation à ma taille.

Elle avait répondu n’importe quoi avant de s’enfermer à double tour, cœur battant.
Une journée complète rien que pour elle ? Génial !
Soudain gaie comme un pinson, la jeune femme se prépara à sortir. Chapeau coquet sur un chignon serré, cape bien tournée, elle transplana… Raté. Récidivant, elle connut un échec similaire, de quoi la mettre en rogne.

*J’ai perdu mes pouvoirs ou quoi ?*

Bon ! Autant y aller à la moldue. À sa stupéfaction, aucune porte ne daigna s’ouvrir, nulle fenêtre non plus.
À demi folle de voir ses tentatives d’évasion inutiles, elle se rabattit dans une exploration profonde des appartements de son époux. La porte refusa de s’ouvrir, elle s’acharna et parvint à débloquer le loquet manuellement.
Ordre et netteté régnaient. Preston avait toujours été maniaque sur ce point.
Que cherchait-elle au juste ? Rien, tout, n’importe quoi. Son premier examen ne révéla aucune anomalie. Dépitée, elle entreprit de chercher plus subtil. Sondage des murs, lames de parquets, boiseries… Le manteau de la cheminée rendit un son bizarre. Baguette en action, elle tenta un « alohomora ». Bingo ! Un panneau pivota.
Dans le logement étroit où elle plongea la main, elle découvrit des objets banals en apparence : un livre, des coupures de journaux et une sorte de journal intime. Les étudiant rapidement, Angel se sentit très mal à l’aise. Avec moult détails s’étalait devant ses yeux écarquillés un assemblage précis qui résumait plusieurs vies : la sienne, celles de J.O et de Preston.
Cela n’avait aucun sens… Sauf si…


*C’est ridicule ! Dans quel but ?... *


Ayant rangé le tout, Angel resta pensive longtemps. Avant tout, il fallait éviter que Preston ne remarque fouilles et doutes.
Sous des dehors de « gentille » copine femme d’intérieur, Angel prépara un repas gastronomique après avoir astiqué la maison de fond en comble.
Depuis des semaines, plus aucun domestique n’était entré. Angel avait vécu en vase clos sans trop s’en étonner. Maintenant… en y repensant… Tout cela ne faisait-il pas partie d’un plan délibéré pour…


*POURQUOI ?*


Quand Preston rentra, il l’embrassa sur la joue, s’émerveillant de la netteté des lieux :

Tu n’as pas perdu ton temps, je vois ! Moi non plus ! Ma chérie, j’ai une nouvelle splendide : on déménage !

Bien sûr, elle voulut savoir où, quand, comment, pourquoi.

Nous devons donner à notre couple un nouvel élan. Mère est d’accord, elle nous appuiera financièrement. On ira chercher Di chez Mamy et on filera au soleil. N’est-ce pas magnifique ?

Je… Je ne sais pas si c’est une si bonne idée... Peux-tu répondre à une seule question ?


À tout ce que tu veux, mon ange !

Pourquoi suis-je enfermée ici ? J’ai essayé de sortir, rien ne s’est ouvert…


Embarrassé, il avoua :

C’est… une idée de ta mère… Pour que l’on se rapproche sans… intervention extérieure. Pardon de ne pas t’en avoir avertie… On a jugé qu’il valait mieux que…

JE N’AI PAS DIX ANS ! Je suis capable de prendre mes décisions seule, de désirer rencontrer qui je veux ! Je suis ta prisonnière ou quoi ?

Ne le prends pas si mal, ma douce. C’est… pour te protéger…

Vite dit, mon « ami ». Je ne quitterai pas l’Angleterre sans avoir pu contacter tous ceux qui me sont cher. Arrange-toi comme tu veux mais demain, je veux pouvoir parler avec qui je veux !


Furieuse, elle l’abandonna face aux plats fumants et fila dans sa chambre.
Le lendemain, terrassée d’une forte fièvre, Angel ne sut quitter son lit.


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MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptyDim 30 Jan - 17:19

Fuir ? Aller se tapir loin de tout et de tous ? Oui. C’était exactement ce qu’il avait fait. Lâcheté ? Peut être. Il avait connu le Paradis et en avait été chassé. Pour une fois, il s’était permis rêver et le réveil n’avait pu être plus douloureux. Il avait perdu face à un adversaire inattendu, à un revenant. Parce que ce n’était que cela. Preston Yates resurgi de sait on quel enfer ignoré, reprenait ses droits comme si cet instant fatidique dans les montagnes afghanes n’avait été qu’une mauvaise passade du Destin…un épisode confus duquel son ange gardien, si secourable, semblait l’en avoir si bien tiré.

J.O ne s’était pas senti le courage de rester là, à assister de loin, comme le tout ce monde avide de nouvelles sur ce cas invraisemblable, à cette réunion. Si son mariage failli avec Angel avait mérité une énorme couverture médiatique, celle donnée à la « résurrection » de Preston Yates, élevé presque au rang de héros national, allait au-delà su supportable. La nouvelle faisait la une à tout niveau. Oui. Il s’était enfui, incapable de tenir une minute de plus dans cette ambiance lourde, saturée de souvenirs…d’elle. L’abandonner ? Oui. Il l’avait abandonnée à un sort tout tracé, où il ne restait aucune place pour lui. Quel aurait pu être son rôle dans ce drame sans nom ? Celui de l’amant délaissé au nom de la sacro sainte obligation d’une épouse de se devoir à son légitime époux et père de son enfant ? Celui du bafoué dans ses aspirations qui attend réparation de la vie ? Laquelle, pour commencer ? Il ne pouvait tout de même pas prétendre qu’Angel demande illico le divorce à ce pauvre homme revenu de l’au-delà pour se couvrir de blâme et opprobre. Non. Il ne pouvait pas attendre cela. Ni y songer.

Les Strang avaient très mal pris sa décision de leur fausser compagnie sitôt arrivé. Tout essai de le circonvenir s’avéra vain. Supposer que J.O céderait était peu le connaître. Sa fraîchement réacquise famille dut l’apprendre à ses dépends. Rose et Magnolia n’essayèrent même pas de se joindre au chœur de chaleureuses protestes. Elles savaient très bien à quoi s’en tenir avec leur fils. Ce n’était pas se retrouver soudain promu au rôle d’héritier ducal qui allait changer son obstination. Ce qui mit finalement le feu aux poudres fut la soudaine allégeance démontrée par Henry à ce frère inconnu, qui était venu mettre sa vie dorée assez sens dessus dessous. L’indolent dandy, qui ne ratait pas une fête, qui ne s’entourait que de ce qu’il y a de plus exquis, qui avait une fiancée jugée parfaite, qui n’avait jamais fait rien d’utile de ses dix doigts et qui n’avait qu’une idée imprécise sur cet autre monde très réel, où, Dieu et St Georges puissent l’en délivrer, il n’avait jamais mis les pieds…Henry Strang, second fils des ducs de Gilmore décida, du jour au lendemain, pour ne pas dire que d’une minute à l’autre, balancer par-dessus bord sa vie splendide de luxe et confort pour suivre son frère aîné sur les sentiers incertains de l’aventure sans but. Convaincre ses parents de la légitimité de sa décision lui prit quelques heures. Ses arguments, bien que très valides, furent balayés, l’un après l’autre par la juste précision de ceux de son père et les opportunes larmes de sa mère. Mais contre toute attente, Henry se révéla comme une forte tête, ce que personne n’avait eu auparavant l’heur de soupçonner.


Vous avez vu la tête de James ? Il est à point de craquer…il a de quoi ! Veux même pas penser ce qui lui passerait par la tête une fois qu’il sera seul, allez savoir où.

Point décisif. M. le Duc y avait pensé. Madame avait effleuré l’idée avec épouvante. Leur fils aîné était un homme acculé au fond de son désespoir.

Le crois-tu capable de faire une folie? D’attenter…contre sa propre vie ?
, avait soufflé Ophélia sans vouloir vraiment entendre la réponse.

Henry avait haussé les épaules, un rien désabusé. Il ne connaissait pas assez bien son frère comme pour risquer des assertions téméraires.

Je ne le crois pas de ceux qui se font sauter la cervelle. Prendre des risques périlleux sans souci du danger, oui…si ça se trouve, il ne ferait rien pour s’en sortir…c’est pas un suicide…juste une façon d’en finir avec éclat !

De là à imaginer Howard jr, se lançant à corps perdu à des dangers innommables…même s’ils avaient tous des noms à leur faire dresser les cheveux sur la tête, saut à l’élastique depuis des hauteurs hallucinantes, chute libre avec parachute à ouvrir à la dernière minute, conduire des bolides à des vitesses suicidaires, escalader à main nue quelque paroi vertigineuse, descendre des rapides mortels ou encore aller courir quelque sanglant conflit au fin fond de la planète…

La liste est longue, assura Henry sans dépareiller de son attitude, j’ai flâné dans le Net…il a fait tout ça…sauf qu’il était satisfait de la vie…recommencer dans son état…vous me direz…

Mais, impossible de le laisser partir ainsi ! J’y veillerai !, assura Sa Seigneurie.

Pas avec lui, Papa…autant essayer de mettre le vent en bouteille !

Elle…Angel a dit…la même chose, renifla la Duchesse, et…elle le connaît si bien…

C’est pour ça que je vais aller avec lui !


Ses parents le considérèrent avec une profonde commisération.

Mais voyons, Henry...tu n’as pas l’esprit d’un aventurier.

J’apprendrai…au pire, il aura pitié de moi et oubliera ses plans pour me sauver la peau…Suis pas McGyver mais suis pas si idiot quand même !

On lui rappela l’existence de sa fiancée, il ne fit aucun secret du peu d’enthousiasme qu’éveillait en lui l’idée du mariage. La compagnie de son frère lui semblait bien plus fascinante que celle d’Iris Danvers et ses fatuités. Le débat se fit âpre mais, contre toute attente, Henry le remporta…mais dut céder à l’insistance de ses parents de laisser que le fidèle et très efficace Cebius soit de l’aventure.

Les premiers jours c’étaient passés sans qu’ils ne sachent comment s’y prendre pour commencer une entente puis ça avait commencé à y aller tout seul, comme coulant de source et ils étaient partis, sans but…par là, dans le seul espoir de mitiger l’atroce douleur qui lui broyait l’âme mais ce n’était pas évident et encore moins facile…

Encore un vol long de plusieurs heures, pendant lesquelles, emmuré dans un silence douloureux, J.O s’était contenté de boire sans retenue et de dormir en conséquence. Arrivés à destination, Henry jubila en aspirant l’air aux senteurs marines et rêvant déjà aux merveilleuses plages de la Riviera Maya. Son frère, pour alors revenu, plus ou moins au monde des vivants, se chargea de le désenchanter.

On reste que deux jours ici, à Cancun…après on va à la jungle…la selva, comme on dit ici.

Cebius avait récupéré les bagages, trouvé un transport adéquat. Efficient comme pas deux, le brave homme qui parlait espagnol donna les indications pertinentes au chauffeur pour les mener à leur hôtel. J.O qui parlait aussi la langue du coin mais n’avait aucune envie d’ouvrir la bouche, se remit à suivre le mouvement. S’il agréa l’hôtel choisi ou pas, on n’en sut rien. De toute façon, Cebius n’allait pas permettre que les fils de son illustre maître logent dans un taudis. Cinq étoiles étant de mise, l’installation fut en tout confort. Mieux en profiter, cela n’allait pas durer. Henry commençait à s’y faire, aux sautes d’humeur de son frère.

Le temps d’enfiler une tenue apte pour les plaisirs de la plage, Henry alla chercher J.O. Assis au bord du lit, celui-ci fixait le téléphone comme qui regarde son dernier sursis de salut.

Appelle la donc…elle…doit se faire de la bile pour toi !

Ça fait…des jours que j’essaye…on me bloque.

Henry jura.

Ton patronus ?...Un hibou ?...

Rien ne passe…C’est comme si…on l’isolait dans un périmètre qui rejette…tout…Elle m’en veut d’être parti comme ça !

Allez…que pouvais-tu faire d’autre ?

Rester là.

Et attendre qu’on te foute à la porte comme tiers dérangeant…C’est quand même ridicule…enfin, n’y pensons plus…viens, allons à la plage, on est là, autant en profiter.

J.O secoua la tête.

Vas y, toi…j’ai pas envie…vais…dormir.

Dormir ? Tu as dormi tout le vol…enfin, le temps que tu n’as pas bu…

Laisse-moi en paix!

Ce n’était pas une prière mais un ordre sans appellation. Henry opta pour lui faire plaisir, sans se faire trop d’illusions de comment il le retrouverait plus tard. Il n’eut pas tort, en rentrant en début de soirée pour se changer pour le dîner, découvrir son frère, endormi, affalé en travers du lit, une bouteille de tequila à moitié vide à portée de main, ne l’étonna pas.

Mon pauvre…tu iras pas plus loin, ce soir !

Il fut tenté d’essayer un Evaporatum mais opta pour le laisser cuver en paix, au moins dans cet état, J.O oublierait un peu ses misères. Il préféra plutôt l’installer plus confortablement. Renonçant aux plaisirs d’un repas animé, sûrement en bonne compagnie, vu que cela ne manquait pas dans le coin, Henry opta pour le room service et rester veiller le repos de son aîné. Cebius s’offrit à prendre sa place mais le jeune homme l’envoya plutôt faire une balade au clair de lune pour voir s’il perdait un peu de son air pincé.

Penser que son frère dormirait tranquillement toute la nuit tenait du rêve. Abruti ou pas par l’alcool, il avait le sommeil inquiet, hanté par Dieu sait quels cauchemars. Apitoyé de le voir se débattre contre ses démons, Henry essaya de le réveiller en lui passant un linge humide sur le visage.

Ça va, calme toi…c’était un mauvais rêve…

Il est mort…je sais qu’il est mort…il pouvait pas…pouvait pas survivre…

James…réveille toi !!!

IL EST MORT !!!, hurla l’autre en s’accrochant à lui, désespéré, je sais qu’il est mort…

Ferme la, bon sang, tu vas ameuter le quartier, là !, il secoua son frère sans trop de ménagement jusqu’à ce que celui-ci semble enfin retrouver contact avec la réalité, ça va…tout va bien…

Rien n’allait bien, se laissant aller sur l’oreiller, J.O offrait l’image même de la déchéance humaine, d’un geste harassé, il essuya les larmes qui sillonnaient ses joues puis d’un œil torve chercha la bouteille abandonnée tantôt.

Arrête de boire…


À quoi…bon ?

C’est pas comme ça que tu y verras clair,à mon avis…

Rire amer de cynisme.

Voir clair où ? En quoi ?...Plus clair je vois et pire je me sens…elle veut plus de moi…elle l’a retrouvé, lui…son seul amour…

Dis pas de conneries…elle t’aime…ça se voyait comme le nez au milieu du visage…

Ouais !, plus rapide qu’Henry il rafla la bouteille en en but une longue gorgée au goulot, ça se voyait…ce qui…importe c’est ce qu’on voit…maintenant…

James…

Pas de raisonnement qui vaille, avec irréductible obstination, J.O vida la bouteille avant de s’effondrer lourdement dans le lit, secoué de longs sanglots déchirants qui faillirent faire aussi pleurer Henry.

Le lendemain matin, Cebius les trouva endormis. J.O en travers du lit, sans doute encore ivre. Henry accommodé à la comme on peut dans un fauteuil. Le fidèle serviteur secoua la tête avec un soupir. De dandy blasé, ne faisant rien d’utile de ses dix doigts à part les claquer pour être servi, voilà que le jeune Strang s’érigeait en gardien dévoué de cet inconnu caractériel qu’était son frère. Il ne le lâchait plus d’une semelle et veillait même son sommeil. Cebius doutait si les laisser dormir en paix ou imposer une certaine discipline. Il n’eut pas à le faire. Avec un grognement, le frère aîné ouvrait les yeux et se redressait. Il avait une mine à faire peur.


Un bon bain vous ferait du bien, maître Howard.

L’autre se passa la main sur le visage d’un geste harassé.

Une nouvelle vie aussi !

Sans rien dire d’autre, il se leva et disparut dans la salle de bains. Henry , réveillé à son tour, avait entendu sa dernière déclaration.

Il me fait peur, Cebius…

Il est fort, maître Henry, mais le coup a été rudement dur.

Ça fait si mal que ça…aimer quelqu’un ?


C’est pas l’amour qui fait mal…c’est le perdre ! Désirez vous votre café, maître Henry ?

Les jours suivants ratifièrent ces paroles. La jungle du Yucatán était certes un endroit fascinant. Nature exubérante. Foisonnante de vie…ce qui à l’avis d’Henry voulait dire, grouillante d’insectes et bestioles. Chaleur moite, senteurs lourdes et ruines inattendues, défiant les siècles dès leur écrin de profuse verdure. On dit que la caméra capte des détails qui échappent à l’œil nu, immortalisant instants et sensations inédites qu’on ne saurait saisir autrement. Les clichés tirés ces jours là, devraient plus tard révéler au monde une vision extraordinaire de ces pierres ancestrales, de ce paysage de paradis perdu. Dans un jeu merveilleux d’ombre et lumières jouant avec le temps, restait figée une mélancolie palpable, une douloureuse beauté, un cri muet de désespoir…
Ils avaient parcouru Tulum, Henry et Cebius comme des bons gentils touristes ébaubis de la beauté des lieux. J.O avec la fascination mille fois ressentie de découvrir cet autre monde que les autres ne voyaient pas. N’était ce donc pas là que, selon la légende du Dieu Plongeur, se trouvait l’entrée de l’inframonde, le Xibalba ? Cet au-delà étrange où le passé serait retenu, vivant dans une dimension parallèle ? Mais J.O était trop pragmatique pour croire à ces contes. La relativité du temps était sans doute une théorie intéressante…pour lui, le temps n’avait qu’un nom, une réalité tangible : Angel…le reste se perdait dans un flou incertain, dénué de sens. Son esprit se rebellait contre l’injustice de l’avoir perdue, sa logique jugeait les faits avec tragique précision : le temps des rêves était révolu. Ce soir, face à cette mer éclairée de lune, il s’était néanmoins laissé aller à l’illusion d’un dernier sursis. Le feu, messager fidèle, lui permit un instant de l’entrevoir…devinant sa surprise, son émotion, lisant pour l’espace de secondes l’amour dans ses yeux, essayant d’entendre les paroles modulées mais seulement lui parvint le bruissement magique des coquillages roulés dans la vague…le murmure de la brise…

Je t’aime…je t’aime…ne m’oublie pas !!!

La vision s’enfuma. Le sortilège du feu parlant, contré par une force supérieure. Les séparant encore une fois. Henry s’approcha, posa sa main sur l’épaule de son frère qui fixait les flammes en faisant un effort pour ne pas hurler de dépit, de rage.

Ça finira par s’arranger…tu verras.

J.O leva la tête et le considéra d’un regard sans éclat.

Les happy end, c’est bon pour les films, Henry…la vie, c’est autrement.

Et tu acceptes ça, si…facilement ?

Il te semble que j’ai d’autre alternative ? Aux dernières nouvelles, les Yates vivent leur bonheur familial, isolés dans leur maison…Ils ont beaucoup à rattraper. Leur téléphone est débranché ou hors service…ou encore ils auront changé le numéro…veulent pas être embêtés. La magie est proscrite et d’autant que je sache…Preston n’a jamais été sorcier…donc…

Tu penses que…

Je ne pense plus, Henry…je me remets aux…faits.

Et l’amie d’Angel ? Elle doit savoir quelque chose…tu me disais qu’elle est indéfectible.

Opal est partie en Australie, en vacances…tu me diras, si elle a laissé Angel c’est bien parce que tout marche au quart de tour…

Henry ne put que se ranger à son avis. Le reste de la soirée se passa à reconnaître étoiles et constellations. Cebius, ne semblant pas être ravi avec la tournure bivouac que prenait leur séjour international, eut droit à sa petite mise à jour.

Impossible de voir ça au plafond d’une suite au Ritz !... C’est ça…la vie.

Vérité incontournable, tout comme l’averse soudaine qui les surprit un peu plus tard.

Au Yucatán suivit la Gran Sabana, au Venezuela. J.O semblait chercher les plus extraordinaires scénarios du monde pour mieux se repaître de sa misère. Il balada ses compagnons entre cascades féeriques, falaises hallucinantes, gouffres insondables, savanes infinies dont l’ineffable monotonie se voyait rompue par des tepuy massifs s’élevant vers les nuages. Ils finissait leurs journées exténués, l’esprit plein d’inédits insoupçonnés, de légendes invraisemblables parlant de dieux anciens, de la mère Terre et d’animaux extraordinaires. Pour le bonheur de Cebius et Henry, ils n’en croisèrent aucun.
De là, ils explorèrent le delta de l’Orénoque. Si J.O semblait beaucoup apprécier la précarité de l’embarcation qui le menait au gré du courant, il n’allait pas de même avec Henry et Cebius qui auraient volontiers changé les émotions fortes contre un peu de confort et moins de caïmans. Ils se fichaient un peu des dauphins roses ou des loutres géantes, ou encore des envols d’aigrettes ou de perroquets multicolores. Les détours de l’Histoire accompagnant ces lieux leur changea un peu les idées mais les nuées d’insectes et le soleil inclément, se chargeaient de les faire rêver à un hamac au bord d’une piscine, avec cocktails à la clé, quelque part où la civilisation n’aurait pas pris la poudre d’escampette.

Le besoin d’exercer l’endurance de corps et esprit, les fit se retrouver à bord d’un voilier, lancés à la découverte des mystères des Caraïbes. Encore là, ils étaient équipage et passagers. Comme fils de la fine noblesse anglaise, Henry en connaissait pas mal, des joies de la voile et se révéla comme un compagnon enthousiaste. Jusque là, cette folle virée d’aventure, lui avait endurci les muscles et dépatouillé l’entendement. Il reconnaissait déjà les incommensurables bontés des joies simples, entre autres de savoir que sa noble personne servait à autre chose qu’à exister oisivement. Cebius avait renoncé à se comporter comme un très stylé domestique et se pointait, peu à peu, dans la peau d’un nouvel homme. Là, n’existaient plus les échelles sociales, ils étaient trois aventuriers découvrant un monde insolite au gré des vents et des marées. Basanés comme des pirates, sans l’encombrement de protocoles désuets, ils vivaient chaque jour comme il venait, trouvant chaque soir une crique abritée des variations soudaines du climat, si fréquentes en ces latitudes.

Mais même au cœur de cette aventure trépidante, Henry et Cebius ne pouvaient se méprendre sur l’évolution de la situation. J.O était là…sans l’être. Ses mouvements obéissaient, mécaniques, à l’habitude. Ses gestes demeuraient précis, instinctifs. Son esprit, lui voguait Dieu seul sait dans quels limbes …chaque jour plus lointains. S’il avait démontré un peu d’entrain les premiers jours, celui-ci était tombé à plat de façon fracassante. Il suivait le mouvement, chaque jour plus fermé, presque hargneux. Solitaire et silencieux. Les jours passant, il s’isolait de plus en plus, échangeant à peine un ou deux mots avec son frère ou avec le fidèle serviteur. Sa caméra, de laquelle il ne se séparait jamais auparavant, restait rangée avec tout son attirail. La mort dans l’âme, son frère et le bon Cebius, le voyaient dépérir, ce qui n’avait rien d’étonnant vu son triste régime alimentaire et sa façon de boire comme s’il n’y avait pas un lendemain. Il dormait mal et de le faire, c’était un sommeil inquiet, haché de cauchemars desquels il s’éveillait en hurlant la plupart des fois.

Ils avaient plongé, au large de Tortuga. Récifs coralliens, poissons multicolores, monde sous-marin d’indescriptible beauté. Henry suivait son frère. Émerveillé de découvertes, il le perdit de vue à moment donné, près de l’épave d’un vieux cargo, sombré des décennies auparavant. Après avoir prélassé la vue avec les joyeux ébats de deux raies géantes, le jeune homme réalisa que cela faisait un bout de temps qu’il ne voyait plus J.O. L’idée qu’il ait regagné le voilier sans l’en avertir était une possibilité mais Henry commençait à bien connaître son frère et savait qu’il n’aurait jamais fait cela. Nageant vers l’épave, il aperçut des bulles d’air qui s’échappaient de l’intérieur. Sans le penser deux fois, il s’engagea dans les tortueux recoins du naufrage…

Peut on avoir plongé infinité de fois, dans toutes les mers du monde, sans avoir jamais eu le moindre pépin et se retrouver tout à coup pris dans un piège stupide ? Celui là semblait bien être le cas. Il ne savait même pas comment s’être mis dans pareille impasse, obéissant à l’instinct primaire de survie, J.O avait essayé de se dégager mais stupidement, son pied restait coincé. Impossible de se défaire de la palme. Un coup d’œil à sa montre, le renseigna que le temps de remonter était presque dépassé, ce qui signifiait que sa réserve d’oxygène ne tarderait pas à se tarir. Panique ? Même pas. Un regard aux alentours suffit pour connaître ce qui serait sous peu, son tombeau.

*Enfin…le moment est venu…mieux comme ça.*

Un instant ses pensées s’envolèrent vers Rose et Magnolia. Elles allaient souffrir et le pleurer mais avaient toujours pressenti que cela arriverait tôt ou tard. Henry, curieux comme en peu de temps on peut créer des liens mais encore là, son frère se remettrait vite de sa perte, sa vie rentrerait dans l’ordre voulu. Ses parents ? Courtes retrouvailles, ils l’avaient en vérité perdu 27 ans auparavant…Angel…

Je rêve de toi…encore et toujours…sois heureuse.

Le souvenir de Di lui sautant au cou et l’appelant Papa lui fit un mal atroce…tout en aspirant la dernière bouffée d’oxygène. Il ne se débattit plus, se laissant aller mollement dans cette sensation de non pesanteur. Il acceptait…

*C’est si facile mourir…*

C’était sans compter avec son frère. Résolu à tout et avec la force que donne le désespoir, Henry parvint à dégager son pied. Sa réserve d’oxygène était dans presque le même triste état que la sienne mais il la partagea sans arrière pensée, tout en l’entraînant vers la surface. C’est un poids presque mort que Cebius aida à hisser à bord. On le ranima force baffes et oxygène à souhait.

Tu allais te noyer comme un con…pourquoi ne pas avoir envoyé un signal de détresse !?!?, voulut savoir Henry en le secouant de plus belle, tu voulais te laisser mourir…comme ça !? Comme si rien ?...Et nous quoi ?...Ça compte plus, le reste du monde ?...Je sais que tu as le cœur en miettes…mais ça te donne pas le droit d’être si égoïste !

Henry avait sans doute raison mais J.O n’était pas en était pas en état de subir un sermon. On l’allongea sur sa couchette et on le laissa reprendre ses esprits, au cas de pouvoir encore les rattraper.

Le voyage finit abruptement à Puerto Rico. Pas question de continuer vers les îles Vierges. Il ne remettrait plus les pieds à St. Thomas. Une randonnée au parc national de El Yunque s’imposait, même si Henry, qui commençait à en avoir ras le bol de forêts tropicales, aurait préféré rester à la plage. Nommée Yuquivú, d’après une divinité Taino (ethnie amérindienne, habitant les Antilles bien avant l’arrivée des Espagnols), signifiant « forêt de nuages », El Yunque est en fait une des forêts tropicales les plus humides au monde. Pourquoi J.O eut il envie d’aller contempler les pétroglyphes du coin ? Il ne le dit pas. Les autres le suivirent, par force de l’habitude. Bien entendu, s’il y avait des sentiers faciles, il ne fut pas question de les emprunter, il y en avait d’autres bien plus périlleux, donc plus adaptés à cet insatiable besoin de risquer le cou qui semblait l’aider à tenir encore debout. Il pleuvait sans discontinuer. Une pluie fine, vaporeuse qui rendait le sentier glissant…Le cri d’Henry le suivit dans sa chute. Quelque temps auparavant son instinct animagus serait entré en lice pour le faire atterrir sur quatre pattes solides, en sûreté, mais comme toute autre manifestation de sa force magique, ce pouvoir salvateur semblait s’être enfumé, fondu dans le désespoir qui noyait si bien sa vie.

Il resta là, étendu sur la plate-forme de pierre, bras en croix. Sans rien sentir, sachant pourtant s’être fait mal. Peu importait. Une brume légère s’élevait de la terre chaude. Le ciel était gris, bas, merveilleusement proche lui sembla t’il. Comment s’y prirent Henry et Cebius pour arriver près de lui sans se briser l’âme ? Il n’en sut rien. Là haut, les nuages prenaient des formes insolites, la brise semblait porter des rires…

Ramène…moi…à la maison !

Oui…on rentre à la maison !, s’empressa d’assurer Henry, Cebius…un portoloin…

Chez moi…Rose…Magnolia…

Mais…

Cebius posa sa main sur l’épaule d’Henry consterné, mais ne dit rien. Il comprenait. Comme un animal blessé, J.O ne voulait que retrouver la sécurité de sa tanière pour s’y ressourcer…ou pour y mourir.

Le Dr. Eastman était déjà un habitué de longue date. Depuis le temps qu’il accourait à des heures impossibles chez les Westwood. Cela signifiait, indéfectiblement, que le fils de la maison était rentré. Ce garçon avait, on ne pouvait pas prétendre le contraire, une aisance incroyable pour survivre à toute classe de contretemps plus ou moins percutants, écrasants ou explosifs. Cela faisait longtemps que le cher homme avait renoncé à comprendre le comment du pourquoi de beaucoup de choses. Par exemple, comment James Oliver Westwood, apparaissait soudain, comme surgi du néant…alors que personne ne l’attendait. La plupart des fois au milieu de la nuit ou au cœur d’une tempête qui immobilisait à terre tous les avions de la côte Est. Magnolia, au désespoir, l’avait fait bondir du lit et se pointer, à des vitesses téméraires à leur demeure. Cette fois, James avait l’air vraiment mal en point…mais n’était pas seul. Wesley Eastman, qui avait eu vent, comme tout le monde, de cette histoire de famille retrouvée, fut rapidement présenté au deuxième fils du duc, pour les effets, frère du patient de la soirée. Rapport des faits plus étrange, le bon toubib n’en avait jamais entendu. Selon le jeune Strang, son frère avait fait une vilaine chute au cours d’une excursion, jusque là, tout restait normal ou presque, même si le docteur se demandait pourquoi ne pas l’avoir transporté à l’hôpital le plus proche…quand il resta clair que l’accident avait eu lieu dans une forêt tropicale humide à Puerto Rico, le doc y perdit son latin mais prenant l’affaire en main, appela une ambulance…

Un autre en serait sans doute mort. James Westwood était du genre dur à cuire. Il était assez démoli, avait une jambe cassée en trois parties, l’épaule disloquée, deux côtes fêlées et une commotion cérébrale. Il se reprendrait et dans peu de temps serait de nouveau apte pour aller risquer la peau ailleurs…mais au bout de deux semaines, Eastman dut reconnaître. contrit. que cette fois le patient ne semblait avoir aucune envie de mettre de sa part. Il demeurait perdu, silencieux, apathique…cette fois, ce n’était pas seulement les os qu’il avait brisés…

Henry n’avait pas perdu son temps et le lendemain les Ducs de Gilmore se pointaient au chevet de leur fils aîné. J.O était conscient mais demeurait plutôt absent. La seule chose qui sembla le tirer de ce marasme d’indifférence fut la mention faite, tant par Ophelia Strang comme par Rose Westwood, de la conversation eue, quelques jours auparavant, avec...Angel. Mais il suffit de voir leurs expressions mitigées pour savoir qu’il n’y avait pas grande chose de quoi se réjouir.


Elle…va bien ?

Soupirs.

Oui, mon chéri, assura Rose en serrant sa main, elle va bien. Très bien même, si on doit croire à ses paroles.

Elle et…son mari…ont des plans de voyage, ajouta Ophélia, peinée, ils ont décidé de quitter l’Angleterre…avec leur fille, bien entendu. Il y a néanmoins quelque chose qui m’a gênée…elle semblait…

Si froide et mécanique, n’est ce pas ?, interrompit Rose, ça aussi m’a choquée un peu…mais enfin…elle a assuré vouloir te parler…mais qu’il lui était impossible de te joindre.

Personne ne s’étonna qu’il demande le téléphone. L’heure était décente. Coup à la tête ou pas, il savait le numéro par cœur. Un instant plus tard, Preston Yates en personne était au bout de la ligne. Coup au cœur. Le « mari » parfait s’enquit sur ce qu’il devenait, très poli de sa part.

Est-ce possible que…je parle avec Angel ?


Le cœur lui battait à coups redoublés. Le moniteur cardiaque en donnait bonne foi.

Mais bien sûr…elle sera ravie de t’entendre…, un « chérie » blessant comme coup de couteau retentit mais avant de passer le combiné à sa femme, Yates ajouta insidieux mais toujours charmant, j’espère bientôt revoir un peu de ton fabuleux travail, James…tu as toujours été si doué !

*Ouais…les clichés de ta mort sont parfaits !*

La voix d’Angel lui déchira l’âme. À peine si on y décela une certaine émotion, il devina plutôt de l’agacement comme si avoir à lui parler était une corvée dont elle se serait bien passée. Ce n’était pas ce qu’il aurait attendu de la femme qu’il aimait à la folie, de celle qui avait semblé l’adorer et serait devenue son épouse sans cette réapparition fracassante de son premier mari. Des nouvelles de Di furent demandées. Elle allait bien, heureuse avec son vrai papa. C’en était trop, avant de se mettre à pleurer comme un idiot, J.O mit fin à cette conversation absurde.

Tout…va bien. Elle…est heureuse et comblée.

À partir de cet instant, il ferma la porte et passa le verrou. Rien ne sembla plus l’atteindre. Aucun effort ne donna de résultat. Les Strang, défaits, retournèrent chez eux. Henry ne voulut rien entendre et sans demander l’avis de personne, décida de s’incruster chez les Westwood. Faute de mieux, Cebius, resta aussi.

Et puis, une après midi, sans crier gare, la personne qu’on s’attendait le moins à voir dans ces parages, sonna résolument à la porte. Opal McLane, cheveux ébouriffés, décidément un peu hors d’elle, présenta ses respects à la hâte aux dames de céans puis demanda de voir J.O.


Il…n’est plus le même, mon petit, assura doucement Magnolia.

La miss fulminait.

Et pour cause, le pauvre doit être au 36ème dessous avec tout ce qui se passe…mais je dois le voir…parce qu’il y a définitivement des choses qui clochent moche dans cette histoire !

Henry, alerté par ce remous inattendu dans cette maison si calme, ne tarda pas. Il ne l’avait vue que deux fois mais son frère lui en avait suffisamment parlé.

Miss McLane.

Opal, Votre Grâce, Opal…Où est J.O ?

Mon nom est Henry…et mon frère dort…comme d’habitude.

Elle sourit espiègle mais reprit vite son sérieux.

Je dois lu parler, donc va falloir le réveiller…c’est sur Angel…

Voyant l’inutilité de freiner ce tourbillon humain, Henry obtempéra. Installé dans un canapé à la bibliothèque, J.O semblait dormir mais Opal McLane n’était pas là pour pinailler au détail.

Hey…J.O…Ici, Huston …atterris ! Pas le moment de roupiller…c’est grave ce que j’ai à te dire, vu le peu d’effet que firent ses mots, elle passa à le secouer sans trop de ménagement, écoute je sais que tu as le moral à plat mais fais un effort…

Il finit par ouvrir les yeux et la fixer d’un regard égaré.

Oups…pas la forme, là…Tu vas devoir mettre du tien, mon vieux…je crois…enfin, je suis plus que sûre qu’il se passe quelque chose de terrible avec Angel.

Quoi ?...Elle est…heureuse avec…lui !


Ben oui, justement…tout le monde semble prêt à gober ça…mais moi, non ! À mon retour d’Australie je l’ai trouvée si…bizarre. Vais pas te raconter toute l’histoire…il m’est avis que ta chérie est…ensorcelée…Pas d’amour, idiot !...Magie noire…ou blanche ou de la couleur que tu voudras…On dirait un gentil petit robot…ou un pantin…et devine qui joue des cordes ?

Sa…belle-mère ?

Non ! Même si elle en serait chiche…l’autre…Preston ou son fantôme…ou qui que cela veuille bien être…

Mais…

Seigneur, tu es devenu plus borné encore…Elle t’aime comme une dingue, je le sais…sauf que là…On la manipule…Comment ? J’en sais trop rien.

Elle…m’aime ?

Aussi sûr que je m’appelle Opal Caroline McLane Abernathie !

Ce qui était déjà tout dire!

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Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] Empty
MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptyMar 1 Fév - 19:44

Combien de temps demeura-t-elle semi-consciente ? Angel ne le sut que vaguement. Sueurs et délires furent son lot plusieurs jours en tout cas. Des visites, elle en reçut mais n’en conserva qu’un brouillard d’où des têtes connues émergeaient parfois.
Quand elle se réveilla pour de bon, il lui fallut un certain temps d’adaptation.


*Où suis-je ?*

Tout l’environnement d’un blanc étincelant lui faisait mal aux yeux.

*Un hôpital ?*

Sûrement pas. Où alors il s’agissait d’un établissement spécial puisqu’elle était allongée par terre.
Pas de meubles, rien ! Juste une pièce arrondie recouverte de… ? Carrelage ? Papier ? Au moins, il faisait chaud dans cet endroit. La surface tiède où elle était allongée lui parut souple, comme une toile élastique. Pour tout vêtement, la jeune femme portait une longue chemise, blanche également. L’éclairage violent, toute cette blancheur lui tournait la tête.
Se redressant avec difficulté, Angel se força à examiner ce lieu nu.
Une idée la frappa :


*Je suis morte. C’est l’antichambre du paradis !*

Que faire sinon que de se mettre à tâtonner autour d’elle. Quoiqu’elle touche, cela se ressemblait étrangement à une bulle faite de matière inconnue sans aucune ouverture apparente ni aspérité.
Assez perdue, elle donna de la voix :


Hé, ho ! Il y a quelqu’un ? Vous m’entendez ?

En réponse, une voix lui parvint :

Ouvre les yeux, Angel !

C’était ridicule, elle les avait ouverts depuis un moment. Pourtant, au même instant la lumière de la pièce changea, une portion de paroi aussi. Intriguée, elle s’approcha de cette sorte de fenêtre apparue et distingua nettement le visage proche d’un homme : Preston.
Elle se mit à crier en frappant la « vitre » :


Preston ! Je suis là ! Qu’est-ce qui se passe ? Je veux sortir !

Il était sourd ou quoi ? Il lui semblait que, pourtant, il la regardait !

Tu vas être très calme maintenant, mon ange ! Tu dois m’obéir en tout. Tu es d’accord ?

Sa voix ! Sa propre voix répondait :

Oui, Preston.

Avait-elle dit ça ? C’était impossible : elle n’avait pas ouvert la bouche !

La vue à travers la vitre changea. Les traits souriants de son mari s’éloignèrent un peu dévoilant, en arrière-plan un décor familier : sa chambre. Preston reprit :


Tu vas pouvoir te lever. Tu es encore un peu faible, mais ça tout le monde le comprendra après tes jours de fièvre. Je vais t’envoyer Mary pour t’aider à t’habiller puis tu viendras déjeuner en ma compagnie.

Oui, Preston.


Son mari parut agacé :

Sois plus communicative, bon dieu ! Tu m’aimes ! Alors mets-y du tien.

Oui, Prest… mon chéri.

Voilà qui est mieux. Ne tarde pas à descendre.

Figée, de l’autre côté du globe, Angel avait l’impression d’assister à un film… un film étrange où elle serait à la fois actrice et spectatrice.
Une jeune fille entra, salua avec une déférence joyeuse :


Bonjours Mrs Yates ! Je suis Mary, votre nouvelle femme de chambre. Comment allons-nous ce matin ? Bien mieux si j’en crois mes yeux. Mr Yates était si triste ! Nous allons faire notre toilette et nous verrons que porter ce matin.

La domestique souriante poussa le panneau de la salle de bains. Ce décor, Mrs Yates le connaissait aussi. De l’eau coulait. Un gant trempé s’approcha du hublot. Par réflexe, Angel recula, perplexe. Une serviette éponge suivit, masquant l’écran. Des bruits d’eau clapotèrent, des mains se savonnèrent dans le lavabo puis se séchèrent.
Retour dans la chambre. Mary ouvrit la garde-robe, plusieurs toilettes se présentèrent. Une main tendue les toucha… Serait-ce SA main ? Elle regarda sa dextre, et compara. Complètement affolée, Angel ne comprenait rien. Elle vit une robe s’élever, la fenêtre s’obscurcit un instant puis le décor revint. L’image se déplaçait vers une coiffeuse s’approchant du miroir. Ce qu’il lui renvoya, la scia totalement. Elle ! C’était elle qui se reflétait là ! Aucun doute possible ! Pâlotte, les cheveux en désordre, vêtue de la robe enfilée, son double s’assit tandis que la soubrette s’occupait de la chevelure brune :


On a eu si peur pour Madame ! Vos parents sont venus, vous vous rappelez ?

Pas de réponse mais le reflet indiqua un signe de tête négatif.

Ce n’est pas grave. Monsieur a dit que, maintenant, tout irait bien et que vous pourriez parler à qui vous voudrez. Désirez-vous que l’on appelle quelqu’un ?

La même image que la précédente remua du chef alors qu’Angel hurlait en frappant la vitre :

JE VEUX J.O !!! LAISSEZ-MOI LUI PARLER !!!

Son intervention passa totalement inaperçue.
Qu’est-ce qui se passait ? Pourquoi entendait-elle l’extérieur alors que personne ne semblait s’apercevoir qu’elle était là à se débattre en se regardant bouger ?


*C’est un cauchemar ! Je rêve et vais me réveiller !*

Elle se pinça, se gifla… elle ressentit les douleurs infligées sans que cela change quoique ce soit.
La coiffure achevée, Mary l’obligea à fixer le miroir :


Vous êtes très belle Mrs Yates. Votre petite fille sera si contente de revoir sa maman tantôt.

Di ? On ramenait Di à la maison ? Le cœur d’Angel chavira. Elle adorait sa fille mais pas qu’on la ramène ainsi sans préparation. La pauvre enfant serait perdue… tout comme elle l’était elle-même.

Le déplacement suivant amena son double à la salle à manger. Un sourire satisfait aux lèvres, Preston se leva pour aller à sa rencontre :


Quel plaisir de te revoir debout, mon amour. Assieds-toi. Café, brioches ?

Ravagée de larmes, l’esprit à l’envers, Angel vit ses mains effectuer les gestes automatiques du rituel du petit-déjeuner. L’image se fixa sur Preston :

Tu es encore trop rigide, Angel. Tous te connaissent comme vive et gaie. Ne les déçois pas ! Ne me déçois pas ! Je suis très gentil et patient. Fais un effort, mon cœur.

Oui, Pr... mon chéri.

Tu dois absolument formuler des phrases complètes, gronda-t-il soudain. Que vont penser les gens si tu te contentes de dire simplement « oui » à tout ? Allez, on peaufine ça. Comment te sens-tu ce matin ?

Très bien, merci !


Accepteras-tu une promenade dans le parc ?

Je suis désolée, je suis encore fatiguée.

Une suite d’innombrables inepties se déroula dans les oreilles d’Angel qui, effondrée, assistait à ce spectacle sidérant. Était-ce bien elle cette poupée passive ? Par quelle magie un tel phénomène avait-il pu se produire ?

Magie… murmura-t-elle, incrédule. C’est de la magie ! Je suis là et… pas là ! C’est comme si j’étais enfermée en moi-même ! Mon corps parle, bouge… Mais… je ne le dirige pas. Preston le commande, me commande. Pourquoi ? POURQUOI ?????

Sa crise de larmes était vaine, pourtant elle ne put l’empêcher. Qui l’avait coincée ainsi, dans quel but , pour combien de temps ? Écrasée par les sombres perspectives de sa situation, Angel pleura à n’en plus finir.

Y a-t-il plus affreux tableau que celui de se regarder vivre une vie non souhaitée ? Angel était sûre que non.
Habiter son propre corps sans pouvoir le diriger, n’être qu’une spectatrice inutile, la rendit malade de désespoir. Inerte des jours durant, elle se contenta d’assister au jeu de la marionnette bien dressée qu’on lui imposait.
Obéir était le mot d’ordre. Si Mrs Grisham devait venir, elle devait se montrer joyeuse et amoureuse. Pour tous, ils devaient donner l’image d’un couple en parfaite entente.
Le retour de Di affligea énormément la prisonnière. Son trésor était dans ses bras… mécaniques. Elle aurait tant voulu la serrer réellement, sentir sur ses joues les baisers que la fillette donnait à l’autre elle-même, la consoler… Oui, Di pleurait beaucoup. Le changement opéré dans son univers la bouleversait. Grand-mère et Mamy Rose devaient lui avoir parlé du départ de J.O et de l’arrivée d’un autre homme chez elle. Néanmoins, Di n’appréciait pas. Pas que Preston ne fasse pas d’efforts d’amabilité… publique. Devant ses parents ou ceux d’Angel, il était fidèle à ce que l’on attendait de lui. Amusant, détendu, il essayait de jouer avec la petite, la promenait, bavardait. Mais dès que le rideau tombait… il l’envoyait balader. Quand SàP, jugé trop débordant de vitalité, fut enfermé à demeure dans une cage dehors, l’hostilité définitive de Di se déclencha. Preston n’eut plus droit qu’à des flots de reproches additionnés de crises de colère et larmes.
Dans son vase clos, Angel déversa des torrents de larmes et d’imprécations vers son mari et… elle-même :


QUELLE NOUILLE ! REAGIS, BON DIEU ! ET TOI PRESTON… VA AU DIABLE !

L’Angel extérieure se contentait de câliner un peu la pauvre Di, lui expliquant des choses à faire dresser les cheveux de l’Angel intérieure :

J.O n’était que de passage. Il a préféré sa vie d’aventures à nous. Ton vrai papa est de retour. Il nous aime toutes les deux. On va être heureux à trois, tu verras !

La gamine se rebellait :

C’est pas vrai ! J.O aimait Di… et toi. Il t’a donné une bague, lui ! J’aime pas Preston… il est méchant.

Tu dis ça parce qu’il a enfermé SàP , ma chérie. Affaire close !

Tu es méchante aussi !

Suivant les conseils de son mari, Angel téléphona aux mères de J.O. Alors que l’autre Angel tentait de faire passer un timbre angoissé dans sa voix, la conversation fut plate, sans âme.

*Elles vont croire que je suis heureuse avec Preston, que je me fous de J.O ! C’est le contraire, tout le contraire ! AU SECOURS !!!*

Comment aurait-elle pu être heureuse en compagnie d’un homme qui la manipulait ainsi ?
Par chance, Preston ne s’imposait pas à elle physiquement. S’il lui prenait parfois la main et les lèvres en public, en privé il la laissait souvent seule et désertait son lit, ouf ! Que fabriquait-il pendant ses absences ? Impossible de le savoir. Abandonnée à elle-même, Angel restait alors de longues heures à jouer avec Di, la promener, lire ou regarder les annonces d’agences immobilières car le projet de déménagement suivait son cours.

Ce jour-là, l’Angel intérieure occupait sa position favorite. Assise, jambes serrées contre son torse, elle regardait amèrement la seule fenêtre du dehors. Elle avait fini par se résigner à son triste sort et ne se rebellait plus, à quoi bon ?
Nerveux, Preston entra dans la pièce où l’autre Angel rangeait des vêtements :


Aujourd’hui, tu vas devoir te montrer encore plus convaincante que lorsque tu as eu James au téléphone ! Ta copine Opal veut te voir. Pas d’entourloupe, hein ? Tiens-toi au scénario établi : tu es heureuse, on va déménager, tu ne penses plus à J.O.

La passivité de son double faillit faire péter un câble à Angel. Dressée, elle recommença à s’invectiver sans ménagement. Elle avait eu tout le temps de réfléchir à son curieux cas. D’autant qu’elle sache, ce qu’elle subissait ne correspondait pas à un « simple » Imperium. Elle était consciente de ce qu’on lui imposait. N’était-elle plus que ça ? La conscience d’Angel, son âme ? Peu importait.
La venue d’Opal représentait une occasion en or de se tester. Peut-être qu’en se concentrant, elle parviendrait à faire réagir son corps… différemment ? Si ça échouait, tant pis ! Au moins aurait-elle tout tenté.
Dès que Preston quitta la scène, Angel focalisa ses pensées sur ses pieds.


*Bouge-les, empotée ! Va à la l’écritoire ! Allez ! Bouge-toi !*

Répétant inlassablement son ordre, Mrs Yates fut à deux doigts de renoncer quand, enfin, l’image se mut. Hasard ou… ?

*L’écritoire ! Prends un papier, de quoi noter ! Dépêche-toi !*

Plus de doute à avoir, son double lui obéissait. L’effort pour réussir cet exploit était immense mais il fallait que ça marche. Quelques mots se gribouillèrent. Angel n’était pas capable de se faire pondre un discours. Encore faudrait-il trouver l’opportunité de passer ce billet maintenant plié dans la poche du pantin.
Tendue mieux que la corde d’un arc, Angel vit apparaître Opal. Pétillante selon son habitude, l’Australienne démarra sur des chapeaux de roue en narrant son séjour au Pays natal. Polie, la marionnette écouta sagement, ne relevant que peu les croustillants détails du récit. Si peu que son amie finit par la regarder de travers :

Tu vas bien, toi ?

Parfaitement bien. Nous sommes vraiment très heureux, Preston est merveilleux. Nous allons déménager à Hawaï, il y fait si beau.

Ah… tu me surprends… M’enfin, si vous l’avez décidé… Et Di, comment prend-elle ça ?

Parfaitement bien. Preston est merveilleux ! Un papa poule.

Là, Opal arqua un sourcil. L’autre Angel jubila :

*C’est ça, continue à te comporter comme une idiote. Opal ne marchera pas !*

Effectivement, l’Australienne ne s’arrêta pas en si bon chemin :


Et J.O ? Des nouvelles ?

J’ai essayé de le joindre, c’est impossible. J’ai eu ses mères au téléphone, lui aussi. Ça n’a pas d’importance, je ne pense plus à lui.

Du fond de son bocal, Angel hurla :

CONNERIES ! Ce ne sont que des CONNERIES !

Incroyable mais l’autre réagit en disant clairement :

Conneries !

De quoi faire ouvrir des yeux ronds à sa copine qui lui demanda illico de répéter.

Répéter quoi ? J’ai rien dit.

Merveilleux ! La tête d’Opal valait des gallions. Angel en dansa de joie dans son coin. Pourtant le plus dur restait à faire. Comment s’y prendre ?
Se concentrant au maximum, la prisonnière s’obligea à reverser le verre de citronnade qu’elle dégustait en compagnie de son amie. Pendant que celle-ci se penchait pour l’aider à éponger cette « maladresse », le billet s’échangea. Opal tiqua encore plus mais l’empocha sans piper mot.
Ecourtant sa visite, elle fila après un bisou rapide. Preston, découvert dans le couloir, lui retint le bras :


Tout va bien, j’espère ? Tu as l’air pressé de partir.

Vive les dons de comédienne d’Opal, elle inventa n’importe quoi et sortit. Dehors, elle put lire ces quelques mots :

Help ! J.O vite !

Que de prières Angel ne formula-t-elle pas dans sa bulle. Pourvu qu’ils comprennent l’anormalité de la situation. Pourvu que…
Des jours s’écoulèrent à nouveau, tristes, gris, n’apportant aucun changement. Opal n’avait-elle pas capté l’urgence ? N’avait-elle pas trouvé J.O ? Celui-ci l’abandonnait-il pour de bon ?
Preston s’étant décidé pour la maison d’Hawaï, il fallut préparer le déménagement. On sélectionna des meubles, emballa des bibelots.
Une chose à laquelle ne s’attendait pas du tout Angel se produisit. Maintenant qu’elle était à même de diriger un peu son propre corps – malgré une éprouvante dépense d’énergie – Angel espionnait en douce son mari.


*Il en passe du temps à l’étage ! *

Espérant que la poupée trouverait une excuse valable au cas où elle serait surprise, Angel s’obligea à monter l’escalier.

*Va doucement, fais pas de bruit*

Discrète, elle se faufila jusqu’à la chambre occupée par Preston depuis son retour. Entrebâillant la porte, elle glissa un œil à l’intérieur. La surprise totale du tableau découvert fit crier l’Angel derrière son hublot. Là, un inconnu tenait une baguette. Des livres, objets divers, vêtements, se réduisaient sous cette direction orchestrée pour se ranger dans une malle. L’homme dut percevoir sa présence car il se retourna d’un bloc faisant sursauter l’image.

Sale fouineuse ! Oubliette !

L’écran papillonna un peu pour se rouvrir sur le doux visage de Mr Yates.

Qu’y a-t-il, ma chérie ?

… Rien. Je passais chercher… je sais plus. Tu fais tes bagages ? Tu aurais dû me demander de l’aide.
*Une baguette ! Réclame ta baguette* Avec une baguette ce serait vite fait…

Tu sais bien que depuis ta fièvre, ta magie t’a quittée. Va donc ranger tes valises…

Oui, mon chéri.
*Quelle gourde cette Angel !*

Si l’une semblait avoir oublié ce qu’elle avait vu, il n’en était rien pour l’autre. Voilà de quoi gamberger ferme. Tournant en rond dans son aquarium immaculé, la jeune femme tenta de faire le point. Selon toute vraisemblance, il y avait bel et bien un sorcier sous ce toit. Point de Preston Yates mais un parfait inconnu qui, pour d’obscures raisons et par Merlin quel procédé, avait décidé de faire revivre le cher disparu en blousant tout le monde. Désormais, son seul espoir de sortir de là résidait en la mission d’Opal et ses conséquences.

*Pourvu qu’il ne soit rien arrivé à J.O ! Mon amour, tu es si téméraire ! Viens !!!!!!!!!!!!*

Le déménagement s’acheva très rapidement. Les meubles principaux avaient été expédiés, le reste s’achèterait sur place. Billets en poche, le couple et la fillette étaient prêts au départ. Les parents Yates et Grisham leur avaient fait des adieux émouvants la veille. Preston ne voulait personne pour les accompagner à l’aéroport. SàP ne serait pas du voyage, il finirait ses jours chez Mamy Rose sauf si j.O désirait le récupérer un jour.
Se sentant complètement abandonnée, Angel broyait du noir dans sa prison tandis que son corps attendait sagement les décisions de son mari.
Un taxi freina devant la maison. Il était temps de partir.
Galant, Preston lui ouvrit la porte, Angel soutenant Di, sortit.


*Non, nooooooon ! Je veux pas partir, je ne veux pas ! EMPOTÉE, RÉAGIS ! DIS NON !*

La poupée arrêta soudain sa marche vers le véhicule. Un « NON ! » clair et net fusa de ses lèvres, sidérant « Preston » qui gronda, fâché :


Obéis ! Monte !

Non !

Il lui attrapa violemment le bras pour la pousser dans l’habitacle. Au même moment un éclair rouge issu d’on ne sait où le frappa. Preston se retrouvant figé à terre, Angel se vit poussée à l’intérieur avec une Di hurlant de peur.

Mais… Que nous voulez-vous ? Lâchez-moi ! se démena Mrs Yates.

Un rire s’éleva du côté du volant :

C’est simple ! On t’enlève, rigola Opal en démarrant en quatrième vitesse.

Si le pantin rouspétait, l’Angel du bocal pleurait de bonheur. La coinçant solidement contre lui tout en rassurant Di, J.O la dardait d’un regard anxieux où transparaissait une tendresse infinie.
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MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptyJeu 3 Fév - 21:46

Peut on passer de la torpeur la plus dense à un état de perception lucide au quart de tour ? Quand une femme aussi énergique que Miss McLane s’en mêle, définitivement oui.

Elle t’aime comme une dingue, je le sais…Aussi sûr que je m’appelle Opal Caroline McLane Abernathie !

Plus clair que ça, l’eau de roche ! De quoi le faire revenir de ce monde parallèle où il moisissait lentement. Soudain plus éveillé qu’il ne l’avait été les derniers temps, J.O se redressa autant qu’il put.

Tu dis qu’on la manipule. Qu’il la manipule. Mais…comment ? Pourquoi ?

L’australienne eut un geste dépité.

J’en sais trop rien, moi…mais c’est évident. Lis ça !

Et de lui fourrer dans la main le billet remis par Angel.

« Help ! J.O vite ! »

Elle m’a donné ça la dernière fois que je l’ai vue…et pas à dire, elle en avait, un air bizarre alors…j’ai eu l’impression de parler à…un robot…pas du tout l’Angel de toujours…celle là a tenu des propos …euh…déplacés puis soudain a dit que c’étaient des conneries…

Ben oui…c’est plutôt bizarre, ça…Je…lui ai parlé aussi…

Il préférait ne pas se souvenir de cette conversation absurde et du mal atroce que cela lui avait fait. Opal soupira.

Oui, je sais…elle me l’a dit…mais ça sonnait si faux…J.O, je connais cette fille par cœur…l’Angel de toujours n’aurais jamais dit ça…de cette façon si…impersonnelle…et puis bien sûr, une fois sortie…j’ai lu ça…Si c’est pas un appel au secours, qu’on me pende !

Il relut les trois mots du billet une et une autre fois, en sentant une folle angoisse le prendre à la gorge.

Je ne voudrais pas paraître alarmiste mais il ne reste plus trop de temps…Preston s’est mis en tête de déménager. Il va emmener Angel et Di à Hawaii…

J.O jura et essaya de se lever, ce qui s’avéra impossible avec la jambe si bellement plâtrée.

Du calme, on arrangera ça plus tard…On doit peaufiner un plan. Il faudra être la discrétion même. Preston ne doit pas avoir le moindre des soupçons…Je ne sais pas à quoi il joue ni où il veut en venir avec tout ça mais logiquement…ce ne doit être rien de bon.

Ça, il pouvait se l’imaginer tout seul.

On saura tôt ou tard ce qu’il mijote…ce qui compte est l’arrêter à temps. Je rentre avec toi en Angleterre, sur le champ.

Tout doux, mon cher…c’est pas si facile que ça….enfin, rentrer oui, mais tu es en assez piteux état, faudrait un petit tour de passe passe, à mon avis, pour te remettre en forme…

J.O n’en avait pas voulu entendre parler auparavant, subir ce long rétablissement, comme le dernier des moldus, s’accordant avec ses états d’âme. Enfermé en lui-même, broyer du noir était de mise, on lui fichait la paix et ça l’accommodait. Mais là, tout changeait tout à coup. Angel avait besoin de lui…Rien d’autre ne comptait.

Henry, accouru au premier appel, comprit la teneur des choses rien qu’en lisant le succinct billet. L’éclat du regard de son frère fit le reste.
Sur les lieux de l’accident, Cebius avait dû freiner l’élan de s’occuper de son jeune maître et obéissant les désirs de celui-ci, avait entrepris de le convoyer dans un douloureux périple et admirer la science des moldus pour tout remettre en place…tout, sauf cet esprit torturé. Il n’avait pas osé faire usage de ses multiples connaissances, devinant que le jeune homme s’y opposerait farouchement .

Je dois me rendre en Angleterre le plus vite possible…Y a-t-il quelque chose que vous puissiez faire, Cebius ?

Celui-ci avait souri en hochant la tête.
Sorcier pauvre mais très doué, Cebius Wright ne s’était jamais senti rabaissé en devant servir d’autres plus fortunés que lui. Il avait rencontré Howard Strang quand ils étudiaient tous deux à Poudlard. Le jeune noble de sang pur et l’humble fils de moldus, tous deux à la maison de Gryffondor, étaient devenus bons amis, sans souci de l’échelle sociale. À la fin de leurs études sorcières, Howard Strang avait regagné le milieu familial. Cebius, lui, avait décroché quelques petits travaux pour survivre, aucun accord à ses talents. Il rencontrait, de temps à autre, son ex-camarade de classe mais le temps de l’insouciance était loin, entre eux existait le triste fossé qui sépare riches de pauvres. Strang, cœur généreux, aurait pu proposer à son ami de l’aide pécuniaire mais à ses yeux cela aurait été blessant pour Cebius qui, orgueilleux, déclarait toujours qu’il n’y a rien de honteux à gagner sa vie, tant que le travail soit honorable. La place de premier valet lui convenait parfaitement et c’est ainsi que le jeune Wright était entré au service des ducs de Gilmore. Le temps passant, Howard s’était marié et hérité du titre ducal. De valet à employé de confiance, Cebius Wright , indéfectible dans sa loyauté, avait soutenu son maître et ami lors du plus douloureux épisode de sa vie : l’enlèvement et mort de son fils. Par la suite étaient nés Henry et Annabella, mais la douleur de la perte de leur premier enfant ne s’était jamais effacée. Les ducs couvèrent leurs enfants de surprotection, leur évitant tout ce qui était évitable, les accommodant à une vision de la vie, assez erronée, qui les maintenait chevillés au loisir paresseux de n’avoir qu’à demander pour avoir ce qu’ils voulaient. Existence fausse et dorée. Cebius pensait toujours que tout aurait été différent si le petit Howard Strang n’avait pas disparu de façon si tragique. Or, voilà que par quelque miracle inattendu, l’héritier vivait et était de retour, bien malgré lui. Tout autre que son frère et sœur, James, comme il tenait à être appelé, avait, sans effort, changé la vie rangée des Strang…mais surtout celle de Henry….et pas à dire, soupir de Cebius, la sienne aussi.


Vous serez comme neuf dans un jour ou deux, maître How…James.

Tant que ça ?...Je n’ai pas autant de temps !

Il ne restait plus trace de l’être apathique des derniers temps. Cebius eut beau expliquer que ses sortilèges et potions le remettraient d’aplomb mais qu’il fallait tout de même un certain temps pour que cela agisse de façon tout à fait effective, cas contraire, il courait le risque de souffrir à chaque mouvement. Il aurait dû s’en douter. J.O se fichait d’avoir mal où que ce soit, s’il pouvait bouger, on verrait après pour le reste.

Rose et Magnolia poussèrent des hauts cris en voyant leur fils descendre les escaliers. Ça n’allait pas sans mal mais il se contenta de serrer les dents et faire comme si rien. Pour toute explication à ce chamboulement soudain, il leur montra le billet d’Angel.


Mais…que peut il se passer ?, voulut savoir Magnolia.

Opal n’eut pas d’inconvénient à répéter l’histoire. Il ne resta qu’à accepter que rien ne retiendrait J.O.

Qu’allons-nous dire à Wesley ? Déjà qu’il se fait des idées, plaida Rose.

Je pense que si vous lui dites la vérité, le Dr. Eastman serait soulagé…depuis le temps qu’il doit penser n’importe quoi à mon sujet…passez sous silence Gros Minet…ce serait trop !

Tu…reviendras ?, sanglota Rose.

Ne le fais je pas toujours ? C’est chez moi, ici…Bien sûr que je reviendrai…avec Angel et Di…

Et ils étaient partis. Tous les quatre. Henry n’avait rien voulu savoir de le laisser aller seul et Cebius avait promis veiller sur eux…donc…

Le portoloin les matérialisa dans le séjour de l’appartement de Miss McLane. C’était le jour de fermeture au restaurant. Ils se remettaient à peine de leur remuante arrivée qu’un jeune homme blond se pointait en scène. C’était le fiancé d’Opal, Erik Nielsen, par la force des choses promu en complice et éclaireur. Il leur fournit les derniers détails sur ce qui se passait chez les Yates. Le déménagement allait bon train, selon ses calculs, il ne devait plus rester grand-chose à faire, ce qui conduisait à penser que Preston et sa famille voyageraient très bientôt. Mine de rien, Opal prit le téléphone.

Preston n’a rien à soupçonner…je suis la meilleure amie de sa femme, comme quoi rien de plus normal que prendre de ses nouvelles, non ?

Ainsi fut fait. Comme prévu, Yates n’y vit que du feu. Une Angel mécanique, aux dires de Miss McLane, livra l’information voulue. Ils partaient le lendemain. Le plan d’action fut rapidement élaboré. Impossible de se faufiler dans la maison, un périmètre de protection anti-magie fermait l’endroit. Il faudrait agir de l’extérieur, espérant que la magie, qui semblait si bien jouer son rôle dans cette histoire, ne permettrait pas aux Yates de s’enfumer tout simplement, sans mettre un pied dehors.

Si Yates veut jouer le grand jeu aux yeux de tous…Il sera pointilleux au détail, assura J.O, donc le plus sûr est qu’ils se déplacent à la moldue.

J’ai toujours voulu conduire un taxi !, rigola Opal, tout le monde en prend un pour se rendre à l’aéroport, non ?...Je conduis très bien, pas de souci !

Bien entendu, elle se garda bien de leur dire qu’elle avait appris à conduire sur les pistes ouvertes de l’outback australien, ce qui ne donne rien de ressemblant à le faire dans la dense circulation londonienne.

La surveillance était en place depuis le matin. Cebius avait pour mission intercepter le vrai taxi. Henry et Erik couvraient le devant de la maison et se chargeraient de Yates. Opal conduirait et J.O, sous Désillusion, serait le passager invisible, prêt réceptionner mère et fille.

L’opération « Rapt » pouvait commencer. Tout tournait comme un mécanisme bien huilé. Le taxi s’arrêta face à la demeure Yates et Opal, très convaincante sous son déguisement de chauffeur de taxi londonien, moustache incluse, joua son rôle à la perfection, ronchonnant au moment d’embarquer quelques bagages. Preston semblait à peine un peu nerveux, en escortant sa femme qui tenait Di dans les bras. À point d’arriver à la voiture, la jeune femme s’arrêta net.


*Allons, ma chérie…pas le moment de jouer les difficiles, monte !*

Non !, dit elle, d’un ton clair et net.

Vraisemblablement, Yates ne s’était pas attendu à cela, il lui ordonna, fâché, d’obéir et monter d’une fois pour toutes. Comme rien n’y faisait, il la prit, sans douceur, du bras et voulut la pousser dans le taxi. Un éclair rouge le frappa en plein, arrêtant son mouvement. Preston tomba à terre proprement stupefixé. Sans contemplations, Erik poussa Angel à l’intérieur. Opal avait repris le volant.

Di avait commencé à hurler de terreur. Rompant la Désillusion, J.O la cueillit des bras de sa mère, tout en retenant celle-ci contre lui.

Tout va bien, ma chérie…


Mais… Que nous voulez-vous ? Lâchez-moi !, protesta Mrs. Yates, affolée.

C’est simple ! On t’enlève !, assura Opal, en riant de plus belle, au temps de démarrer sur le chapeau des roues.

Di ne criait plus. Elle avait reconnu leur ravisseur. D’un geste tout spontané, la petite lui jeta les bras au cou.

Papa…

Pour ce mot il aurait affronté le diable en personne.


Oui, ma puce…je suis là…tu m’as manqué.

Elle…elle a dit que tu ne nous aimais plus…Maman est toute drôle, tu sais…Je t’aime…Papa…l’autre lui…il faisait peur à Di…

Angel avait cessé de se débattre mais ne disait rien pour autant, ressemblant plutôt à une poupée privée de volonté. J.O la serra plus étroitement, en déposant un baiser sur sa tête. Elle ne réagit pas.

C’est fini, mon ange…tout va aller bien, maintenant.

Di nicha la tête au creux de son cou, rassurée. Son seul regret : SaP était chez Mamy Rose. Conduisant comme espéré, Opal ne fut pas longue à parvenir au point de ralliement prévu d’avance. Une maison inhabitée, quelques rues plus loin. Cebius, Henry et Erik s’y trouvaient déjà.

Tout baigne, assura Henry, tout émoustillé par l’aventure, je lui ai fait un petite bosse au crâne, au mec…ça collera avec l’idée d’un enlèvement à la moldue…

Ce qui veut dire que ça ne tardera pas à a ameuter le quartier, dit Nielsen, sentencieux, vous feriez mieux de partir au plus vite. Opal et moi restons sur place, on vous tiendra au courant.

Miss McLane essayait d’établir contact avec son amie, mais Angel semblait absente de toute réalité.

On dirait que ce misérable a fait de sorte qu’elle reste en « off » dès qu’il n’est pas dans le coin…Coucou. Ma chérie…reviens sur terre…tu sais…je te ficherais des baffes…mais tu m’en voudrais, ce qui ne la priva pas de la secouer un peu obtenant à peine une faible proteste, j’espère que tu auras plus de succès que moi, J.O…sans ça…qui sait…fais lui passer quelques voltas dans le corps…j’ai lu par là que les électrochocs, ça marche dans certains cas…

Tu peux être sûre que je ne vais rien faire de semblable…Angel est là, je le sens ! Ne te fais pas de souci, Opal, je prendrai soin d’elle et de Di…On reste en contact. Merci pour tout !

De rien, voyons…je parie qu’elle ferait la même chose pour moi…Allez, partez avant que je ne commence à renifler…

Tout est à point, maître James !

Je porte la petite ! Allez, ma belle, viens avec Tonton Henry !

Di regarda, avec suspicion, le grand gaillard souriant qui lui tendait les bras mais rassurée par J.O, elle accepta sans protester.

La nouvelle s’était répandue comme traînée de poudre : La femme et la fille de Preston Yates avaient été enlevées, en plein jour, alors que la famille se rendait à l’aéroport. Scotland Yard boucla toute gare, aéroport, établit des barrages sur les routes quittant la capitale. Des suspects ? Bien sûr. Le principal : Howard Strang, Jr. On lui adjugeait, sans hésitation, des complices : son frère Henry Strang et le fidèle serviteur de la famille, Cebius Wrigth. Le mobile du crime : jalousie. Après tout, le fils aîné des ducs de Gilmore avait été à point d’épouser la victime. N’ayant pas, sans doute, pu accepter d’être demis de sa place, avec l’apparition inattendue du mari légitime de la belle, il aurait orchestré l’enlèvement pour reprendre ce qu’il jugeait, erronément, comme sien.

La commotion chez les Strang fut énorme. Mme. La Duchesse en fit une crise de nerfs et son mari s’enferma dans son bureau avec les avocats de la famille. Que les deux fils d’une si illustre famille se voient impliqués dans une affaire de rapt multiple n’était pas quelque chose à prendre à la légère. Les retombées d’un scandale pareil seraient lourdes. Le pire de tout, même s’il se garda bien de le dire, était que le duc savait sciemment que ses deux fils avaient bel et bien commis l’imposture mais pressentait, tout aussi bien, qu’ils devaient avoir eu des raisons très valables pour agir de la sorte. Les soupçons de Yates étaient bien fondés. Il jura à qui voulut l’entendre, s’être senti menacé par Howard Strang, qu’il avait bien connu sous le nom de James Oliver West et qu’il qualifiait, sans ambages, comme un homme impulsif et déterminé, capable d’entreprendre quoique ce soit pour obtenir ce qu’il voulait.

Au troisième jour, après l’enlèvement. Les recherches faites par le New Scotland Yard s’étendirent à niveau international. L’Interpol était dans le bain. Les photos de Howard et Henry Strang plus celle de Cebius Wright couraient la Net, il ne resta lieu civilisé où ils puissent se tapir sans être reconnus.


C’est fou ce que j’aime être sorcier !
, soupira Henry, sans quitter des yeux la petite Di qui jouait avec SaP, récupéré chez la douce Mamy Rose.

La vieille dame n’avait trouvé rien à redire quand il était allé chercher le chien. Aucun besoin de grande explication, elle avait deviné au quart de tour ce qui se jouait là. Pas un mot ne franchirait ses lèvres…si c’était pour le bonheur de sa petite fille !

Calme bucolique. Au pied du volcan enneigé, l’éternel printemps étalait ses bontés dans un paysage perpétuellement vert. L’air embaumait l’eucalyptus et l’herbe fraîchement coupée. Son bras passé sous le sien, Angel avançait, sage et silencieuse, alors qu’il parlait, lui racontant Dieu sait quelle histoire. Henry secoua la tête, attristé. Cela faisait plus d’une semaine qu’ils étaient arrivés là. À ce coin tranquille où la vie se passait sans sursauts. S’il avait cru que son frère choisirait quelque île paradisiaque au Pacifique Sud, pour vivre en paix sous les palmiers, il faut dire que se retrouver dans ce petit pays andin, croisé par la ligne équatoriale, l’avait surpris. Isolés, sans l’être dans ce petit domaine rendu incartable, grâce aux bons offices de Cebius, son frère poursuivait, inlassablement, sa tâche de ramener la femme qu’il aimait de retour à la réalité.

Parfois je la sens si proche…je ne sais pas ce que ce monstre lui a fait…c’est comme si son esprit était prisonnier mais luttant pour resurgir.

C’est une sorte d’Imperium, s’était risqué à dire Henry, sauf que…

Un Imperium normal aurait perdu son effectivité une fois hors de l’influence de celui qui l’a émis, assura Cebius, ceci est une sorte compliquée de contrôle subliminal…ce qui va au-delà de la pratique régulière de la magie, telle que nous la dominons.

J.O avait hoché la tête, dépité.

Autrement dit…il y a magie noire là-dessous. Il me semble avoir lu quelque chose sur cela…il y a longtemps...à l'école...

Quoi ? On vous donnait accès à ce genre de lectures à Salem ? À Poudlard c’est absolument interdit.

Là bas aussi…sauf que j’ai bien trouvé le moyen d’y accéder…on a failli me renvoyer pour ça mais pas à dire…c’est fascinant.

Et dangereux !, assura Cebius, mais logiquement, c’est là que nous pourrions trouver une solution à ce problème…

Cela leur donna de quoi penser, déjà Di arrivait au pas de course suivie de la menace poilue, débordant tous deux de vie et enthousiasme.

Maman…c’est Maman…

J.O l’avait laissée un instant sous le grand parasol, sur la terrasse, face au jardin.

Qu’y a-t-il, Di ? Qu’a Maman !?

Sais pas…elle pleure ! Di n’a rien fait…SaP non plus…

Reste avec moi, Di…on va manger de la glace !

Façon comme une autre de retenir l’attention d’enfant et…chien !

Sans avoir bougé de sa place, à l’ombre, Angel sanglotait doucement, accablée par quelque désolation sans nom.


Ma chérie…qu’y a-t-il ?...Dis moi…

À sa grande surprise, elle tendit sa main et prit la sienne pour la serrer doucement. Pendant quelques secondes, son regard retrouva l’éclat et il aurait juré qu’elle voulait sourire. Mais les larmes continuaient de couler.

Ne pleure plus…je sais que tu es là, mon amour…je t’attends…je t’aime.

De gestes très doux, il essuya son visage puis la prenant dans ses bras, la serra contre lui, la berçant jusqu’à ce qu’elle se calme. Ils restèrent ainsi jusqu’à ce que le soleil disparaisse et comme il est normal en ces latitudes, la nuit tombe après une très brève transition de clarté grise et ombre.

L’Angel qui se trouvait là n’était qu’une poupée, à peine avec assez d’esprit pour vivre et agir comme un robot bien entraîné, qui suit une routine pré-établie. Elle parlait si peu, ne répondant que par des monosyllabes laconiques, la plupart du temps. À peine si de temps en temps, elle émettait un semblant de phrase, rarement de plus de quatre mots. Très rarement, après ce qui semblait lui demander un effort suprême, elle souriait, caressait la tête de sa fille et murmurait son nom. J.O avait droit, plus rarement encore, à un demi-mot ou un regard plus appuyé. Au début, elle s’était renfermée, craintive, se refusant à un contact quelconque mais il avait insisté, sans la brusquer. Sa récompense était la sentir proche. Et puis, un soir, alors qu’il déposait un baiser sur son front et lui souhaitait bonne nuit, elle avait dit, très distinctement un seul mot : « Reste ! ». Il était resté, la serrant contre lui, l’âme broyée de chagrin mais secouée aussi d’une haine tenace contre l’homme qui lui avait volé son bien le plus précieux.

Camilla soupira en prenant un autre chocolat. Cela faisait un bon bout de temps d’écoulé, depuis la réapparition fantastique de Preston Yates. Ils avaient travaillé, en étroite collaboration, pendant plus de cinq ans. Il la nommait « Dame Dragon » et beaucoup prétendaient, en riant, qu’elle n’était pas la secrétaire du journaliste, mais son Cerbère jaloux. Yates assurait que c’était elle son Boss, la seule qui eut le droit, d’usage immodéré, pour se mêler à sa vie, publique ou privée, plaisir duquel, elle ne s’était jamais privé. Elle avait été mère, amie, confidente, confesseur et conseillère. La première à savoir qu’il allait se marier, à avoir la primeur de sa paternité. Et voilà qu’elle était aussi la seule à ne pas avoir eu droit à un mot à son retour glorieux. Comme si elle n’avait jamais existé et encore moins signifié quelque chose pour lui.
Nouveau soupir. Elle croqua un nouveau chocolat, agacée. Pour la énième fois, en peu de jours, Yates était face aux caméras, faisant un appel aux ravisseurs de sa femme et fille. Camilla augmenta le son. C’était bien sa voix mais étrangement les paroles ne semblaient siennes. Le Preston qu’elle connaissait si bien ne se serait pas montré si mesuré pour faire une requête pareille. Il aurait été nerveux, défait or là il semblait plutôt…fâché. Son expression aurait été celle « d’épagneul triste », la même arborée dès qu’un pépin, pour moindre qu’il fut, troublait sa parfaite entente avec « son ange ». L’homme qui s’adressait aux caméras se montrait rogue, froid. Sans trop savoir pourquoi, Camilla enclencha l’enregistrement de l’émission. Plus tard, elle sortit de ses archives personnelles, un de tant de CD où elle avait, minutieusement conservé, d’innombrables reportages de Yates. Quand il se trouvait en pleine action, Preston était lui-même, sans le masque pré déterminé de journaliste élégant. Un homme à émotions qui se traduisaient dans l’éclat de ses yeux, dans ses moindres gestes, dans sa voix. Elle repassa en même temps, sur l’écran de son ordinateur, l’enregistrement fait ce soir. Une et une autre fois. Attentive, précise, sans passion, ce qui à son avis, ne donnait rien au moment d’émettre un jugement.

Qu’on me damne…cet homme n’est pas Preston Yates !!!

Mais bien entendu, à qui pouvait-elle s’adresser avec pareille assertion ? On la prendrait pour une folle aventurant des suppositions décousues. Or, elle n’avait plus le moindre doute. De fil en aiguille, tout devint clair à ses yeux. L’imposteur, puisque imposture il y avait, avait berné tous les experts penchés sur son cas, mené en bateau tout le monde, la Police inclus. Il avait retrouvé femme et enfant, après trois ans de cruelle absence, endormant tout doute avec l’histoire navrante, cent fois corroborée comme logique, de trous de mémoire. Angel avait elle vu clair dans son jeu ? Plus que possible. Tout aussi possible que celui qu’elle allait épouser ait déduit que deux et deux ça fait quatre et pas cinq et sans plus, ait décidé de remettre les pendules à l’heure. L’esprit, hautement romantique de Camilla l’emporta. Elle avait vu les photos du jeune couple…Angel semblait si heureuse… Le lendemain, de bonne heure, elle avait pris sa décision. Sans hésiter, le combiné fut relevé, le numéro marqué.

Je désire parler avec Sa Grâce le Duc de Gilmore, de la part de Camilla Rowlands, secrétaire de la direction de la BBC de Londres. Une affaire personnelle et urgente.

Se faufiler, sous Désillusion, dans la Réserve de la bibliothèque de Salem, fut affaire rondement menée. Misant sur sa bonne étoile et bonne mémoire, J.O ne perdit pas son temps mais une fois face aux étagères, croulantes d’ouvrages, il sentit son bel optimisme flancher. Cela prendrait la nuit entière et qui sait si la suivante, jusqu’à trouver le grimoire détenant l’information. Moyennant quelques sortilèges précis, il vit rapidement le nombre de volumes à éplucher agréablement réduit en nombre, ce qui, de toute façon, ne signifiait pas moins d’une trentaine de bouquins, tous d’une épaisseur décourageante. Sus à la potion de lecture exprès. Merlin sait combien d’heures s’étaient écoulées quand, enfin, il tomba sur le thème cherché. J.O relisait le paragraphe précis quand une voix furieuse retentit.

Qui que ce soit...sortez de là à l’instant !

*Et m***e ! Sheppard…Il me rate pas celui là !*

Pas le temps à perdre en pourparlers inutiles avec le gardien de la sagesse locale. Angus Sheppard avait terrorisé plus de trois générations d’étudiants à Salem, l’avait pincé une fois, au même endroit, douze ans auparavant et n’avait certainement pas oublié que, malgré ses exigences, il s’en était tiré de justesse, chose à l’avis du bibliothécaire, impardonnable. Louant Merlin d’avoir récupéré toute sa capacité magique, J.O se coula dans la peau de l’once et piqua le sprint de sa vie ,en sautant d’étagère en étagère, alors que Mr. Sheppard hurlait comme un possédé :

JE T’AURAI, WESTWOOD !

Pas question de rester voir comment il s’y prendrait. Arrivé au parc, activer le portoloin fut un jeu d’enfant. C’est encore sous forme de panthère, qu’il se matérialisa dans le jardin. Manque de pot, tout le monde semblait s’y être donné rendez vous, pour le petit déjeuner. Cebius faillit lâcher le plateau qu’il tenait. Henry fit un bond de deux mètres en jurant. SaP se rua sur l’once, en aboyant comme un dingue. Di, elle, battit des mains, en piaillant :

Papa…papa chat !

À sa place, Angel sourit…un vrai sourire, au temps de dire son nom.

Revenu à sa forme humaine, il dut affronter son public.

Quoi ? Vous n’avez jamais vu un gros chat ?

Ouais…sauf que là, le gros chat est mon frère !

Oh ! Maître James est un animagus…comme son arrière grand-père. On dit que ce don lui a sauvé la vie lors d’une embuscade en montagne, en Inde.

Moi, ça vient de me sauver de Sheppard, le biblio de l’école…Mon Dieu, Angel…tu souris, ma chérie…oui, je suis là…je vais te sortir de là, mon amour…je le jure !

Sauf que pour le faire, il faudrait pincer l’homme le plus surveillé du Royaume Uni…Preston Yates qui, pour les effets, vivait dans la mire des objectifs…
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Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] Empty
MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptyDim 13 Fév - 13:55

Avoir chaud, être débarrassée des contraintes telles faim, soif et autres besoins physiques, n’est-ce pas un rêve ? Eh bien Angel Yates Grisham pensait plutôt le contraire. Celui qui l’avait enfermée en elle-même se doutait-il de ce qu’il lui faisait subir ? Si c’était le cas, alors cet être était un vrai démon. Ce qu’elle vivait là tenait du cauchemar le plus atroce.

*Ne pouvait-il me priver de conscience? *

Regarder son corps agir, parler, se nourrir sans pouvoir le diriger vraiment n’était qu’une petite cruauté en comparaison avec la plus affreuse de toute : ne rien pouvoir traduire de ses sentiments vrais.
Son enlèvement, Angel l’avait d’abord ressenti comme un bonheur immense. J.O était là ! Il ne l’avait pas oubliée : il allait la sauver !
Mais une chose imprévue se produisit. Alors que chez elle, sous l’influence de Preston, elle parvenait, moyennant de gros efforts, à faire un peu réagir son corps selon ses propres désirs, il lui sembla que plus la voiture s’éloignait de sa maison, plus sa volonté s’amenuisait. En en sens : l’Angel de la bulle… rétrécissait.
Elle en fut convaincue quand ses ravisseurs s’arrêtèrent dans une maison inconnue où Opal la secoua vertement :


On dirait que ce misérable a fait de sorte qu’elle reste en « off » dès qu’il n’est pas dans le coin…

TU NE PENSES PAS SI BIEN DIRE !!! hurla-t-elle en vain.

Coucou. Ma chérie…reviens sur terre…tu sais…je te ficherais des baffes…mais tu m’en voudrais,

NON !!! FAIS-LE, Faites n’importe quoi, je veux sortir de là !!

Il fut question d’électrochocs, Angel était prête à tout mais pas J.O qui refusa de lui faire subir ça.
Sans qu’elle pût donner un avis quelconque, la jeune femme fut entraînée via portoloin.

De vertes collines entouraient une bâtisse solide au toit de tuiles rouges. Un horizon incroyable se découpait sur un ciel serein. Dominant le tout, le majestueux volcan Cayambe offrait un spectacle saisissant avec son sommet enneigé. Calme et sérénité dans ce coin reculé du monde semblaient les mots d’ordre. De voisins point.
Tous les jours, immuablement, J.O accompagnait Angel dans des balades aux alentours. Quelle patience incarnée, cet homme ! Jamais il ne parla des tracas qui l’accablaient, préférant « distraire » la jeune femme par des récits de ses explorations antérieures. Passif, le corps d’Angel suivait tandis que la prisonnière intérieure se désespérait. Elle devinait aisément ce que son fiancé lui tentait de lui cacher : ils étaient des fugitifs.
Des nouvelles de Londres s’échangeaient via patronus. Les seuls qui puissent franchir les barrières imposées par Henry et Cébius étaient l’once de J.O et le kangourou d’Opal. Une traque internationale était lancée contre eux. Preston avait ameuté polices et médias dans l’espoir de retrouver les ravisseurs de sa femme et de sa fille. Les suspects, même si aucune preuve n’attestait ce fait, étaient bien évidemment les fils du duc de Gilmore.
Le pauvre homme devait subir la pression des journalistes et de la police. Lui dont la devise était « probité et honneur » encaissait très mal ce scandale majeur.
Son mot d’ordre aux membres de Guilmore house était : silence. Malgré l’acharnement des médias, jamais il n’ouvrit la bouche publiquement pour émettre autre chose qu’un « sans commentaire » Aussi, quand un domestique l’avertit qu’une certaine Camilia de la BBC demandait à lui parler, Howard Strang fut prêt à l’envoyer au diable, comme ses semblables.


Elle insiste, votre grâce, elle dit qu’il s’agit d’un fait important concernant son ancien patron : Preston Yates.

Comment la secrétaire parvint-elle à obtenir un rendez-vous restera un mystère. Toujours est-il qu’un créneau se dégagea. Un rendez-vous se fixa chez Miss Rowlands, tard en soirée.
Quoi de plus discret qu’un transplange là où les rapaces ne l’attendaient sûrement pas ? Le duc sonna ; Camila ouvrit.
De par ses expériences, la Miss dragon était très au fait des convenances. Elle avait répété sa révérence et son laïus d’accueil. Ceux-ci exécuté, elle précéda le duc jusqu’à son petit salon et, d’entrée de jeu, mit carte sur table :


Si votre grâce à des doutes sur mon honnêteté, je la prie de prendre toutes les mesures voulues pour que cet entretien soit confidentiel.

Je vous demande pardon…

On ne va pas tourner autour du pot, je sais qu’Angel Grisham est une sorcière. Tout me donne à penser que votre fils vous aura mis au courant. Je ne suis qu’une moldue, moi ! Mais je sais des choses…

Le duc se prit à sourire et sortit sa baguette, rendant la pièce inviolables aux oreilles indiscrètes.
Prenant place chacun sur un fauteuil, Camilia inspira un grand coup :


J’ai des preuves, discutables pour certains certes, mais je puis vous affirmer que le Preston Yates ressuscité n’est pas le Preston Yates que j’ai connu.

L’intérêt d’Howard Strang fut immédiatement capté. Attentif, Il écouta l’ancienne secrétaire du journaliste énoncer le résultat de ses comparaisons, assista même à la diffusion de plusieurs émissions :


Un homme peut beaucoup changer, surtout après des épreuves soi-disant vécues mais… J’ai suivi Preston quasi depuis son entrée en fonction à la BBC et... ce gars-là, celui qui réclame que l’on retrouve femme et enfant, ce n’est pas lui ! Mon patron était beaucoup plus… sensible que ce... pantin glacial ! Il adorait son Angel ! Sa perte lui causerait… des émotions que celui-là ne ressent pas. Qu’avons-nous au juste comme preuves que ce soit Preston Yates ? L’ADN et une histoire bien ficelée ? Pratique, non ? Qui irait pousser les investigations jusqu’à rechercher les résistants afghans qui l’ont soi-disant recueilli ? Qui rechercherait son guide, miraculeusement disparu – soit dit en passant ?

Ma chère Miss Rowlands, ce que vous suspectez est assez… énorme… permettez-moi de vous le signaler. J’admets que certains de nos… trucs sorciers pourraient faciliter une imposture mais une de cette envergure… Nous pouvons disposer de potions qui peuvent nous « transformer » en quelqu’un de précis à condition de disposer d’éléments corporels appartenant à celui que nous voudrions doubler…


Le polynectar ? J’en ai entendu parler ! Preston… Mr Yates trouvait ça génial ! Mais, si je ne m’abuse, il faut en reprendre souvent pour maintenir l’apparence. Angel n’aurait pas été bernée par ce stratagème ! Il ne doit donc pas s’agir de ça. Il doit bien exister autre chose, non ?

Le duc réfléchit intensément. L’idée était plaisante. Il avoua :

Certains sorciers naissent avec des dons... surprenants comme les métamorphomages. A volonté, ils peuvent changer d’apparence mais cela requiert une dépense d’énergie magique conséquente. Et puis… quel serait le but d’un tel individu ? Séduire Angel ?

Camila offrit une tournée de thé en démontrant ses facultés de déductions :

J’ai beaucoup réfléchi à ce but ! Et… Même si je coince encore un peu, j’en reviens toujours à une seule explication en me posant les questions suivantes : Qui y perd, qui y gagne ?
Celui qui y gagne est l’imposteur. Il trouve une place privilégiée auprès d’Angel. En admettant que ce soit une jolie jeune femme, comme raison, cela me semble… léger. L’argent n’est pas à négliger : la famille Yates est fortunée. N’empêche que c’est là dépenser beaucoup d’efforts pour… si peu.
Alors j’ai pensé à autre chose : les conséquences. Je vous explique… (Le duc, étonné, fronça les sourcils.)
Angel retrouve son mari entraîne qu’elle rompt avec son fiancé : votre fils. Il est donc malheureux et… vous aussi puisque, à peine retrouvé, le voici à nouveau disparu. N’est-ce pas Miss Grisham qui a permis que vous rencontriez enfin celui que vous pleuriez depuis si longtemps ? La perte de votre aîné a dû être très… cruelle… le retrouver, un vrai bonheur. Le perdre à nouveau, peut-être avec des idées suicidaires, ne vous afflige-t-il pas… doublement ?


Le duc tiqua légèrement, s’abîmant dans des réflexions intenses. Camilia poursuivit :

Je suis persuadée que celui qui se fait passer pour Preston Yates ne vise qu’une chose : VOUS !
Le pourquoi m’échappe complètement mais c’est un fait : celui qui souffre le plus, c’est vous !


Comme déboussolé, le duc chancela légèrement ce qui obligea Miss Rowland à s’empresser :

Pardonnez-moi d’être si brutale. Un cognac ? J’ai une bouteille par là… le dernier cadeau de mon si regretté Preston.

Les verres en main, visiteur et hôtesse restèrent un moment silencieux. Miss Rowlands se racla la gorge :

Je ne sais pas qui pourrait vous en vouloir à ce point, votre grâce. Ce que je désire surtout c’est qu’éclate la vérité et que cet imposteur soit démasqué. Ce doit être un monstre pour briser ainsi tant de vies : la vôtre, celle de votre fils et d’Angel. J’aimais beaucoup mon Patron… Jamais il n’aurait agi de la sorte… J’aimerais vous aider à rétablir la vérité.

Très pensif, Howard Strang remercia son hôtesse, promit de réfléchir sur la meilleure façon de procéder et s’en fut.

Les jours se ressemblaient au pied du volcan Cayambe. La « poupée » Angel agissait toujours mécaniquement malgré les efforts de celle qui vivait recluse en elle.


*Tout ce que j’arrive à faire c’est de pleurer comme une andouille !*


Pourtant, elle avait réussi l’exploit de serrer la main de J.O, sourire un peu, demander un soir à J.O de rester près d’elle. Seul l’amour que lui portait le jeune homme permettait à Angel de résister à la réduction totale. Sans cette certitude et attentions permanentes, il lui semblait qu’elle se serait réduite telle une peau de chagrin, cessant complètement d’exister.
Un jour, J.O s’absenta pour une raison obscure que ni Henry ni Cébius ne jugèrent bon de l’informer. Que de tourments !


Que se passe-t-il ? Où est J.O ? avait-elle hurlé aux parois de sa bulle.

La réponse, elle la connut peu après. Alors qu’en compagnie des deux hommes et de sa fille, elle prenait son petit-déjeuner, un gros chat tacheté se matérialisa sur la pelouse, y créant un fameux émoi. Di et SàP identifièrent immédiatement l’animagus. La tête du cadet Strang valait de l’or et, docte, Cébius émit une référence familiale au phénomène démontré par J.O. Pour Angel, ce retour déclencha un tel bonheur qu’il se traduisit sur ses traits. Le nom de l’arrivant fut prononcé provoquant sa joie :


Mon Dieu, Angel…tu souris, ma chérie…oui, je suis là…je vais te sortir de là, mon amour…je le jure!

Elle n’en avait jamais douté.
Tout en prenant son déjeuner, J.O narra ses mésaventures à Salem. Persuadé que la solution au problème d’Angel se trouvait dans des livres de magie noire consultés dans sa jeunesse à l’institut américain de sorcellerie, il s’y était rendu. D’après lui, seul l’auteur du maléfice pourrait le défaire.


*Preston n’a pas pu faire ça ! Pas tout seul, c’est impossible !*


Sans cesse sa conclusion première revenait la hanter : Preston n’était pas celui qu’il prétendait.
Beaucoup de questions demeuraient en suspends mais celle qui préoccupait le plus J.O concernait la capture du pseudo Yates. Comment attirer cet homme à découvert, s’en emparer sans heurts ?
Plusieurs stratégies furent élaborées entre les trois hommes sans qu’aucune ne leur convienne. Passive extérieurement, Angel assistait aux débats où elle aurait tant souhaité participer activement. A midi, pas la moindre solution ne transparaissait. Le découragement pointait quand, soudain, un joyeux kangourou se matérialisa. La voix joyeuse d’Opal résonna :


Salut, vous tous, ça va ? Je vous apporte le journal, vous m’en direz des nouvelles !


Le patronus évaporé, avides trois paires d’yeux lurent le gros titre : Le Duc de Gilmore sort de sa réserve !
Suivait une annonce captivante :


Depuis le jour terrible où notre honoré confrère de la BBC Mr Preston Yates a accusé formellement les fils du duc de Gilmore d’avoir perpétré l’enlèvement de sa femme et de sa fille, Mr Howard Strang Sr – père humilié – s’est abstenu de tout commentaire. C’est après de rudes palabres que nous avons enfin réussi à le convaincre de rencontrer Mr Yates sur notre antenne. Nous vous invitons donc à suivre, en direct, ce débat lors duquel nous espérons vivement voir s’éclairer cette affaire.

Le reste de l’article reprenait point par point les faits tels qu’ils semblaient s’être déroulés.
Henry et J.O se consultèrent du regard. Le plus jeune réagit
:

Tu penses ce que je pense ? Voilà une occasion en or de mettre la main sur Yates ! …Bon, d’accord, pas devant tout le monde, bien sûr. Le coco va sans doute se méfier et sera entouré.

J.O, lui, se demandait surtout pourquoi leur père agissait de la sorte. D’autant qu’il puisse le connaître, cela ressemblait guère à un Strang de chercher une justification quelconque.

Semblant se remémorer des faits antérieurs, Cebius relata :

D’aussi loin que je me souvienne, Mr Howard a toujours eu un sens profond de l’honneur. Si l’on s’acharne à le souiller, il le défendra avec vigueur. Peut-être… ceci n’est pas un reproche que je vous fais messieurs, mais peut-être aurait-il été souhaitable de lui expliquer votre geste. Il se doute certainement que vous n’avez pas agi sur un coup de tête, simplement pour « récupérer » votre fiancée, James. Mais lui dire la vérité me semble nécessaire, surtout maintenant qu’il s’apprête à faire des déclarations publiques.

Les fils du duc reconnurent le bien fondé des dires du confident serviteur volontaire. Henry s’avoua peiné de sa couardise à affronter son père. Quoique les raisons de J.O fussent autres, le résultat restait le même.
Les débats reprirent. Dans son coin, telle une belle plante en pot, Angel avait tout suivi. Elle gueula comme une forcenée :


IL FAUT LE RENCONTRER !!!

A la surprise générale, deux mots s’échappèrent de ses lèvres :

Voir Duc.


Interloqué un instant, J.O l’entoura de ses bras, assurant que l’idée était parfaite : il s’en chargerait.
Se rendre en Angleterre devint donc indispensable. Même si le risque d’être identifiés était minime en raison des protections magiques, on pouvait toujours craindre un imprévu.
Le petit groupe déménagea à nouveau via portoloin. Cette fois, il s’installa dans la banlieue londonienne.
Les provisions emportées assureraient l’intendance un temps. Au besoin, sous couvert de polynectar, Cebius effectuerait des courses dans les environs.
Un beau parc entourait la propriété, permettant à Di et son chien de s’ébattre sans artifice.
Le soir même de leur installation, J.O s’évapora chez son père.
Lamentable, Angel tourna longuement en rond dans sa bulle. Le manque de communication la minait. S’il lui semblait avoir « grandi » un peu au contact de J.O et de Di, ceux-ci ne la voyaient pas vraiment. On la tenait au courant des événements… indirectement.
Là, elle pouvait imaginer n’importe quoi et s’angoisser, seule avec elle-même.
Henry tenta bien de jouer aux cartes avec elle… Il renonça rapidement, vu le manque d’entrain.
L’intendant des Strang leur prépara un dîner qu’ils avalèrent en silence. Il ne fallait pas être grand clair pour comprendre que les compagnons d’Angel se tracassaient autant qu’elle.
Enfin J.O rentra. Vu son sourire, tous respirèrent. Il leur raconta son entrevue avec son père qui, avoua-t-il, était soulagé de les savoir en sécurité.
Sens en éveil, Angel écouta chaque détail du récit. Ainsi la secrétaire de Preston émettait de forts doutes quant à l’identité de son patron ? Howard Sr pensait qu’un métamorphomage pouvait avoir usurpé sa place ? Il avait accepté de parler en public uniquement pour tenter de démasquer le faux Preston.
J.O avait un plan approuvé par son père. Restait à convaincre les autres de participer.
Les objections ne manquèrent pas. Henry émit :


Il nous faudrait rester de longues heures sous polynectar. Angel en avait un peu dans ses bagages, je doute qu’elle soit capable d’en préparer plus !

J.O assura en ramener suffisamment de chez son père. Il balaya chaque riposte avec aisance.

*J.O, je t’adore. Tu es merveilleux !*

Tout dans le plan de son chéri paraissait parfait sauf… son propre rôle. Là, Angel paniqua quand il en fut question :

*Je saurai pas ! Elle m’obéit si peu…*

Le timing étant important, les hommes le peaufinèrent. La nuit complète y passa.
À peine quelques heures de sommeil accordées, il fallut bouger. Chacun répéta son rôle, on régla les montres.

Le plateau de la BBC flambait sous les projecteurs. La scène fixée par les caméras dévoilait trois sièges confortables occupés par les protagonistes du débat. L’animateur, tiré à quatre épingles, fit face aux caméras. Un bref rappel des faits ayant conduits à cette retransmission exceptionnelle eut lieu. Il termina en présentant les antagonistes comme s’il commentait un match de boxe :


Á ma droite : le très honorable, sa grâce le duc de Guilmore, père des deux accusés de rapt. À ma gauche : notre cher collègue ressuscité, père et époux des disparue : Mr Preston Yates !

Un jeu savant de questions et de réponses commença :


Mr Yates, dites-nous ce qui vous a convaincu de la culpabilité des fils du duc ici présent ?

Qui d’autre aurait eu assez de culot et de raisons pour attaquer ma famille ? Aucune demande de rançon n’a été émise ! Mrs Westwood et Strang semblent s’être volatilisés et n’ont donné aucun signe de vie malgré mes appels et ceux de la police. N’est-ce pas signer leur culpabilité ?

Ils pourraient à l’autre bout de la planète sans moyen de communication, répliqua le duc. Mon fils James a toujours adoré sa liberté. Terriblement abattu par la rupture de ses fiançailles, il a préféré s’éloigner, mon cadet l’a suivi.


FAUX ! bondit Preston. Ils étaient dans la famille adoptive de Mr Westwood peu avant l’enlèvement ! La police a recueilli le témoignage du médecin personnel de ses « mères ». Westwood y était soigné après s’être cassé la figure en montagne !

Mon fils était blessé ? s’étonna faussement Howard Strang. Pas gravement, j'espère ?

Le médecin prétend que oui mais probablement pas tant que ça puisqu’il a filé avant l’arrivée de la police et organisé l’enlèvement de ma famille !

Le commentateur intervint :

Nous avons reçu, ce matin, une attestation de l’hôpital où Mr Westwood a reçu les premiers soins après son accident. C’est assez… accablant : fractures multiples, moral sous zéro… Le médecin a confirmé que James Oliver Westwood en avait pour des mois de convalescence…

Le duc sourit :

Ou mon fils est un miraculé ou… il est complètement innocent !

Alors pourquoi ne se montre-t-il pas ? Est-ce un couard ? Ne se sentirait-il pas coupable de quelques faits reprochables ? A moins qu’il ne coure encore après ma femme ?

Peut-être panse-t-il simplement ses plaies dans un endroit de paix ! Ce qui est certain en tout cas, Mr Yates c’est qu’à mobiliser les forces de police à sa poursuite, il me semble que vous négligiez d’autres pistes ! On dirait que le sort de votre épouse et de votre fille vous importe… peu !

Comment osez-vous dire ça ? Je ne me fais pas de souci parce que je sais que vos fils sont derrière et que ni Angel ni Di ne risquent rien !

Une question qui est revenue souvent dans le courrier des téléspectateurs concerne justement Mrs Yates et Mr Westwood… Si, comme vous le supposez, ils sont ensemble, pourquoi ne pas les laisser simplement vivre leur amour, Mr Yates ? On vous attendait plus… galant, moins… possessif…

Ma femme et ma fille sont tout ce que j’ai… Angel m’adore ! Elle était si contente que je sois en vie… Si elle revient… je lui pardonnerai tout, absolument tout…

Du fond de la salle, une voix mutine s’éleva :

On est là ! claironna Di.

Le spot baladeur fouilla le public et s’arrêta sur un couple féminin. Tractant sa mère d’une main, Diana Yates rayonnante s’avança.
Les caméras ne surent plus où donner de l’objectif. D’un côté elles fixèrent Angel et Di, de l’autre la scène où Preston s’était levé, blême.
La confusion régna en régie. La salle réagit.


Le commentateur exubérant donna de la voix dans le micro :


Mrs Yates, quelle surprise !

Le duc se dressa à son tour :


Ma chérie, dis-nous vite : qui… qui t’a enlevée ?

Dans sa bulle, Angel dépensa une énergie folle. Il fallait qu’elle le fasse. Un index accusateur se dressa, pointant Preston :

LUI !
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MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptyLun 14 Fév - 16:26

Mettre le grappin sur Yates ! Comme toute solution brillante, celle-ci n’était pas moins dénuée de difficultés. Insurmontables ? Certes non ! Ce ne serait pas exactement un jeu d’enfant mais avec un peu d’audace et beaucoup de chance ils pourraient y parvenir. Fallait encore trouver la meilleure façon de s’y prendre, ce qui donna lieu à de longs débats. S’imaginer que Preston Yates, moldu pur et dur, ait pu concocter pareille intrigue, y mêlant de la magie noire, s’avérait de plus en plus invraisemblable. La conclusion à laquelle tous arrivèrent était formelle :

Ce type n’est pas Yates.

Et…alors, qui ?, question idiote mais légitime.

J.O regarda son frère en secouant la tête.

Ça, mon vieux…on peut pas le savoir mais on trouvera bien.


On tournait en rond depuis un bon moment, quand leurs réflexions furent interrompues par l’apparition du patronus de Miss McLane. C’était toujours marrant voir un grand kangourou parler avec la voix de l’australienne.

Salut, vous tous, ça va ? Je vous apporte le journal, vous m’en direz des nouvelles !

Cela ressemblait bien à Opal.

Le titre étalé suffisait pour retenir toute leur attention : Le Duc de Gilmore sort de sa réserve !
La suite n’était pas des moindres. Dans un style fleuri, le chroniqueur laissait entendre qu’il n’avait pas été aisé de convaincre Sa Grâce de se prêter à une rencontre, en direct, avec celui qui accusait ses fils de l’enlèvement de sa femme et sa fille.

Pauvre Papa, on l’a laissé avec ce drôle de paquet sur les bras !

Ce ne fut pas un commentaire pour réjouir J.O. Il y avait pensé, à ces répercussions. Cette affaire mettait le bon nom, jusque là sans tâche, des Strang dans une position guère enviable. La fierté de son père en avait dû prendre un rude coup. Il s’en voulait.

Selon l’article, une rencontre aurait lieu, face aux caméras. Cela allait donner un fameux débat.

La réaction d’Henry ne se fit pas attendre.

Tu penses ce que je pense ? Voilà une occasion en or de mettre la main sur Yates !

J.O eut un sourire de travers.

Oui, Henry…bien sûr, face aux caméras et au public.

Bon, d’accord, pas devant tout le monde, bien sûr. Le coco va sans doute se méfier et sera entouré.

Pas de doute…mais enfin…pourquoi notre père aurait il changé sa tactique…pourquoi tout à coup chercher à se justifier…de la sorte ? D’après ce que je sais…ça ne ressemble pas aux Strang, cette façon d’agir.

Ce fut au fidèle Cebius d’y mettre, de son commentaire. Selon lui, qui connaissait si bien le duc, celui-ci avait un profond sens de l’honneur, ce dont personne n’oserait douter et n’hésiterait pas à défendre son point de vue contre les accusations de Yates. À son docte avis ils auraient dû, avant de se lancer tête en bille dans cette aventure rocambolesque, mettre leur père au courant de leurs intentions.

Il se doute certainement que vous n’avez pas agi sur un coup de tête, simplement pour « récupérer » votre fiancée, James. Mais lui dire la vérité me semble nécessaire, surtout maintenant qu’il s’apprête à faire des déclarations publiques.

Les deux frères échangèrent un regard. Henry soupira, contrit.

Ouais…mais vais pas mentir, Papa est pas facile à vivre quand il se fâche…Je suis un lâche…mais j’y peux rien.

Moi, j’y ai pas pensé, suis pas habitué à rendre compte de mes faits et gestes…

Cebius se racla la gorge.

Peu importent les raisons, le fait demeure!


Sentencieux. On reprit le débat et c’est alors qu’Angel prit la parole, enfin, façon de dire, mais dans son cas c’était déjà énorme :

Voir Duc.


Pendant un instant, tous furent trop interloqués par cette manifestation qui était la preuve concluante qu’Angel était bel et bien présente, de quoi leur mettre le cœur en joie. L’entourant de ses bras, J.O la serra contre lui.

Oui, ma chérie…tu as raison. C’est ce qu’on va faire. J’irai trouver mon père et lui expliquer toute cette embrouille…

Ce ne serait pas une conversation facile, il s’en doutait bien mais ça ne lui ressemblait pas non plus fuir face aux difficultés.

On rentre en Angleterre.

Sans appel. Le temps de régler quelques détails, portoloin activé ils se retrouvèrent dans la banlieue de Londres, installés dans une propriété, isolée du voisinage par un grand parc. Cela assurerait paix et incognito. La belle maison et ses environs boisés appartenaient à un cousin Strang, établi en Nouvelle Zélande pour un certain temps.

*Utile, la famille !*


Personne ne songera à nous chercher ici !, assura Henry.

Suffit de ne pas attirer l’attention, c’était tout dire.

Howard Strang demeura impassible, assis à son bureau. Mains jointes, il considéra longuement son fils aîné. Le jeune homme accepta cet examen rigoureux, sans broncher.

Au moins, es tu de nouveau d’une seule pièce !, dit enfin M. le Duc, rompant le pesant silence.

Oui, Cebius s’en est chargé. Il le fallait. Angel avait besoin de moi.

Sa Grâce hocha la tête, avec un léger sourire en coin.

Et bien entendu, la belle claque de doigts et toi, revêts ta brillante armure et voles à son secours…sans mesurer un instant les retombées de tes actes. En oubliant qu’un Strang ne peut se conduire de la sorte, comme un…

Un homme normal !? Je sais, vous avez votre codex…vos devises. « Probité et Honneur », n’est ce pas ? Mais voilà, il se trouve que moi je suis comme ça…normal, sans codex spécial à respecter, sans devises…je suis ce que je suis depuis trop longtemps pour changer du jour au lendemain juste parce qu’on m’endosse un nouveau nom de famille.

Howard Strang, sr, fronça dangereusement les sourcils mais ce ne fut pas cela qui tempera les ardeurs batailleuses de ce fils si longtemps perdu et à peine retrouvé.

Je suis désolé d’être la cause de tant de trouble mais il était impossible agir autrement. J’aime Angel et pour elle, m’en prendrais au diable, au besoin.

Tu es d’une rare insolence. Ainsi tu sens qu’on t’a endossé le nom ? Tu vois cela comme une corvée pénible ? Sans doute parce que cela veut ranger ton existence dans une discipline stricte, donner un peu de sens au désordre aventureux qu’a´été ta vie jusque là ?

J.O dévisagea son père avec une morgue arrogante qui disait long sur ce qu’il pensait. Howard, sr se leva et contournant le grand bureau, arriva face à son fils. Ils se jaugèrent, yeux dans les yeux, sans ciller.

Je devrais certainement te frapper pour laver cet affront. Tu ne connais aucun respect pour ce nom dont tu devrais être orgueilleux.

Sourire sarcastique.

Et vous pensez qu’une paire de baffes me fera changer d’avis ?

Ne me tente pas, Howard.

James.

Il savait mettre les nerfs de son père à rude épreuve mais n’était pas prêt à céder d’un pouce. Pendant un instant, il crût vraiment son père capable de lever la main mais il ne le fit pas, au lieu ce cela, il secoua la tête en prenant une expression presque résignée.

Soit, James. On ne peut pas nier que tu sois un Strang à part entière, tu es aussi borné que l’ont été tous tes ancêtres. Il faudra tout de même apprendre à mesurer un peu tant de fougue. Si tu prétends ne pas pouvoir te refaire en un jour, que dirons nous, ta mère et moi. Tu es notre fils. Rien ni personne pourra jamais changer cela. Compris ?

Ce fut son tour de baisser la tête, un nœud lui coinçait la gorge.

Bien. Où en sont les choses ? Angel et sa fille sont donc avec vous. Comment vont-elles ?

Angel est…soumise à une sorte d’Imperium. Magie noire. Qui que ce soit, celui qui a pris l’identité de Yates, est un habile sorcier plein de très mauvaises intentions.

Je peux le supposer et crois savoir à quoi nous en tenir. J’ai eu un entretien très intéressant avec celle qui a été la secrétaire de Yates. Une femme très perspicace. Il ne l’a pas dupée. Il est presque sûr que nous ayons affaire avec un…métamorphomage.

Relâchée la tension des premiers instants, Howard, sr, prit place dans un fauteuil, invitant son fils à faire de même avant de lui raconter en détail sa conversation avec Camilla Rowlands et les pertinentes déductions tirées par celle-ci. J.O écouta sans interrompre mais quand son père eut fini de parler, se leva et commença à faire les cents pas sur le tapis, énervé.

Il s’agirait donc d’une vengeance personnelle…Vous êtes donc sa victime…Je ne comprends rien.

Ni moi, enfin pas trop…Pourrais tu faire un effort et arrêter de me traiter comme si j’étais le Premier Ministre ? Je suis ton père, bon sang…Je suis assez commotionné avec cette histoire pour en plus avoir à subir ton petit ton guindé.

Cette subite réclamation fit sourire J.O, complètement rasséréné.


Ok, Dad.


N’exagérons pas !


Mais il ne put s’empêcher de rire de bon cœur. Acte suivi, J.O exposa les plans élaborés avec ses complices.

Demain, lors de la retransmission nous allons enlever Yates.

Au vu et au su de tous ?

Que je sache…Il n’est pas l’unique sorcier dans cette histoire. Suffira un instant de diversion, on l’escamote en douce, Henry prend sa place…Cebius est très compétent à l’heure de ficeler une intrigue et nous avons de complices sûrs. Puisque tu seras le premier en scène, à toi de le déstabiliser assez pour qu’il baisse la méfiance, nous misons sur cela. S’il flaire le traquenard, il nous filera entre les doigts.

Ainsi sera fait. Nous sommes une famille unie et c’est ainsi que nous vaincrons l’adversité.

Amen.


Tu es un pitre, mon garçon…que dirais tu si nous dînions tranquillement, ici, en discutant les points de cette périlleuse mission ?

Et…Maman ?

Dire ce simple mot, en pensant à Ophélia Strang, lui produisit une drôle de sensation…ce n’était pas tout le monde qui peut s’enorgueillir d’avoir trois mères pour l’aimer outre mesure. Bonne étoile, sans aucun doute.

On va la laisser en dehors de tout ceci, la pauvre est assez remuée avec toute cette histoire. Elle se trouve à la campagne, avec Annabella. On ira la rejoindre dès que toute cette affaire sera tirée au clair.

Ils dînèrent en tête à tête, dans le bureau, sans que personne ne songe à les déranger. Peaufinant les détails avec la précision d’une action militaire. En se quittant, J.O n’était pas seulement muni d’excellents conseils et une bonne paire d’astuces mais aussi de l’assurance indélébile d’être part intégrale d’une vraie famille…telle qu’il se plaisait à l’imaginer quand il avait…quatre ans. Parfois, l’attente est si longue qu’on l’oublie…pourtant, elle finit, un jour ou l’autre !

L’ambiance était tendue d’impatience, à son retour. À peine posé un pied dans le douillet séjour, Henry lui sauta pratiquement dessus. Cebius, classiquement mesuré, se contenta d’un soupir soulagé en le voyant si souriant et Angel, dès sa place, eut un petit sourire qui accompagna le doux éclat de son regard lointain.

Tout va bien, Papa ne m’a pas trucidé même si je crois qu’il a eu envie de me taper dessus. Il semblerait qu’on a une nouvelle alliée…la secrétaire de Yates, Camilla Rowlands.

À la mention de ce nom, le regard d’Angel s’éclaira. J.O déposa un baiser sur sa tête.

Une dame qui te tient en grande estime, ma chérie…et qui est absolument d’accord avec notre idée…mais il y a encore quelque chose…Papa est sûr que nous avons affaire avec un métamorphomage.

Henry ne réprima pas un juron bien senti, Cebius prit une mine chiffonnée.

Ça explique bien de chose et en complique d’autres…C’est pour cela qu’il faudra être très regardants au détail, on ne peut pas perdre une seconde…

Si le type arrive à se transformer, on est fichus !, maugréa Henry, pessimiste.

Cela n’arrivera pas si on lui applique le sortilège précis.

Ah bon ?...Parce qu’il y a un sortilège pour ça ?...Savais pas…

On apprend pas ça en cours…Papa semble en savoir plus long que nous…Il s’agit de Metamorpha Incapacitas…Il s’occupera de ça, le moment venu…entre autres choses, s’il a accepté cet entretien c’est dans l’unique but de démasquer cet imposteur.

Ah bon !?...et comment, s’il vous plaît ?, impossible d’ignorer qu’Henry avait le moral un peu à plat, ce soir là.

Je ne pense pas que les nerfs de ce mec tiendront face à Sa Grâce le Duc de Gilmore, dans toute sa splendeur. Il a failli m’avoir, ce soir.

Et n’y est pas arrivé ? Qu’est ce que tu as fait ?

Selon lui…un truc sur mes ancêtres.


Cebius rigola en douce.

Puis on reprit le sérieux et J.O exposa minutieusement son plan. Une coordination parfaite s’imposait. Restait un dernier détail à régler.

Et c’est toi qui t’en chargeras, ma chérie…avec Di.


Les autres le regardèrent comme s’il était devenu fou mais Angel hocha doucement la tête. Il la serra contre lui, rassurant. On continua à discuter chaque minime détail, rien n’était laissé au hasard. La nuit y passa. Le lendemain, de bonne heure, Opal et Erik se joignirent à eux, ils étaient le soutien logistique.

L’heure venue, tous étaient à leurs places, nerveux comme des comédiens prêtes à entrer en scène lors d’une première, sauf que dans ce cas ce serait une représentation unique. Le plateau de la BBC brillamment éclairé était le scénario pour ce singulier débat. L’animateur, comme s’il s’agissait d’un show, souriait en faisant les présentations. Le public, silencieux et attentif fixait les protagonistes de cette rencontre, avec une espèce de morbide fascination.

Sa Grâce, le Duc de Gilmore, apparaissait très calme et posé. Une expression d’élégant agacement au visage le faisait paraître hautain et quelque peu arrogant mais à la fin, il s’agissait d’un membre de la noblesse, on pouvait s’y attendre. Face à lui, Preston Yates, arborait une expression crispée, évidemment nerveux, il ne cessait de pianoter sur l’accoudoir de son fauteuil, tout en promenant un regard perçant sur lieux et assistance. C’était un homme sur ses gardes qui se tenait là ce qui ne cadrait pas tout à fait avec l’image de mari et père affligé qu’on attendait de lui. Au cinquième rang du public, Camilla Rowlands grimaça un sourire de travers, elle enrageait, plus que jamais convaincue de la véracité de ses suppositions.

À l’heure exacte, la retransmission commença. Le présentateur initia la tant attendue ronde de questions.

Mr Yates, dites-nous ce qui vous a convaincu de la culpabilité des fils du duc ici présent ?

Le « ressuscité » assura, avec morgue, que personne d’autre n’aurait eu le culot de s’en prendre à sa famille. Point de rançon demandée. Les principaux inculpés, volatilisés n’ayant pas répondu aux appels de la Police, cela les signalait comme coupables.

La réplique du Duc de Gilmore fut claire, tranquille et absolument crédible. Selon lui, son fils aîné, très abattu par la fin impromptue de ses fiançailles, avait cherché à s’éloigner du monde. Que son frère l’ait suivi, solidaire n’avait rien d’extraordinaire.

Yates bondit en assurant que les fils Strang s’étaient trouvés aux USA, chez les mères adoptives de James après l’accident de ce dernier.

La surprise du Duc sembla génuine. Un soupir parcourut l’assistance. Pauvre père. Quelle façon d’apprendre cela. L’autre ne se laissa pas démonter pour autant, que le grand coupable et ses complices aient filé avant que la Police se pointe démentait toute possibilité d’innocence. Le commentateur y mit du sien en faisant allusion à une attestation médicale donnant foi du piètre état de l’héritier ducal. Ce qui donna lieu à un savoureux ping pong de ripostes. Les unes calmes, les autres acides.

Dans les coulisses, trois personnages attendaient leur moment.

Alors pourquoi ne se montre-t-il pas ? Est-ce un couard ? Ne se sentirait-il pas coupable de quelques faits reprochables ? A moins qu’il ne coure encore après ma femme ?

Les arguments de Yates perdaient consistance.

*Et qu’est ce que tu crois ? Bien sûr que je cours après ta femme, imbécile !*

La réponse de Sa Grâce ne manqua pas de pertinence et sa dernière remarque donna à tous de quoi penser :

On dirait que le sort de votre épouse et de votre fille vous importe… peu !

La riposte du mari et père outragé ne rata pas de faire son effet aussi.

Je ne me fais pas de souci parce que je sais que vos fils sont derrière et que ni Angel ni Di ne risquent rien !

Le présentateur apporta son grain de sel.

Une question qui est revenue souvent dans le courrier des téléspectateurs concerne justement Mrs Yates et Mr Westwood… Si, comme vous le supposez, ils sont ensemble, pourquoi ne pas les laisser simplement vivre leur amour, Mr Yates ? On vous attendait plus… galant, moins… possessif…

De quoi faire soupirer tout romantique là présent.


Ma femme et ma fille sont tout ce que j’ai… Angel m’adore ! Elle était si contente que je sois en vie… Si elle revient… je lui pardonnerai tout, absolument tout…

*Si c’est pas de la grandeur d’âme, ça !*


La suite se déroula comme dans un rêve. L’apparition d’Angel qu’une Di, radieuse, tractait résolument. Yates bondissant de sa place, blême comme un cadavre. Il s’était attendu à n’importe quoi, sauf à cette entrée ne scène. Le début d’une belle pagaille bien orchestrée. Remous dans la salle. Commentaires à un train de diable.

Mrs Yates, quelle surprise !

Sans perdre son calme, Howard Strang, sr s’était levé à son tour et allant au devant d’Angel, s’enquérait d’une voix douce.

Ma chérie, dis-nous vite : qui… qui t’a enlevée ?

Suspens général. La jeune femme leva la main et pointa son index sur Preston Yates en disant fort et clair :

LUI !

Une bombe éclatant au milieu du plateau n’aurait causé plus de commotion. De remous on passait presque à vague de fond. Tout le monde parlait en même temps, questions fusaient de ci, de là. Quel revirement de situation. Les caméras étaient toutes tournées vers les acteurs de cette scène débile. Personne ne prêtait attention aux agissements de Sa Seigneurie. Sortilège lancé, le faux Yates se vit bloqué dans son présent état. Le public ne tarda pas à réagir. Des voix se levaient, pas du tout amicales. Quelques personnes crûrent bon grimper sur le plateau, créant un beau désordre. Une femme, très virulente, invectiva Yates, allant jusqu’à le menacer de son parapluie. Les homme de Sécurité interne firent leur apparition. Pendant un instant il sembla avoir un flottement incertain, une espèce de flou inexplicable. Les agents essayèrent de saisir Yates, avant que la femme ne lui crève un œil avec son parapluie mais, à la surprise de tout le monde, l’homme esquiva la Sécurité et bondissant dans le public compact, fila, esquif comme une anguille entre les gens trop sidérés pour le retenir. On se lança à ses trousses mais saura t’on jamais quelle chance lui souriant le fugitif parvint à s’engouffrer dans un ascenseur, descendre jusqu’au rez de chaussé et sous le nez de tout le monde, gagner la rue et se mêler à la foule.

Il est devenu fou, sous le coup de l’émotion !, assura le Duc comme s’il parlait de la pluie et du beau temps, Angel…sortons d’ici !

Il cueillit Di au vol et sans que personne ne songe à l’en empêcher, quitta le plateau. Le commentateur reprenait ses esprits et essayait d’expliquer les derniers événements.

Messieurs dames, incroyable. Nous venons d’assister à l’impensable…Mrs. Yates a accusé son propre mari de l’avoir enlevée et sans doute monté toute cette farce en inculpant les fils de Sa Grâce le duc de Gilmore…En ce moment, la Police a été alertée et poursuit notre…ex-collègue dans les rues de Londres…

En coulisses régnait une pagaille sans nom, on allait et venait, échangeant des avis. Personne ne fit attention aux deux hommes qui fourraient un paquet de rideaux dans un chariot.

Ça va au nettoyage !, expliqua l’un d’eux en allant vers la sortie.

Qui pensait à des rideaux sales alors que dehors se jouait le scoop de l’année. Dans l’ascenseur de service, le tas de rideau remua en gémissant.

Ferme la, toi ! Stupefix !, gronda J.O.

Lui et Cebius, avaient joué les agents de sécurité sur le plateau. Un rapide changement d’apparence plus tard, ils se dirigèrent sans se presser vers la camionnette de la firme de nettoyage et y embarquèrent leur colis, sans que personne ne songe à leur poser des questions.

Le Duc de Gilmore quitta les lieux avec Mrs. Yates et la fille de celle-ci. On l’escorta jusqu’à la Rolls, respectueusement. Hautain, il refusa un commentaire quelconque. Compréhensible.

Bien, mon petit…Tout va selon le plan, jusque là.

Angel ne dit rien, comme si l’effort l’avait vidée de substance. Di, se tenait sagement et ne quittait le duc des yeux.

Tu lui ressembles…à Papa…à J.O…c’est mon Papa, tu sais.

C’est magique, un cœur d’enfant. Sa Seigneurie sourit.

Oui, je lui ressemble parce que je suis son père…ce qui veut dire qu’en quelque sorte…hum…je deviens ton grand-père !
L’idée sembla ravir la gamine, qui battit des mains. Elle avait déjà deux grand-pères qui la gâtaient outrageusement, en avoir un troisième ne pouvait qu’être…formidable.

Henry, de mauvaise humeur, claquant presque des dents dans son costume, marchait, les mains dans les poches, col relevé, quand une voiture s’arrêta près de lui.

On peut vous emmener, Votre Grâce !?

Opal McLane, encore habillée comme la femme au parapluie, souriait de toutes ses dents. Il ne lui laissa pas le temps de répéter et s’engouffra dans la voiture.

Tiré du chariot de rideaux sales, « Preston Yates » fut mené, sans grands ménagements, à prendre place sur une chaise à laquelle on l’attacha solidement. Il demeurait là, crispé, rageur et muet comme une carpe. Il se semblait pas prêt à collaborer volontairement et s’attendait sans doute à être malmené pour lui soutirer des aveux mais contre toute attente, J.O et Cebius le laissèrent là, sans même lui diriger la parole.

Sans se donner la peine de fermer la porte à clé, Cebius secoua la tête et se dirigea vers la cuisine pour y préparer du café. Leur prisonnier n’irait nulle part, la maison, protégée par divers sortilèges, s’avérait plus hermétique qu’Alcatraz. J.O allait et venait, énervé, jetait tout le temps des coups d’œil impatients par la fenêtre.

Ils ne vont pas tarder, assura le fidèle serviteur en lui présentant une tasse de café, calmez vous. Nous l’avons et ne tarderons pas à percer ses secrets.

Le jeune homme se contenta d’un sourire gris, dénué de tout enthousiasme, on devinait aisément qu’il était à bout de nerfs. Les premiers à arriver furent Miss McLane, son suédois et Henry, plus excité qu’une puce.

Alors…il a parlé ?

Pas encore. On l’a laissé méditer en paix. Papa ne devrait pas tarder…Il veut être présent.

Henry fut de l’idée que son frère était imbu d’un tout nouveau respect envers leur père et toute l’institution familiale des Strang.

Le Duc ne tarda pas. Il offrait une image attendrissante avec Di d’une main et retenant, sollicite le bras d’Angel. Opal, la discrétion même, s’occupa immédiatement de sa filleule et elles sortirent en compagnie d’Erik, jouer avec SaP dans le parc.

Howard Strang s’approcha de l’homme ligoté à sa chaise. D’un geste posé, il sortit sa baguette et la pointa sur le pseudo-Yates en murmurant des incantations que les autres ne parvinrent pas à déchiffrer. Le prisonnier fut agité d’une violente secousse avant de se relâcher, menton affaissé sur la poitrine, comme s’il s’était soudain endormi. Puis lentement, sous le regard attentif des là réunis, son apparence changea. Les cheveux de sombres et fournis devinrent poivre et sel, plus clairsemés, ses traits perdirent fermeté, devinrent mûrs tout en demeurant altiers. Ses yeux tournaient au gris, froids, incisifs. Son corps attaché prit de nouvelles dimensions, sans doute aussi grand que celui usurpé, il devenait plus robuste.
Pendant un moment, qui sembla très long, les cinq personnes réunies face à lui, le dévisagèrent en silence. L’inconnu ne se gêna pas pour sourire, ironique.

Alors, Strang, tu ne me reconnais plus ? Il semblerait pourtant que c’était encore hier…à Poudlard.

Ethan Lewis.

Il l’avait reconnu mais cela n’éclairait en rien le pourquoi de sa présence là et encore moins de ses agissements.

Cela fait 35 ans qu’on a quitté Poudlard…à quoi vient cette charade absurde ? Pourquoi avoir joué cette farce infâme ?, s’enquit Howard Strang, d’une voix enrouée de colère mal contenue.

Découvrir les impairs de la vie, par exemple. Tu ne sais donc pas qui je suis, n’est ce pas, Strang ? Ma mère, qui repose en paix, disait pourtant que je lui ressemblais…

Ben, les enfants, ça ressemble à leurs parents, normalement, se trouva en train de dire Henry qui ne pigeait rien à cet échange mystérieux.

C’est un fait, assura Lewis, dans ce cas…à mon père….à notre père, Strang !

On aurait entendu une mouche voler. Le Duc chancela sous le poids de cet aveu inattendu. J.O le soutint avec force.

Que veux tu insinuer en parlant de…

Notre père. Je n’insinue rien. C’est la vérité. Je comprends que tu ne le saches pas, cette vieille crapule a bien veillé pour que le fait demeure secret. Pourtant je suis son fils autant que toi…j’ai même la fameuse marque Strang…comme toi…comme ton fils !

La gifle assénée par Howard Strang retentit comme un coup de fouet.

C’est de mon père que tu parles.


Mon père, mon nom, ma fortune. Toujours « Mon ». Tu ne sais que conjuguer la vie à la première personne au singulier, c’est toujours de toi qu’il s’agit.

Difficile autrement. On l’avait éduqué ainsi. Les aveux de Ethan Lewis étaient gorgés de haine à peine réprimée, d’une jalousie maladive qui semblait lui avoir pourri la vie. Personne ne songea à l’interrompre quand il se lança, d’une voix fervente, dans une rétrospective de son existence. Il n’avait appris la vérité de sa naissance qu’à la mort de sa mère, qui l’avait élevée seule. Il l’avait toujours crue veuve de Mr. Lewis, qui aurait abandonné ce monde en la laissant nantie d’une coquette rente, lui permettant de vivre confortablement dans un coquet cottage campagnard.

Alors que je n’étais qu’un bâtard entretenu en secret, sans droit à une reconnaissance quelconque, alors que toi, Strang…tu paradais comme un paon, te regorgeant de ton auguste lignée, de ta fortune, de ton bonheur…Tu as eu tout ce à quoi je n’ai jamais eu droit !

Pourquoi…ne pas être venu réclamer ce droit !?, voulut savoir Howard Strang, pourquoi avoir vécu ta vie entière dans la rancune ?

ET QUOI ?, hurla l’autre, blême de rage folle, avoir droit à l’aumône de Sa Grandeur !?

*Il est complètement dingue !*

*Mince, et moi qui croyais que la vie était d’un fade sans sursauts !*

Jusque là, il avait vidé son sac de hargne contenue…la suite fut un déversement de haine consciencieuse. En uns sursis très court, Ethan Lewis avait connu le bonheur, lui aussi. Marié avec une douce jeune femme , l’annonce d’une future paternité lui avait fait même oublier les Strang. Sa vie était aussi parfaite. Vers la même époque le futur duc de Gilmore avait épousé la belle Ophelia Winfield et attendait aussi la naissance de son premier enfant. Puis le drame…Mrs. Lewis mourut en donnant le jour à un bébé maladif qui ne lui survécut que trois jours. La presse annonçait la joie de l’héritier Strang avec la naissance de son fils, un robuste petit garçon.

Tu as eu droit à TROP de bonheur…alors, j’ai remis les pendules à l’heure.


J.O avait pâli, mais pas autant que son père. Il ne s’en fallait pas plus pour deviner ce qui avait suivi.
Henry le prit du bras comme s’il craignait le voir s’effondrer alors que leur père, retenu par Cebius maudissait Lewis comme un possédé. Le rire débile de celui-ci surmonta le tout.

Le retour du fils cru perdu à jamais, avait ravivé sa folie de vengeance. Il avait pris son temps pour manigancer la résurrection de Preston Yates. En ruinant la vie du fils, il continuait à faire souffrir le père. Camilla Rowlands n’avait pas eu tort en disant que c’était le Duc, la victime visée. Ficeler cette intrigue, tordue à l’extrême de la cruauté, était la réalisation d’un rêve dément, longtemps caressé.

Il n’arrêtait pas de rire. Tous ses efforts déjoués, l’échec final avait été le détonant de cette crise de folie. Cebius dut lui appliquer un sortilège apaisant et le détachant de sa chaise, fit apparaître un lit de campement dans un coin et l’y posa.

Réunis dans le séjour, tous essayaient de digérer l’énormité de ce qu’ils venaient d’entendre. Le Duc faisait un effort pour se remettre de ces terribles aveux. J.O ne valait pas mieux. Ils avaient cru pincer un simple imposteur et dévoilé son jeu mais voilà qu’ils se trouvaient en plein dans une histoire démente et le coupable incapable de défaire quoi que ce soit…ne disons pas un sortilège tortueux impliquant la magie noire. Angel demeurait dans le même triste état et il se sentait affreusement impuissant…vaincu…accablé…Il pleurait, sans même s’en rendre compte.

J.O n’eut pas conscience de ce qui se déroula par la suite. En ouvrant un œil incertain, il crut deviner se trouver dans sa chambre et dans son lit, sans se souvenir le moins du monde s’y être couché, sans vouloir ni pourquoi ni comment. Apitoyé de sa misère quelqu’un avait opté pour l’envoyer faire un tour dans les limbes. Fermer les yeux, ne plus penser…Tiens on lui caressait la tête, c’était apaisant, rassurant…Qui ?...Pas Henry, quand même…ni son père, il était un peu grand pour ça. Et puis…ce rire. Il devait encore rêver…mais la caresse se poursuivait, au rire succéda une voix douce, qui se moquait un peu de lui en le traitant de marmotte…


J.O se redressa dans son lit. Angel, assise tout près de lui, souriait, mutine, rayonnante de vie…

Je…rêve encore ?

Un baiser plus tard le convainquit d’être parfaitement éveillé.

Les explications pouvaient attendre un peu…
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MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptyVen 25 Fév - 7:55

La dépense d’énergie requise pour effectuer un simple geste et prononcer quelques mots avaient beaucoup fatigué Angel. La confusion qui régna après cette prestation publique, effraya quelque peu la prisonnière d’elle-même. Elle aurait tant souhaité manifester ouvertement sa rancœur vis-à-vis du métamorphomage ! Non seulement il s’était moqué de tout le monde mais, en plus, il la contraignait à un état presque végétatif intolérable. Seul l’espoir de sa capture proche mettait un peu de baume au cœur d’Angel.
Pendant que le pseudo Preston tentait de filer, le duc de Gilmore se chargea d’elle et de Diana, les soustrayant à la curiosité générale en leur faisant quitter la salle du débat.
Très affable, Howard Strang tenta de rassurer sa future belle-fille tout en se conciliant les bonnes grâces de Di. Quelle charmante gamine ! Pas contrariée pour un sou, elle sembla beaucoup apprécier que le duc soit son 3ème grand-père. Tandis que la gosse réjouie par cette idée battait des mains, l’Angel intérieur fondait de gratitude envers cet homme qui venait de démontrer la puissance des liens familiaux. Malgré ce qu’il avait subi par la faute de ses fils, le duc leur conservait foi et soutien.

La Rolls les mena sans heurt à la villa « empruntée » à un cousin Strang. Passive, Angel suivit le mouvement.
À l’intérieur se trouvaient déjà réunis tous les comparses avec leur « victime » proprement entravée sur une chaise. Discrets, comprenant que ce qui allait se dérouler là ne les regardait pas entièrement, Opal et son fiancé suédois s’occupèrent de soustraire Di à une discussion incompatible avec de si jeunes oreilles.


*Qu’elle s’amuse ! Ici, ça m’étonnerait qu’on rigole !*

Même si elle enviait la position de sa fille, Angel n’aurait raté l’interrogatoire pour rien au monde. Brûlant de connaître l’identité de l’infâme usurpateur, elle assista aux manœuvres du père de J.O.

*Qu’est-ce qu’il lui applique ?*

Bonne sorcière, Angel ne pouvait cependant pas prétendre est une diva en sortilèges. Intriguée par le geste complexe exécuté par le duc au-dessus de leur prisonnier, elle comprit vite ce qui se passait. Les nobles traits de Mr Yates changèrent peu à peu, faisant place à d’autres. Plus âgé, grisonnant, de belle carrure, un parfait inconnu se révéla.
Howard Strang, pourtant, l’identifia avec surprise :


Ethan Lewis !

Les deux hommes s’affrontèrent verbalement et ce qui se révéla aurait fait dresser les cheveux de n’importe qui :

Alors que je n’étais qu’un bâtard entretenu en secret, sans droit à une reconnaissance quelconque, alors que toi, Strang…tu paradais comme un paon, te regorgeant de ton auguste lignée, de ta fortune, de ton bonheur…Tu as eu tout ce à quoi je n’ai jamais eu droit !

*Son demi-frère ? Ce gars serait le demi-frère du duc ?*

Des vérités crues et cruelles s’énoncèrent. Ethan avait ignoré longtemps ses nobles origines. Ce n’est qu’à la mort de sa mère qu’il en eut connaissance. Peu enclin à demander l’aumône, il s’était contenté de vivoter gentiment jusqu’au jour fatal où il perdit femme et enfant. Apprendre que, de son côté, son demi-frère goûtait un bonheur parfait l’avait fait disjoncter. Enlever le fils d’Howard, le remplacer par le cadavre de son propre bébé, prouvait sa démence.
Des années durant, il avait savouré la torture infligée au Duc de Gilmore mais, quand ce dernier retrouva l’enfant disparu pendant 27 ans, la folie de Lewis s’accentua.
Atteindre le père au travers du fils tenait du trait de génie. J.O West était si peu Strang, lui !
L’évincer de sa « grâce » fut très facile en faisant croire à la résurrection du mari de l’élue de J.O.


Un beau plan, non ? Et, la meilleure est que ça a marché et marchera encore longtemps !

Ces paroles se perdirent alors dans un rire affreux. Aucun doute : Lewis était fou à lier.
Apaisé par le fidèle Cebius, le forcené fut abandonné sur un lit de fortune tandis que les participants à cette « farce » se groupaient au séjour.


Désolant ! Navrant ! conclut le duc anéanti par le récit de son demi-frère. Tant d’années de haine… Si seulement j’avais su…

Tu ne pouvais pas savoir, le consola son ami majordome. Qui aurait pu imaginer que ton père…

Rien ! Dans tous les documents découverts à son décès, rien ne laissait présumer qu’il ait entretenu un fruit illégal ! D’une façon, Je peux comprendre Ethan… mais jamais je n’admettrai tant de cruauté.

Abattus, tous l’étaient ! Dans son vase clos, Angel aussi pleurait car, avec un fou pareil, aucune solution ne se dégageait pour elle.

*Vais crever dans cette bulle et… tout le monde s’en fout !*

Personne, en effet, ne semblait se soucier de son sort. Posée sur une chaise, telle une belle plante en pot, on agissait, parlait autour d’elle sans la voir…

*Pauvre J.O… Tu ne vas pas traîner toute ta vie le boulet que je suis devenue, hein ? C’est pour ça que tu pleures ? *

Seule dans son coin, elle envisageait déjà son sombre avenir.

*Il me mettra dans une bonne maison de soins… un asile quelconque… m’y oubliera et… j’y mourrai…*

Se révolter ne servait à rien.
Au comble du désespoir, recroquevillée sur elle-même, Angel sanglota longuement.
Perçant la brume de ses pensées, une voix insista :


*Angel ! Angel viens me voir !*

Assez perdue, la jeune femme se redressa, cherchant l’origine de la source sonore proche.
Par son hublot donnant sur l’extérieur, elle n’entrevit que les visages ravagés de l’entourage. Henry soutenait J.O vers l’étage, Cebius versait de l’alcool au duc. Manifestement, nul ne lui avait adressé la parole. La voix reprit :


*Viens près de moi, c’est dur de causer à distance !*

Lentement, comme obéissant à une volonté qui la dépassait, Mrs Yates se leva. Puisqu’on l’ignorait, on ne s’étonna pas de la voir s’éclipser.
Guidée par la voix, elle se retrouva bientôt au chevet d’Ethan Lewis dont l’état semblait au plus mal. Respiration courte, œil vitreux : cet homme paraissait à l’article de la mort.


*Est-ce vous qui m’avait appelée ? *

La situation avait de quoi la surprendre. Comment ce moribond pouvait-il communiquer avec elle sans que les autres n’aient rien perçu ?


*Oui Angel, c’est moi ! Je voulais… m’excuser pour ce que tu subis par ma faute…*

*Vous en avez de bonnes ! Vous croyez que des excuses vont me suffire ? Que vous ai-je fait pour mériter ça ? C’est parce que j’ai fait se rencontrer J.O et son père ?*

*Disons que… Peut-être oui. Je ne voulais pas te faire souffrir toi, crois-moi ! Tu t’es montrée malheureusement trop curieuse envers moi, et je n’ai pas eu d’autres recours que de te rendre obéissante. Tu m’as d’ailleurs beaucoup étonné. Je ne m’attendais pas du tout à ce que tu sois encore si… présente.*

*Tu parles si je suis présente ! Tout le monde me considère comme un bel objet inutile !*

*Je suis désolé, pardonne-moi. Ce n’était pas prévu.*

*Vous pardonner ? Vous rêvez ! RENDEZ-MOI MA VIE D’ABORD !*

*J’y songe… Mais tu vois… je m’éteins. *

Il est vrai que les signes physiques étaient très alarmants. Un vent de panique souffla sur Angel. Son instinct lui criait d’aller chercher de l’aide, d’empêcher à tout prix la mort d’Ethan. Prête à se concentrer pour se forcer à aller prévenir les autres, Angel fut freinée par une sorte de râle :

*Je ne serai bientôt plus de ce monde… Il y a un moyen, un seul… pour te sortir de là*

Comprenant l’urgence, la jeune femme reporta son attention sur le mourant :

*Tu dois me laisser entrer…*

*Entrer ? Où ? Pas dans moi, j’espère !*

L’autre ne lui laissa pas d’alternative. Il se fit suppliant :

*C’est ton unique chance. Moi parti, ce sera fini pour toi aussi… Décide-toi… Viiiiiiite*

L’idée l’épouvantait. Le temps d’alerter les autres, Ethan serait mort ! Affolée, elle ne réfléchit pas plus :

*Je… J’accepte ! En… Entrez !*

Immédiatement le corps allongé cessa de respirer. Une sorte de brume s’échappa dans un dernier soupir d’Ethan Lewis. Pétrifiée, Angel observa ce brouillard s’élever au-dessus du cadavre. Ça resta en suspend un instant puis, brusquement, comme aspiré par la jeune femme, ça fonça vers elle.
Le choc de la rencontre renversa Angel qui chut au sol.
Un peu secouée, la recluse secoua la tête :


*Merci Angel ! *

Claire, beaucoup plus forte, la voix d’Ethan résonna à ses côté. Elle fronça les sourcils :

*Bon, maintenant que vous êtes ici avec moi, que se passe-t-il ? *

*Tu voulais sortir, non ? Eh bien sors ! SORS PAUVRE IDIOTE !*

La force de répulsion fut telle qu’Angel eut l’impression de décoller. Arrachée à son enveloppe, elle se retrouva à l’autre bout de la pièce en train de regarder... Elle-même

*Non ! Noooooooon ! Je deviens folle, ce n’est pas possible ! Je ne peux pas être ici et là-bas en même temps !*


Il fallait croire que si.
Lorsqu’elle s’était retrouvée enfermée dans son corps, Angel ne voyait l’extérieur qu’au travers le hublot de sa bulle immaculée. Celle-ci avait disparu ! Cela aurait pu la réjouir sauf que… maintenant, elle se regardait depuis le dehors.
Alertés par le bruit de la chute d’Angel, Le duc, Cebius et Henry accoururent :


Que se passe-t-il ma chérie ? s’enquit Howard qui l’aida à se relever.

Je… J’ai été comme frappée quand il… il est mort !

*C’est pas moi ! CE N’EST PAS MOI QUI PARLE ! EH ! OH ! MR STRANG, JE SUIS ICI !*

Ses cris ne provoquèrent aucune réaction. Nul ne se rendait compte de sa présence, ni ne l’entendait.

*Suis un fantôme… ou quelque chose du genre… Quel enfant de salaud ! Lewis s’est bien foutu de moi ! *

Examinant le corps sur le lit de camp, Cebius confirma le triste état de fait.

Bien fait ! sourit le cadet Strang avec mépris.

Henry, voilà qui est peu charitable ! Nous nous occuperons de cette dépouille plus tard. Comment te sens-tu Angel ? Tu as l’air… mieux !

Je vais parfaitement bien ! Je crois que cette mort a mis fin au sortilège. C’est merveilleux ! Où est Howard ?

Howard ? Jamais Angel n’appelait J.O ainsi ! Le fantôme se prit à jubiler malgré sa position précaire :

*Si Lewis m’habite, il court à sa perte avec des bourdes pareilles !*

Pas le temps de se réjouir davantage. Mrs Yates grimpait les marches jusqu’à la chambre indiquée. Elle devait suivre.
Dans la chambre J.O dormait, l’air chagrin. Angel se vit en train de lui prodiguer une caresse sur le front et s’entendit pouffer de rire pour le forcer à s’éveiller.


Je…rêve encore ?

*C’EST PAS MOI ! MÉFIE-TOI !*

Non, mon amour, tu ne rêves pas !

C’était écœurant de regarder ce couple s’embrasser ainsi. J.O avait l’air tellement heureux.

*S’il savait ! Oh Merlin que faire ?*

L’envie de taper sur cette femme qui embrassait si voluptueusement son fiancé la démangea.
Après tout… Pourquoi pas ?


*Il m’a éjectée de force ! À moi de rentrer !*

Telle une furie, elle se précipita sur la brune et… la rata, lui passant au travers. Du coup, elle traversa aussi J.O et se retrouva sous le lit.
En fulminant, elle se redressa. Quel cas de figure ! À trois sur le même lit !
Heureusement pour son petit cœur, Angel n’eut pas à assister à de tendres ébats. La possédée s’écarta de J.O non sans sourires enjôleurs :


Ne sois pas si pressé, mon chéri ! Ce que je viens de vivre a été assez… traumatisant… Je ne sais pas ce qui s’est passé, juste que le type, cet Ethan Lewis est mort… oui, d’un coup. J’étais allé voir comment il allait et… pfft, il est parti et moi revenue !... Oui, j’étais là tout le temps… Enfermée dans moi sans pouvoir communiquer ou si peu… affreux, oui !

Enthousiaste, le jeune homme ne cachait pas sa joie. Il semblait persuadé de la fin du cauchemar.

On devrait descendre ou les autres vont s’imaginer n’importe quoi ! Je tiens quand même à ma réputation !

Angel sur leurs talons Ils riaient en rejoignant le groupe au salon.
Une belle ambiance y régnait. Mis au courant de la nouvelle situation apparente, Opal et Erik saluèrent le retour de leur amie avec fortes embrassades. Di lui fit la fête aussi, seul SàP se comporta bizarrement. Queue frétillante, il jappa joyeusement en direction… des rideaux.
Contre ceux-ci, le fantôme s’émeut :


*Toi, tu me vois ou tu me sens ! Que ne puisses-tu parler !*

Le duc parut agacé du manège du lévrier :


Ton chien est décidément fou ! Il a beau avoir un splendide pédigrée, je crains qu’une tare génétique ne se soit égarée.

Ça ne fait rien ! assura la fausse Angel. On l’aime comme ça. S’est-on occupé du malheureux d’à côté ?

Tu es trop généreuse, Angel, la gronda gentiment Opal. D’après ce que je viens d’apprendre, ce type a des excuses, j’en conviens. N’empêche qu’il s’est montré d’une cruauté sans nom.

Paix à son âme. Il faudra quand même lui trouver une sépulture décente et… trouver des explications valables à fournir aux moldus pour justifier la disparition de Yates !

J.O tiqua un peu. Juste un peu mais suffisamment pour transporter de joie le fantôme :

*Bourde numéro deux ! rigola Angel. Moi, appeler mon cher Preston par son nom de famille ? Quel idiot ce Lewis ! *

Néanmoins, ce léger lapsus ne rencontra pas plus d’écho. La discussion roulait autour de la question assez vitale posée par la revenante.
Henry se montra très inventif :


On devrait truquer une confession écrite ! Imiter l’écriture de Yates sera facile. Il avouera être un imposteur, avoir voulu profiter de son étonnante ressemblance. Il demandera pardon du mal causé et… se suicidera !

Beau plan, mon fils, accorda Howard Sr. Sans corps à l’appui, je crains que la famille Yates ne marche pas. Jamais ils n’admettront avoir été grugé de cette façon !


Des plans s’élaborèrent tandis que, pratique, Miss McLane décida qu’ils réfléchiraient mieux le ventre plein.

Viens Angel ! On va aller leur préparer deux ou trois trucs. Tu dois absolument me raconter où tu étais passée tout ce temps.


Le fantôme les accompagna à la cuisine. Armoires et frigidaire bien remplis par les soins de Cebius, les filles n’avaient que l’embarras du choix.

Que voudrais-tu manger, ma belle ? Je suis si contente que tu sois de retour ! On n’en pouvait plus de te voir ainsi. J’avais remarqué que tu étais bizarre mais sans ton mot je n’aurais pas été chercher J.O. Tu aurais dû le voir : une épave ! Enfin, oublions c’est mieux ! On va faire la meilleure omelette que sa grâce ait dégustée. Je casse, tu bats, ok ?

Beau spectacle que d’observer la possédée face à une Opal en pleine forme. Les maladresses ne manquaient pas, pour le plus grand plaisir du fantôme :

*Il s’y prend comme un pied. Continue ainsi Lewis, ils finiront bien par remarquer quelque chose !*

Figurez-vous que non !
Contre toute attente, chacun trouva toujours une excuse qui expliquait les « bêtises » de la jeune femme. Fatigue post traumatique, désir d’oublier de mauvais souvenir s’évoquèrent lors de certains manquements d’Angel. De quoi faire râler l’âme errante de la vraie.
Plusieurs jours s’écoulèrent ainsi.
Fidèle à sa promesse de mettre les moldus en couleur, le duc avait été le 1ère à rentrer chez lui.
Il réussit si bien dans sa mission que les autres purent sortir de leur cache sans courir le moindre risque de poursuite judiciaire puisqu’on ne pouvait rien leur reprocher.
Durant ce temps, le fantôme colla aux basques de son corps, tentant de trouver un moyen de le réintégrer. Toute tentative directe échouant, Angel s’énervait. A part SàP qui continuait à la repérer personne ne semblait se douter qu’elle suivait dans l’ombre.


*Seule, j’y arriverai pas !*

J.O ne sembla pas trop surpris ni déçu qu’Angel lui ferme la porte de sa chambre. Les projets de mariage revenaient pourtant.
Par décence, le jeune homme accepta de s’installer momentanément chez son père. Sa connivence avec Henry était au beau fixe. Pour faire bonne mesure, Angel et Di passaient tous les w-e à Gilmore House.
C’est là-bas que le fantôme commença à se douter des intentions de Lewis.
Souvent, elle se surprit à tenir de grandes conversations tantôt avec son futur beau-père, tantôt avec Henry. D’anodins au départ, ces apartés prirent une tournure… étrange. L’attitude de la jeune femme devant ces hommes firent bouillir de rage et de honte l’Angel évincée.


*Non mais, il veut me faire passer pour quoi, ce gars ?*

De douce et réservée, aux yeux des autres Angel devenait scandaleusement… aguicheuse.
Tenues provocantes, maquillage soutenu, postures lascives : rien ne manquait.
Le pire est… que la sauce prenait. À présent Henry lui coulait des regards appuyés et même le duc se troublait en sa présence. J.O commençait à froncer les sourcils et sa mère ne cachait plus son exaspération.
L’âme errante ne savait plus à quel saint se vouer pour faire cesser ce manège.
Des discussions entre J.O et Cassandra, elle en avait surpris.


Tu devrais mieux tenir ta fiancée ! Qu’est-ce qui lui prend ?... Non mais tu as vu ses toilettes ? Je la considérais comme une fille sage et là… elle frise le vulgaire ! Si elle continue ainsi, je ne suis pas certaine de l’admettre encore sous mon toit ni de l’avoir à notre table à Noël !


Brave cœur, son chéri l’avait défendue et si reproches il lui fit, ils furent doux jusqu’au moment où la possédée coinça Henry dans la bibliothèque. Le pauvre essaya de résister aux charmes déployés par la sangsue qui se collait à lui en réclamant un baiser :

Angel… Tu as un peu bu ce soir au dîner. Je ne sais pas à quel jeu tu joues mais ce n’est pas une bonne idée.

Je ne te plais pas ?

Je n’ai pas dit ça mais… James est mon frère et…

Il ne le saura pas ! Détends-toi !

La rage qui secoua le fantôme fut telle qu’une rangée complète de livres chut avec fracas, évitant à Henry de succomber à la tentation. Sauvé in extremis, il ne se posa pas de question et fila sans demander son reste. En sortant, il tamponna J.O de plein fouet :

Je… C’est rien… des livres…

Le fiancé entra à son tour dans la bibliothèque et y découvrit une Angel en pleurs qui rajustait son corsage :

Ce… C’est pas grave… il a bu !

*NE LA CROIS PAS ! Il n’a rien fait !*

Pétrifié, Howard Jr oscilla.

Pour la 1ère fois depuis l’éviction de son corps, Angel se risqua à s’en éloigner. Elle devait absolument montrer à J.O que celle qu’il voyait n’était pas elle. Le seul intermédiaire possible : le chien !
Un esprit se déplace très vite. Angel l’apprit sur le tas. En un clin d’œil elle se retrouva dans la chambre de Di sur laquelle l’animal veillait :


*SàP, je sais que toi m’entends ! Va chercher le jeu ouija au salon. Porte-le à ton maître !*

Hasard ? Réalité ? Pouvait-on se fier à ce lévrier fou ?
Le fait est que lorsqu’Angel se fondit dans la chambre de J.O elle vit ce dernier contempler son chien avec une exaspération marquée. La planche était sur le sol, en attente, devant l’animal qui jappa à l’approche du fantôme.


*Fais-lui comprendre qu’il doit jouer ! Je t’en prie SàP, c’est important !*

Autant rêver. J.O semblait plus préoccupé par ses sombres pensées que par autre chose.
Alors Angel repensa aux livres de la bibliothèque. Si la rage les avait renversés…
Elle visa la lampe de chevet…


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MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptyMer 2 Mar - 10:59

Non, mon amour, tu ne rêves pas !

Quelques mots qui suffisaient pour mettre fin au cauchemar. Angel. Son Angel était de retour. De quoi lui rendre entrain et bonheur, d’un coup. Balayer les affres des derniers temps , recommencer à vivre et l’aimer…

Tu m’as tellement manqué…j’ai cru devenir fou…

La prendre dans ses bras, l’embrasser à en perdre la tête, la sentir si proche, si douce, si sienne…mais voilà qu’elle s’écartait, souriante, enjôleuse.

Ne sois pas si pressé, mon chéri ! Ce que je viens de vivre a été assez… traumatisant…

Je…comprends. Excuse moi…

Il faudrait se montrer doux et patient, ne pas la brusquer, se faire une raison de tout cela et attendre. Non sans un pincement de dépit.

Mais enfin…explique moi ce qui s’est passé…a-t-il levé volontairement le sortilège ?

Elle haussa imperceptiblement les épaules comme si cela n’avait pas grande importance.

Je ne sais pas ce qui s’est passé, juste que le type, cet Ethan Lewis est mort…


Mort ?, s’interloqua t’il, comme ça ? D’un coup ?

Angel sembla un peu agacée d’avoir à donner des explications.

Oui, d’un coup. J’étais allé voir comment il allait et… pfft, il est parti et moi revenue !...

Si facile que ça ! Il l’enlaça de nouveau, déposant un baiser sur sa tempe.

Ma pauvre chérie…je savais que tu étais là…je le sentais !

Oui, j’étais là tout le temps… Enfermée dans moi sans pouvoir communiquer ou si peu…

C’est fini, ma douce…c’est fini…ça a été un cauchemar affreux mais c’est fini !

Affreux, oui ! , répéta t’elle, emphatique pour de suite ajouter, ferme, on devrait descendre ou les autres vont s’imaginer n’importe quoi ! Je tiens quand même à ma réputation !

Compréhensible même si un tantinet hors lieu, à son avis. Il était convaincu que les autres ne trouveraient rien à redire mais enfin.

Oui…allons y !

Ils riaient heureux, en arrivant au rez de chaussé où régnait une ambiance festive. L’accueil dispensé par Opal à son amie fut à la hauteur des expectatives, celui de Di, un poème, elle adorait sa mère et la retrouver, en pleine possession de ses sens, la comblait. Mais bien sûr, il fallait que ce fou de SaP se comporte de façon plus qu’erratique et commence à faire la fête…aux rideaux. Cela fit rire tout le monde, sauf le duc qui sembla s’agacer avec ces démonstrations loufoques.

Ton chien est décidément fou ! Il a beau avoir un splendide pedigree, je crains qu’une tare génétique ne se soit égarée.

Faut pas le lui tenir en rigueur…le pauvre est ému !

Ça ne fait rien ! On l’aime comme ça. S’est-on occupé du malheureux d’à côté ?

J.O ne fut pas le seul surpris avec cette question. Opal réagit, elle aussi.

Tu es trop généreuse, Angel. D’après ce que je viens d’apprendre, ce type a des excuses, j’en conviens. N’empêche qu’il s’est montré d’une cruauté sans nom.

Mais la belle n’en démordit pas pour autant. Il la connaissait douce et bonne mais là, c’était décidément un peu trop.

Paix à son âme. Il faudra quand même lui trouver une sépulture décente et… trouver des explications valables à fournir aux moldus pour justifier la disparition de Yates !

*Yates ? De sa vie Angel ne l’a appelé ainsi…*

Enfin, qu’est ce que cela pouvait bien faire ? Cela ne faisait que prouver sa grandeur d’âme, la générosité d’un cœur pur qui ne pouvait voir le mal chez quiconque mais cela amena, indéfectiblement, un thème important sur le tapis. Que faire avec ce faux Preston ? Comment dénouer ce nœud inextricable d’intrigues et mensonges ? On ne pouvait pas se présenter face au monde en racontant une histoire pareille et penser s’en sortir comme si rien. Henry, plein d’imagination proposa de truquer une confession du défunt et puis de faire croire au suicide de l’imposteur repentant. Mais logiquement, cette idée ne tenait pas le chemin. Sans cadavre à l’appui, aux dires de Sa Grâce, jamais les Yates n’admettraient cette thèse et voudraient coller sur le dos des Strang la subite disparition et sans doute meurtre de leur enfant chéri.

Tout le monde l’a vu s’enfuir. C’était reconnaître sa faute, qu’il se perde par là, ne fera qu’affermir l’idée. Qu’il ne cherche, plus jamais à prendre contact avec sa famille, sera une confirmation de plus. On rouvrira sans doute l’enquête sur la mort du véritable Yates mais après nouvelle vérification de ses restes faudra bien admettre qu’il est mort depuis trois ans…Ça finira bien par se tasser et tout le monde oubliera l’affaire.

Du moins c’est ce qu’il espérait. Pour le moment et faute de meilleure idée il fallut bien accepter cette théorie simpliste.

Et qu’est ce qu’on fait avec le mort !?
, voulut savoir Henry, on le balance dans la rivière ?

Le Duc décocha à son cadet un regard censeur.

Quoiqu’il ait fait, c’est un être humain. La vie n’a été guère généreuse avec lui. IL a commis des fautes impardonnables mais nous ne sommes pas là pour prendre le rôle de juges. Il trouvera repos dans le caveau familial.

Papa…

Howard Strang, sr hocha la tête.

Il n’a pas menti. Il était un Strang et c’est entre eux qu’il reposera, c’est le moindre que je puisse faire pour, en quelque sorte, dédommager, les injustices de sa vie.

Personne ne se trouva le cœur pour contredire le duc de Gilmore et ainsi fut fait. Et la vie reprit son cours….ou du moins, celle là était l’intention.

Impossible de ne pas remarquer que cette terrible mésaventure avait éprouvé Angel. J.O, follement épris, ne demeurait pas moins bon observateur et force fut d’admettre, les jours passant, que sa chérie n’était plus la même. Elle essayait, consciencieusement, de reprendre le poil de la bête, sans y parvenir ou sans en faire vraiment l’effort. La première chose fut lui fermer carrément la porte de sa chambre. Il essaya de se montrer, encore une fois, raisonnable et n’alla pas chercher d’explications compliquées. Elle disait avoir besoin de temps.

*Temps…pour quoi ? Tout allait si bien…avant !*

Mais évidemment, elle n’avait pas l’intention de reprendre sa vie là où l’apparition du faux Yates l’avait interrompue. Des choses qui l’intéressaient auparavant semblaient avoir perdu tout intérêt, il la voyait jouer avec Di mais devinait que le cœur n’y était pas tout à fait. Elle prenait une certaine distance avec sa meilleure amie, Opal, assurant la trouver parfois…trop envahissante. Par contre semblait prendre un grand plaisir à la compagnie d’Henry. Avec lui, elle se montrait affectueuse, parfois trop parfois trop peu mais avec toujours le même résultat : tenir les distances. Le comportement loufoque de SaP n’avait varié d’un poil, il n’approchait jamais Angel et continuait à faire la fête au vide.

Sa Seigneurie, le duc de Gilmore avait fait jouer ses influences et son juste droit pour que ses fils et son ami réintègrent la société sans que personne ne songe à les inculper de quoi que ce soit. Ils retournèrent à la demeure familiale pour y retrouver une vie normale, à la grande joie de leur mère. Henry eut l’heur de surprendre tout le monde en rompant ses fiançailles avec Iris Danvers en donnant pour unique explication certaines différences d’opinion. Personne ne s’en plaignit.

Angel et Di venaient passer le weekend, en famille, après tout elle continuait d’être la future épouse de l’héritier, position qu’elle semblait apprécier beaucoup plus qu’avant. Oubliée la douce simplicité qu’elle avait affiché auparavant, la jeune femme ne faisait pas un secret du plaisir ressenti d’être entourée de luxe et attentions. Son comportement, jadis si discret, évolua de façon notoire. Ses tenues, toujours si élégantes et de si bon goût avaient aussi subi un changement et devenaient…provocantes. Peu amie du maquillage, elle semblait en avoir découvert les bontés de l’exagération, là. Et puis son attitude…

Sais pas…j’ai parfois l’impression de me trouver face à une autre femme.

Euh…elle a changé…un peu, dit Henry, soudain énervé.

Ouais…Elle semble très bien s’entendre avec Papa…et avec toi !


Elle…a beaucoup d’esprit !

De ça, on ne pouvait plus s’en douter. Il aurait fallu être aveugle pour ne pas se rendre compte du singulier manège auquel se livrait la douce Angel.

*M***e ! Elle fait du charme à…mon père et à mon frère…C’est quoi ce bordel !?*

Impossible de l’ignorer d’autant que sa mère s’en était aussi rendu compte…certainement avant qu’il ne le fasse lui-même. Elle lui en fit doucement reproche, d’abord…avec plus de véhémence, par la suite.

Tu devrais mieux tenir ta fiancée ! Qu’est-ce qui lui prend ?

Je n’en sais rien, elle a tellement changé…au début, je me suis dit que c’était une réaction normale à la situation traumatique qu’elle a vécu mais…

Non mais tu as vu ses toilettes ? Je la considérais comme une fille sage et là… elle frise le vulgaire !

Oui, Maman…je l’ai remarqué mais c’est sans doute passager…la pauvre a été si secouée.

Trouve lui toutes les excuses que tu voudras mais si elle continue ainsi, je ne suis pas certaine de l’admettre encore sous mon toit ni de l’avoir à notre table à Noël !

Ça devenait grave, là ! Il essaya de s’y prendre de la meilleure et plus douce façon possible pour en toucher deux mots à sa fiancée mais elle s’arrangea pour l’embobiner joliment et on oublia l’affaire…pour le moment.

Et puis l’épisode de la bibliothèque eut lieu. Par la force des choses, J .O devenait suspicieux, il s’en voulait presque d’espionner Angel de la sorte mais dernièrement ses agissements lui donnaient plus d’un motif pour le faire.

La porte était entrebâillée, au lieu de la pousser et entrer, il resta là en se sentant le plus stupide des hommes. Un instant plus tard, il aurait voulu n’être jamais passé dans le coin. Là dedans on jouait à la séduction…enfin, d’après ce qui lui parvint, c’était sa douce chérie qui faisait du rentre-dedans à Henry, qui, brave gars, essayait de se défendre.

James est mon frère et…

Il ne le saura pas ! Détends-toi !

S’en suivit un boucan de fin de monde et à la seconde Henry quittait l’endroit en coup de vent et lui tomba pratiquement dessus.

Je… C’est rien… des livres…


Oui…des livres…

Pas le cœur ni l’esprit à lui faire une scène, Henry fila sans demander son reste, lui, entra dans la bibliothèque. Elle pleurnicha, à point, en rajustant son corsage. Il sentit une rage sournoise l’envahir.

À quoi jouais tu, là ?, gronda t’il.

Elle leva vers lui un regard éploré, la comédienne et assura d’une voix brisée.

Ce… C’est pas grave… il a bu !

Oui…bien sûr…et toi aussi, on dirait. C’est…le comble…où diables veux tu en venir !? Va dans ta chambre…reprends tes esprits…redeviens toi-même !!!

Cela lui faisait un mal atroce. Avoir survécu au martyre de la perdre…pour ça ? Avant de dire ou faire quelque chose dont il aurait à se repentir, J.O préféra la planter là et aller s’enfermer dans sa chambre. Cette situation était à point de le rendre malade de rage, frustration, incrédulité aussi…comment était ce possible que son Angel, son amour parfait, ait tellement changé…

*Elle ne m’aime plus…mais que veut-elle alors ? Foutre la zizanie entre nous tous ? C’est dément…*

Pas moins que l’apparition de SaP en apportant le jeu Ouija et le poussant devant lui.

Ça va plus chez toi, non ?...Fiche le camp !

Mais le brave lévrier ne voulait rien entendre. Il lui adressa un regard impatient et jappa doucement.

Pas envie de jouer avec toi, chien…fous moi la paix…

Peine perdue. SaP semblait bien décidé à n’en faire qu’à sa tête et en plus se mettait à japper ravi à l’adresse…du vide, encore une fois.

Pas à dire…t’es dingue !


Et insistant ! Inutile de discuter avec cette bête têtue, il allait le mettre à la porte, sans plus de manières, quand se produisit un fait inexplicable. Sans que personne ne la touche…la lampe de chevet venait de se précipiter à terre. SaP jappa encore plus véhément.

Qu’est ce que tu veux me dire !?...Qu’est ce…Tu veux que je joue ? C’est ridicule….

Non content de ce minime progrès, le chien alla vers lui et de la tête le poussa vers la planche posée à même le sol. J.O n’avait jamais trop apprécié ce jeu mais finit par se plier à la requête de SaP.

*Si j’ai pas l’air fin…maintenant je me laisse convaincre par un chien fou…enfin…*

Il se souvenait vaguement des règles du jeu mais avant qu’il n’ai fait quoique ce soit la goutte avait bougé presque imperceptiblement. Un désagréable frisson lui courut l’échine.

Il…y a quelqu’un ?

Cela tenait de l’absurde. Sa main, posée sur la goutte, la déplaçait, sans qu’il ait conscience de le faire. Lettre après lettre.

O-U-I

Pas de méprise possible.


Qui est là ?

La réponse le sidéra.

A-N-G-E-L.

Il faillit se mettre à pleurer tant la situation était…affolante. C’était bien le cas de le dire.

*Je deviens fou…c’est tout !*


Une bien étrange folie, soit dit en passant. Guidée par une force invisible sa main dirigeait la goutte et la tablette délivrait son message. Lui, se sentait étranglé par un désespoir sans nom.

Madame la Duchesse s’était retirée à ses appartements. Angel avait dû faire de même, au grand soulagement de tous. Henry avait cherché refuge auprès de son père, dans le bureau de celui-ci et raconté les derniers événements sans presque respirer. Sa Grâce l’avait écouté, sans interrompre, se disant que son cadet n’avait guère trop changé depuis l’enfance. Capable de certains tours assez pendables, Henry finissait toujours par faire des aveux complets même en sachant que son père le punirait, il déposait en lui toute sa confiance.

Je te jure que je n’ai rien fait pour lui donner des idées…

Howard ,sr avait hoché la tête, mitigé.

Je le sais…Cette …créature n’apportera que malheur à notre famille…Le mal causé par Lewis est bien plus enraciné que nous ne pensions. Sa vengeance va au-delà de la mort…

Ils auraient pu continuer de la sorte si la porte ne s’ouvrant brusquement n’avait livré passage à un James blême, le regard égaré, suivi d’un SaP étonnamment sage.

Mon Dieu…qu’as tu ? Tu es pâle comme un linceul !

Son père s’était levé et allait au devant de lui, aussitôt imité par Henry.

An…Angel…

Qu’y a t’il avec elle ?

C’est…pas elle !

Sa Seigneurie et Henry échangèrent un regard navré, supposant que J.O était en proie d’une forte émotion qui le faisait, en toute évidence, dérailler pour de bon.

Assieds toi, mon fils…assieds toi, essaye de te calmer et éclaire nous sur cela…

Henry, pratique, lui servit un cognac qu’il avala sans respirer, avant de commencer à parler. Il leur fit part de sa singulière expérience, sans omettre détail…

Tu veux dire…que tu as …que tu es entré en communication avec un fantôme ?, s’ahurit Henry.

Effondré dans son fauteuil, J.O semblait à point de se mettre à hurler. Son père lui tapota l’épaule en admettant être aussi pris de court que ses fils.

Oui…avec…Angel !

Mais voyons…Qu’est ce que ça veut dire ?

Qu’elle…a été en quelque sorte évincée de son propre corps, dit Le Duc en se sentant horrifié avec cette constatation, et cela ne signifierait qu’une chose…j’ai du mal à y croire…la seule idée est terrifiante…

Possession.

Henry regarda son frère comme s’il venait de proférer une obscénité inqualifiable.

Tu ne crois tout de même pas que…

J.O acquiesça lentement.

Mais…il est mort !!!

Son corps est mort. Son esprit, non !

Ce qui voulait presque tout dire.

Se perdre en conjectures de toute sorte leur prit grande partie de la nuit. Ils étaient fatigués, confus et affolés. Des trois, le Duc était sans doute celui qui avait le plus de connaissances sur les intrinsèques mystères de la magie mais un tel déploiement de noirceur et cruauté le dépassait assez. La seule solution, à son avis, vite partagé par ses fils, pour mettre fin à cette aberration fut chercher qu’il fallait chercher et trouver à tout prix de l’aide externe…et pas n’importe laquelle.

Un medium !?

Tu as une meilleure idée, Henry ? C’est la seule façon de nous communiquer avec l’esprit d’Angel, ainsi elle pourra nous expliquer exactement ce qui s’est passé.

J.O agréa l’idée de son père, entre autres, parce celle la semblait bien être la seule qui leur restât. Fallait encore trouver la personne précise pour mener à but cette mission si délicate, sans tomber, si possible, sur quelque charlatan, ce qui dans le milieu voyance et surnaturel, était malheureusement monnaie courante.

Et on trouve ça où ? On surfe dans le Net ?

Un peu de sérieux est de mise, Henry !, gronda son père.

Dans le Net, les pages jaunes, les petites annonces du journal…

Mais en attendant de tomber sur cette aide si nécessaire, il fallut continuer le jour le jour de la manière la plus normale possible pour ne pas éveiller le soupçon de la fausse Angel, qui continua avec son manège de déstabilisation familiale, en toute joie de cœur. Force avait été de mettre la Duchesse en antécédents pour éviter encore plus de quiproquos.


Seigneur tout puissant cela signifie supporter cette évaporée comme si rien ne nous agréait plus ?

Maman…nous ne savons pas de quoi elle serait capable en se voyant découverte !

La mine accablée de son fils aîné avait suffi pour la convaincre, le pauvre semblait à point d’en faire une maladie, de cette situation tordue.

Bien, dans ce cas je juge impossible une célébration des fêtes de fin d’année comme le dicte la tradition familiale, je ne veux pas m’imaginer ce que pourrait donner la présence de ce désagréable personnage parmi famille et amis. Quand elle viendra pour le weekend, on lui signifiera un changement de plans…et on ira passer Noël quelque part…ailleurs…

*Un monastère au Tibet ? Une île déserte ?*

Ailleurs restant un peu vague comme destination finale, on dut remercier Rose et Magnolia d’apporter, sans rien savoir de ce qui se jouait là, la solution parfaite. Annabella rechigna bellement quand on lui annonça qu’on quittait Londres, personne n’ayant cru bon la mettre au parfum des vraies circonstances, tenant compte qu’on la tenait pour une vraie tête de linotte, les autres avaient évité ces vérités gênantes, de peur de la voir gaffer de bout à bout.

C’est ainsi que la famille Strang, en compagnie de Mrs. Angel Yates, sa fille Diana et SaP, dûment escortés par le fidèle et toujours indéfectible Cebius, débarqua à St Thomas par un radieux après midi de Décembre, quatre jours avant Noël.

SaP demeura extatique face à l’étonnante créature qui venait d’envahir son champ visuel. De sa vie de chien, il en avait croisé, des gens hauts en couleur mais celle là emportait, sans aucun doute, les palmes. Vêtue d’une espèce de tunique aux couleurs chatoyantes, portant une infinité de colliers, bracelets, énormes boucles d’oreille, belle quincaillerie clinquante qui attrapait les rayons de soleil, la faisant miroiter de singulière façon. Mais ce qui finit par attirer le plus l’attention du noble lévrier fut cette tête auréolée d’une masse de dreadlocks ornée de pépites de couleurs diverses…et cette peau qui avait la nuance exacte du chocolat à croquer. Il jappa, interrogateur en se tournant vers ce « rien » qui l’accompagnait si bien. Il n’avait besoin que d’un tout petit encouragement…

Dolores McBain poussa un hurlement de Sioux en pied de guerre en voyant la menace poilue foncer sur elle. Rien n’y fit. Étalée sur le sable, battant des bras et des jambes, dans un boucan musical de sa quincaillerie, elle dut subir quelques coups de langue enthousiastes avant de récupérer souffle et usage de la parole…pour maudire copieusement son agresseur.

Cabot infernal !!! Bas les pattes !!! Misérable roquet !!!

Puis, pour quelque étrange raison qui soit, elle sourit en caressant la tête du toutou, qui faisait semblant de ne pas avoir entendu les charmants épithètes dont on venait de l’affubler.

Brave SaP…Brave chien !

Ça sonnait décidément mieux.

Hein !? J’ai pas dit ça, moi…fiche moi la paix, clébard…AU SECOURS !!!!!!!!!!!!!!

Trop tard, si ses ancêtres chassaient l’once dans les montagnes, lui venait de mettre la patte sur une proie délectable…Il le savait… Son « Rien » apparent ne se trompait pas…

J.O, Di et Henry arrivaient au pas de course. Miss McBain se battait encore avec un SaP au comble de l’euphorie. On écarta le chien entreprenant en s’excusant sur tous les tons et on la remit sur pied. Elle fit des moulinets avec son énorme sac pour éloigner SaP qui voulait récidiver et ce faisant, en éparpilla la moitié du contenu…


Regarde Papa…la jolie balle !!!, piailla Di en ramassant la sphère scintillante sur le sable.

C’est pas une balle, Di…

C’est une boule de cristal…MA boule de cristal !!!

SaP jappa ravi, avant d’entreprendre une folle danse autour de la dame qui réclamait son bien…d’une voix qui ne leur était que trop connue…
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Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] Empty
MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptyDim 6 Mar - 14:03

Qui a rêvé un jour d’être un fantôme ? Certes pas Angel Grisham !
Comme tout collégien à Poudlard, elle s’était un peu effrayée de ceux qui hantaient le château, avait joué au spectre pour se faire peur, sans plus. Toujours, elle avait considéré qu’être un esprit errant devait être un état très triste. Il y a de quoi, non ? Voir amis et parents évoluer autour de soi sans pouvoir les toucher était tout simplement affreux.
Parfois elle s’était posé la question du pourquoi des fantômes – tel Sir Nicholas Mismy de Porpington – apparaissaient et communiquaient avec les vivants alors que d’autres ne le pouvaient pas. Jamais elle n’avait obtenu de réponses.
Son cas personnel était inédit selon ses pauvres connaissances en la matière. Son corps physique n’était pas mort ! Elle n’était pas morte ! Un esprit plus malin, plus puissant que le sien l’avait jetée dehors… et avait pris sa place, voilà !

S’observer à distance désespérait Angel d’autant que Lewis la faisait passer pour une dévergondée.
Sa future belle-mère ne la supportait plus, Henry ne savait plus à quel saint se vouer pour échapper à la tentation, le duc de Gilmore s’énervait et son J.O la croyait atteinte d’une maladie mentale !
Le coup de la bibliothèque alluma la rage d’Angel. Voir cette colère agir sur des objets laissa d’abord le fantôme incrédule mais lui donna enfin une lueur d’espoir. Si elle parvenait à canaliser cette force, elle pourrait enfin communiquer !
Gilmore house possédait un jeu OuiJa. Seule Annabella – l’évaporée de service – y croyait.
L’idée de se servir de la tablette et de sa goutte apparut à Angel comme lumineuse.
Fait prévisible, J.O crut à une lubie débile de son chien quand ce dernier lui présenta le jeu.


Ça va plus chez toi, non ?...Fiche le camp !

Le brave toutou insista, poussé en douce par le fantôme. Mais le pauvre J.O avait la tête ailleurs, on pouvait le comprendre !

Pas envie de jouer avec toi, chien…fous moi la paix…

Sans la rage d’Angel, la lampe de chevet ne se serait pas écrasée et l’intérêt de James Oliver éveillé. Regardant tour à tour les débris de verre et son chien, Strang Jr apostropha ce dernier :

Qu’est ce que tu veux me dire !?...Qu’est ce…Tu veux que je joue ? C’est ridicule…

*Oui, joue ! Joue mon amour, j’ai tant à te dire !*

Enfin, James consentit à poser la tablette sur le lit. Deux doigts sur la goutte, il réprima un frisson d’angoisse ou de dégoût avant d’interroger :

Il…y a quelqu’un ?

C’était l’instant ou jamais. Puisant de l’énergie dans son énervement, Angel guida la goutte vers les lettres voulues : O-U-I

*Demande qui c’est ! Demande qui je suis !*


Il le fit et s’effara du résultat quand le fantôme parvint à désigner les lettres de son prénom.
Le malheureux semblait en pleine confusion. Il sut juste émettre une question simple : pourquoi.
De quoi failler bouillir davantage Angel. Dans sa tête un tourbillon de possibilités à répondre et des interrogations multiples :

*Pourquoi ? J’en sais rien, j’ai pas voulu ça, moi ! Si seulement je pouvais faire autre chose que déplacer tes doigts. On va y mettre dix ans, à ce rythme !*

Puisqu’il fallait faire simple, elle résuma ainsi sa situation :

E-t-h-a-n e-s-t d-a-n-s m-o-i H-e-l-p

Le courant ne passait plus trop bien. C’est dingue ce que ce petit effort lui coûtait. Comment rester en colère alors que son J.O paraissait si abattu ?
Incapable d’en délivrer davantage, Angel se recula dans un coin où seul le chien la devinait. Il vint se frotter contre ses jambes, guettant une flatterie du flanc ou des oreilles :


*Désolée, SàP ! Je suis fatiguée !*

Changement d’orientation. L’air d’un déterré, J.O quitta sa chambre pour rejoindre frère et père dans le bureau de celui-ci.
Dépitée, Angel eut beau l’accompagner de mots doux durant son trajet, le jeune homme n’entendait rien, ne percevait rien. L’arrivée de l’aîné interrompit un dialogue entre Strang.


*Je parie qu’ils causaient de moi… Enfin de l’autre…*

L’entrevue tourna mieux que prévu. Pas obtu, plutôt effondré, le Duc comprit l’énormité de la situation quand J.O avoua être entré en contact avec sa fiancée. Il admit l’impensable : il s’agissait d’une possession. Même physiquement mort, son demi-frère poursuivait ses méfaits. J.O avait tout capté :

Son corps est mort. Son esprit, non !

Que c’était agaçant de les voir agir et discuter de son cas sans avoir la possibilité de s’en mêler !
Angel râlait doucement, ils ne donnaient pas l’impression de se douter qu’elle était là, toute ouïe, à les observer. Ils parlèrent de faire appel à une aide extérieure :


*Enfin une idée constructive parce que, je vous signale, j’en ai marre d’être impalpable !*

À quoi bon s’exciter ainsi ? Tant pis.
Des recherches s’effectuèrent, apparemment sans grand succès. Les Strang ne se fiaient pas trop aux prometteurs de miracles. Jugés pour la majorité comme inaptes, on limita les contacts avec les charlatans.
Par sécurité, les hommes Strang tentèrent de se comporter normalement afin d’éviter de donner l’éveil aux soupçons d’Ethan. Angel agréa cette attention. De quoi au juste ce sorcier était-il capable ? Nul ne le savait. Mieux valait le laisser dans l’ignorance de leurs agissements.
Jour après jour, Mrs Yates multiplia ses séductions… en vain. Pour donner le change, Henry dut accepter de l’accompagner à une soirée ou l’autre, il en revint chaque fois plus accablé. J.O ne prenait – forcément – plus aucun plaisir en compagnie de sa chérie possédée. Le duc et son épouse s’efforçaient de calmer le jeu.
Pas question de passer les fêtes dans ces conditions. Rose et Magnolia Westwood se montrèrent enchantées de l’accueil reçu à leur invitation. À cent lieues d’imaginer ce qui se passait, elles avaient lancé l’idée d’un réveillon commun. D’un bloc uni, le clan Strang embarqua pour St Thomas.

Que de souvenirs sur cette île du soleil ! Ici, Angel avait appris à mieux connaître J.O. Leur amour avait mûri… Eux aussi. Des images de joies, de courses sur la plage, d’un bal… tout tournait dans l’esprit du fantôme.
Accueil passé, Les mères de J.O convièrent tout le monde à prendre l’apéritif en bord de mer.
Elles n’étaient pas sottes, ces Misses Westwood. Quelque chose clochait entre leur fils chéri et Mrs Yates, c’était indiscutable. Qu’ils ne se collent pas l’un à l’autre, passe encore mais qu’Angel s’échine à tenter d’attirer l’attention générale, et surtout celle du cadet… frisait l’absurde. Déjà que sa tenue outrait la pudeur de ces nobles dames…


Je t’assure Rose, Angel est… bizarre !

Si tu veux mon avis, ils sont tous coincés ! James est à cran, je l’ai senti sitôt débarqué.

On saura bien trouver le fin mot de l’histoire !


En attendant, le groupe des hommes mima l’entente parfaite sur la plage en savourant un cocktail.
Ne voilà-t-il pas que s’amena, quincaillerie dehors, Miss Dolores McBain ?
Les dames Westwood la connaissaient de vue. Invariablement depuis une semaine, cette énergumène farfelue hantait la plage à la même heure. Elle seule devait savoir où ses pieds nus la portaient. À part un signe de la tête envers les privilégiées de l’endroit, la femme de couleur traversait la propriété privée sans relever les yeux.
Cette fois, elle fut contrainte de s’arrêter…
Les esprits reconnaissent-ils leur entremetteur ? En tout cas, dès que le fantôme la vit, une force incontrôlable le dirigea vers McBain.


*C’est elle la solution ! SàP, à toi de jouer !*

Le chien n’attendait que cette invitation. Il sauta joyeusement sur l’afro-américaine qui se retrouva les quatre fers en l’air sur le sable, telle une tortue retournée sur le dos. Elle brailla :

Cabot infernal !!! Bas les pattes !!! Misérable roquet !!!

En même temps que lui, le fantôme copia l’action du lévrier. La fusion s’opéra instantanément.
Le résultat fut que Miss McBain se mir à grattouiller les oreilles du chien en le câlinant :


Brave SaP…Brave chien !

Ouille ! La dame ne se laissait pas investir facilement. Angel fut repoussée tandis que l’autre semblait interloquée :


Hein !? J’ai pas dit ça, moi…fiche moi la paix, clébard…AU SECOURS !!!!!!!!!!!!!!

Pas question de lâcher prise !


*SàP, occupe-la ! Je dois re rentrer !*

Stimulé et ne demandant pas mieux, le chien reprit son manège, léchant copieusement la femme de couleur mieux que s’il se gavait de chocolat.
Émue du désarroi de Miss McBain, la cantonade accourut à la rescousse.
Les ébats du lévrier un peu contenu, la dame relevée, celle-ci tenta d’écarter la fougue de l’afghan indocile par de grands moulinets de son sac. Résultat : un beau déversement dudit sac.
Pour la 1ère fois de sa vie, Di vit une boule de cristal. Elle la confondit naturellement avec une belle balle scintillante. S’en approchant, la gamine s’extasia :


Regarde Papa…la jolie balle !!!

C’est pas une balle, Di…

C’est une boule de cristal…MA boule de cristal !!! Elle va être griffée, inutilisable ! Ne la touche pas, mioche !

*Arrêtez de prendre vos grands airs ! Ne parlez pas à ma fille ainsi* Rends la belle balle à la dame, ma chérie.


Depuis l’enfance, Dolores McBain baignait dans le surnaturel. Pas de sorcier pourtant chez eux. Son arrière- grand-mère s’était avéré être une voyante de renom. Si on avait cru que le don se perpétuerait au fil des générations, il fallut admettre que ce n’était pas le cas. Pas force d’essayer, pourtant ! La dernière McBain à tenter de soulever le voile des ténèbres n’était que peu douée. Elle vivotait grâce à des petits tours de « magie » exécutés avec brio pour le cirque Lombardi qui l’employait depuis des années. Parfois des particuliers l’invitaient chez eux pour des séances de spiritisme. Ça arrondissait bien les fins de mois et permettait à Dorothée de prendre des congés.
St Thomas plaisait à la petite femme enrobée. Il y faisait bon la plupart du temps, et on l’y ennuyait rarement. Excentrique, le verbe haut, Dorothée ne cherchait pas à épater la galerie en ces moments de détente. Elle se baladait quotidiennement vêtue de son attirail de scène parce que c’étaient ses seules possessions, voilà tout.
Alors qu’une monstruosité poilue s’en prenne à elle ainsi la mit de mauvaise humeur. De plus, ses « sauveteurs » la regardaient avec des yeux ronds pour un bout de phrase émit… malgré elle.
Tous semblaient figés en la dévisageant avec attention tandis que la gosse lui rendait sa précieuse boule de cristal.


Qu’est-ce qu’il y a ? Ce clebs m’a barbouillée, c’est ça ? grommela-t-elle en ramassant quelques autres objets épars.

J.O fut le 1er à réagir et s’excusa pour l’attitude de son chien tout en surveillant la dame. Il se présenta, puis nomma chacune des personnes de l’assistance :
Tenant son sac de toile fleurie contre elle – craignait-elle qu’on le lui pique ? – l’artiste se présenta à son tour :


Je suis Dolores McBain, plus connue sous le nom de La grande Dolores.

Henry s’avança :

Enchanté, chère Madame. Nous sommes navrés du désagrément causé mais il nous a semblé que… Seriez-vous voyante ?

Effectivement, mon beau monsieur. Sinon vous croyez que je me baladerais avec une boule de cristal ? C’est lour ce truc ! Je ne l’emporterais pas juste pour faire joli ! J’aime aussi parfois la fracasser sur le crâne d’individus malintentionnés ! Au fait, vous ne vous êtes pas présentée, vous !

Elle regardait fixement le « rien » debout près du chien.

Je suis Angel Yates, née Grisham. Vous… Vous me voyez réellement, Madame ?

Evidemment que je vous vois ! Suis pas aveugle ! Eh, ma petite dame, faut pas pleurer comme ça ! Qu’est-ce qui vous met dans cet état ? Tenez, voici un mouchoir !


Le fantôme tendit la main, le mouchoir s’y posa et... la traversa.
Un peu choquée de voir le bout de tissu flotter jusqu’au sol, Dolores se sentit à nouveau le point de mire des trois Strang.


Ben quoi ? s’énerva la voyante. Z’avez jamais vu quelqu’un lâcher un mouchoir ? J’parie que cette petite dame aimerait beaucoup qu’un de vous deux s’occupe d’elle, pauvrette !

Aucun ne bougea, Angel renifla :

Ils le voudraient bien… mais ils ne peuvent pas, Madame !


Pourquoi ? T’as une maladie contagieuse ? C’est lequel des deux, ton copain ? Je parie pour le crâne rasé ! Il en tire une tête !

Oh, ce n’est pas contagieux… Oui, J… James est mon fiancé. Là, il… aucun d’eux ne me voit, Madame ! Parce que…


D’un élan de sympathie, Miss McBain voulut entourer de son bras les épaules d’Angel. Le fait d’étreindre le vide faillit l’envoyer sur le sable. Stupéfaite, elle dévisagea davantage le fantôme puis son regard fut attiré par un groupe de femmes qui avançait dans leur direction.
Bouche bée, l’afro-américaine tourna la tête vers le fantôme puis revint aux femmes. Un rire un peu dément fusa :


Je vois double, maintenant !

Vous ne voyez pas double, Madame ! Mon corps vient vers nous mais… je ne suis pas dedans !


C’en fut trop pour la « voyante » dont les yeux roulèrent dans leurs orbites. J.O et Henry se précipitèrent, empêchant la chute de l’évanouie.
Les femmes les interrogèrent aussitôt proches :


Qu’à donc cette dame ? demanda Magnolia. Un malaise ? Il faut vite la porter à l’intérieur ! Allez, on se remue ! Rose, va préparer le petit salon ! Et vous, ne restez pas plantés là !

Tant bien que mal, tous rentrèrent à la villa Westwood. On installa Miss McBain sur le divan de la pièce fraîche, lui bassina le front et lui fit respirer des sels.
Les femmes s’occupant de l’évaporée, les Strang tirent conseil sur la terrasse :


C’est extraordinaire, dit le duc. Il n’y a pas à douter, à moins que cette dame soit complètement folle, qu’elle a vu… l’esprit d’Angel !

Elles se sont parlé, j’en suis certain ! nota Henry.

Fébrile, J.O ne commenta pas de suite. Il tourna un peu en rond puis déclara qu’à son sens il ne fallait pas laisser Angel près de Dolores trop longtemps au risque de donne l’éveil à Ethan. Contraint, Henry se chargea de distraire la possédée tandis que son frère et son père rentraient aux nouvelles.

Elle va… bien, assura Rose. Je crains qu’elle n’ait l’esprit légèrement dérangé, elle parle à SàP comme à une personne…

Sans doute la chaleur, affirma le duc. J.O va régler ça. Faites-nous le plaisir de nous décrire votre domaine, Miss Westwood.

Allongée sur le divan, Dolores semblait terrifiée à son réveil. Tant de visages anxieux étaient penchés sur elle ! Qu’il y en ait deux d’identiques la plongeait dans un état proche de la panique.
On la rassura, lui fit avaler une potion calmante, tandis que le fantôme lui susurrait à l’oreille :


S’il vous plaît Madame, ne dites pas que vous me voyez ! C’est très important ! Celui qui a pris mon corps peut en faire ce qu’il veut s’il se sent menacé.

Vous en avez de bonnes ! Je rêve et puis c’est tout !

Là-dessus, elle referma les yeux et les femmes désertèrent son chevet non sans qu’Annabella ne fasse le geste du doigt vers sa tempe signifiant la démence probable de cette dame haut en couleur.
Dès qu’elle se crut seule, Dolores souleva les paupières. Un petit cri s’échappa :


Vous êtes encore là ? Foutez-moi la paix ! Je veux rentrer chez moi !

Et moi je veux rentrer dans mon corps ! Vous êtes la seule qui puisse me voir depuis que c’est arrivé. Aidez-moi, je vous en supplie !

Jamais, vous m’entendez, jamais je n’ai vécu ce genre de chose. Mon arrière-grand-mère Théa avait le don de parler aux esprits ! Pas moi, Dieu merci ! Je frime depuis des années et m’en porte pas plus mal. Fichez-moi la paix, je m’en vais !

J.O entra à cet instant. Il la pria de demeurer encore un peu, insistant en douceur sur l’utilité qu’elle pourrait avoir en leur permettant enfin de se parler.


Comment ça, j’ai parlé avec sa voix ? ça m’a paru bizarre de flatter le cabot et de dire chérie à une mioche inconnue, mais…


C’est de ma faute… Je… je suis entrée en vous !

Entrée en moi ? Vous avez osé faire ça ? Quel toupet !

Je ne l’ai pas fait exprès !... enfin un peu… J’ai vu votre aura et ai su que je pouvais le faire.

Tu as vu mon aura ? Elle est comment…

J.O posa une question à laquelle un haussement d’épaule répondit :

Oui, elle est là votre Angel ! Assise à côté de moi, en train de me raconter des absurdités.

Votre aura est très belle, rosée et bleutée. Je ne raconte pas d’absurdités. Ecoutez plutôt…

L’ensemble se déballa. De temps à autre Miss McBain releva un point obscur tout en transmettant à J.O ce qui se racontait :

Votre fiancée a très peur de celui qui la poussée dehors. Me demande comment un truc pareil est possible ! D’habitude, on est esprit quand le corps est mort… D’accord, votre Ethan est mort, lui !... le faire sortir pour remettre votre Angel dedans ? Ecoutez, mon gentil monsieur, je ne suis pas du tout faite pour ça, moi ! Je tire les cartes, je vois des choses dans ma boule point barre. Trouvez-vous quelqu’un d’autre ! J’pourrais avoir un truc à manger ? Les émotions ça creuse !

En soupirant, J.O accepta de convier la voyante à la table du dîner. On la dirigea vers l’étage où elle put se rafraîchir à l’aise.
Angel ne la quitta pas d’un talon et dut la menacer de la posséder à nouveau si elle ne l’aidait pas quand elle voulut se sauver par la fenêtre :


Je suis rentrée en vous, je peux recommencer, je le sais. On ne vous veut pas de mal, juste votre collaboration. Je… j’aime J.O plus que tout. Je ferai n’importe quoi pour redevenir… moi… Payée ? Bien sûr que vous serez rémunérée pour le temps perdu avec moi ! Dites votre prix à J.O, il y pourvoira.

La voyante voulut en savoir plus. Vénale, certes, mais aussi curieuse, ce cas la troublait.
Angela ne cacha rien : veuvage précoce, rencontre avec James, leur attirance, leurs ennuis.


Ce Lewis est un pourri ! gronda Dolores mise au parfum. Faire ça à des mignons comme vous ! L’autre on voit que c’est une peste ! Je promets rien mais… je vais essayer.


Le dîner fut un régal des sens gustatif et autres. Les réparties de Miss McBain ne manquaient pas de sel. Assise entre J.O et le duc, Dolores fit le grand jeu. Fascinée Annabella buvait chacune de ses paroles :

Vous pouvez réellement faire parler les esprits ? Oh, ce serait bien si vous en faisiez venir un ici !

On ne joue pas impunément avec les esprits, jeune fille ! Ne seriez-vous pas plus tentée de savoir si un beau jeune homme ne soupire pas pour vous ? C’est plus dans mes cordes, ça !


L’ambiance était détendue… vue de l’extérieur. On accorda que ce serait amusant de s’offrir une gentille séance de spiritisme. Dolores, dans son rôle, se préta à la mise en scène de la lecture des lignes de la main de chacun. Elle fit rire tout le monde en affirmant que Rose serait bientôt courtisée sérieusement, qu’Annabella rencontrerait son prince charmant avant peu – un jardinier – et que le Duc serait grand-père l’an prochain.
Quand la main d’Angel possédée se posa dans celle de la devineresse, l’atmosphère changea. Les bougies allumées vacillèrent. On retint son souffle :


Longue ligne de vie, mais… tourmentée… la chance est au rendez-vous, cependant ! Trois enfants… Vous n’en avez qu’une pour le moment. Faut croire que quelqu’un va se charger d’y remédier ! Je vois aussi un grand bouleversement… un… sacrifice qui…


C’en est assez ! Balivernes ! Sachez, madame que je vais épouser James bientôt. Mais d’enfants point !

Angel retira sa main et s’en fut prendre l’air.

Eh bien, c’est pas du gâteau, ce mec ! soupira la voyante au grand effarement des dames.

Dolores ! Vous aviez promis de ne rien dire sur lui ! souffla Angel.

J’ai promis, j’ai promis mais j’ai un peu bu aussi ! Il serait temps que votre famille sache, non ?

Sache quoi, s’enquit Magnolia troublée.

Ben que…

J.O se chargea d’informer l’assistance. Tandis que le débat s’animait au grand salon, Henry, pratique, s’empressa de rejoindre Ethan-Angel dehors.

Il… Il fait très doux le soir, n’est-ce pas ?

Oui ! J’en ai un peu marre de cette bonne femme ! Quand part-elle ?

Oh… Sans doute après un dernier verre…

Lascive à nouveau, Angel s’enroula autour d’Henry :

Et si… Nous nous enfuyions, tous les deux, hein, Henry ? Je ne trouve plus ma baguette depuis quelques jours, tu dois avoir la tienne sur toi, non ?


Le cadet Strang sentit le danger mais trop tard. Délesté habilement de son bois magique, il resta comme deux ronds de flan :

An… Angel, ne fais pas de bêtise !

Tu me prends pour un idiot, Henry ? Vous me prenez tous pour un idiot. J’ai pigé votre jeu ! Cette illuminée colorée n’est pas là par hasard ! Vous voulez me faire sortir, remettre Angel en place ? ça n’arrivera pas ! Où est-elle la copine de J.O ? Le chien communique avec elle, je le sens. La noiraude aussi ! J’ai trouvé un corps mais il ne me plait pas trop. Je pense en changer… Tu vois ce que je veux dire, Henry ?

Je… Je ne me laisserai pas faire !

Ils sont tous occupés à l’intérieur à écouter les divagations de cette voyante à la noix. Quand ils trouveront le cadavre de la fille, ils penseront que tu l’as tuée.

Je ne ferai jamais rien de semblable. J’aime bien la petite Angel et j’aime trop ma famille pour vous permettre d’encore l’ennuyer.

Pathétique ! Impero !

De son coin, Angel avait suivi son corps et tout entendu. Elle revint en un clin d’œil au salon où Dolores avouait sa nullité et sa surprise face au problème du fantôme. Sans lui demander son avis, Angel lui fonça dessus.

Eh, qu’est-ce que vous voulez faire ? Non, vous n’entrerez pas !

Désolée, pas le temps !

Via le corps investi, elle cria:

Vite ! Dehors ! Henry va me tuer !

Ils se ruèrent sur la terrasse où un spectacle atroce les attendait. Les yeux semi-révulsés, Angel succombait sous les mains nouées autour de son cou…

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MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptyJeu 14 Avr - 19:59

Rends la belle balle à la dame, ma chérie.

Instant de flottement général, ahurissement…c’était la voix d’Angel qui émanait de cette inconnue. Ils étaient trois à la dévisager, sans pouvoir masquer leur surprise, ce qui ne manqua pas de la faire se poser des questions.

Qu’est-ce qu’il y a ? Ce clebs m’a barbouillée, c’est ça ?

J.O essaya de reprendre un peu ses esprits et se montrer civilisé.

Je suis désolé pour le comportement de SaP…il est un peu enthousiaste.


Peu ? Franchement ! Mais enfin, on n’allait pas entrer en détails.

Permettez-moi de nous présenter…mon père, Howard Strang , mon frère, Henry, la petite miss est Diana et la menace poilue, SaP et moi…je suis James.

Certainement pas dans les règles de l’art mais on n’allait pas se mettre à décliner titres de noblesse face à une inconnue, en pleine plage.

La femme ne semblait pas plus convaincue pour ça et sans lâcher son sac, auquel elle semblait vraiment tenir, passa à se présenter, non sans certaine pompe :


Je suis Dolores McBain, plus connue sous le nom de La grande Dolores.

Impossible de s’y méprendre, la miss ne se prenait pas pour n’importe qui. Henry, plus versé aux mondanités, poursuivit, charmant :

Enchanté, chère Madame. Nous sommes navrés du désagrément causé mais il nous a semblé que… Seriez-vous voyante ?

La question devenait presque obligatoire après avoir vu l’attirail contenu dans son sac fleuri. Elle ne vit aucun mal à confirmer le fait.

Effectivement, mon beau monsieur. Sinon vous croyez que je me baladerais avec une boule de cristal ?

Elle ne laissa de les instruire sur l’usage quelle pouvait faire de sa boule de cristal au cas où et puis se dirigeant à …SaP, dit :

Au fait, vous ne vous êtes pas présentée, vous !


Une de deux, ou elle était parfaitement dingue ou elle voyait quelqu’un qu’eux ne voyaient pas. Il ne fallut pas se faire trop d’idées pour que ce soit clair, elle voyait Angel, la suite le confirma sans qu’il en reste de doute.

Eh, ma petite dame, faut pas pleurer comme ça ! Qu’est-ce qui vous met dans cet état ? Tenez, voici un mouchoir !

Sauf que comme on pouvait s’y attendre le mouchoir tomba dans le vide, ce qui eut pour résultat qu’ils la fixent avec encore plus d’intérêt .

Ben quoi ? Z’avez jamais vu quelqu’un lâcher un mouchoir ? J’parie que cette petite dame aimerait beaucoup qu’un de vous deux s’occupe d’elle, pauvrette !

J .O échangea un regard navré avec son père et frère. Miss McBain en toute évidence était en pleine conversation avec sa chérie invisible, à laquelle, à moment donné elle voulut donner un peu de réconfort ce qui ne donna rien d’autre que…rien. Que lui racontait sa vis-à-vis invisible, ils n’en surent pas grand-chose à part que cela émouvait la grande Dolores et tout tourna bizarrement quand elle vit le groupe qui approchait. Rose, Magnolia, Annabelle et…Angel.

Je vois double, maintenant !

Ils étaient restés là tout le temps, sans rien dire ni faire, à part avoir des idées sur la situation mais là, d’un même élan J.O et Henry furent près de la femme pour la retenir dans sa chute. On l’emmena à l’intérieur, suivis par ces dames qui se posaient pas mal de questions, auxquelles on répondit à la comme on peut.

SaP lui a sauté dessus…ça l’a remuée…en plus la chaleur…le soleil…

Magnolia lui avait décoché un regard interrogateur qu’il préféra ignorer la laissant plutôt prendre le commandement. Un instant après, Rose et elle s’affairaient autour de Dolores pour la ranimer. Il alla rejoindre son père et Henry sur la terrasse.

C’est extraordinaire, Il n’y a pas à douter, à moins que cette dame soit complètement folle, qu’elle a vu… l’esprit d’Angel !

Papa y voyait clair, tout autant qu’Henry.

Elles se sont parlé, j’en suis certain !

Lui, il ne savait où en donner de la tête, cette situation infernale menaçait de le dépasser.

Je ne sais plus où on va arriver, la…en tout cas, suis de l’avis qu’il serait mieux tenir…Angel à l’écart de cette Dolores…si ce qu’on soupçonne s’avère vrai, ça pourrait mettre sur avis Lewis…et alors Dieu seul sait ce qui se passerait…puisque tu as la côte avec…elle, Henry, essaye de la distraire un moment, le temps d’aller aux nouvelles et laisser les choses le plus au clair possible.

Howard Strang, lui, se chargea de distraire l’attention des dames Westwood en leur demandant de lui parler de leur domaine, ce que les deux femmes acceptèrent, ravis. Annabella était allée rejoindre sa mère, qui ne voulait pas trop se mêler aux autres, sous prétexte d’une migraine.
Dolores était allongée dans le divan, une compresse humide sur le front, mais parfaitement éveillée, quoique pas trop rassurée pour autant.

Fichez-moi la paix, je m’en vais !

Il se doutait bien que ce n’était pas à lui qu’elle s’adressait et s’approcha, essayant de paraître le plus tranquille possible.

Calmez vous, Miss McBain…on ne vous veut aucun mal mais si ce que je crois est vrai, vous seriez d’une aide précieuse pour aider à qu’Angel et moi…puissions parler. Vous…l’avez fait, tantôt…c’était sa voix qui venait de votre bouche…

Elle se redressa un peu, en ôtant la compresse et lui largua un regard, sans aménité, le temps de riposter :

Comment ça, j’ai parlé avec sa voix ? Ça m’a paru bizarre de flatter le cabot et de dire chérie à une mioche inconnue, mais…

La petite est la fille d’Angel…

S’en suivit ce qu’il supposa une conversation entre le « fantôme » et la medium.

*Cette situation est débile…c’est un cauchemar, ça !*

Est-ce que vous voyez bien Angel ?


Il interrompait ? Tant pis. Il devait savoir pour ne pas devenir fou. La voyante haussa les épaules.

Oui, elle est là votre Angel ! Assise à côté de moi, en train de me raconter des absurdités.

Absurdités ? Cela pouvait certainement le sembler mais pour leur malheur, il n’en était rien. Angel crût, sans doute, bon mettre Dolores au parfum exact de leurs misères. Elle sembla tour à tour intéressée et émue mais pas plus décidée à leur filer un coup de main pour autant. Désolant. Elle avait déduit qu’Angel avait très peur de l’usurpateur, non sans raison. Dolores n’avait aucune idée de comme s’y prendre, ni envie de s’en mêler non plus.

Trouvez-vous quelqu’un d’autre ! J’pourrais avoir un truc à manger ? Les émotions ça creuse !

En ce moment il n’avait qu’une envie : la mettre à la porte et oublier l’épisode, mais optant pour sembler poli jusqu’à la fin, l’invita plutôt à partager leur table pour le dîner avant de la guider vers l’étage pour qu’elle s’y rafraîchisse.

Je sais que tout cela vous semble débile, miss McBain…mais vous êtes sans doute notre dernier espoir. Si Angel vous a choisie, ce n’était pas un hasard…enfin, je ne peux vous obliger à rien. Le dîner sera servi dans vingt minutes, veuillez nous rejoindre en bas.

Que se passa t’il pendant ce dîner ? Il n’en sut rien. Une migraine atroce le taraudait depuis des heures. Stress, la seule explication pour lui, qui avait toujours joui, sauf catastrophe externe, de très bonne santé. Ses idées étaient fixées sur Angel, prisonnière de son invisibilité et le désir fou de l’avoir de nouveau, telle qu’elle avait été avant que toutes ces misères ne s’abattent sur eux. Il écouta, comme qui entend pleuvoir, le babil idiot de sa sœur Annabella, la réponse moqueuse de la voyante, la voix de sa mère réclamant un peu de sérieux, celle de son père, judicieuse. Rose et Magnolia se faisaient une bile affreuse et il s’en voulait de les avoir involucrées dans cette histoire sans pieds ni tête, sans se sentir le courage ni la force de raconter toute cette triste histoire.

Longue ligne de vie, mais… tourmentée… la chance est au rendez-vous, cependant ! Trois enfants… Vous n’en avez qu’une pour le moment. Faut croire que quelqu’un va se charger d’y remédier ! Je vois aussi un grand bouleversement… un… sacrifice qui…

Tiens, on était en plein numéro lignes de la main. Faisant un effort, J.O essaya de s’intéresser à ce qui se passait. La grande Dolores venait d’élucider les mystères de la paume d’Angel mais celle-ci n’agréait pas du tout, ripostant d’un ton âcre.

C’en est assez ! Balivernes ! Sachez, madame que je vais épouser James bientôt. Mais d’enfants point !

En cet instant précis, J.O sentit qu’il détestait la jeune femme de toutes ses forces et ne fit ni dit rien quand elle décida sortir prendre l’air.

Eh bien, c’est pas du gâteau, ce mec !
soupira Dolores.

Cette femme était la plus grande gueule du coin. Pas une des dames présentes ne rata le commentaire ni ce qui s’en suivit puisque la voyante semblait parler avec...le fantôme.

J’ai promis, j’ai promis mais j’ai un peu bu aussi ! Il serait temps que votre famille sache, non ?

Sache quoi ?
s’enquit Magnolia troublée, de que parle cette femme ? Bonté divine, James…trêve de mystères…dis nous immédiatement ce qui est en train de se passer ici !

Oui, oui…oui…il est grand temps !
, assura Rose, sentencieuse, secondée d’immédiat par Mme. La Duchesse, parle d’une bonne fois pour toutes…depuis votre arrivée que je dis à Magnolia que tu es très bizarre…et sauf votre respect, Votre Grâce…il n’est pas le seul.

Qu’est ce qu’il se passe ?
, s’enquit innocemment Annabella.

Comprenant au quart de tour, sans besoin d’en parler, Henry se leva pour aller rejoindre Angel et la maintenir occupée le temps de la mise à jour pour la famille.

Peu enclin à s’encombrer de dramatismes et mièvreries, J.O brossa un tableau rapide mais concret de la situation.


Et voilà où on en est…Lewis ne veut que se venger d’affronts vrais ou imaginaires, peu importe en ce moment…ce qui nous occupe est comment nous défaire de lui avant qu’il ne cause plus de mal…

Le Duc s’apprêtait à ajouter quelque chose quand la grande Dolores sembla secouée violemment puis la voix affolée d’Angel se fit entendre par sa bouche :

Vite ! Dehors ! Henry va me tuer !

Avec un juron, J.O se rua dehors suivi du reste de la famille. D’un bond, il fut sur son frère, l’écartant de sa victime déjà à moitié étranglée. Henry n’opposa aucune résistance quand son père le ceintura, au lieu de cela, il s’effondra en sanglotant, affolé :

Elle m’a obligé…elle m’a obligé !

Ranimée de maîtresse façon merci des baffes bien senties, « elle » reprenait ses esprits, outrée du traitement infligé. Pendant un instant, J.O fut tenté de finir avec ce qu’avait si bien entrepris Henry mais faisant un effort pour se montrer civilisé, prit Angel du bras pour, acte suivi, sans aucune commisération lui envoyer un rageur sort de sommeil profond, sans se gêner des regards horrifiés de l’assistance et surtout de ceux de la grande Dolores qui reconnaissait, sans mal, être face à un numéro trop grand pour elle.

Cebius…emmenez la dans sa chambre, mesures de sécurité extraordinaires. Vous me comprenez.

Le fidèle serviteur-ami hocha la tête et sans mot dire s’acquitta.

Mais que…que…signifie tout ce…cette baguette…ces mots…ce sommeil si profond…, balbutiait Dolores en cherchant où s’asseoir, qui...qui…ou mieux…que…diables êtes vous ?

Un sorcier !, admit J.O avec un sourire désabusé, comme presque tous les présents…mais ne craignez rien, Dolores, nous ne sommes pas bien méchants…pas tant qu’on ne nous cherche pas noise !

Il fallut rassurer la femme. Cette tâche incomba Mme. La Duchesse, qui s’en serait bien passée. Annabella la seconda de son mieux sauf qu’en débitant tant d’âneries qu’on craignit que l’effet ne soit contraire au souhaité.

Henry, plus calme, raconta par le menu ce qui s’était passé. Force fut de se convaincre que rien n’arrêterait Ethan Lewis dans sa folle quête de vengeance.


Il ira jusqu’aux extrêmes…il veut nous achever…peu importe comment, mieux si on s’entre-tue chemin faisant. Il n’y a qu’un remède…le tuer !

Magnolia laissa échapper un gémissement tout en serrant la main de Rose qui avait pâli. Leur petit garçon, si doux et adorable…parlait de tuer quelqu’un sans même s’émouvoir. Quel monde pourri ! Le Duc de Gilmore hocha la tête, reconnaissant cette alternative comme presque unique…en tout cas, il s’avouait déjà à court de meilleure idée.

Il doit bien avoir un moyen de se défaire de cette vermine sans arriver au meurtre !, dit doctement Henry.

Oui…et on voudrait tous savoir lequel ! Si quelqu’un connaît le moyen de soutirer cet esprit de son enveloppe charnelle sans lui causer de mal, pour après se laisser gentiment emprisonner…qu’il se lève et parle…moi, je sais plus rien…

Il existe un moyen !

Tous se retournèrent vers Cebius, qui une fois sa tâche acquittée, revenait rejoindre la compagnie. On le pressa de questions. La réponse les scia.

Connaissant Ethan, je pourrais assurer qu’il n’est que très peu satisfait du corps occupé en ce moment. S’il s’est approprié du corps de Mrs. Yates c’est bien parce que c’était l’unique recours à portée de main lors de sa mort…si on lui offre l’alternative d’en occuper un autre, plus dans ses vues, il n’hésitera pas.

Silence pesant, échange de regards circonspects. On avait beau faire semblant de n’avoir rien compris, l’alternative de Cebius, en plus de raisonnable…s’avérait bien être la seule.

C’est moi qu’il hait…, commença à dire Howard Strang, grave.

Oublie le, Papa…jamais de la vie. C’est mon retour qui a causé cette débâcle…si quelqu’un doit circonvenir Lewis, ce sera moi…

Henry sembla horrifié, pas autant que Magnolia et Rose qui sans comprendre comment se ferait cette transmutation débile, devinaient qu’il ne pourrait rien sortir de bon de tout cela.

Non…James…non, mon chéri !, supplia Rose en pleurant, tu ne peux pas…

Je dois le faire, Maman…c’est la seule façon de sauver Angel…et ma famille …

Mais et toi ?...Toi, tu te condamnes à une vie d’errance…comme cette pauvre chérie en ce moment, privée de son corps…tu…tu deviendrais un fantôme !!!, sanglota Magnolia, perdue toute maîtrise de soi.

Je ne laisserai pas que tu fasses ce sacrifice, James !, assura le Duc.

Je ne pensais pas te demander la permission, Papa…de toute façon, je ne pense pas me laisser déloger si facilement…s’il a réussi avec Angel c’est bien parce qu’il l’a prise au dépourvu… d’ailleurs, je suis sûr que Cebius n’a pas lancé l’idée comme si rien…Il y a bien un plan irrésistible derrière tout cela, non ?

Il y en avait un. Un plan très respectable, sûr et pratiquement à toute épreuve. Supposant que Lewis ne puisse résister à « l’offre », il abandonnerait le corps d’Angel et irait squatter celui de J.O. Prendre l’apparence de l’héritier devrait combler ses aspirations de pouvoir…du moins pour un moment.

Partant de l’idée qu’un déménagement de cette nature affaiblit, il sera assez démuni au moment de se retrouver dans sa nouvelle enveloppe comme pour ne pas être de taille à lutter pour déloger un esprit en pleine possession de ses forces et facultés. Quand la transmutation se complétera, nous, de l’extérieur devrons jouer de nos forces unies. Il existe un sortilège très ancien qui forcera l’esprit faible à se cheviller au plus fort, sans pouvoir le vaincre…donc Lewis sera assouvi même si actif. Il essayera de lutter et ce ne sera sûrement pas du joli…mais ne pourra pas échapper.

L’audience restait suspendue aux lèvres de Cebius, soupesant les pour et les contre de cette entreprise. Pour les deux moldues qu’étaient ces dames Westwood cela tenait de l’authentique sacrilège, pour les sorciers, la dernière échéance. Ce que ce bon Cebius tût pour les non initiés fut que J.O courait le danger de devenir fou en se partageant avec un hôte si indésirable, qui ne ménagerait pas d’astuce pour mater sa résistance.

Calmées à moitié, Rose et Magnolia, la mort dans l’âme se retirèrent enfin. Pour alors, SaP avait commencé à geindre en désespoir de cause, sans s’écarter de son maître.

Je sais que tu es là, Angel…que ce soit pour le meilleur ou pour le pire…tu seras libre…et je finirai bien par m’en tirer…

Henry aurait pleuré, le Duc était accablé, Cebius dissimulait ses sentiments…personne ne l’avait dit mais tous savaient que le moment venu, l’unique façon de rompre cette alliance fatidique serait…la mort.

Le dernier challenge était engagé…
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MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptySam 16 Avr - 11:18

Quelle situation affreuse ! Être éjectée de son propre corps, être là à se regarder agir sans pouvoir intervenir, voir ceux que l’on aime à distance…
Seul le chien captait sa présence ! La belle affaire. Pourtant, il y avait un espoir réel de pouvoir enfin communiquer : Miss McBain !
Dans cet état de fantôme, Angel percevait des choses impossibles avant. La femme vue sur la plage avait une sorte de halo autour de sa tête et elle l’avait saluée, ou du moins regardée. La tentation était trop forte de vérifier si… Et ça avait marché ! Angel était entrée dans Dolores puis avait pu parler au chien et à Di par l’intermédiaire de la voyante. Miss Grisham était trop polie pour investir longtemps le corps d’une personne sans son autorisation. Aussi, ressortit-elle très vite.
Son intervention, même courte, avait permis aux Strang de comprendre qu’Angel était bel et bien présente près d’eux. C’était un peu réconfortant. Elle avait tant de choses à dire, à J.O surtout !
Mais Miss McBain ne tenait absolument pas à se mêler de ça. On pouvait la comprendre…
Ensuite, il y eut cet horrible moment où Lewis obligea Henry à vouloir la tuer. Sans l’intervention musclée de J.O, il serait parvenu à ses fins. Se voir ensuite assez maltraitée par celui qu’elle aimait bouleversa Angel. Certes, le corps qu’il giflait était possédé par un esprit diabolique mais c’était quand même le sien…


*Il ne m’aime plus… *

Très abattu, le fantôme suivit le mouvement de repli vers le salon tandis que Cebius transportait la dépouille endormie à l’étage. N’étant pas idiote, Dolores réclama des explications quant à ce qui venait de se passer. Sans sourcilier, J.O lui annonça la couleur : ils étaient des sorciers. La pauvre voyante n’en revenait pas. Il fallut encore la calmer.

*ça m’étonnerait qu’elle reste après de tels traitements !*

Réunis, les Strang débattirent sur la meilleure solution à entreprendre pour se débarrasser de Lewis. J.O avait bien cerné le problème :

Il ira jusqu’aux extrêmes…il veut nous achever…peu importe comment, mieux si on s’entre-tue chemin faisant. Il n’y a qu’un remède…le tuer !


Triste constatation mais difficile d’entrevoir un autre choix.


De beaux discours s’échangèrent ainsi. Le retour de Cebius marqua un tournant de la conversation.

Connaissant Ethan, je pourrais assurer qu’il n’est que très peu satisfait du corps occupé en ce moment. S’il s’est approprié du corps de Mrs. Yates c’est bien parce que c’était l’unique recours à portée de main lors de sa mort…si on lui offre l’alternative d’en occuper un autre, plus dans ses vues, il n’hésitera pas.

*Tu ne nous apprends rien, mon ami ! C’est exactement ce qu’il voulait faire en obligeant Henry à me tuer !*


Bien sûr, son fidèle chevalier servant se porta aussitôt volontaire pour servir de réceptacle à l’esprit de Lewis. Le fantôme s’insurgea :

*Tu es fou, mon amour ! Tu crois Ethan si idiot ?*

Le duc de Guilmore et les mères de J.O se récrièrent également mais le jeune homme était très têtu : il ne se laisserait pas déloger aussi facilement qu’Angel l’avait été.

Selon la théorie développée peu après par le domestique, il « suffirait » que Lewis soit convaincu des « bonnes » intentions du receveur pour l’investir en douceur puis d’unir des forces extérieures afin de le retenir dans J.O qui devrait ensuite l'éliminer de façon irrémédiable.
C’en fut trop ! Angel en eut marre de les écouter discourir comme si elle n’existait pas !
J.O lui adressa pourtant la parole :


Je sais que tu es là, Angel…que ce soit pour le meilleur ou pour le pire…tu seras libre…et je finirai bien par m’en tirer…

*Noble coeur, va! Mais ça marche pas ainsi!*

Furtive, Angel se dilua jusqu’à l’étage où Miss McBain tentait de récupérer ses esprits en compagnie d’Annabelle et de la duchesse de Gilmore. Dolores allait en récupérer un, aucun doute.
Sitôt qu’elle vit Angel, la voyante sursauta en la pointant du doigt :


Vous, ne m’approchez pas ! Partez !

Vous savez très bien que je ne peux pas partir toute seule sinon ce serait déjà fait ! M’aiderez-vous ?

Non, ma petite dame ! Je vais d’ailleurs quitter cette maison de fous, si vous n’y voyez pas d’inconvénients !

J’en vois un, et un de taille : je ne veux pas ! Vous ne me laissez pas d’alternative.

Et hop, le fantôme investit Dolores contre son gré.
Le temps de saluer sa future belle-mère et la sœur de J.O, toutes deux éberluées de la transformation vocale de la voyante, Angel s’empressa de la diriger en bas.


Eh, oh ! Il est bien beau votre plan mais j’estime avoir mon mot à dire !

Un peu ahuris, les hommes se tournèrent vers une Miss McBain dans toute sa splendeur furibonde.


An… Angel, c’est toi ? s’ébahit Henry.

Qui voudrais-tu que ce soit ?... J.O, je t’embrasserais bien mais Dolores ne serait pas contente. D’ailleurs, elle ne l’est pas du tout.

Sortez de moi ! Sortez de moi, espèce de fantôme à la noix!

Ils virent la voyante se contorsionner en tout sens puis se calmer.

Vous voyez ce que ça donne un corps possédé par deux esprits ? C’est ça que tu veux devenir, mon amour ?

Nouvelles contorsions de Miss McBain :

Dolores restez tranquille ! Je ne vais pas rester longtemps en vous. J’ai pris votre corps parce qu’il faut que J.O sache ce qui l’attend et je tiens à expliquer ce qui s’est passé quand Lewis m’a investie.
Souvenez-vous de ce qu’il m’avait déjà fait ! Il m’avait pris ma volonté. Au moment de sa mort, il m’a appelée et m’a demandé de le laisser entrer… et j’ai accepté… Pourquoi ? Parce que lui mort, j’allais éternellement rester une sorte de poupée à peine animée. Il fallait agir vite et je n’ai pas eu le temps de réfléchir aux conséquences. Lewis s’est bien gardé de m’avertir qu’il allait me déloger de moi-même ! Mais il l’a fait… il est très fort. J’ai entendu toute votre discussion et j’ai remarqué quelques failles dans votre beau plan !


Qu’importe si les trois hommes étaient assez paf d’entendre la petite Angel se montrer si ferme, ils l’écoutèrent religieusement :

Il ne fait aucun doute qu’Ethan veut sortir de moi. Je ne lui plais pas et c’est tant mieux ! C’est ce qu’il voulait faire en obligeant Henry à me tuer tantôt. Je vous jure que je n’ai pas vu de porte d’entrée pour mon esprit alors que mon corps mourrait d’asphyxie. Ethan sait-il sortir sans que le corps qu’il habite meure ? Si ça tombe, la réponse est non. Alors, mon chéri, ton sacrifice serait vain, sauf si… si l’on parvient à me faire entrer AVANT !... oui, c’est ça. Je préférerai de beaucoup être dans mon corps quand Ethan en sortira sinon, je risque de ne pas pouvoir y entrer et tout sera raté, vous comprenez ?

Ils avaient l’air de piger le nouveau problème. Mais Angel n’avait pas terminé. Dolores s’énervait, son temps était compté. Elle obligea la voyante à cesser de s’agiter :

Fichez-moi la paix encore un peu Dolores ! Je tiens aussi à vous signaler qu’Ethan se sait démasqué mais qu’il ignore que je suis toujours dans les parages. En supposant qu’il accepte que je réintègre mon corps, il faudra ensuite que…

Un complément de plan s’échafauda rapidement et Angel quitta enfin Dolores. Que cette dernière veuille prendre ses cliques et ses claques sans demander son reste n’étonna personne. Il fallait pourtant qu’elle reste encore un peu !

On vous paiera largement vos heures de prestations, Miss McBain, insista le duc. Par votre intermédiaire, Angel peut communiquer.

On se doute que ce n’est pas gai pour vous, mais vous devez nous aider. Ne nous obligez pas à vous y forcer…

La menace d’Henry flotta dans l’air. Le bon sens fonctionna :

Bon, je reste un peu. Juste le temps de faire votre truc de je-ne-sais-quoi mais je vous jure que la note sera salée !

La mise en scène pouvait commencer.
Dolores, investie à nouveau par Angel, s’approcha du corps endormi sur le lit. Toute la chambre était sous contrôle de sortilèges puissants empêchant les effractions. Il était temps de réveiller la dormeuse. Un coup de baguette sur sa tête, Angel ouvrit les yeux :


Qu’est-ce que vous faites-là, vous ?

Je ne suis pas ce que vous voyez, Ethan.

La surprise totale se peignit sur les traits de Mrs Yates.


Angel ? Que faites-vous là ?

Oui, je suis toujours là... Depuis le début. J’attends que vous me rendiez mon corps, Mr Lewis.

L’autre haussa les épaules :


Et pourquoi je vous le rendrais ?

Parce que vous n'êtes pas bien dedans et qu’un autre plus intéressant vous attend.

Ah, bon ? Lequel ?

Celui d’Howard JR. Il est d’accord, il ne luttera pas contre vous, je l’ai… convaincu d’opérer cet échange. Par amour pour moi, il est prêt. Enfin… il sera prêt à condition que je sois rentrée…

Et je dois vous croire sur parole ? Quelle garantie ai-je qu’il se laissera faire ?

La porte s’ouvrit, J.O entra. En quelques mots, il confirma ce qu’avait annoncé Angel par l’intermédiaire de la voyante.
Manifestement, Lewis était tenté. Il redoutait cependant un piège. Un petit sortilège de persuasion le frappa sans qu’il s’en aperçoive. Alors, il agréa.
Aussitôt la porte de l’esprit ouverte, Angel s’y engouffra. Dolores libérée, s’enfuit à toutes jambes.


Je suis bien contente d’être enfin dans moi, déclara Mrs Yates par sa bouche. Tu peux te laisser investir, mon amour. Ça ne fait pas mal ! *Allez Ethan, allez jouer ailleurs, je vous ai assez vu !*


Deux esprits dans la même bulle immaculée se contemplaient.

*Pas d’entourloupe où vous mourrez Angel !*


*Qu’attendez-vous pour sortir ? J.O vous attend !*

*Justement… C’est trop beau pour être vrai. Aussi, je reste et toi tu sors !*

J.O, cria-t-elle désespérée. Il veut plus ! Il va m’éjecter ! Fais-le ! Fais-le !

Deux mains puissantes s’accrochèrent au cou de Mrs Yates qui commença à suffoquer.
L’esprit d’Ethan hésitait encore. Puis, sentant les fonctions vitales de son enveloppe s’affaiblir dangereusement, il se décida. De la fumée sortit des narines et de la bouche d’Angel pour se faire aspirer par les mêmes orifices du jeune homme. Au même moment, des gerbes d’étincelles jaillirent des baguettes des sorciers matérialisés. J.O lâcha prise et plia les genoux.
Henry releva Angel :


Ça va ? Tu n’as rien ?

Non, couina-t-elle en se massant la gorge. Je vais bien. Je suis là et lui n’y est plus. Vous l’avez eu ?

Le duc soutenant son aîné, lui tapota les joues :

Howard… James, ça va ?

Au rire dément qui fusa, l’assemblée sut qu’il n’en était rien…

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MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptyDim 15 Mai - 21:29

Alea jacta est…c’était bien le moment de le dire. Compliqué, tordu, entraînant des risques au-delà de l’imaginable mais la situation étant désespérée et celui là était le seul plan viable dont ils disposaient.

Eh, oh ! Il est bien beau votre plan mais j’estime avoir mon mot à dire !

Sursaut général. Personne ne s’était attendu à voir débouler miss McBain si bellement agitée en fait ils ne s’étaient pas du tout attendu à la voir débarquer, tout simplement…et encore moins à reconnaître la voix qui sortait de sa bouche.

An… Angel, c’est toi ?

Il en avait, des questions, ce cher Henry.


Qui voudrais-tu que ce soit ?... J.O, je t’embrasserais bien mais Dolores ne serait pas contente. D’ailleurs, elle ne l’est pas du tout.

Si la situation avait été autre J.O en aurait ri mais là, il ne s’en sentait pas l’esprit. Être investie par Angel ne finissait pas de plaire à la voyante, le spectacle de la femme se contorsionnant comme une folle en maudissant copieusement était navrant mais « l’intruse » finit par avoir le dessus et Dolores se calma un peu.

Vous voyez ce que ça donne un corps possédé par deux esprits ? C’est ça que tu veux devenir, mon amour ?

Il y avait pensé, personne n’avait dit que ce serait du gâteau mais il n’y a pas de victoire sans efforts.

Je ferai ce qui devra être fait…n’insiste pas, Angel…je connais les risques…et les prends !

Et voilà que Dolores recommençait avec ses contorsions mais Mrs. Yates savait se montrer très ferme à ses heures, allez savoir ce qu’elle dit à McBain pour qu’elle arrête de se tortiller et pouvoir poursuivre avec son exposé. Ses explications étaient claires, sans détours. Elle avait accepté l’esprit de Lewis lors de la mort de ce dernier dans le seul but de ne pas rester pour toujours comme une poupée presque inanimée, tout s’était déroulé très vite, sans donner temps à penser aux conséquences. Ethan Lewis avait tu ses véritables intentions : la déloger de son corps.

Mais il l’a fait… il est très fort. J’ai entendu toute votre discussion et j’ai remarqué quelques failles dans votre beau plan !

J.O et les autres l’avaient écouté sans interrompre mais arrivés là, James crut bon intervenir.

Il n’existe pas de plan infaillible et celui-ci est le seul que nous ayons. On sait que ce ne sera pas une partie de plaisir mais…

Mais elle n’avait pas l’intention de se taire. Qu’Ethan veuille sortir du corps d’Angel n’était pas pour déplaire à celle-ci. Bien sûr la méthode employée n’avait rien d’agréable ni engageant, il devait avoir mieux que se laisser étrangler par son futur beau-frère mais elle avait quand même eu le temps de faire une intéressante observation :

Je vous jure que je n’ai pas vu de porte d’entrée pour mon esprit alors que mon corps mourrait d’asphyxie. Ethan sait-il sortir sans que le corps qu’il habite meure ? Si ça tombe, la réponse est non.

Cette remarque si ponctuelle était digne d’être tenue en compte, ça se prêtait à réflexion. Henry soupira bruyamment. Le Duc marmonna quelque chose. Cebius baissa les yeux, contrit. J.O, lui se dévidait les idées à la recherche de quelque solution viable…sans la trouver. Sous les traits de Dolores, Angel devina les décours de son esprit.

Alors, mon chéri, ton sacrifice serait vain, sauf si… si l’on parvient à me faire entrer AVANT !

Avant…que la mort ne survienne ?, s’enquit Henry, à moitié horrifié.

Oui, c’est ça. Je préférerai de beaucoup être dans mon corps quand Ethan en sortira sinon, je risque de ne pas pouvoir y entrer et tout sera raté, vous comprenez ?

Oui. Tous comprenaient la teneur de ce nouveau problème d’autant plus que faisant encore patienter Dolores, Angel crut bon les renseigner sur le fait que Lewis se savait démasqué mais ignorait encore qu’elle soit dans les parages.

En supposant qu’il accepte que je réintègre mon corps, il faudra ensuite que…

Qu’on s’assure qu’il le quitte et prenne celui qu’on va gentiment mettre à sa disposition, J.O aurait voulu sonner moins laconique mais vu les circonstances on n’était pas précisément à la joie. Les autres se contentèrent de hocher doctement leurs têtes, convaincus qu’il n’allait pas céder d’un pouce dans sa décision. Un plan d’action fut rapidement établi alors que miss McBain s’énervait de plus en plus, obligeant Angel à mettre fin à son intrusion. À peine libérée la miss clama haut et clair, d’un ton frayant l’hystérie, qu’elle ne resterait pas un instant de plus dans cette maison de fous dangereux. Sa Seigneurie insista sur le fait qu’on avait besoin de sa présence vu que c’était la seule façon dont Angel pouvait se communiquer. Étant donné que l’exquise politesse du Duc ne sembla pas faire tout l’effet désiré, Henry prit les choses en main et ne se donna pas grande peine à voiler une menace. Cela fit son petit bonhomme de chemin dans l’esprit de la voyante qui finit par accepter assurant néanmoins que la note qui suivrait serait largement à la hauteur des inconvénients subis. Personne ne songea à discuter sur ce point.

Singulière procession celle qui s’achemina vers la chambre où était retenue Mrs. Yates. Dolores/Angel entra en premier, seule. Que se dit à huis clos ? Ceux qui attendaient dans le couloir pouvaient s’en faire une idée. Lewis ne se laisserait pas circonvenir si facilement mais Angel allait lui présenter des arguments de poids, restait à espérer que cela viendrait à bout de son opiniâtreté.


Ne faites pas cette tête…tout va aller bien !

Il aurait voulu en être sûr. Les sourires ternes de son père et son frère disaient large sur leur état d’âme. Un peu en retrait, Cebius hocha la tête et entama une prière. Une profonde inspiration avant d’ouvrir la porte. Il savait bien à quoi il s’engageait, supposer qu’aucune crainte ne l’habitait aurait été absurde.

Assise sur le lit, Angel/Ethan lui décocha un regard suspicieux teinté de hargne, qu’il ignora de son mieux. On pouvait commencer les négociations.

Bien, Mr. Lewis, vous avez déjà entendu la proposition faite par Angel. Je tiens à ratifier tout ce qui aura été dit. Je suis disposé…à laisser que votre esprit investisse mon…corps.

C’était répugnant en parler avec tant de détachement.

Ah ! Vous en avez des bonnes…et je dois vous croire sur parole !?, ricana l’odieux esprit, vous voulez me faire croire qu’un gars comme vous va, en toute joie de cœur, renoncer à son corps…comme ça, sans discuter ?

J.O soupira.

Je ferais n’importe quoi pour le bonheur d’Angel…ça vous devriez déjà le savoir. Vous avez rendu nos vies misérables au-delà de l’imaginable, vous avez privé Di de sa mère…cela doit finir…autant faire la seule chose qui est…dans mes possibilités. Je suis prêt…

Hum ! Je ne sais pas !

Arrêtez de finasser avec nous. Vous vouliez un Strang...vous l’aurez. Je suis l’héritier du titre, que diables voulez vous de plus ?

L’offre était plus qu’alléchante mais Ethan Lewis semblait avoir des gros doutes. Un petit sortilège aidant, il céda. Angel put enfin réintégrer son corps, Dolores, elle, vida les lieux à toute vitesse.

Je suis bien contente d’être enfin dans moi. Tu peux te laisser investir, mon amour. Ça ne fait pas mal !

Ça ne faisait pas mal. C’était simplement la fin de tout. Mais bien entendu, cela ne pourrait pas se passer si facilement. Le désespoir perça dans la voix d’Angel.

J.O, il veut plus ! Il va m’éjecter ! Fais-le ! Fais-le !


C’était exactement ce à quoi ils s’étaient attendus. Il détestait l’idée mais c’était leur dernière ressource.

Pardonne moi !
, souffla t’il en serrant son cou gracile entre ses mains, l’étranglant. Par réflexe, elle se débattit mais il était beaucoup plus fort et elle ne tarda pas à perdre les moyens, s’affaiblissant…mourant de sa main. Instants d’horreur pure. Lewis vit arriver sa dernière heure dans cette enveloppe défaillante et opta pour la sortie la plus logique. Il investit le corps de l’héritier Strang. Tout était réglé comme du papier musique, aussitôt les autres se matérialisèrent dans la chambre et lancèrent le sortilège qui chevillerait l’esprit de Lewis à celui de J.O, le privant de toute possibilité de fuite.

La sensation d’invasion fut si intense que J.O sentit ses forces flancher et tomba à genoux à deux pas de l’évanouissement. Quel chamboulement atroce. Il ne pouvait pas défaillir, il ne devait pas laisser à l’autre la plus minime possibilité de prendre le dessus.


Alors, mon petit…c’est pas agréable, hein !? Tu pensais que ça allait être si facile que ça !?...Tu me prends pour un idiot !?

C’était dément contempler « l’autre » qui le narguait, cynique.

Et toi ?...Tu es tombé en plein dans le panneau, Lewis ! Te réjouis pas si vite…Il me semble que tu n’as pas remarqué ce qui vient de se passer !

Hein !? Quoi !?


Il n’avait rien remarqué dirait on. Trop occupé à envahir ce corps plein de vie, il n’avait rien vu venir.

T’es condamné…jamais tu ne pourras quitter mon corps…et si je meurs, tu meurs avec moi !

Maudit !!! Maudit sois tu !!!, hurla l’autre, se démenant comme un dingue, essayant en vain de visualiser une sortie.

Cherche pas…il y a pas d’échappatoire !


Ah non !?...Alors…ce sera la guerre…Je suis fort, Strang…je suis très fort ! Tu n’es qu’un fat imbu de soi…un pauvre imbécile qui s’est laissé duper par cette femelle endiablée…elle t’a eu aussi…elle a son joli corps et toi…

Comme en songes, J.O sentit son père lui tapoter les joues pour le ranimer.

Howard… James, ça va ?

Tiens. Papa se fait de la bile pour son enfant !, glapit Lewis en riant comme le dément perdu qu’il était.

Et c’est ce rire maudit que les autres entendirent, horrifiés, alors que l’esprit de J.O chancelait sous l’attaque brutale et savante de ce colocataire indésirable.

Il y beaucoup de moyens de circonvenir un esprit, petit…et je suis plein de talents insoupçonnés. Toutes ces années à peaufiner ma vengeance…tu croyais que ce serait comme souffler du verre…pauvre naïf !!! Elle t’a roulé, je te le dis…mais regarde la, n’est elle pas attendrissante dans les bras de ton frère qui la console si bien !?

Angel à demi évanouie était soutenue par un Henry plus préoccupé qu’autre chose. Il n’y avait rien d’irrégulier ni blâmable dans cette attitude.

Ferme là, Lewis…Mauvaise tactique, j’ai confiance en Angel…et en Henry !

Oui, bien sûr…c’est beau la confiance. Attends un peu et tu y verras plus clair…

Tu n’arriveras pas à me pourrir l’entendement.


Nouveau ricanement du coloc.

Suis patient…très patient !


Va te faire foutre et fiche moi la paix.


Il se redressa, s’appuyant au bras de son père, en se sentant vaseux mais essaya tout de même d’offrir une mine moins accablante.

Ça…va aller !

Mais personne ne le crut. Blême et chancelant, il fit la tentative de s’approcher d’Angel mais l’esprit qui partageait son corps l’en empêcha.

Laisse moi bouger !!!

Tu dis être fort…prouve le !, nargua l’autre, tu vois là…je contrôle tes mouvements…ce qu’on va rigoler…

James…que se passe t’il ?

Il…contrôle…peux pas…bouger !!!


Instant de désespoir. Cebius s’approcha.

Vous êtes le maître du jeu, imposez vous, maître James !


Facile à dire. Mais le fidèle ami-domestique savait vraiment ce qu’il disait. Suivant ses doctes conseils, J.O parvint à contrôler sa respiration, calmer la panique qui menaçait de tout engloutir et reprendre peu à peu la maîtrise de son corps.

Pas mal, le domestique !, railla Lewis, d’une voix néanmoins affaiblie.

Ce fut comme si « l’autre » s’était assoupi, quelque part, dans un recoin de lui-même, le laissant seul. Mais il ne fallait pas rêver, J.O savait bien qu’au moindre signe de faiblesse, Lewis profiterait pour reprendre le dessus. Dès cet instant commença une petite guerre privée pour le contrôle de soi- même. Lutte sournoise et silencieuse livrée dans les tréfonds de son moi profond, là où se terrait l’ennemi.

Reprendre une existence normale devenait un hors’ lieu pénible. Chercher à retrouver le fil de l’idylle avec Angel s’avérait torturant, Lewis profitait de ces moment de doux égarement pour se pointer, maligne, insinuant dans son esprit des insanités innommables, engendrant des doutes fallacieux là où il n’y avait rien à suspecter, le confondant, troublant son entendement, l’affolant. De tendre il passait à brusque, pouvant même se montrer désagréable pour un instant après s’éperdre en explications de plus en plus embrouillées ou finir par rire comme un dément. Dormir s’avérait une aventure incertaine, peuplée de cauchemars ou un fait impossible parce que son colocataire s’arrangeait pour ne pas lui permettre un instant de repos. Cette lutte interne le minait lente mais sûrement. SaP ne l'approchait qu'avec suspicion et grognait parfois en lui montrant les dents. La petite Di le craignait et se maintenait toujours accrochée à sa mère. Tous étaient sur le qui vive, sans savoir à quoi s'en tenir. Lui, le premier.

Noël se passa à la comme on peu, dans l’intimité stricte de la famille. Le Nouvel An se pointait sans qu’on ait entrevu un instant de vrai paix. Il dépérissait à vu d’œil, chaque jour plus instable. De rogue et fermé il pouvait passer à un état de délire total qui frayait presque la folie la plus nuisible, se livrant à des actes insensés et parfois répréhensibles.

Je crois…que pour le bien de tous, je dois me maintenir éloigné, dit-il, dans un de ces moments de lucidité totale, je vais partir…

Tu ne peux aller nulle part, pas comme cela !
, dit son père, tu as pris la responsabilité de ce risque pour sauvegarder Angel et ta famille, nous ne te laisserons pas l’affronter seul !

Papa, Lewis est fou…tu ne sais pas ce que c’est voir un esprit dérangé dans ta tête…

On étala tous les bons arguments existants pour le faire changer d’avis et il sembla capituler. Le répit dura très peu.

J.O n’est pas dans sa chambre…ni nulle part ailleurs !
, informa Henry, l’air dépité, je l’ai cherché partout et…une des voitures n’est plus à sa place…Je crois qu’il a pris la poudre d’escampette !

Alerte générale. C’était le dernier jour de l’An. On ne savait plus où en donner de la tête quand le téléphone sonna. Magnolia qui y répondit encaissa seule la nouvelle qu’on lui livra, sans détours ni considérations. Pâle comme une morte, près de s’évanouir presque, elle parvint à rejoindre les autres au salon. Celia Strang laissa échapper un petit cri alarmé en la voyant chanceler, Henry bondit la soutenir en même temps que le Duc. Rose, proie d’un fol émoi accourut près de sa sœur.

Seigneur, Magnolia…tu es toute chose…que se passe t’il ?...Qui était ce au téléphone ?

La…la Police…on a arrêté James…il…a provoqué un accident…ivre…il s’est résisté …

Mon Dieu…où est-il ?

En…prison !


L’officier de garde, ce soir de la St. Sylvestre n’avait aucune envie de se laisser impressionner par le nom Westwood, ni par un Duc anglais, en fait par aucune de ces personnes exquises qui se pressaient au comptoir en plaidant pour qu’on libère l’ivrogne de service qui pour alors gueulait comme un fou dans sa cellule.

Il va nulle part. Pas ce soir, croyez moi…il attendra voir le juge Johnson…mais pour ça faudra attendre au moins le 2 janvier…ça lui fera pas de mal, dans cet état, il est pas bonne compagnie!!!

Le juge Johnson est un vieil ami de la famille, assura, Magnolia, très digne , il connaît J .O depuis des années.

L’officier Camdem s’esclaffa.


Bonne chance alors…si vous arrivez à le faire signer un ordre de liberté sous caution ce soir même, il y a des chances pour que vous récupériez…ce fou furieux !

Richard Johnson signa l’ordre tout juste parce qu’une vieille et solide amitié le liait aux sœurs Westwood. Laisser en liberté un ivrogne irresponsable et agressif par surcroît ne lui disait rien de bon. Que le charmant jeune homme qu’il connaissait depuis l’enfance ait été capable d’un comportement pareil le déroutait mais Rose, au bord des larmes avoua que leur adorable fils était victime d’une étrange doléance qui affectait les nerfs, qu’il avait profité d’une seconde d’inattention pour prendre la clé des champs, etc. Il leur fit pratiquement jurer de se présenter au tribunal mais que J.O encourait le risque d’une belle peine même si s’agissant de son premier délit…
Howard Strang faillit pleurer en découvrant son fils, affalé dans un coin, sanglotant hagard. La crise de folie furieuse avait cédé place à un abattement pénible, chavirant.

Pas voulu…pas voulu…sors le de là, Papa…sors le de là !

Un rire fusa. Celui du triomphe…Lewis célébrait à sa façon le nouvel An...



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MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptyMer 18 Mai - 21:32

Quelle sensation étrange de se retrouver soi-même. Sur le coup, Angel se sentit presque intruse dans son propre corps, comme quelqu’un qui a longtemps abandonné sa maison occupée par un étranger, et y revient un beau jour. L’ennui c’est que Lewis changea d’avis. Mourir des mains de celui que l’on aimait… C’était la seule solution pour se débarrasser d’Ethan.

Pardonne moi !

Se sentant acculé, Lewis décampa et s’insinua dans J.O consentant.
Soutenue par Henry, Angel reprit complètement possession de son corps en douceur une fois l’indésirable échappé.
Sa principale préoccupation fut bien sûr l’état de J.O.
Le pauvre semblait assez mal encaisser la présence d’un co-locataire. Dans un grand effort, il se redressa
:

Ça…va aller !


ça… n’en avait pas l’air du tout. Angel le vit esquisser un mouvement vers elle sans y parvenir. Tous lui demandèrent ce qui se passait.

Il…contrôle…peux pas…bouger !!!

*Pas ça ! Pas ça !*

Effrayée au-delà des mots, la future Mrs Strang paniqua. Cebius, le brave domestique, rappela J.O à l’ordre :

Vous êtes le maître du jeu, imposez vous, maître James !

Oui, mon amour ! Résiste, fous-lui une raclée !

Les traits de J.O s’apaisèrent, son corps se détendit. Enfin, il put la serrer dans ses bras et lui murmurer les mots d’amour tant attendus.
Evidemment, croire que ce serait aussi simple tenait du rêve.
Par moment, l’héritier du duc de Gilmore était tel qu’il l’avait toujours été : doux, attentif et prévenant. En ces instants, l’illusion était parfaite et Angel se permettait d’y croire en lui rendant ses démonstrations d’affection. Hélas, jamais Lewis ne lâchait prise comme s’il s’amusait beaucoup à empêcher le couple de se satisfaire intimement.
Parfois les yeux de J.O exprimaient de la haine envers sa fiancée. De quoi l’effrayer, et les propos tenus alors frisaient la démence. Toujours, la jeune femme tenait alors de le raisonner :


Mais non, mon chéri. Henry n’est pas amoureux de moi ! C’est cette crapule qui te brouille l’esprit.

La vie n’était pas simple. La pauvre Di ne savait plus sur quel pied danser. J.O savait se montrer si amical pour l’instant d’après la rabrouer comme plâtre. SàP aussi craignait son maître et faillit le mordre plusieurs fois. On savait ainsi qui dominait dans le corps de l’aîné des Strang.
Certains jours, J.O ne mangeait rien, sa bouche lui refusait tout service. D’autres, il dévorait à s’en rendre malade. Situation éprouvante, s’il en est.
Dans les fatales discussions familiales suivant cette possession volontaire, Howard Sénior ne cachait pas ses frayeurs :


J.O ne tiendra pas… Avec ce fou dans sa tête…

Il faut faire dormir James ! insista Angel. J’ai essayé des sortilèges mais j’ai l’impression que même avec son corps au repos, J.O doit lutter tout le temps…

On tenta la potion du sommeil sans rêves, cela sembla fonctionner… à peine.

Joyeux Noël ? Tu parles d’une fête ! Nul n’osa sortir en compagnie de J.O dans cet état. On se contenta donc d’un dîner de réveillon sans échange de cadeaux sauf pour Di. Personne n’avait envie d’être hypocrite un jour pareil.
La semaine entre les fêtes ressembla aux autres jours. Angel apprit de la bouche de son futur beau-père quelles étaient les intentions de J.O.


Partir ? C’est de la folie ! On doit pouvoir le garder à l’œil tout le temps ! Il est capable de faire n’importe quoi.

On ne va pas l’attacher quand même ?

Et pourquoi pas ?

Parce que… ça ne se fait pas ! C'est mon fils! Il mérite d'être traité mieux qu'un chien.

Fâchée, Angel lâcha :


Vous préféreriez qu’il transplane dieu sait où ?

On l’a privé de baguette ! Il ne saurait aller nulle part sans ça !

L’esprit qui l’habite est tortueux à souhait. Il peut lui faire faire n’importe quoi. Je vous en prie, Mr Strang : attachez-le !

Non, Angel. Ecoutez, mon petit, je sais que ça part d’un bon sentiment mais je reste persuadé que James sera le plus fort. Nous sommes tous à cran depuis quelques temps… tâchez de vous reposer.

Elle haussa les épaules et monta s’enfermer dans sa chambre y pleurer autant que gamberger.
Un court répit dans l’attitude de J.O endormit leur méfiance jusqu’au jour de la St Sylvestre où, paniqué, Henry s’écria :


J.O n’est pas dans sa chambre…ni nulle part ailleurs ! Je l’ai cherché partout et…une des voitures n’est plus à sa place…Je crois qu’il a pris la poudre d’escampette !

On s’affola un peu. Alors qu’excédée Angel voulait envoyer son patronus en prospection, le téléphone régla la question : J.O était en prison pour conduire en état d’ivresse et résistance à agents !
Bien des pourparlers furent nécessaires afin de libérer le contrevenant. Forte caution à l’appui, l’influence de Rose Westwood auprès du Juge joua en faveur de son James.
Quand Angel le vit apparaître au poste, soutenu par son père, elle faillit défaillir tant il avait mauvaise mine. Dans son regard, le vrai J.O semblait déjà éteint.


*On ne peut pas laisser faire ça ! Lewis a l’air de se foutre de mourir s’il peut pourrir la vie de tous et celle de J.O en particulier !*

On calma le forcené et le duc dut admettre qu’Angel avait eu raison de vouloir séquestrer son fiancé.
Bonne année, tout le monde ! Aucune agape ce soir-là mais conseil de famille tandis que J.O était enfermé à l’étage.

Tous émirent leurs idées, suggestions. Angel avait les siennes, elle ne les dévoila pas de peur d’être mal comprise. Elle but un peu de champagne pour se donner du courage en annonçant
:

Je vais partir quelques jours…

Sa future belle-mère tiqua un peu, se demandant sûrement quel genre d’épouse était-ce là qui abandonnait le navire en plein naufrage.
Rose et Magnolia se montrèrent plus compatissantes
:

Tu as besoin de repos, ma chérie, c’est vrai. Tu en as vécu des vertes et pas mûres depuis des mois…

Où veux-tu aller ?

Chez ma grand-mère Rose. J’y laisserai Di avant de revenir. L’atmosphère ici n’est pas bonne pour elle !

L’argument porta : on lui ficha la paix. Henry se proposa pour l’accompagner, elle le remercia mais refusa.

Veille sur J.O, Henry. Il ne faut pas qu’il sorte… Il pourrait devenir violent ou faire d’autres bêtises. Je serai vite de retour.

Le jour de l’an, elle osa mettre un pied dans la chambre où J.O était séquestré. Ça lui fendait le cœur de le voir ainsi, réduit à l’état de loque humaine :

Mon amour, je vais conduire DI chez Mamy. C’est le plus raisonnable…

Ce qu’il lui débita n’avait rien d’un discours amical, encore moins amoureux.


Ethan Lewis, vous êtes l’être le plus abject que je connaisse. Vous pouvez être sûr d’aller griller en enfer bientôt !

Un rire dément chargé d‘obscénités fusa dans son dos jusqu’à ce que la porte se ferme.

Di ne demanda pas mieux qu’un changement de décor. Elle aurait voulu emmener SàP, Angel arrondit les angles :


J.O a besoin de lui, Di.

Il est méchant papa. Qu’est-ce qu’il a ?

Il n’est pas lui-même pour le moment mais il va revenir, je te promets. Tu verras, chez Mamy c’est le paradis.

Tout le long du voyage les emportant vers l’Angleterre, Angel narra sa jeunesse auprès de sa grand-mère, de quoi convaincre l’enfant qu’elle allait s’amuser comme jamais.
Rose Penventies était un trésor de joie et d’amour. Elle reçut sa petite-fille et Diana à bras ouverts.
La mine allongée d’Angel, ses pleurs, lui déchirèrent le cœur quand Mrs Yates lui narra brièvement un résumé des faits.


Tu as raison d’éloigner Di de tout ça, ma pauvre chérie. Je croyais que tu étais heureuse avec J.O…

Je le serai, Mamy. J’ai… un truc à faire pour ça. Garde Di, s’il te plaît. Je reviendrai la chercher quand… ce sera fini.

Rose n’insista pas quant aux projets de sa petite-fille. Depuis le temps, elle la savait têtue quand elle le voulait.
Nouveaux au revoir, Angel s’envola, seule.
Le quatre janvier, Mrs Yates débarquait aux Bermudes. Situation cavalière que d’arriver ainsi. Son patronus expédié en reconnaissance lui avait confirmé la présence des De Brent sur leur île.
Claquée par son voyage, Angel se promit d’utiliser un portoloin pour le retour.
Lorsque sa voiture de location freina devant la grande villa visée, Angel tremblait légèrement. Quel accueil lui réserveraient ces gens ? Peut-être aurait dû s’annoncer ou alors passer par l’intermédiaire de Justin Davenport ? Elle avait revu ce dernier au mariage de ses amis les Green avant qu’ils n’embraquent pour l’Afrique du Sud. Que d’aventures n’avaient-ils pas vécues ensemble ? Elle s’en souvenait comme si c’était hier… Notamment d’une croisière sur le beau bateau de Justin. Puis, évidemment, de son mariage avec Preston…
Là, elle avait rencontré Alix Blackstorm. Pas invitée, l’ex-mangemorte y avait atterri en catastrophe avec son amant de l’époque : Max Von Falkenberg. L’opprobre était palpable dans l’assemblée. Il était clair qu’une histoire traînait entre cette grande femme et Michael De Brent. Via Justin, Angel connaissait beaucoup de choses sur ceux-là. Elle sonna.
Une domestique vint ouvrir, la jeune femme s’enhardit :


Bonsoir, j’aimerais parler à Mrs De Brent.


Qui la demande ?

Angel Yates-Grisham. Je suis une ancienne amie de Michael et Justin.

Voilà l’autre qui fondait en larmes :

Ce pauvre Mr Davenport ! Entrez, je vous prie. Je vais avertir Madame.

Assez secouée, Angel entra dans le hall. La porte se ferma, la soubrette disparut en pleurnichant.

*Pauvre Mr Davenport ? Serait-il arrivé un malheur ? *

Perplexe, elle n’attendit pas longtemps avant de voir l’ex-mangemorte se pointer. Rien dans son attitude n’était amène. De quoi faire trembler Angel davantage. La dame de céans avait l’air d’avoir pleuré également. Elle dissimulait bien ses sentiments pourtant :


Mrs Yates ? En quoi puis-je vous être utile. Je ne vous cacherai pas que vous tombez très mal !

Je… Je m’en excuse, Mrs De Brent. C’est que… la situation est aussi urgente que… délicate. Pourriez-vous m’accorder un moment. J’arrive de Londres où je n’ai fait qu’un saut depuis St Thomas. Je ne serai pas longue.

Pas à dire quelque chose clochait ici. D’autant qu’elle s’en souvienne, Alix Blackstorm était toujours très maîtresse d’elle-même. Or là…
Elle l’entraîna dans une pièce ressemblant à un bureau. Les femmes s’assirent.


Je suis désolée de vous recevoir ainsi… Nous sommes très perturbés et affectés par ce décès… si…

Dé… Décès ?


Justin est mort ce midi, vous l’ignoriez ? Suis-je bête, comment le sauriez-vous ? Angel, ça va ?

Ça n’allait pas du tout. Sans le revigor de Mrs De Brent, Angel se serait évanouie. Alix fut sèche :

C’est trop long à expliquer. Vous comprendrez que Michael soit dans un état épouvantable…

Je… je suis tellement… mais.. je suis ici parce que… j’avais espéré que vous pourriez m’aider, nous aider mon fiancé et moi. Justin (voix étranglée) Justin m’avait appris qu’à un moment, Michael avait été déclaré mort… c’était son demi-frère Damian le responsable et…

Ho, là, là ! Elle venait de gaffer. Exorbitée, Alix la foudroya du regard. Ce fut tout juste si Angel ne se prit pas une baffe.


ON NE PARLE JAMAIS DE ça ICI !


Je… je suis navrée. Je n’ai aucun autre recours : vous êtes la seule spécialiste en magie noire que je connaisse. Mon fiancé est possédé par un esprit malsain. Pour s’en débarrasser… il doit mourir et… Je ne veux pas qu’il meure ! Si vous connaissez un sort… une potion, que sais-je, qui pourrait l’aider, je vous en supplie, donnez-les- moi.

Redevenue maîtresse d’elle-même, Alix soupira :

Je ne peux rien vous promettre pour le moment. Je dois réfléchir. Dans les circonstances actuelles…

Angel se leva péniblement :

Je compatis. Transmettez à votre époux ma sympathie. J’aim… J’appréciais beaucoup Justin. Excusez-moi de vous avoir dérangée.

Les dons d’hôtesse d’Alix reprirent le dessus :

Il est tard, je manque à tous mes devoirs. Vous avez fait de longs voyages. Restez cette nuit. Je vais donner des ordres. Voulez-vous manger ou boire quelque chose ?

Mrs De Brent…

Appelez-moi Alix.

Alix, merci mais je…

Il n’y eut rien à opposer. Angel passerait la nuit à la villa. Pas à dire, elle était tombée tel un cheveu dans la soupe. Une de ses potions personnelle la soulagea afin de gagner un repos mérité après avoir absorbé un encas. Au matin, elle était habillée de pied en cape, et bien décidée à s’échapper discrètement quand Alix pénétra dans sa chambre sans frapper :

Ouf, vous êtes encore là. Je craignais que vous n’ayez vidé les lieux.

C’était mon intention, je vous ai assez dérangés ainsi.

Vous n’y êtes pour rien. Je m’en veux de vous avoir si mal reçue hier. Tenez !

Un feuillet se tendit. Il s’agissait ni plus ni moins de la recette d’une potion complexe. Effarée, Angel la détailla en secouant la tête.

Je ne saurai pas la faire. Mes capacités… les ingrédients…


Plusieurs flacons s’ajoutèrent :


Les trois quarts « bizarres » sont prêts. Je suis certaine que vous la compèterez convenablement, Angel. Bonne chance !

Emue, la jeune femme remercia son aînée dans une brève accolade. Ses effets rangés, un portoloin brilla ; elle s’évapora.

La villa des sœurs Westwood était d’un silence… mortel lorsqu’Angel y atterrit. Un doute affreux la transperça. Serait-il advenu un malheur pendant son absence ?
Abandonnant son bagage sur place, elle courut comme une folle à travers la demeure silencieuse.
Dans le salon, personne. Tout le rez-de-chaussée était désert. Les jambes lourdes, Angel se força à grimper l’escalier. La porte de la chambre de J.O l’attira tel un aimant. Elle posa la main sur la poignée puis suspendit son geste. Revenant lentement sur ses pas, elle commença à visiter les chambres une à une. Rose dormait à poing fermé, Magnolia aussi. Angel se rassura un peu. Quand elle toqua au panneau de Henry, nul ne lui répondit. Elle ouvrit et resta sidérée devant le carnage de la pièce. Tout était chamboulé comme si une tornade avait sévi. Au sol : deux corps. Cebius, front ensanglanté, étreignait Henry dans un geste protecteur.
La gorge nouée, les larmes coulant sans qu’elle s’en aperçoive, Angel se pencha sur les victimes. Elle soupira d’aise en constatant des signes vitaux chez les deux inanimés.


*Que s’est-il passé ici ?*


Elle eut beau secouer Henry et le domestique, aucun ne réagit.

*Sa mère… son père…*

Mrs Strang dormait paisiblement… si l’on peut dire. Quant à Howard, pas de trace.

Spero patronum !

Raté.

Spero patronum !

Elle dut s’y reprendre encore trois fois avant d’arriver à former son patronus tant elle était énervée. Ils étaient à la plage…

Triste spectacle que celui d’un père effondré de chagrin, livré à la folie meurtrière de son propre fils. Les intentions de Lewis-J.O étaient parfaitement claires. Il poussait son père engourdi vers les eaux profondes.
Se manifester ? Ah non ! Il est des circonstances où même l’amour le plus fort doit baisser les armes pour en prendre d’autres.


STUPEFIX !

Frappé par derrière, J.O s’écroula.

Howard ! Howard ! Arrêtez, vous allez vous noyer !

Mince, le sortilège l’envoûtait totalement. De gestes précis, Angel parvint à sortir son futur beau-père du bouillon salé.
Lorsqu’il se remit de ses émotions, écroulé sur le sable près de son fils inanimé, le duc de Gilmore avoua, haletant :


Merci Angel ! On a eu de… durs moments. Sais pas comment il a eu cette baguette mais il s’en est servi sournoisement. Comment vont les autres ?

Pas trop mal. On va transporter J.O dans sa chambre et l’y renfermer puis on fera le point.

Mr Strang avait repris assez d’assurance pour prendre les choses en main. J.O cloîtré, la maisonnée réveillée, les blessés soignés, on se réunit à la salle à manger devant un déjeuner express.

En tout cas, ton retour est une bénédiction, Angel, dit Henry en se massant la nuque. Il a bien failli nous avoir, ce salaud !

Ce n’est pas de sa faute, pleurnicha Rose.

On le sait, assura le duc. James est fou, maintenant… Où étais-tu Angel ? Mamy Rose nous a dit que…

Je suis allée chez des amis et j’ai peut-être LA solution. C’est complexe et probablement dangereux mais… Je vais m’y mettre et préparer une potion… spéciale. On la lui fera boire de force au besoin…
Je travaillerai seule. Cependant, il me faut des ingrédients…


Les Strang et Cebius partirent en chasse une fois la liste énoncée.
Il fallait deux nuits pour que la mixture soit prête

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MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptyJeu 26 Mai - 11:21

Rêver ! Si au moins il avait pu rêver d’elle, des merveilleux jours des premiers temps. Précieux souvenirs. Son sourire, son rire, l’éclat de ses yeux…les folies de SaP qui avaient fini par les réunir. Di…la tendresse…

Elle te tient !
, ricana l’autre, mauvais, s’immisçant dans ses souvenirs, elle t’a eu et maintenant pense comment te remplacer…c’est tentant, être duchesse, elle voudra pas rater l’opportunité. Ils doivent se donner du bon temps alors qu’on te tient enfermé…

Tais toi !

Fais moi taire, si t’es si fort, rire dément, t’es pas fort…c’est fini…t’es qu’un triste con, petit Strang…

Qui sait s’il n’avait pas raison. Cela faisait combien de temps déjà que durait ce cauchemar ? J.O n’en savait plus rien. Trop, en tout cas. Le vague souvenir de ses dernières frasques se fraya passage dans son esprit. C’était quand ? Le soir de la St. Sylvestre…

La belle année qui commence, avait ricané Lewis, réagis un peu, bon sang…quel amorphe tu fais ! Accepte le, on est là et on peut pas faire autrement...c’est toi qui l’as voulu, en plus… alors, essaye plutôt de t’entendre avec moi…on peut pas mal s’amuser !

Va te faire foutre !


On ira ensemble, pas façon autrement…Tu sais, depuis le temps que j’ai envie d’une femme…d’une vraie…parce que la petite, là…ça ne donne rien…

J.O luttait pour ne plus entendre cette voix, pour ne plus sentir la présence insidieuse de son colocataire mais il avait perdu trop de forces déjà et savait qu’Ethan Lewis prenait rapidement le dessus. Sa résistance, minée chaque jour un peu plus, ne tiendrait pas bien longtemps face à ces attaques si pleine de hargneuse haine.

Pour Ethan, cela allait tout autrement. Son état d’esprit itinérant n’avait certes rien d’enviable mais avoir investi le corps du jeune Strang était une aubaine qu’il n’allait pas gaspiller. Il savait que cela n’allait pas durer longtemps, l’héritier ducal, sa proie de choix, se laissait aller, faiblissant à vue d’œil mais pour Lewis cela importait peu. La seule chose qui l’intéressait depuis que la vie lui avait privé de son bonheur n’était autre que faire le plus de mal possible à ce demi frère tant envié, tant haï. Voir Howard Strang, duc de Gilmore se consumer de désespoir face à la souffrance de son fils le délectait, l’emplissait d’une satisfaction au-delà de l’imaginable, son désir de vengeance exacerbé au maximum. Il voulait voir son demi-frère détruit, annihilé et y réussissait de magistrale façon. Sa propre mort serait son chant du cygne puisque ce faisant il priverait à jamais le duc de Gilmore de son fils bien aimé…

Vicieux, tordu, cruel et sans rien à perdre peut on rêver mieux pour prendre sa juste revanche !? Il riait sous cape, ce matin là en prenant sa décision. Il laisserait souffler Howard Jr. Il se ferait tout petit, discret juste le temps de lui laisser reprendre son souffle, de le laisser penser que…

*Ce ne sera que mieux…après !*

J.O avait ouvert les yeux. Le soleil brillait déjà avec éclat. La matinée devait être avancée. Serait ce possible qu’il ait dormi ? Qu’il se sente si…reposé ? Sa tête si claire ? Cela faisait si longtemps que cette sensation d’être enfin lui-même lui échappait…

Dis donc…enfin réveillé, toi…on commençait à se faire des idées !

C’était Henry, qui s’approchant du lit, l’examina, mine de rien, très attentivement.

Tu…es là ?

Oui…suis là !, il se redressa lentement et resta assis sur le lit, que…se passe t’il ?

Son frère cadet haussa les épaules, quelque peu désabusé et il ne put laisser de remarquer son air assez défait.

Se passer ?...Que dire ?...J’en sais trop rien…tu sais, depuis un temps, on en a pas idée d’où on en est…c’est à toi qu’on devrait demander…ça va ?

J.O se passa la main sur le visage d’un geste las.


Je…crois, oui. L’entends plus…


Oui, t’as l’air normal…Enfin…si on peut dire ça. Tu es sûr…qu’il…Mais enfin, on peut pas savoir…quoique tu as dormi vraiment comme un bébé…pour une fois.

J.O ne pouvait pas s’y méprendre. Son frère sonnait désenchanté, fatigué, à bout…

Henry…voulais pas…causer tant de…

Dis rien, mon vieux...dis rien. On sait tous par ce que tu passes…Tu dois avoir faim, ça fait des jours que tu ne manges pas convenablement…

Il reconnut avoir un petit creux et cinq minutes plus tard Cebius se présentait en apportant un plateau petit déjeuner somptueusement garni.

Vous avez meilleure mine, maître James.

Vais avertir Papa !, et Henry sortit à toute vitesse.

Cebius servait le café, grave comme un évêque.

Ça…ça…a été trop moche ?...J’ai du mal à…fixer mes idées.

Le fidèle domestique hocha la tête, peiné.

Oui. Ça a été terrible. Pour vous. Pour tous…et surtout pour Miss Angel.

Une poignée d’angoisse lui serrait la gorge.

Je…lui ai fait…du mal ?

Profond soupir.

Pas vous. « Il » a été…très grossier…ordurier, dirais je…mais Miss Angel ne vous en veut pas, elle comprend…

Sourire gris, il était au bord des larmes mais déjà son père entrait, presque au pas de course.

James, mon petit…comment te sens tu ? Henry me dit que…

J.O adressa au duc un regard de noyé et haussa les épaules, défaitiste.

Il…doit…dormir…

Tu es là…c’est toi que je vois au fond de tes yeux…

J’ai…toujours été là…mais il est…si fort…je me noie…il finira par me faire disparaître…mais…où est Angel ? Je veux la voir…je dois lui dire…

Il vit les présents échanger des regards mitigés. Howard sr s’éclaircit un peu la voix après un soupir à fendre l’âme.

Elle est partie, mon fils…mais va revenir, elle l’a promis. Il fallait écarter la petite de tout ceci, comprends.

Il comprenait tant de choses, il était si conscient de sa misère mais juste en cet instant de répit…quand il aurait pu lui dire…

Quand ?

Bientôt, assura le duc, elle sera ici bientôt !

Ce qui serait déjà trop tard, il le pressentait…

Mange, plutôt !, conseilla Henry, t’es maigre comme un clou…

Mais du coup, il n’avait plus d’appétit. Il fallut de l’intervention, pleine de tendresse de Rose et Magnolia, secondées par Ophelia, pour lui faire avaler trois bouchées. Il était faible et fatigué, même si enfin, une bonne nuit de sommeil avait fait presque des miracles.

Je…veux sortir un peu…juste…un peu !

Cebius avait secoué la tête, réticent. Henry avait tiré la moue et le Duc ne semblait guère emballé par l’idée. Ce furent encore ses mères qui plaidèrent en sa faveur.

Il a l’air si…lui !, sanglota Rose.

Oui, si…normal, pauvre chéri !, murmura Ophelia, en essuyant une larme.

On le surveillera à tout instant !
, assura Magnolia, on n’ira que jusqu’à la plage.

Il prit même une douche et se rasa avant de, dûment escorté de son frère et Cebius, descendre se joindre aux autres. Ce fut une courte promenade, mais Dieu que cela faisait du bien sentir le soleil sur le visage, les senteurs de la nature, la brise marine…Tout semblait si parfait. Si normal. SaP voulut même jouer avec lui, comme avant. Sa conversation, si cohérente, parvint à convaincre tout le monde que celui là était un bon jour…après tant de mauvais. Cela dura toute la journée mais J.O ne semblait pas plus heureux pour ça.

Tu en fais, une tête, mon vieux…tu devrais être content !


Sourire affreusement de travers.

Ça va pas durer, Henry…c’est juste…un peu de relâche…sera claqué, lui aussi…

Mais…


C’est bon, l’optimisme, Henry…mais faut rester avec les pieds sur terre…il lâchera pas prise…je le sais, tu le sais…j’aurais voulu voir Angel…

Elle revient dans un ou deux jours, s’empressa de dire son frère, elle reviendra, James…elle t’aime comme une dingue, cette fille…elle ne va pas…

Je sais…ce serait son juste droit pourtant…Écoute, Henry…dis lui que…

Le plus jeune Strang secoua la tête.

Non…tu le lui diras toi-même…

Henry, sois pas…si enfantin…tu sais qu’il n’y a pas trente cinq solutions…et le moment…arrive plus vite que …

Ne dis pas ça !!!

Bon sang, Henry…grandis ! Ne pas en parler ne fera pas disparaître le problème…Je suis désolé que ça ai marché de la sorte…tu es un chic frère…mais…il y a plus le temps…tu diras à Angel que…je l’aime…de…

Ferme la…pas besoin de lui faire un discours, elle sait tout ça…

Ok…si tu le crois ainsi…mais il y a quelque chose que je veux te demander…le moment venu…si je flanche…aide moi.

T’aider ?!?...À quoi !?

À partir, Henry.

Pour toute réponse, il se vit enserré dans une accolade convulsée de sanglots…mais finit par lui arracher une promesse, faite à contre cœur.

Allez…assez dormi, Strang !!!

Il dansait sur la plage avec Angel. Elle riait et les étoiles dans ses yeux étaient une promesse de bonheur. La voix insidieuse de Lewis brisa l’illusion. Il lutta, encore un instant pour retenir ces bribes de rêve mais l’autre insistait…insistait…

Dans un éclair de lucidité J.O se demanda ce qu’il faisait là, armé d’une baguette. Horrifié, il reconnut les corps gisant à ses pieds. Henry et Cebius. Inconscients ou morts, comment le savoir. Lewis ne lui laissa pas le sursis de se reprendre, l’obligeant à se diriger vers la chambre de ses parents. Sa mère dormait. Un sortilège fusa sans qu’elle bouge.

L’est pas là, ton paternel…il nous facilite la tâche, Sa Grandeur !, ricana Ethan.

L’esprit de J.O, en pleine confusion, se débattit, devinant ce que serait la suite.

Non…pas lui…pas mon père !!!

Un rire de fou fut sa réponse…La plage. Howard Strang sr contemplait la mer, en quête de cette paix qui le fuyait depuis longtemps. Pressentit-il sa présence ? Sans doute. Se retournant, sans perdre apparemment le calme, le duc dévisagea son fils aîné qui avançait vers lui, le visage tordu en un rictus dément, brandissant une baguette. Avant qu’il n’ouvre la bouche, le duc de Gilmore savait avoir à faire avec « l’autre ». Le puissant Imperium se chargea du reste…Sa Seigneurie avança lentement, irrésistiblement attiré vers les eaux profondes…

Une vague le couvrit, puis une autre. Peu importait, il poursuivait sa progression. Bientôt, très bientôt, il perdrait pied…Il ne se débattrait pas…se laisserait entraîner par le courant…vers le large…

Howard ! Howard ! Arrêtez, vous allez vous noyer !

Mais il s’éloignait toujours…jusqu’à ce qu’une force supérieure ne le ramène sur la plage, à sauf où Angel, tremblante, mit fin au sortilège qui l’envoûtait. Sur le sable tiède, son fils James, inanimé. Il se laissa tomber, à genoux auprès de lui.

Merci Angel ! On a eu de… durs moments. Sais pas comment il a eu cette baguette mais il s’en est servi sournoisement. Comment vont les autres ?

Pas trop mal. On va transporter J.O dans sa chambre et l’y renfermer puis on fera le point.

J.O émergea des brouillards du maléfice. Seul. Fermement attaché à son lit par de solides courroies de cuir. Cette fois, personne ne voulait courir de risques. C’était bien ainsi. Lewis fut plus lent à revenir mais découvrant cette nouvelle situation, le fit gueuler comme un possédé, ameutant la maisonnée.

Ça ne sert à rien, Lewis…c’est fini…

Rien n’est fini…c’est moi qui dicte les données de ce jeu…c’est MOI !!!!

Ce fut le tour de J.O de rire, amer.


C’est ça que tu crois…tu m’as eu, moi…mais jamais tu ne les auras, eux…C’est fini…

L’autre hurla sa rage jusqu’à le laisser sans voix. Cebius fit acte de présence, à moment donné, apportant de l’eau.

Merci, Cebius…je meurs de soif…


Buvez, maître James…buvez !, il approcha la paille à ses lèvres desséchées l’aidant à peine à relever un peu la tête.

Je…suis désolé…de vous avoir frappé !
, en effet le front du fidèle domestique portait encore une certaine trace du coup asséné pour le mettre hors combat, co…comment vont…

Tout le monde s’est remis de manière satisfaisante, maître James. Tous. Miss Angel est de retour.

Et elle n’était pas venue le voir. Une douleur de plus à ajouter à ses déjà nombreuses misères.

Tout va bien, dit doucement Cebius, tout ira bien.

Cryptique message d’espoir ? Il faudrait le prendre comme tel. Déjà Lewis émergeait de sa léthargie et riait au nez de son ex-condisciple.

Ouais…c’est ça…un peu d’espoir à deux sous…fais lui croire ça…


Tu iras en enfer, Lewis !


Rire cynique.

Ouaip…et ton maître avec moi !

Ce…c’est…bon pour moi !, parvint à dire J.O avant que la voix sifflante de l’autre ne reprenne le dessus, insultante, obscène…

Vont nous tuer de faim ?, brailla Ethan le lendemain.

Cebius venait régulièrement lui faire boire un peu d’eau. Rien de plus. Pas un mot ne s’échangea. C’était comme si déjà on prenait distance…C’était mieux ainsi. Sans atermoiements.

Il sut le moment arrivé . Les premières lueurs de l’aube coloraient l’horizon. Il le devinait à la tenue clarté filtrée par les persiennes closes. La porte s’ouvrant livra passage à Angel, suivie d’Henry.


Lewis sut aussi que la fin était proche et s’agita bellement, le faisant crier et se démener dans ses liens. Il ne pourrait rien faire pour échapper à sa destinée mais cela ne signifiait pas qu’il allait leur faire la partie facile.

Arrête ce cirque…c’est fini, Lewis…fini et bien fini…personne ne gagne…on crève et adieu !

T’es con…on te tue comme un chien galeux…et tu ne dis rien ??? T’es vraiment plus dingue que je ne l’aurais cru…

Ouais…tu as fini par me rendre fou…veux plus, tu vois…préfère ça à te supporter…Fous moi la paix…

NOOOOOOOON !

Le visage d’Angel penché sur lui retint toute son attention. La voix d’Ethan se fit tenue…Il était à bout, lui aussi. Ses merveilleux yeux bleus étaient noyés de larmes. Sans le vouloir, il lui avait brisé le cœur alors qu’il n’avait voulu que l’aimer.

Ça…va aller, ma chérie…sois…ma délivrance…


Derrière elle, Henry renifla mais ne bougea que pour lui tendre la coupe remplie d’un liquide sombre. J.O la fixa un instant, sentant une certaine angoisse lui nouer l’estomac. Crainte atavique de l’humain face à la mort.

D’un geste très doux, elle lui relevait la tête, sans que ses yeux quittent les siens…en cet instant, c’était lui, à part entière…deux secondes plus tard, la démence d’Ethan Lewis s’en mêla mais elle ne recula pas…Elle approcha la coupe de ses lèvres mais il ne pouvait pas les décoller.

Ça suffit, Lewis…ça suffit !!! Que tu veuilles ou pas, ce sera fait…

Son regard à lui, chercha celui d’Henry, suppliant.

La dernière lutte fut brève…Déjà sans forces, Lewis relâcha son emprise. Le liquide glissa dans sa gorge…

À peine s’il sentait la main de son frère serrant la sienne, confortante. Il ne voulait que s’emplir les yeux d’Angel…mais sa vision devenait déjà floue et un froid intense l’engourdissait.

Je ne me repends de rien !
, souffla Lewis en sentant se diluer.

Pourris en enfer et laisse-moi crever en paix !


Flous, les visages ravagés de ses parents, de Rose et Magnolia, de Cebius défilèrent un instant…L’amour, dans les yeux d’Angel fut sa dernière vision consciente avant que tout ne se perde dans une cotonneuse confusion, une sensation de flottement, de paix intense…

Il était mort…

De mort singulière. La main de son père lui ferma les yeux. Henry défit les courroies. Rose, en larmes s’approcha pour le border, Magnolia prit de droit déposer un baiser sur son front avant que ne le fasse Ophelia. S’introduisant dans la chambre sans que personne ne l’en empêche, SaP se glissa jusqu’au lit et contempla la paisible dépouille de son pauvre maître avant d’y sauter et s’installer confortablement à ses côtés, posant sa tête sur sa poitrine sans le quitter de son regard de chien triste.

Mort un jour, mort toujours ?...
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Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] Empty
MessageSujet: Re: Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O]   Il y eut un soir.. Il y eut un matin...[fe J.O] EmptySam 28 Mai - 9:36

Ramener J.O dans sa chambre, devoir l’entraver tel un forcené, décomposa Angel au-delà des mots.
Soutenue par Henry, elle pleura jusqu’au salon où la famille encore groggy se regroupa.


Mais que s’est-il passé ? demanda Rose en bayant copieusement.

Angel ? Quelle bonne surprise ! enchaîna Magnolia sur le même mode. Ça a été ton voyage ?

James va bien au moins ? demanda La duchesse de Gilmore.

Non ! avoua son époux, pas très à l’aise. Il a eu un mieux mais… Lewis a repris le contrôle. Sans Angel, je serais mort noyé !

Du coup, tout le monde se réveilla pour de bon. Le café, largement distribué, remit les esprits en place. Cebius, son service achevé, marqué par les récents événements, prit place à la table, en soupirant :

Navré de le constater mais la stratégie prévue est… irréalisable : Lewis a le contrôle total de l’esprit de maître James.

Mon… Mon frère est fort, se permit Annabella. Il lui faut plus de temps, c’est tout !

Personne ne tint compte de cette remarque.
Pâle à l’extrême, Angel se leva et commença à arpenter le tapis :


Je… Je vous ai menti… à moitié !

Un chœur de protestation succéda, tous y allant de son commentaire :

Tu n’aimes pas James. Je le savais( presqu’en crachant)

TAISEZ-VOUS ! s’imposa Magnolia. Vous ne savez pas ce que vous dites !

Passant outre, Mrs Yates poursuivit :

J’ai longuement réfléchi, pesé mes actes… et je n’entrevois qu’une solution...

NON ! déclara fermement le duc de Gilmore.

Angel se rebiffa :

C’est la seule solution, vous le savez tous. J.O aussi, le sait… le savait. Pour se débarrasser de Lewis : il doit mourir.


Des mines se décomposèrent, d’autres se rebiffèrent. Howard Sr fut des dernièrs :

Vous… Tu ne vas pas abonder en ce sens ? C’est ce qu’Ethan veut : nous détruire.


Père, murmura Henry, laisse-la finir.

J’ai prétexté – à juste titre – vouloir écarter ma fille de ce drame. C’est accompli : elle est chez ma grand-mère. Je vous ai caché mon second but à ce voyage…

Préparer tes arrières, persiffla Ophélia.

Angel encaissa très mal le fiel de cette réplique. Larmes aux yeux, elle déclara :

Vous ne m’accepterez donc jamais ? Ne me croirez pas lorsque j’affirmerai n’agir que dans l’intérêt de J...

Et le vôtre !

J’admets : le mien aussi ! Parce que sans J.O… rien ne compte, ne comptera. Je suis allée aux Bermudes consulter une connaissance douée en… magie noire.

Beau scoop ! Les femmes semblèrent prêtes à tourner de l’œil, les hommes la regardèrent telle une aliénée mentale.
Pincée, Ophélia Strang osa :


D’où vous viennent semblables relations ? Comme oie blanche, vous repasserez !

Il suffit ! s’énerva le duc. Personnellement, Angel, j’ai toute confiance en vous. Qu’a donné votre contact ?

Elle m’a accordé la potion voulue. J’ai encore besoin de certains ingrédients pour l’achever. Voici la liste… aidez-moi, aidez-nous, s’il vous plait.

Henry s’empara du feuillet tendu et, lecture faite, s’enquit nerveux :

T’aider en quoi ?

À… À faire mourir J.O !

Il va sans dire que cette sortie déclencha un tollé général.
Le pourquoi du comment exposé, débattu, Angel se rassit, épuisée :


J.O doit s’y préparer. Dès la potion prête, on la lui donnera. Avant, il doit être sevré de nourriture pour… accepter son sort sans pour autant savoir lequel. Si Lewis a le moindre soupçon : c’est foutu !

On lui tira dessus à boulets rouges. Seul Henry fut de son avis :

TAISEZ-VOUS ! Vous ne voyez pas ce que vous lui faites ? Je pense Angel suffisamment responsable pour avoir pesé pour ou contre. Si elle est pour, je le suis aussi.

Réconfortée, la fiancée de J.O ne cacha pas rien des risques de son entreprise. Ce qui déclencha de nouvelles bordées de critiques.

Alors, il peut vraiment mourir ? s’effara le père de James.

Oui, avoua-t-elle en larmes. Si je rate un truc, si un certain timing n’est pas respecté… J.O peut y rester pour de bon. Ne me regardez pas comme un monstre ! J’aime J.O, il est tout pour moi, mais… Mais il ne sera plus jamais le même avec ce pourri dans sa tête. Je crois que J.O préférerais la mort à nous causer du tort.

Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’ils approuvèrent ces faits et lui prêtèrent secours. Cependant, ils s’appliquèrent.
Perdue dans un laboratoire improvisé, Angel se concentra jour et nuit à la confection de la potion de mort.


*Cesse de pleurer ! Les larmes sont pas inclues dans la recette !*

Elle n’y pouvait rien, ça dégoulinait tout seul.
De loin en loin, Henry l’informa sur l’évolution de l’état de J.O :


Il sait que c’est pour bientôt. Il est serein. Il m’a demandé de l’aider à… partir. Iras-tu le voir… avant ?


Non ! Je ne peux pas. Je risque de flancher et de lui donner un pseudo répit dont l’autre profitera. Je… Je… J’aimerais que… mais…

À l’aube du second jour, Henry frappa discrètement à la porte du labo. Triste à en mourir, Angel alla ouvrir et se jeta dans ses bras, y sanglotant longuement.

C’est prêt… On doit… le faire.

Henry se détacha d’elle et prit la coupe pleine de liquide sombre. Ensemble, ils se dirigèrent vers la chambre devant la porte de laquelle Angel marqua un arrêt en appuyant sa tête sur le panneau.

Si… Si je me suis trompée… Si…


Inspirant un grand coup, elle ouvrit la porte.
Dieu qu’il était maigre… fané. Sans un mot, elle s’approcha en pinçant les lèvres pour éviter les plaintes. Yeux dans les yeux, elle tenta de lui transmettre sa foi, tout l’amour qu’elle lui portait. Il comprenait :


Ça…va aller, ma chérie…sois…ma délivrance…

C’était plus fort qu’elle, elle lâcha :

Je t’aime J. Je te retrouverai où que tu ailles.

Henry présenta la coupe, elle releva la tête de J.O dont l’occupant semblait renâcler à la fatalité.

Bois, mon amour. Vaincs-le et nous serons ensemble pour l’éternité !

Il but jusqu’à la lie.
Lorsque le regard devint fixe, Angel défaillit.
Qui la porta sur son lit ? Elle n’en sut rien. Ce n’est qu’avec la fraîcheur d’une compresse sur son front qu’elle émergea. Vision trouble puis précise, elle fixa Annabella en se redressant aux quatre cents coups:


Je… Qu’est-ce que je fais là ? Quelle heure est-il ?


Sa future belle-sœur avait une drôle de tête en répondant :

Il est midi… Tu t’es évanouie, et…

Midi ? Angel se détendit. Ouf ! J’ai cru qu’on avait dépassé l’heure. Merci d’avoir veillé sur moi, Anna. Je dois aller au labo mettre la touche finale à l’autre potion.

L’autre potion ?

Ben oui, rit Angel en filant à la salle de bains se rafraîchir un peu. Celle qui va réveiller J !

Ses ablutions faites, la jeune femme fut surprise de trouver sa future belle-sœur encore assise sur le fauteuil. Elle y déchirait les coins d’un mouchoir avec ses dents, l’air perdu. Angel fronça les sourcils :


Qu’est-ce qui se passe ? Ça n’a pas l’air d’aller. Où sont les autres ? Je trouve qu’il fait bien calme ici.

Il… Il n’y a que nous à la maison. Ils… Ils sont tous parti… en Angleterre.

Angoissée, Mrs Yates se rua sur Annabella, la secouant mieux qu’un prunier :

Pourquoi ? Pourquoi sont-ils partis en nous laissant ici avec J.O… car… il est là, lui, hein ?
Parle bon sang, parle !


J.O n’est pas là non plus… Le cercueil a été fermé et emporté. Ils doivent être à Guilmore house, maintenant pour... Les obsèques.

Pour Angel, cela n’avait aucun sens.

Mais… Mais pourquoi si vite ? ça ne fait que quelques heures que J.O a bu, et…

Non, secoua tristement de la tête Miss Strang. Cela fait trois jours complets que mon frère est… est mort.

Trois… Trois jours ? TROIS JOURS ! Et… Et personne ne m’a réveillée ? Bande de malades ! J’avais dit… Oh mon Dieu !

C’était impossible de te sortir de là ! Henry a donné la potion à James, pile 24 heures après l’autre mais… ça n’a pas marché ! Il… il n’est pas revenu… Il est mort Angel ! Définitivement mort !

Angel cru devenir folle. En fait elle l’était. Hésitant entre flanquer des baffes à Annabelle ou s’en flanquer à elle-même, elle chancela. Comment résister à l’envie de se mettre à hurler telle une bête cruellement blessée ? La colère gagna :

ELLE N’ÉTAIT PAS PRÊTE, CETTE POTION ! PAS FINIE, TU PIGES ?


Comme une dingue, elle se rua vers la pièce laboratoire. Le flacon bleu prévu y était posé, vide.
Tremblant, la potionniste inventoria les ingrédients dont elle disposait et se mit fébrilement à l’ouvrage pour recréer le liquide perdu.
La tâche fut ardue.


*J’y arriverai jamais dans cet état !*

Elle avala un calmant et put s’atteler à l’ouvrage, plus sereine.
Il ne fallait pas penser à autre chose qu’à s’appliquer, éviter de songer aux conséquences de ce retard imprévu.


*Il ne manquait que le jus d’ellébore ! Il n’était pas assez purifié ! Si maintenant il est éventé…*

Dans l’armoire, bien à l’abri de la lumière, elle trouva la fiole désirée. Le liquide transparent telle une eau limpide, la rassura. Emballant soigneusement ses flacons, Angel ressortit du laboratoire. Elle cria après sa belle-sœur, nul ne répondit. En bas, elle remarqua un billet près de l’entrée. Elle le lut à toute vitesse :

*Angel, Je vais rejoindre MA famille. Ne me suis pas. Tu serais mal reçue. Adieu.*

De rage, elle écrasa le feuillet :

C’est ce que l’on va voir !

De sa baguette, un portus illumina la coupelle où l’on posait les clés. Tout tournoya.

Malgré le manteau blanc qui la couvrait, Guilmore house était sinistre sous un ciel gris qui déversait une neige épaisse. Les hautes grilles solidement fermées résistèrent à son alohomora.


*Ils n’ont quand même pas fait ça ?*

Fallait croire que si ! Même un sort de lévitation pour passer par-dessus échoua et nul ne répondit à ses coups de sonnette furieux. Manifestement, cette demeure lui était fermée.

*Ils me tiennent pour responsable… Ils n’ont pas tort… mais… Oh mon Dieu ! *


Le désespoir guettait. Désemparée, Angel se mit à longer les murs de la propriété. Le cimetière privé se trouvait près de la chapelle familiale, côté ouest. De temps à autre, la sorcière s’éleva au-dessus des murs afin de se repérer. Lorsqu’elle distingua le petit clocher, elle s’arrêta pour réfléchir contre un grillage qu’utilisaient les employés.


*Je dois entrer, je dois entrer !*

Torturée, inconsciente d’être gelée jusqu’aux os, Angel n’entrevit qu’un seul recours : son patronus. Elle trouva la force de le former en repensant à son adoré quand il lui souriait.

Trouve Henry. Dis-lui de venir m’ouvrir, vite !

En claquant des dents, elle attendit. Même Henry la reniait ? Alors tant pis ! Elle ferait comme un chien et mourrait dans son coin. Elle se tassa sur elle-même, l’esprit en débandade.

Un jappement, une langue chaude sur sa joue, la sortirent de la torpeur envahissante :


SàP ? Oh, Sac à puces !?


Frétillant, le lévrier lécha de plus belle le visage tourné vers lui de l’autre côté de la grille. Il s’écarta et entreprit des cabrioles dans la neige. Angel sourit faiblement :

Oui, SàP est un brave chien. Au moins, tu n’es pas malheureux, toi !


Le manège de l’animal se poursuivit, inlassable. La mélancolie la fit pleurer :

Tu joues, comme on le faisait sur la plage quand J.O…


L’idée la fouetta, Angel se leva.

Tu joues comme quand J.O était once et moi… siamois !

Pourquoi n’y avait-elle pas pensé ? Ces barres de métal étaient assez écartées pour permettre à un chat de petite taille de passer de l’autre côté. Elle attira le chien vers elle et, quand son museau fut de son côté, elle lui confia son petit paquet :

Prends-le, fais attention !


L’instant d’après, un chat se glissait près du chien puis Angel reprit sa forme normale. Khan lui fit la fête et elle le lui rendit bien en reprenant son colis.
La couche de neige devait avoisiner les trente centimètres dans ce coin du parc, parfois plus. Dire qu’elle n’était vêtue que d’une fine robe de cotonnade…
À pas prudents, Angel se faufila jusqu’à la chapelle d’où le son d’un orgue lugubre émanait. Les portes s’ouvrirent, Angel n’eut que le temps de se dissimuler derrière un tronc alors que le cortège funèbre sortait. Le lévrier crut à un nouveau jeu et se mit à aboyer.


Tais-toi, SàP ! Va vers les autres !

Que nenni ! Ses aboiements attirèrent l’attention d’Henry qui siffla le chien, en vain.
Un sortilège fusa, rendant SàP muet ce qui ne l’empêcha pas de continuer à sautiller près d’Angel qui dû se résoudre à le calmer d’un petit sort.
La bière, portée par les Strang, Cebius et un autre domestique fut déposé à l’entrée d’une sorte de mausolée. Tous s’arrêtèrent et se recueillirent une ultime fois avant de rentrer lentement au manoir, les uns soutenus par les autres.
Dès qu’il n’y eut plus personne en vue, Angel sortit de sa cachette, SàP calme sur ses talons.
La porte du mausolée céda à sa pression. La jeune femme entra et referma aussitôt. À la lueur des bougies, elle s’approcha du cercueil clos dont le couvercle se dévissa facilement. Une grande angoisse étreignit Angel au moment d’ouvrir la boîte. Là, sur son coussin de satin blanc, reposait son adoré. Intact, paisible, il semblait dormir. Un élan d’amour la poussa à embrasser les lèvres de J.O. Leur froideur la firent se reculer et s’activer.


*Il n’est pas trop tard ! Il n’est pas trop tard !*


Ses doigts engourdis de froid, elle défit les emballages et prit les flacons. Les liquides se mélangèrent puis se glissèrent entre les lèvres du défunt.

Reviens J.O ! Je suis là ! Reviens, j’ai tellement besoin de toi !


Secouée de sanglots, elle étreignit le corps inerte. Un violent coup de vent envahit la pièce. Une voix tonna :

Profanatrice ! Meurtrière et profanatrice ! Comment osez-vous ! Sortez d’ici !

Dressée sur ses ergots, Ophélia Strang la pointait, mauvaise.
Annabella, derrière sa mère affichait un air aussi hostile. Manifestement, elles étaient revenues pour déposer des fleurs près du cercueil et la prenaient la main dans le sac.


Ecoutez, je…

SORTEZ ! Qu’on ne vous revoie plus jamais. Vous avez assez causé de malheurs ici !

Un sortilège cuisant atteignit Angel de plein fouet. Elle tomba en arrière mais se redressa vite :


Vous ne comprenez pas ! IL va revenir ! Il va revenir !

Elle voulut se pencher sur J.O, Ophélia déchaînée lui saisit le bras :


Ne le touchez pas, sorcière de pacotille ! Foutez-le- camp !

Angel se prit une paire de baffe avant d’être jetée dehors. Atterrie sur le tapis glacé, la jeune femme éclata en sanglots sous les injures de sa future belle-mère. Trop, c’était trop. Soit ! On la chassait pire qu’un chien galleux, mais elle ne ramperait pas ! Se levant, elle se retourna vers les deux femmes, prête à leur dire quelques petites vérités. Cependant, les mots moururent dans son gosier.
Ses traits se détendirent. À son air piteux succéda un rayonnement de joie transcendante.


Elle est folle, tu crois ? souffla Annabella à sa mère.

Angel se rua en avant. Surprises,de peur de se faire agresser, les dames s’écartèrent. Angel ne les visait pas. Illuminée, elle alla s’abattre dans les bras de celui qui se dressait dans l’encadrement de la porte.
Peut-on mourir de bonheur ? Pour Angel la réponse était OUI !

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